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Bruce Springsteen : born in nebraska

Catégorie Musique
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Folk’n’roll ?

(JPEG)

Nous sommes en 1972, et le producteur de musique Jon Landau déclare en écoutant ce jeune auteur compositeur interprète qui vient du New Jersey :" « j’ai vu l’avenir du Rock’n’roll et il s’appelle Bruce Springsteen ». Oui, je sais, ce nom pour vous n’est synonyme que de bannière étoilée et de « pop camion » comme dit ma copine. Un petit effort, ça vaut le coup.

Début 1973 sort le 1er album du « Boss » : Greeting from Asbury Park qui contient l’hymne évocateur « It’s so hard to be a saint in the city » Fin 1973 verra le second disque de Bruce « The wild, the innocent and the E-street shuffle ». Un album dans un style Folk assez proche du 1er , sympathique, mais brouillon, et il faudra attendre 1975 pour que le Boss nous sorte un truc qui tienne vraiment la route : le génial « Born to run ». C’est avec cet album qu’il « gagne » ses galons de star internationale (Il aura même sa tête en couverture de « Times » et de « Newsweek »)

Ce disque est différent des compositions BobDylanesque des 2 premiers albums, il sonne beaucoup plus rock. Comme tous les grands albums, ce n’est pas une suite de 45 tours mais réellement un « concept album ». En 78 et en 80 sortent respectivement : « Darkness on the edge of town » album pas si mauvais, aux accents métals, et le double « The River », énorme succès commercial mais pas indispensable non plus.

1982, le Boss traverse une période assez sombre (divers ennuis personnels) et pour notre plus grand bonheur il s’enferme chez lui, seul, avec un magnétophone enregistreur 4 pistes et l’album « NEBRASKA » voit le jour.

En ce qui me concerne, la discographie sélective de Bruce Springsteen ne contient que 2 albums : « Born to run » et surtout « NEBRASKA ».

Alors là attention, chef d’œuvre de beauté pure.

On pénètre dans l’intimité du Boss, il nous livre une peinture hyper réaliste d’une Amérique en déliquescence, une Amérique qui s’effondre sur elle-même, victime de ses propres spécificités.

Voitures d’occasion, mauvaises terres, ronde de flics, fumée d’usine, crimes, petits boulots minables, et même interrogations métaphysiques constituent le corps et l’âme de cette complainte désespérée.

Ici, pas de soleil, pas de Californie ni de Floride juste une route droite bordée de neige qui s’enfonce à l’intérieur du quart monde de l’amérique.

Ce qui correspond exactement à une certaine vision des Etats-Unis qui exerce sur nous une fascination irraisonnée.

L’album est truffé de Beautiful loosers, mais attention, des loosers à l’américaine, avec forcément un coup d’éclat désespéré et violent (la meilleure analogie cinématographique qui me vient à l’esprit est la géniale composition de De Niro dans Taxi Driver).

Tout y est, que ce soit dans le titre « Nebraska », qui raconte l’histoire d’un ouvrier qui prend une auto-stoppeuse, et « just to have some fun » descend 10 personnes au cours de sa route, lorsqu’il va passer sur la chaise électrique, il se justifie en expliquant qu’il y a juste de la méchanceté dans ce monde. Dans « Johnny 99 » un chômeur devenu meurtrier qui se voit condamné à 98 ans de prison. Le magnifique « Highway Patrolman » qui a été porté à l’écran par Sean Penn (1er réalisation de l’acteur en 1991 : THE INDIAN RUNNER, un coup de maître absolu, un film extrêmement fidèle au texte du morceau, d’une sensibilité magistrale).

L’album se termine par « Reason to believe » la seule note d’espoir, l’histoire d’un homme qui après une dure journée de travail, regarde un chien mourir sur le bas coté de la route en trouvant toutes les raisons de croire en quelque chose. Une sorte de « happy end », crédible et intelligent.

L’album étiqueté au rayon Folk peut décourager plus d’un curieux, mais qu’on se le dise, Nebraska n’est pas un vague album folk rock, la Grâce divine dont il est empreint le propulse au rang de poésie, de sublime « chanson de geste ».

-  L’Amérique est complexée par son absence d’histoire et de mythes ?

Bruce lui offre une belle page. Une chronique sociale hurlée, un style direct, instinctif et dépouillé, où l’harmonica et la guitare sont juste présents pour sublimer la voix de Bruce (qui ne sera plus jamais aussi juste).

Il n’y a plus de doutes, c’est bien du Rock’n’roll !

2 ans plus tard, comme pour se reposer de la charge émotionnelle déversée dans Nebraska, Bruce nous sort « Born in the U.S.A. »

-  Savez-vous que « Born in the U.S.A » est un titre qui devait figurer sur l’album Nebraska ?

Il existe une version acoustique de ce morceau, et là, pas de récupération politique possible.

Procurez-vous Nebraska, éteignez la lumière, embarquez dans la chevrolet 58, et partez avec le boss pour un voyage initiatique qui vous conduira tout droit au cœur d’une Amérique rêche mais jubilatoirement fabriquée et institutionnalisée par tous les clichés que l’on traîne depuis l’enfance comme des casseroles ...

Tuco



Publié le 20 juillet 2006  par tuco


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