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Je suis athée, non d’une pipe, ATHÉE !

Catégorie société
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« -Ah bon, tu n’es pas croyante » ?

« -Non, ce n’est pas ça : je crois qu’il n’existe pas de dieu(x). »

(JPEG) Je suis toujours frappée de la confusion qui est faite entre incroyance [1] et athéisme [2] et de la difficulté qu’ont les croyants à supposer l’existence d’une pensée qui ne soit pas religieuse. Lorsque je fais remarquer à un interlocuteur qui me parle de son "Dieu" toutes les trois phrases que nous risquons de mal nous comprendre puisque je ne partage pas ce postulat, il s’enquiert immanquablement de ma confession (ce que je trouve d’une incorrection formidable : les convictions sont affaire intime. Libre à lui de faire étale des siennes, moi j’en suis habituellement pudique [3]). Je réponds alors succintement : je suis athée.

Euh... non, ça ne veut pas dire "incroyante"...

Un hochement de tête désintéressé et me voici aussitôt cataloguée comme "ne croyant en rien". Voire d’esprit frustre, insouciant et superficiel, presqu’animal. Si bien qu’il me faut parfois préciser que, non, je ne suis pas incroyante... mais athée : je ne crois pas en rien, puisque je crois qu’il n’existe pas de dieu(x) , pas d’autre réalité que celle dans laquelle nous vivons. Nuance de taille. Et forte en conséquences : on n’en conduit pas sa vie de la même façon.

Non plus, je ne suis pas "anti(cléricale)"...

Là, je me retrouve illico épinglée anticléricale, anticatho... Je l’ignorais, mais dans le contexte judéo-chrétien, l’athéisme est généralement considéré comme le rejet de cette religion en particulier. Ce rejet porte pourtant un nom, l’Antichristianisme, et ne représente qu’une petite frange des athées. Dont je ne fais pas partie. Non, désolée, je ne suis pas en pleine révolte adolescente antisociale, antitradition, anticatho, antitout...
Je ne suis pas antitruc, non, ce n’est pas mon truc : je n’aime pas me définir par opposition. Je suis juste athée : je crois qu’il n’existe pas de transcendance, aucune, d’aucune sorte, voilà tout. Et ça n’exclut l’expression des religions, quand bien mêmes théistes.

Alors quoi ?

Mon interlocuteur, de plus en plus désemparé, commence à comprendre : non seulement je ne suis pas incroyante, ni ne suis dans une opposition puérile, c’est donc que j’ai dans la tête “autre chose"...
Là, c’est la consternation. Mon interlocuteur se tortille, ne sachant plus s’il doit me prendre en pitié, voire tenter de ramener la brebis égarée au bercail, ou se sentir offensé. Il se tortille, et surtout... il ne comprend pas. Je lis dans ces yeux une gêne, une consternation, que je ne m’explique pas : puisque je peux concevoir sans être gênée, qu’il croit, lui, en l’existence d’une chose dont je nie, moi, l’existence, comment se fait-il qu’il ne puisse réciproquement concevoir de même ?

Il existe pourtant bien d’autres courants de pensée que les théismes et autres religions : Athéisme, Agnosticisme, Matérialisme, Rationalisme, Humanisme, Scepticisme, Positivisme, etc...
Ma pensée n’est pas un no man’s land indéfinissable : ainsi, je suis profondément athée. Et non pas incroyante, ni anticléricale, ni même antithée ;o) Pas même agnostique, mais plutôt sceptique, et assez positiviste. Pas rationaliste, plutôt matérialiste. Et... c’est déjà bien assez comme ça ;-)
Ce qui ne m’empêche pas d’avoir une certaine connaissance des principaux courants religieux, et de pouvoir en fréquenter leurs différents ressortissants sans gêne et sans heurt, avec un minimum de compréhension, et même un respect sincère pour les choix et engagements de chacun.

Vivre "sans" dieu, est-ce possible ?

Mon interlocuteur demeure incrédule. Maintenant, c’est presque un effroi que je lis dans ses yeux. Il semble que, pour lui, le monde soit binaire : il y a ceux qui croient (en la même chose que lui ou aproximativement) et les autres, qui ne croient en rien. Mais voilà, mon credo vient éclater sa binarité : il y aurait aussi ceux qui croient en... tout autre chose.
Effectivement, je pense d’une toute autre façon, qui est même contraire, puisque je suis athée (étymologiquement : "pas de dieu(x)"). Et bien... figurez-vous que je n’ai jamais réussi à le faire entendre à un théiste !

« Aujourd’hui encore, surtout hors de France, ne pas croire en une version quelconque de Dieu est proprement impensable. L’athée est regardé avec une certaine répugnance, comme une espèce de monstruosité, d’ébauche humaine inachevée à qui il manque une faculté essentielle. »
(François Cavanna / né en 1923 / Lettre ouverte aux culs-bénits)

Du point de vue du théiste, il me manque sans doute quelque chose. Par quoi je remplace ? Je ne suis pas sans dieu, comme privée de... puisque qu’on ne peut pas être démunie d’une chose qui n’existe pas ;) Et la question de savoir en quoi d’autre je crois ne se pose pas, puisqu’il n’y a pas lieu de remplacer une chose qui n’existe pas.
Je vis, c’est un fait, je suis mortelle, c’est incontestable, dans un monde matériel certain où je tisse des liens avec d’autres humains tout aussi vivants et mortels que moi-même. Quel besoin d’ajouter quoique soit à ce tableau ?

*

L’athéisme, ce serait donc ça : être plus frontalement au cœur de sa vie, du monde, proche de nos semblables humains, sans perdre son temps avec des questionnements métaphysiques et autres hypothèses qui n’ont aucune nécessité... – entre nous, quelle liberté d’esprit ! –. Il s’agit effectivement de tout autre chose, d’une toute autre conception du monde et de la vie.
Ami-e-s théistes, j’avais besoin de vous le dire : j’ignore la quête spirituelle, les doutes métaphysiques & co. Oui, c’est possible. Je suis athée, non d’une pipe ! Et j’ai besoin de vous le rappeler : il existe d’autres conceptions que celles religieuses &/ou théistes. Faites donc l’effort réciproque de les connaître ;-)

-  Article initialement publié sur romy.tetue.net



Publié le 22 juillet 2006  par Romy Têtue

[1] L’Incroyance est l’absence de croyance religieuse. Contrairement à l’athée, l’incroyant ne nie pas l’existence de divinité(s). L’incroyance est donc le contraire de la foi.

[2] L’Athéisme désigne une attitude de pensée excluant la croyance en l’existence de toute divinité. L’athéisme moderne s’appuie sur la science, la philosophie, la psychanalyse et tout ce qui peut apporter une réponse tangible aux préoccupations humaines et à son avenir. Les athées considèrent que le besoin d’une divinité n’est qu’un élément de renfort psychique, une sorte d’antidépresseur (http://www.wikipedia.org, l’encyclopédie libre et gratuite).

[3] Pudique ? je fais ici exception ! Il faut dire que j’entends différentes professions de foi autour de moi. Cela se dit, se confie, se débat, et m’éclabousse un peu parfois... Trop de méprise sur mon athéisme me pousse aujourd’hui à quitter ma pudeur pour préciser la chose.

Le véritable athée est un philosophe modeste et tranquille qui n’aime point faire du bruit et qui n’affiche pas ses principes avec une ostentation puérile, l’athéisme étant la chose du monde, la plus naturelle, la plus simple.
(Sylvain Maréchal / 1750-1803).


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  • Je suis athée, non d’une pipe, ATHÉE !
    3 octobre 2016, par Anindita Keisha
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