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PARMI NOUS sans papiers, sans visages, sans paroles
un film documentaire de Carole Sionnet

Catégorie Cinema
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PARMI NOUS sans papiers, sans visages, sans paroles

Le film documentaire Carole Sionnet

(JPEG)

-  1- Rappel Démographique

Tandis qu’en France la question des sans papiers est régulièrement sortie du placard, par certains politiciens aux dents longues -essentiellement à des fins électorales- et même si on se demande comment peuvent se faire des choix électoraux en faveur de politiques néo- fascistes, une chose est certaine ce n’est pas l’immigration, clandestine ou non qui pose des soucis à la France.

-  De qui parlons nous lorsque l’on agite l’étendard de l’immigration ?

Selon les travaux d’Hervé Lebras, démographe à l’Institut national des études démographiques, le recensement de 1999 dénombrait trois millions d’étrangers, soit 5% de la population et entre 200 000 et 400 000 personnes en situation irrégulière. Ces chiffres sont stables depuis dix ans.

Dans une interview accordée au quotidien 20 minutes en mai 2006, il précisait que « la régularisation des sans papiers est un problème marginal » Il déclarait que « la loi Sarkozy » (Saccage - Arnaque - Répression - Képi - Oligarchie - Zizanie -Ypérite) « ne régularisant plus les sans papiers installés en France depuis dix ans était une erreur car non seulement ces gens ayant fondé une famille ne partiront pas, le risque étant la création de nouvelles situations de crise »

Une fois de plus le pompier pyromane, "Saccage -Arnaque"...utilise une technique qui a déjà fait ses preuves non seulement en France, en novembre 2005, dans les zones périphériques urbaines paupérisées auprès d’une jeunesse à fleur de peau, mais également chez les propagandistes nazis de 1933 en Allemagne. Il s’agit donc d’allumer le feu pour pouvoir montrer au bon peuple comme on est efficace à l’éteindre donc « votez pour moi ».

Revenons à nos moutons, il ne s’agit pas ici de la farce de maître Pathelin mais de vies humaines.

-  A l’ère de l’internationalisation, de la prise de conscience d’une humanité globale comment peut on oser expulser des gens d’une terre qui au fond n’appartient à personne ?

-  Comment peut on ériger en problème nationale une « question marginale » en oubliant, comme le souligne Hervé Le Bras que « la France est surtout confrontée à un problème d’émigration. En 1993, 45 000 français partaient vivre en angleterre. En 2003 ils étaient trois fois plus »

-2- Le film : une émotion à chaud

Plans fixes.

Longueur du simple temps qui passe sous nos yeux.

Leur temps.

Le temps de personnes vivant en France sous le joug de lois injustes dans un monde où la solidarité, l’entraide commencent à disparaître pour laisser la place aux rapports compétitifs, à la quête du profit. Dans un monde vivant à la vitesse médiatique, dans l’utilitarisme, la maximisation du profit immédiat.

Ce film se bat pour montrer les injustices engendrées par le système capitaliste largement masquées par le spectacle au sens de Guy Debord, l’artifice, le médias permanent entre les humains, les coupant véritablement du réel, gommant la misère grâce à quelques émissions télévisuelles populaires. C’est le règne de la positivité béate, faisant fi des conséquences injustes du développement économique et des orientations politiques fabriquant l’exclusion.

-  L’être humain n’a rien à voir dans tout ça. L’Etat social a-t-il disparu en laissant nombres de clandestins et autres précaires dans la peur tout en entretenant la peur de l’autre car les lois ségrégatives n’ont jamais favorisé la vie ensemble ?

Au contraire, elles créent le sentiment d’insécurité relativement à la différence..

-  Allons nous encore longtemps vivre cette déshumanité dans l’humanisation ?

Il n’est pas question de fermer les frontières puisque l’expérience historique montre qu’il y a toujours eu des clandestins. Du point de vue de la mobilité des peuples rien de nouveau à ce que les déshérités sur leurs terres cherchent à s’expatrier sur des terres qu’ils pensent plus propices.

-  Mais à qui appartient le sol ?

Voilà une question simple qui renvoie à la façon dont nos terres sont gouvernées.

Expulsion à la frontière de Mr X car sans papiers, refus de régulariser Mr Y tandis qu’il apporte toutes les preuves nécessaires à sa régularisation en préfecture. Hum, il y a un problème, même lorsque les personnes sont en règles elles ne sont pas régularisées.

Cette politique du rejet favorise le rejet d’autrui.

-  N’est-il pas possible de vivre ensemble et de prôner le multiculturalisme contre l’uniformisation et la ségrégation ?

Pourquoi cet humain là ou bien cet autre n’aurait- il pas le droit de vivre où bon lui semble. Cette terre d’asile, pourquoi lui refuser.

-  N’y a-t-il pas assez de place ?

Alors ils vivent sur la terre de leur rêve mais ils sont cachés, Parmi nous, sans papiers, sans visages, sans paroles.

Nous respirons 52 minutes d’un autre temps, auprès de la famille Aboubacar.

En tailleur autour de la table en formica installée dans la pièce principale de leur logement provisoire prêté par des amis, nous voici suspendus à leurs lèvres. Nous vivons 52 minutes de leur vie. Nous nous sentons très proches d’eux comme s’ils étaient à coté de nous. Cependant ils expriment plutôt l’angoisse d’être contraints de se cacher pour éviter les contrôles policiers. Leur parole est une parole "brut de décoffrage". Voilà ce qui caractérise le cinéma de Carole Sionnet, il ne triche pas, il nous montre le réel tel qu’il est, sans aucun artifice. Elle veut faire comprendre ce que signifie une inégalité sociale ou une injustice.

Elle nous tire par les tripes. Elle nous met face à l’absurdité de nos conventionnalismes.

Ce cinéma hyperréaliste à la forme documentaire est sans aucun commentaire de la réalisatrice et le montage ne travestit pas la vie de ses protagonistes. Elle nous montre des morceaux de vie sans autre analyse que les faits. Ils et elles évoquent ce qu’est le quotidien d’un sans papiers. Il s’agit de vivre sans un centime car la société ne procure pas de travail aux sans papiers. Bien sur le travail au noir reste la solution tandis qu’il faut se cacher en permanence. Le moindre contrôle signifie probablement expulsion, en fonction d’aléas comme en fonction de lois fortement ségrégatives dans un contexte d’effacement de l’Etat économique d’abaissement de l’Etat social, renforcement et glorification de l’Etat pénal

La caméra brute de Carole Sionnet sillonne les pas des passants au soleil, puis elle montre Ahmed qui crève sous nos yeux pendant que le débat politique et la lutte sur le terrain continuent. Tour à tour les intervenants sociaux luttent au quotidien pour aider et soutenir des êtres humains en grande précarité sociale.

-  Carole aura-t- elle sauvé une famille, un homme brisé, désintégré et à qui on refuse la régularisation ?

Il semble malheureusement que ces gens se cachent toujours et vivent leur clandestinité dans une grande souffrance.

L’Etat leur refuse un nom, un droit d’exister.

Les Lois françaises sont une aberration. Il est impossible d’empêcher l’immigration clandestine. Il faut accueillir, intégrer.

Il s’agit plus de favoriser le multiculturalisme plutôt que le repli sécuritaire.

Parmi nous, sans papiers, sans visage, sans paroles coupe le souffle, foudroie, il met à nu la misère, il montre l’envers du spectacle marchand, le coté pile d’un monde policé. Ahmed ne veut pas d’ami, il veut des papiers, juste des papiers pour avoir le droit d’exister. La famille Aboubacar voudrait juste manger à sa faim et montrer son visage, trouver la dignité.

-  L’auteure ?

Sincérité, hargne, foi, vertu.

Voilà un oiseau rare de Charente invité lors du festival du cinéma d’ATTAC 2005 -peut-être pour rappeler aux mondains hyper urbanisés- l’immondice du siècle, pourtant civilisé.

La misère des humains, derrière les brillantes vitrines parisiennes, irréelles et pesantes.

Virginie Rigot.

CAROLE SIONNET

-  3 - Le synopsis, (par l’auteure)

Ce film trace le portrait d’une famille et celui d’un célibataire sans papiers. Dans un appartement que des amis lui prêtent, la famille se livre à nous : le père vit en France depuis douze ans, la mère depuis quatre ans. Ils sont d’origine guinéenne. Leurs deux enfants sont nés en France. Ils sont tous les quatre sans papiers.

Lors d’un débat sur l’Algérie, un jeune homme d’une trentaine d’années nous raconte son histoire. Il est sourd et s’exprime en langue des signes : après avoir été racketté et menacé de mort en Algérie, il s’est réfugié en France. On le retrouve en ville, avec une amie...

De dos, dans l’anonymat une femme témoigne, puis un homme, puis un autre...

Tous vivent dans la précarité, sans droit au travail, sans aide, dans la peur d’une arrestation ou d’une expulsion. Là, ils nous disent.

-Le propos du film

Les sans-papiers vivent près de nous mais nous ne les connaissons pas.

Ce film porte sur eux qu’on ne voit pas, qu’on oublie ou dénigre. Les médias nous relatent des faits : « Des sans-papiers ont voulu traverser la frontière », « une église occupée », « des sans-papiers expulsés »... Ils nous parlent en nombre de ces gens. Mais derrière les chiffres, l’individu est nié.

Dans ce film, nous entendons des voix, nous mettons des visages sur ces nombres. Nous découvrons leur histoire, leur vie à travers leur parole, leur point de vue : pas de théoricien, ni de voix off explicative, juste eux sans commentaire.

Il s’agit d’humaniser le terme « sans-papiers » assimilé à « Clandestin », montrer l’absence de droit pour des humains, montrer la précarité, montrer l’humain.

En nous parlant d’eux, ils nous parlent aussi de nous, du fonctionnement, de l’organisation de notre société et des injustices qu’elle comporte.

-Le film

En 2002, je rencontre Ahmed (le célibataire sourd) puis d’autres sans-papiers. Ces rencontres sont si fortes que je décide d’écrire et de réaliser un film sur eux. Le climat est si dur (lois et expulsions) que l’urgence s’impose, il faut tourner très vite, dans l’urgence, avec peu de moyens, mais il faut vite montrer ce qu’on ne voit pas.

Avec la famille et le célibataire, il s’agit de comprendre des situations particulières, d’être proche des gens pour comprendre. Avec les autres témoins qui sont dans l’anonymat : il s’agit de comprendre une situation générale, une histoire commune. Eux témoignent sur fond neutre : pas d’identification de lieux, on ne sait pas où ils sont, ils sont nulle part : « quand on est sans papiers on ne peut pas vivre ».

-L’anonymat

Pendant la préparation du film je m’aperçois que tous ont très peur de témoigner : les sans-papiers, les anciens sans-papiers et même des amis de sans-papiers (par peur des nouvelles lois). D’autres choisissent de parler : ceux du film disent, chacun comme il peut dire, à moi de m’adapter, de filmer ce qu’il est possible de filmer.

Dans le film, la mère ne veut pas montrer son visage ni celui d’un de ses enfants, alors pour être au plus proche d’eux : je filme des gros plans de ses mains, de son cou, on entend le bébé...

Le père de famille et le célibataire montrent leur visage. Ils veulent pour vivre comme tout le monde et que les gens comprennent « on est simplement sans papiers on n’est pas des criminels ».

Ahmed s’exprime en langue des signes, la famille en français. Le film est sous-titré en français, ainsi il est accessible aux entendants et aux sourds.

Généralement lorsqu’un sourd est représenté dans un film, la surdité est au cœur de l’histoire. Ici les sourds ont aussi autres choses à nous dire.

-  Fiche technique

Réalisation : Carole SIONNET, Image : Jean-Marc PALUCH, son : Guillaume DECOSSAS et Fabrice DECEMME, Montage : Audrey BACAL et Max PAQUEREAU, Mixage Benoît LASJUILLIRIAS, Conformation et étalonnage : Stéphane Martin, Images additionnelles : Charlie PANCACCINI, Musique originale : Stéphane MICHOT, Sous-titres langue des signes / français : Emmanuelle ROUSSELIERE et Linda DUPUIS, Avec : le Collectif des Sans-Papiers d’Angoulême, l’Association Baobab, Avec la participation de : la Région Poitou-Charentes, le Conseil Général de la Charente, A vue d’œil, le Lycée de l’Image et du Son d’Angoulême.

-  2003 / France / 52 minutes / Couleur / DV cam / Béta SP / DVD / 4/3 / Son mono

P.S : Joindre carole Sionnet. carolesionnet@yahoo.fr

-  Se procurer le film.

PAR INTERNET :

www.cine3mondes.com

PAR COURRIER ou SUR PLACE :

Médiathèque des Trois Mondes 63Bis r Card Lemoine 75005 PARIS

TARIF : 30 EUROS



Publié le 6 août 2006  par Virginie


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