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Chavez et la révolution bolivarienne
entretiens avec Bilbao Luiz
par Richard Ackermann

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Le personnage Hugo Chávez inquiète autant qu’il fascine : ce nouvel épigone de la révolution sociale latino-américaine prend de l’envergure tandis que s’amenuise celle de Fidel Castro. Ce recueil d’entretiens donne la version des faits selon le président vénézuelien lui-même

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Il s’agit de deux cycles d’entretiens, l’un dans la nuit du 28 décembre 2001, l’autre en 2003, séparés par le coup d’Etat d’avril 2002. Publiés séparément en Argentine et dans la version Cône Sud du Monde Diplomatique ( disponible en kiosque dans les principales villes du continent ), les voici réunis dans un ton complice entre Chávez et son interviewer argentin Bilbao. Les introductions de ce dernier aux deux parties du livre sont informatives, enthousiastes et engagées, et orientées si comparées à l’information orthodoxe et timorée de nos jours : « il faut souligner la légèreté et souvent la franche mauvaise foi avec laquelle a été traité le processus en cours au Venezuela. Ce parti pris a empêché de prévoir, puis de comprendre le tournant géopolitique radical qui ces deux décennies a transformé le panorama continental et mis les Etats-Unis dans la position de défense agressive qui s’est traduite par différentes initiatives, dont l’accélération de la création d’un marché commun continental sous contrôle américain, d’une armée unique sous commandement américain et d’une économie fondée sur le dollar ( intro., p.23 ) »

Elu en décembre 1998, destitué en avril 2002 pour 37 heures et réélu en 2004 avec 60% des suffrages, Hugo Chávez a le soutien de son peuple, après la rébellion avortée qu’il avait lui-même menée en 1992. L’intéressé donne des précisions instructives sur sa manière de gouverner en démocratie, sa conception du monde et ses rapports de force : « la santé avait été privatisée. Ceci ne peut être privatisé, c’est un droit fondamental, la santé, l’éducation, l’eau, l’énergie électrique, les services publics, ceci ne peut être livré à la voracité du capital privé. Nier les droits aux peuples c’est le chemin à la sauvagerie : le capitalisme, c’est la sauvagerie (p.200) ». Ses affirmations étant suivie d’effets expliquent qu’« après les élections régionales du 31 octobre [2004], des 24 gouvernorats, nous en avons gagné 22, (aussi) plus de 80% des mairies, plus de 80% des députés régionaux. La croissance de l’économie vénézuélienne l’an passé fut de 20% et le chômage a baissé - il avait atteint plus de 20% - il a baissé à 11% (p.202) »...

-  La Révolution Bolivarienne

En accédant au pouvoir en 1998, il hérita d’une économie gangrenée par la corruption et d’une nation divisée entre l’oligarchie et le reste de la nation. Les problèmes économiques étaient sérieux, et aggravés dès sa prise de fonctions par les « attaques spéculatives contre notre monnaie le Bolívar, qui deviennent préoccupantes [...] au-delà de ces facteurs de perturbation des derniers jours [décembre 2001], qui font partie de l’ensemble du plan politique de cette même oligarchie qui achète des dollars pour les envoyer à l’étranger, il y a une économie avec un des taux de croissance les plus élevés du continent. Et non grâce au pétrole. Comme tu le sais, cette année [2001] les prix du pétrole se sont effondrés et par trois fois nous avons été amenés à diminuer la production. Cependant, le bâtiment connaît une croissance de 16%, l’industrie minière de 6%, le marché de l’automobile de 40%, ce qui veut dire que la classe moyenne est en train de récupérer du pouvoir d’achat. Les investissements internationaux ont augmenté de 30% (pp.74-75) »

Or le Venezuela est membre de l’OPEP ; mais comme le Gabon, les revenus pétroliers ne semblaient se répercuter dans le pays. Les deux compagnies pétrolifères nationales, les jumelles PDVSA Occidente et PDVSA Oriente ( pour Petróleos de Venezuela S.A. ), étaient un état dans l’Etat, opaque et hermétique au gouvernement de Chávez. C’est ainsi qu’entre autres mesures, il explique avoir « dû licencier douze mille personnes - non pas des ouvriers - pas un seul ouvrier n’a été touché, mais des gérants, des techniciens contractuels qui ne travaillaient pas et avaient de gros salaires qu’ils ne prenaient même pas la peine d’aller toucher, car ils étaient directement virés sur leur compte... des centaines d’individus que personne n’avait jamais vus... (p.156) ». Et sur le rôle de son pays dans l’économie du pétrole, il dit avoir « reçu des députés et des sénateurs américains, représentants d’Etats pétroliers, qui nous applaudissent. Un prix du pétrole à 10 dollars ne convient pas non plus aux grandes transnationales pétrolières, car leurs bénéfices diminuent. L’enjeu est de trouver un équilibre et je suis persuadé que les grands pays ne nous considèrent plus comme une menace. Au contraire, la plupart ont compris que le rôle du Venezuela dans l’OPEP est utile à tout le monde, car il favorise l’équilibre (p.97) ».

A ces emplois fictifs à l’échelle nationale s’ajoutent « des milliards de dollars d’évasion fiscale commise par notre oligarchie. Et c’est une des choses qui me met en colère, parce que pour te donner un exemple, une des principales chaînes de télévision privée, une de celles qui a fait le plus de publicité et de chiffre d’affaire l’année dernière, a déclaré des pertes de deux milliards de bolivars. C’est d’une immoralité absolue. Actuellement nous sommes parvenus pour la première fois à 98% de notre objectif en matière de recettes fiscales, jusqu’ici elles n’atteignaient pas 85%. C’est l’une des bases du système capitaliste : celui qui gagne le plus paye le plus, et ces recettes sont affectées aux budgets de l’éducation et de la santé (pp.76-77) »...

A ce sujet, « nous avons décrété cette année [2001] l’interdiction des droits d’inscription dans les écoles publiques, qui étaient demandés comme si c’était normal [...] Si tu ne payais pas, l’enfant n’était pas inscrit. Maintenant, c’est interdit. Et cela n’a pas été facile. J’ai dû aller moi-même dans certaines écoles, parce que les gens venaient ici ou dans mon émission ‘Allô Presidente’ pour dénoncer qu’on continue à leur demander de payer l’inscription [...] nous estimions que grâce à cette mesure environ deux cent mille enfants pourraient être scolarisés, mais ce fut un million d’enfants (p.78) »...

Sur le plan de la réforme agraire, il promulgua un « décret présidentiel lui donnant pouvoir d’autoriser l’occupation immédiate des terres en friche appartenant à l’Etat, et cela représente beaucoup, et celles appartenant à certains propriétaires terriers [...] Nous nous sommes fixé un but cette année qui est d’octroyer un million d’hectares en fonction de la carte agraire et d’adjudications (p.164) », et ce avec un sens certain de l’histoire politique : « le 10 décembre 2001, Chávez apposa sa signature sur la Loi de Terres à Santa Inés, dans les plaines de l’Etat de Barinas. En 1859, le même jour, dans ce même lieu, Ezequiel Zamora, à la tête d’une insurrection de paysans, triompha de l’armée de l’oligarchie de Caracas. Cela seul suffit à expliquer sa réponse à la grève déclenchée ce même jour par le patronat ( Fedecamaras ) ( intro., p.26 ) ». Enfin, on connaît les liens entre son pays et le régime castriste ; exemple : « Cuba nous a beaucoup aidé avec ses médecins cubains pour les campagnes de vaccination. L’expérience cubaine nous a beaucoup aidés. La dénutrition infantile a baissé de 10% (p.82) ».

Le Coup d’Etat manqué du 11 avril 2002 :

« Lève-toi, car dans la rue tu es devenu un héros national (p.40) »

Parmi les diverses tentatives visant à le renverser, celle d’avril 2002 faillit réussir, avec la bénédiction des Etats-Unis et de l’Espagne capitaliste de José María Aznar. Et ce au point que le FMI s’empressa d’annoncer dans les 24 heures son soutien inconditionnel aux putschistes celui-là même qu’il refusait au gouvernement bolivarien : « tandis que se déchaîne la chasse aux dirigeants politiques et syndicaux favorables à Chávez, la chaîne de télévision publique est occupée par l’armée ainsi que l’agence de presse officielle Venpres. Les gouvernements des Etats-Unis et d’Espagne reconnaissent le nouveau Président. Le Fonds Monétaire International annonce publiquement qu’il est disposé à accorder au Venezuela autant de crédits que nécessaires [...] Les faits sont connus. Des millions de personnes se sont jetés dans les rues pour affronter les putschistes (p.111-112) »...

Hugo Chávez réintégra ses fonctions en moins de 48h.

Mais son régime n’était pas au bout de ses peines, les auteurs du putsch de 2002 ayant été innocentés dans une étonnante décision judiciaire ( rappellant celle de la Cour Suprême des Etats-Unis concernant les votes de La Floride de 2000 ) : « nous tenons à notre Constitution. Et nous espérions que les pouvoirs publics, en particulier le pouvoir judiciaire, fonctionneraient, seraient à la hauteur des circonstances que nous vivions et ne décevraient pas nos attentes. Nous n’avions pas imaginé que le Tribunal Suprême de Justice allait prendre la décision de proclamer que les événements d’avril n’étaient pas un coup d’Etat. Ce fut un coup terrible pour le moral du pays et cela provoqua toute cette impunité [...] par un vote plus que douteux - car la majorité était de circonstance : deux magistrats opposés à l’impunité et opposés aux putschistes ont été récusés, des suppléants ont été désignés, des votes achetés, d’autres obtenus par chantage - décida par onze voix contre neuf, qu’il n’y avait pas eu de coup d’Etat, que je n’avais pas été en prison, que je n’avais pas été séquestré mais mis sous bonne garde, et que les putschistes avaient agi guidés par de bonnes intentions (p.134-136) »...

La fin du dernier entretien aborde le legs de Simón Bolívar, qui au XIXe siècle avait rêvé de fédérer les pays latino-américains, à l’image des Etats-Unis qui avaient pris leur indépendance en 1776 face à l’Empire où le soleil ne se couchait jamais, le Royaume-Uni. Pour le Venezuela, il s’agissait alors de l’empire espagnol ( dont Chávez combat aujourd’hui le remplaçant nord-américain ) : « l’Empire... l’empire ne respecte ni les lois ni les accords ni la parole donnée (p.185) »...

source :
-  Arts Livres

-  Editeur : Le temps des cerises



Publié le 21 août 2006  par torpedo


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