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Le Mondial : la Galvanisation Footballistique par Philippe Cesse

Catégorie société
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(JPEG) Disons d’entrée que le football ne requiert ni grande réflexion, comme le Go, ni même grande anticipation, comme les Echecs.

C’est derniers ne sont pas des sports, mais la comparaison est nécessaire pour souligner combien le football est affaire de physique et de toucher de balle, et pourquoi nombre d’intellectuels masculins, et la majorité de la population féminine, tiennent ce sport en faible estime.

Plus précisément, comparé aux sports individuels comme le tennis ou collectifs comme le basket, le football est nettement moins exigeant en termes de stratégies et de réflexes de tous les instants : seuls les quelques joueurs en interaction directe avec le ballon sont sollicités à un moment donné, les autres trois quarts des deux équipes se déplaçant en réserve, en attendant leur tour de le jouer. Et pourtant, malgré ces carences, et des longueurs de jeu passablement ennuyeuses, l’engouement pour ‘le foot’ est réel auprès du peuple, au point d’être sport national dans plusieurs pays ( cf. La Planète Football ) et avec peu de rivaux : football américain aux Etats-Unis, baseball et kirin au Japon, cricket en Inde et au Pakistan. Le football ainsi institution dans plusieurs pays, certains diraient ‘religion’ ( cf. L’Opium du Peuple, le Mondial est devenu un rendez-vous incontournable, quasiment sacré, entre l’Europe et l’Amérique Latine, laquelle se distingue par des démonstrations quasi extatiques, comme les interminables annonces de but, quasiment orgasmiques : « Gooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooaaaaaaaaaaal !!!!!!!! »

Et tout cela pour un simple ballon...

Pour l’expliquer, on a souvent avancé l’argument de la « compétition entre équipes », ou entre nations lors de rencontres internationales, la « culture de l’extrême » , « se surpasser », « aller au-delà de soi » et autres expressions du même acabit.

La compétition, à défaut d’émulation, est probablement un élément d’explication, mais certainement pas le seul ni même le plus important : en ce cas, un concours floral ou culinaire entre grands chefs ferait aussi bien l’affaire. De plus, le football jouit d’une popularité que ni le basket ni le rugby, sports très proches pourtant, ne sauraient égaler malgré des pratiquants et fans se comptant par dizaines de milliers. L’explication est donc ailleurs, si bien masquée que la recherche scientifique a eu du mal à faire admettre ses résultats. Acceptés et l’objet de recherche depuis une trentaine d’années en Université, en sciences comportementales, cognitives et même économiques, ils restent encore méconnus du public. Mais rien qu’une observation attentive des sports collectifs modernes révèlent plusieurs traits communs : activité physique ( course notamment ), coordination des mouvements, tir sur objectif et ce pratiquement toujours par un objet sphérique. On verra plus bas pourquoi le football est un avatar des anciens comportements de chasse, associé à nombre de symboles inconscients, qui tous expliquent la très grande popularité de ce sport continûment planétaire.

-I • Le Football : anthropologie du territoire

L’anthropologie a identifié trois niveaux de défense territoriale :
-  clanique
-  familiale
-  et individuelle.

Or une équipe sportive est un clan à part entière, dont les membres ( joueurs et supporters ) arborent fièrement les couleurs : maillots, logos, écharpes, autocollants, chansons, etc. L’être humain, par nature, a besoin d’appartenir à un groupe, mais la taille croissante des nations qui se comptent pour les grands pays en dizaines de millions d’individus n’est plus à échelle humaine. Pour beaucoup aujourd’hui, clubs, associations, entreprises ou sectes viennent combler ce rôle, morcelant la société par affinités communes. Les clubs sportifs se comportent de fait comme des nations miniatures, avec ses lois ( règles de jeu et règlement intérieur ), des emblèmes et bannières en lieu de drapeaux, une citoyenneté ( ses membres ) et même un gouvernement ( comités exécutifs ou autres ). Et si on extrapole, les considérables flux financiers générés par le football font de la FIFA une véritable puissance étrangère, avec ambassades et succursales en chaque fédération nationale, les chefs d’Etat ne manquant pas quelque visite officielle dans les tribunes à partir des demi-finales.

Sur le terrain, les frontières de jeu sont visibles : jouer en dehors est une faute, une violation de cette version très simplifiée du ‘droit international’ que sont les règles du jeu que chaque équipe est tenue de respecter. Dans un même match, deux équipes se comportent ainsi en clans ennemis, et non pas seulement adversaires comme en témoignent les coups physiques et la quantité de cartons, jaunes ou rouges.

Sans aller jusqu’à les assimiler à de micro armées, elles ne s’apparentent pas moins à des phalanges opposées, où chaque membre a une fonction quasi-militaire : capitaine, attaquant, défenseur, gardien, etc. Ce vocabulaire belliciste, révélateur, est conforté par le riche déploiement de tactiques et de ruses décuplées à proximité des goals. Pour paraphraser Clausewitz, « le sport est ainsi l’extension de la guerre par d’autres moyens ».

De fait, le Mondial peut être vu comme une guerre déguisée, par exemple la France contre l’ennemi héréditaire qu’était jadis l’Angleterre, et hier l’Allemagne.

Rien ne galvanise davantage les foules françaises que les matchs contre ses grands voisins, Germains en tête, ou contre le champion mondial ( Brésil ). Pendant que les équipes sont encore en lice, chaque victoire est immédiatement suivie d’une sortie de supporters motorisés, même tard le soir : d’incessantes et indécentes descentes de voitures traversent ainsi les rues, tous drapeaux dehors noyés dans un concert de klaxons, et pauvre du gardien de la paix qui tenterait d’intimer un peu de civilité.

En 2006 par exemple, à chaque victoire allemande, Strasbourg fut systématiquement envahie d’une noria de voitures immatriculées outre-Rhin pour une à deux heures de klaxons, à la barbe des Français qui à leur tour ne se sont pas moins privés de traverser la frontière chaque fois que l’Equipe de France éliminait un pays.

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-  ArtsLivres



Publié le 23 juillet 2006  par torpedo


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Forum de l'article
  • Le Mondial : la Galvanisation Footballistique par Philippe Cesse
    25 juillet 2006
    Si vous le permettez en écho à l’article de Philippe Cesse, je doute fort de la justesse de son propos quand il est écrit Pour paraphraser Clausewitz, « le sport est ainsi l’extension de la guerre par d’autres moyens ». A moins que ne disposant que du Robert pour tout dictionnaire il est un sens du mot "paraphraser" qui m’échappe. De plus au XVIII ème il paraît peu probable qu’on parle ainsi du sport. Par contre Clausewitz a bien écrit "la guerre est la politique continuée par d’autres moyens". Il me semble que la paternité de "le sport est la guerre continuée par d’autres moyens" revient à Pierre Bourgeade (Voir « Le football c’est la guerre continuée par d’autres moyens », Editions Gallimard).
  • Le Mondial : la Galvanisation Footballistique par Philippe Cesse
    3 octobre 2016, par Anindita Keisha
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