e-torpedo le webzine sans barbeles



Beyrouth c’est l’enfer de Pierre Barbancey

Catégorie politique
Il y a (0) contribution(s).

(JPEG)

Liban. Près d’une centaine de civils ont été tués par l’armée israélienne. À Beyrouth, les bombardements s’intensifient. Reportage dans les ruines de la banlieue Sud de la capitale.

Beyrouth, envoyé spécial. (humanité)

Le missile s’écrase sans crier gare provoquant une gigantesque explosion détruisant un immeuble, en faisant vaciller d’autres. Des façades dégringolent, le bruit des vitres fracassées résonne dans les rues désertées de Haret Hreik, la banlieue Sud de Beyrouth, pas très loin de l’aéroport. Depuis quatre jours, l’armée israélienne n’a pas cessé de pilonner ces quartiers populaires de Beyrouth, faisant fuir la majorité des 500 000 personnes qui y vivent d’habitude. Parler de champ de ruines n’est pas exagéré.

Les raids aériens et les tirs de canons depuis les navires militaires qui se sont positionnés à quelques encablures des côtes libanaises se sont succédé quasiment sans répit. La nuit de samedi à dimanche a sans doute été la plus terrible. À Beyrouth, plus personne ne se sent en sécurité, y compris dans les quartiers chrétiens, qui ont été pris pour cible. Hier matin, on trouvait dans les rues des tracts israéliens balancés par avions, représentants le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, sortant d’une jarre tel un cobra, au son des flûtes de trois personnages identifiés comme les présidents iranien, Mahmoud Ahmadinejad, syrien, Bachar Al Assad et le chef du Hamas palestinien, Khaled Mechaal, et demandant : « Je peux vous être utile ? ».

Les ponts toboggans - et ils sont nombreux à Beyrouth - ont été frappés afin d’isoler totalement les zones où l’influence du Hezbollah est sans conteste et où se trouvaient ses locaux politiques et médiatiques. L’immeuble de neuf étages de l’organisation islamiste est totalement détruit de même que le bâtiment de la télévision Al Manar. Celle-ci a néanmoins continué à émettre, comme un pied de nez à Israël. La maison de Hassan Nasrallah n’est plus que poussière. C’est également dans ce périmètre que se trouve la mosquée où officie cheikh Mohammad Hussein Fadlallah, guide spirituel de la communauté chiite, ainsi que l’avenue Hadi-Nasrallah, du nom du fils du chef du Hezbollah, tué au combat dans une opération anti-israélienne, il y a quelques années.

-L’acharnement israélien

Tout le monde n’a pas pu fuir la zone. Hier matin, on pouvait voir quelques habitants, hagards, les bras ballants, certains étaient même en pyjama, devant leurs maisons lézardées. Une fumée âcre se dégageait de trous béants provoqués par les obus de marine. La preuve de l’acharnement israélien sur une population civile. Des jeunes (des militants du Hezbollah ?) se déplacent d’un coin à un autre, en scooter, parfois pour empêcher les journalistes de pénétrer dans les décombres. Par talkie-walkie, ils appellent on ne sait trop qui pour donner ou non l’autorisation de travailler aux médias. Ali Mirza, un revolver à la main, est visiblement plus qu’un chebab (jeune) en deux-roues. Il donne des ordres et explique : « Nous sécurisons les zones non seulement pour des raisons de sécurité mais également pour éviter d’éventuels pillages et voir si les gens ont besoin d’aide. »

Tout un symbole, la banque libano-française a été durement ébranlé par les bombardements. Majid Ali Dawood, venu déblayer, se veut philosophe. « Les bombardements vont continuer, mais on est habitué. Dans cinq minutes, ça va peut-être exploser. C’est ça la vie normale pour nous. » Pas question pour lui de s’en prendre au Hezbollah. « Le "Hezb" ne se cache pas derrière nous, c’est nous qui nous cachons derrière lui. C’est la dernière fois qu’Israël ose s’attaquer au Liban. Même si cela doit continuer un mois ou deux ans, nous sommes prêts. » Et il y a ceux qui veulent absolument souligner qu’ils ne quittent pas le quartier à cause d’Israël mais parce que les maisons sont inhabitables.

« On meurt de peur, ici »

Fatima n’a même plus la force de se lamenter. Assise sur les premières marches de l’escalier d’un immeuble, elle regarde dans le vide, les mains croisées sur le ventre. Depuis mercredi, avec sa famille et une cinquantaine d’autres personnes, elle a trouvé refuge dans la cave de cette bâtisse. Elle n’ose même pas franchir le pas de la porte tant elle est effrayée. « On meurt de peur, ici », dit-elle simplement. « Normalement nous n’habitons pas très loin, mais nous sommes venus nous réfugier ici parce que c’est plus sûr. » En tout cas, elle veut y croire. « Quand les Israéliens ont bombardé l’aéroport, toutes les fenêtres de notre maison ont volé en éclats. On a eu très très peur alors on s’est enfui. Mais maintenant encore nous vivons dans la peur. »

Dans cette cave humide, en fait un entrepôt pour un marchand de chaussures, des cartons ont été posés sur le sol afin de protéger les matelas de fortune. Quelques femmes en tchador sont assises, des enfants dans les bras. Il règne une atmosphère de fin des temps. Même les gosses sont sans voix. « Nous vivons dans la peur », répète Fatima. « J’ai des problèmes de santé, j’ai mal au ventre, j’ai des problèmes de tension. Mais c’est surtout la peur. On meurt de peur, ici. »

Terrible constat, terrible plainte.

Plus jeune, Nisrin n’en est pas moins inquiète. « Les Israéliens attaquent, on attend. C’est pas une vie, c’est dépressif. » Elle triture ses mains. Le rictus de ses lèvres, son rire nerveux, témoignent de sa douleur. « Les enfants ne comprennent pas vraiment ce qui se passe, ils essaient de se distraire. Mais lorsqu’il y a des bombardements, ils se mettent à crier, à pleurer. Ils se demandent pourquoi tout ça. » Et puis soudain, la colère de Nisrin éclate. Contre les Israéliens, bien sûr qui leur font vivre cet enfer. Mais aussi contre les pays arabes « qui sont avec Israël, comme l’Arabie saoudite qui dit que Nasrallah a eu tort de capturer deux soldats israéliens . Lorsqu’elle jette un coup d’oeil dans la rue, Nisrin s’inquiète. « Nous avons à peine de quoi manger. Sortir avec tous ces bombardements est de la folie. Et puis, vous le voyez, tous les magasins sont fermés, même les boulangeries ne fonctionnent plus. »

C’est l’enfer à Beyrouth et il n’y a plus de mots pour qualifier ce qui se passe dans le sud du pays.

En quatre jours, près d’une centaine de civils ont été tués.

Près du village de Mirwahin, un bus a été pulvérisé par un missile israélien alors que les habitants étaient en train de fuir.

Hassan Nasrallah a déclaré « une guerre ouverte » à Israël.

Les troupes du Hezbollah ont touché une vedette israélienne et leurs missiles ont atteint Haïfa, faisant neuf morts. L’aviation, l’artillerie et la marine israéliennes ont détruit une vingtaine de ponts, coupé des routes et incendié des dépôts de carburants de la centrale électrique de Jiyé, sur le littoral au sud de Beyrouth. La route principale qui relie Beyrouth à Damas, l’une des seules voies qui restaient pour sortir du pays, a été bombardée à plusieurs reprises et coupée à la circulation. Tout le monde s’attend maintenant à des frappes encore plus intensives.

source :
-  Humanité Lu sur
-  Bellaciao



Publié le 19 juillet 2006  par torpedo


envoyer
imprimer
sommaire
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin