e-torpedo le webzine sans barbeles



Israël : "Apparemment" par J.Cook

Catégorie politique
Il y a (1) contribution(s).

Les mensonges qu’Israël se raconte et que nous, journalistes, racontons pour lui.

(JPEG)

Quand des journalistes utilisent le mot « apparemment », ou une autre expression très répandue « selon certaines sources », ils se distancient généralement eux -mêmes d’un évènement ou d’une interprétation dans l’intérêt supposé d’être objectifs. Mais je pense que nous devrions lire le mot « apparemment » dans son autre sens, celui utilisé par le secrétaire général des Nations Unies Koffi Annan en relation avec le massacre par l’armée israélienne cette semaine de 4 observateurs sans arme de l’ONU.

Quand Annan dit que ces 4 morts ont été « apparemment délibérées » je comprends que cela veut dire que les preuves montrent que les meurtres sont délibérés.

-  Et qui peut ne pas être d’accord avec lui ?

Au moins 10 coups de fil ont été passés auprès des commandants israéliens sur une période de 6 heures avertissant que les tirs d’artillerie et les bombardements aériens étaient soit dangereusement prés ou touchaient le poste d’observation.

Le poste des observateurs de l’ONU, à Khaim au sud Liban était clairement signalé et bien connu de l’armée, mais néanmoins il a été touché 4 fois la dernière heure, avant qu’un hélicoptère israélien tire un missile à guidage laser qui a détruit le toit de l’abri souterrain tuant les 4 observateurs à l’intérieur.

Le problème néanmoins c’est que les dirigeants occidentaux, les diplomates, et les médias comprennent le mot « apparemment » dans son premier sens - une façon de ne pas demander des comptes à Israël pour ses actions. Car dans ce cas « apparemment délibéré » veut dire « presque certainement accidentel ». C’est pourquoi le mieux que le Conseil de Sécurité de l’ONU ait pu décider après un jour et demi de délibération c’était de faire une déclaration floue de « choc et détresse » à propos des massacres, comme si c’était un acte de Dieu.

Nos medias ne sont pas moins responsables de ce flou.

Ils font en sorte que le « Nous », le public occidental - ne puisse penser qu’une société comme la notre, qu’on nous rappelle toujours être une démocratie, puisse sombrer dans les profondeurs de l’inhumanité nécessaire pour assassiner des responsables du maintien de la paix désarmés.

-  Qui peut être pris au sérieux s’il met en doute l’affirmation de la ministre des affaires étrangères Tzipi Livni que « il n’y aura jamais un commandant israélien qui visera intentionnellement des civils ou des soldats de l’ONU (sic) » ?

Même la minorité en occident qui a commencé à craindre qu’Israël soit « apparemment » entrain de massacrer des civils à travers tout le Liban, ou qu’il soit « apparemment » entrain de faire qu’1 million de libanais deviennent des réfugiés doit éventuellement minimiser l’idée qu’Israël est aussi capable de tuer des observateurs de l’ONU sans arme.

Apres tout, nos medias insinuent que les deux cas ne sont pas comparables.

Peut être il y a-t-il de bonnes raisons pour lesquelles les libanais doivent souffrir. N’oublions pas qu’ils appartiennent à un peuple (ou une race, ou, peut être une religion ?) qui a donné naissance au Hezbollah. « Nous » pouvons mettre de côté nos préoccupations pour le moment et admettre qu’Israël a une bonne raison de tuer les libanais ou de les rendre sans abri. Les justificatifs viendront sans nul doute plus tard, quand nous aurons perdu notre intérêt pour « la crise du Liban ».

-  Nous n’entendrons peut être même jamais quelles étaient ces raisons, mais qui peut douter qu’elles existent ?

L’assassinat « apparent » des 4 observateurs des Nations Unies, reste cependant un défi pour notre croyance en notre supériorité morale, c’est pourquoi le « apparemment » est désespérément brandi tel un talisman. Aucun pays civilisé ne pourrait tuer des observateurs de la paix, surtout ceux venant de nos sociétés, du Canada, de Finlande, et d’Autriche.

C’est la ligne de séparation morale qui nous séparent, nous, des terroristes.

Si cette ligne disparaît, alors nous ne serions pas différent de ceux que nous devons combattre.

Une image iconique de cette guerre que les médias ont réussi à faire disparaître de la version officielle, tel un secret honteux, mais qui continue d’apparaître dans les boîtes mail, c’est celle de fillettes israéliennes avec du rouge à lèvres et du vernis à ongle, dessinant des messages de mort et de haine sur des missiles sur le point d’être chargés sur des camions militaires et des tanks. Sur une photo, un soldat se tient au loin sur un tank regardant paternellement ces fillettes alors qu’elles écrivent une menace de mort au chef du Hezbollah Hassan Nashallah.

-  Est -ce là le visage plus vrai de la société israélienne, même si c’est celui qu’on ne nous a jamais montré et dont on se refuse à voir l’existence ?

-  Et sommes « Nous » en Occident entrain de nous précipiter dans cette direction ?

En conduisant à travers la ville juive de Nazareth Ellit cette semaine, j’ai réalisé combien je m’endurcis face à ce militarisme triomphant - et le racisme qui le nourrit. Rien de surprenant en voyant les posters  » nous gagnerons » sur chaque panneau. Mais il m’a fallu plus de deux secondes pour remarquer qu’une ambulance de l’organisation publique de secours Magen David (l’étoile de David) roulant devant moi arborait un petit drapeau israélien à sa fenêtre. J’ai entendu dire que les voitures des sapeurs pompiers américains arboraient le drapeau des Us après le 11 septembre, mais ceci semble pire.

-  Comment est ce possible, ai-je pensé en moi-même, qu’une ambulance, le symbole de nos valeurs « occidentales » neutres, civilisées, universelles, humanitaires, arbore un drapeau national ?

-  Et cela fait-il une différence si cette organisation a été acceptée au sein du Comité International de la Croix Rouge il y a seulement quelques mois ?

Mes pensées ont été lentement perturbées par ce phénomène :
-  combien de personnels administratifs d’hôpitaux, de docteurs, d’infirmières ont vu l’ambulance arriver aux service des urgences et n’ont pas broncher ?

-  Est-ce là la seule ambulance israélienne qui porte ce drapeau, ou bien il y en a-t-il d’autres ?

-  Plus tard, j’ai vu sur la chaîne TV BBC 2 ambulances avec les mêmes drapeaux montant sur la ligne de front pour aller chercher des blessés.

-  D’autres vont-elles bientôt passer la frontière et pénétrer au sud Liban après qu’il ait été « sécurisé«  et quelqu’un mentionnera-t-il ces petits drapeaux flottants au vent ?

Une psychologue m’a dit combien elle avait été perturbée par une rencontre du comité de coordination de sa profession à laquelle elle avait assisté il y a quelques jours, dans le nord. Ils discutaient de la meilleure manière de traiter les enfants israéliens pour les chocs et traumatismes liés aux bombardements du Hezbollah. La rencontre s’est conclue par un accord comme quoi les psychologues réassureraient les enfants en leur disant que

« l’armée est là pour nous protéger ».

Ainsi les graines du fascisme sont-elle semées sans réfléchir dans une autre génération d’enfants, des enfants comme les nôtres.

Personne n’était d’accord avec mon amie quand elle a exprimé sa désapprobation, disant que ce n’était pas le message à transmettre à des esprits impressionnables, et que la violence contre autrui ce n’est pas la panacée pour nos problèmes. Les parents, non les soldats, sont responsables de la protection de leurs enfants, a-t-elle fait remarquer.

-  Les tanks, avions et fusils ne provoquent que de la peur et plus de haine, une haine qui reviendra un jour nous hanter ?

L’endoctrinement lent, doux, continue chaque jour, renforçant l’idée dans la population juive d’Israël que l’armée ne peut faire aucun mal et qu’elle ne doit pas être supervisée, pas même par les dirigeants politiques dont la plupart sont d’anciens généraux de toute façon, ou comme le premier ministre Ehud Olmert ont trop peur de s’affirmer devant les chefs d’état major si besoin est). « Nous gagnerons »

-  comment sait-on que nous gagnerons ?

Parce que « l’armée est là pour nous protéger ». Ajoutez à cela ces ennemis « arabes », sans visage, ces sous humains, et vous avez la recette du fascisme - même si c’est du type démocratiquement élu.

Les medias israéliens, bien sûr, fournissent la deuxième partie de cette équation - ou plutôt ne la fournisse pas. Vous pouvez rester assis à regarder les principales chaînes TV israéliennes toute la journée, zappant de tv1 à 2 et 10, et vous ne verrez pas un seul visage libanais en dehors de celui de Hassan Nashallah, le nouvel Hitler. Je ne veux pas dire ces visages ou corps mutilés, ces bébés portant des pansements, ou les amputés couchés sur des lits d’hôpitaux. Je veux dire n’importe quel visage libanais. De même que vous ne voyez pratiquement jamais de visage de palestinien sur les TV israéliennes sauf celles de foules défigurées par la haine alors qu’ils portent en terre un autre martyr.

Sur la TV israélienne le Liban est seulement vu à travers la prise de vue en noir et blanc du viseur d’une mitrailleuse d’un hélicoptère, ou à travers la vue de loin d’un paysage urbain avant qu’il ne soit « pulvérisé » par une bombe larguée. Les immeubles tremblent, des flammes s’élèvent dans le ciel, et des nuages de poussière se répandent dans l’air. Une autre poussée d’adrénaline telle celle provoquée par un jeu de combat électronique.

Les histoires humaines existent, mais cela ne concerne pas le Liban.

Les sociétés de protection des animaux israéliennes interviennent pour le compte des chiens et des chats restés seuls face aux roquettes dans la ville désertée de Kiryat Shmona, comme elles l’ont fait avant pour les renards et les cerfs quand Israël a construit ce mur, Mammouth de béton et de fer, sur leurs chemins de migration en Cisjordanie, des murs qui emprisonnent aussi et rendent invisibles des centaines de milliers de palestiniens.

Le reste des informations est réservé aux porte paroles de l’armée israélienne, et les « commentateurs » et « analystes » des medias.

-  Qui sont ces gens ?

Ils appartiennent au même réservoir d’anciens officiers de la sécurité et des services secrets, qui autrefois faisaient ce boulot entre quatre murs au quartier général de l’armée et qui maintenant sont sur le devant de la scène médiatique. L’un de ces expert favoris est appelé " expert en guerre psychologique contre Hassan Nashallah ".

-  Et qui sont les présentateurs et les animateurs qui les interviewent ?

L’autre jour, un expert sur les hélicoptères Apache d’un certain âge a interrompu son interviewer pour lui dire que sa question était stupide. « Nous étions ensemble dans l’armée et nous connaissons tous les deux la réponse. Ne jouer pas au niais. »

Une remarque rare pour rappeler que ces présentateurs sont aussi tout simplement des soldats en costume.

L’un des plus populaires, Ehud Yaari de TV 2 camoufle à peine ses titres militaires alors qu’il préconise encore plus de violence contre les libanais ou à défaut contre le peuple de Gaza.

C’est ce qui arrive quand on a une « armée de citoyens », où les adolescents apprennent à utiliser un fusil avant de savoir conduire, et les hommes font des périodes de réserve jusqu’à prés de 50 ans. Cela veut dire que chaque professeur, psychologue mâle et journalistes pensent en soldat, parce que c’est ce qu’il a été la plupart du temps dans sa vie.

Israël n’est pas un cas unique, loin de là, bien qu’il soit dans une zone plus sombre, et l’a été déjà depuis un certain temps, pour que « Nous » en Occident puissions l’apprécier. C’est le miroir de ce que nos sociétés sont capables de faire malgré leurs valeurs démocratiques. Cela montre comment un culte de la victimisation rend sans cœur et cruel, et comment le racisme peut être reconditionné sous forme de valeur civilisée.

Peut être que ces observateurs de l’ONU, avec leur poste d’observation au dessus du champ de bataille où Israël veut utiliser tous les moyens pour détruire le Hezbollah et les civils qui se trouvent sur leur chemin, devaient disparaître parce qu’ils gênent, obligeant l’armée israélienne à se restreindre quand elle a besoin de continuer son boulot pour affirmer « Nos » valeurs. Peut être qu’Israël ne veut pas que ses actes soient sou le regard scrutateur des observateurs de l’ONU alors qu’il mène pour nous le combat contre le terrorisme. Peut être qu’Israël craignait que les rapports des observateurs puissent aider à redonner aux libanais même au Hezbollah, leurs visages, leur histoire, leur souffrance.

-  Et, si nous somme honnêtes, Israël n’est pas seul. Combien d’entre nous veulent que les arabes restent sans visage, pour que nous puissions croire que nous somme les victimes d’une nouvelle idéologie, qu’ils veulent seulement nous étriper, comme les « peaux rouges » autrefois voulaient soit disant nous scalper ?

-  Combien d’entre nous, d’entre nous, croient que nos valeurs exigent que nous nous rangions derrière un nouvel ordre mondial où les morts des arabes ne sont pas des morts réelles parce qu’ »ILS » ne sont pas totalement humains ?

-  Et combien d’entre nous croient que la barbarie intentionnelle, au moins quand c’est nous qui la produisons, est seulement « apparemment » un crime contre l’humanité ?

Jonathan Cook Le 29 juillet 2006 Article publié sur :
-  Antiwar.com

-  Jonathan Cook est journaliste et écrivain britannique basé à Nazareth, en Israël. Il est l’auteur de "Blood and Religion" (Le Sang et La Religion) publié par Pluto Press.

-  Son site WEB

Lu sur :
-  Radio Air Libre



Publié le 4 août 2006  par torpedo


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
  • Israël : "Apparemment" par J.Cook
    4 août 2006, par régis
    Perché lo voglio ? Perché mi hanno detto che è una virtù volerlo. Io esercito il mio diritto-virtù. Sono assassino e sono buono Pier-Paolo Pasolini
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin