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EDITION : Lettre ouverte à tous par Isabelle Bourgueil

Catégorie édition
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Lettre ouverte à tous

et en particulier aux libraires, aux lecteurs, aux acheteurs de livres de bibliothèques, aux éditeurs, aux auteurs, aux journalistes...

De la volonté d’éditer des éditeurs de petites tailles et de la longue vie de certains livres, chronique d’une impossible disparition de L’or des fous et d’autres éditeurs

Nous vivons une expérience éditoriale à l’envers de toutes les recommandations du vieux et nouveau monde économique.

L’aventure a débuté par une belle histoire, une rencontre, une reconnaissance au bord d’un Océan de deux humains et de leurs doubles en devenir.

De cette rencontre est née une maison d’édition. Vu le programme éditorial de L’or des fous, aucune banque solidaire consultée n’a prêté d’argent.

-  Le programme, de quatre à six titres par an, n’a pas séduit

-  sa principale raison d’être, non plus : éditer « des livres qui n’ont d’autre génie que le génie qui s’en tire pour le plaisir de vivre mieux »

-  ses modalités, n’en parlons pas : éditer peu, porter longtemps ces livres, les défendre au mieux et les éditer en zone rurale.

Les débuts furent héroïques avec les petites économies d’une personne.

Extrait de la présentation de L’or des fous éditeur :

« L’or des fous met donc toute sa passion de vouloir-vivre en œuvre, afin de propager la conscience de ce qui, dans le monde doit être changé, pour que « la liberté et le bonheur, qui s’énoncent au singulier, se conjuguent au pluriel. » Avec quelque quatre à six titres par an, « Nous qui désirons sans fin », souhaitons envers et contre tout entendre résonner la vie en nous et dans nos mille intérieurs. Nous publierons des textes de littérature et des essais de sciences humaines et sociales. Nous puiserons les ingrédients du bonheur dans l’incommensurable fonds de textes épuisés ou oubliés et bien d’autres inédits anciens ou contemporains écrits ou en création permanente. »

L’or des fous éditeur, après seize mois d’existence, fait aujourd’hui partie du paysage éditorial. Cependant, notre maison d’édition doit 9000 euros à son imprimeur préféré, l’imprimerie La Vallée et quelque 10 000 euros à une personne privée. Aucun des deux n’expédiera L’or des fous en prison et L’or des fous les remercie chaleureusement.

Nous ne sommes pas seuls dans ce cas mais ceci n’est pas une raison de se taire ; nous ne voulons ni emprunter, ni suivre la logique de surproduire pour s’en sortir économiquement, parce qu’humainement, certains éditeurs ne vivent plus et perdent leur vie ; nous voulons que nos livres soient connus et lus. Nous voulons aussi, en attendant de s’offrir un jour tous les livres désirés du monde, que nos livres se vendent.

Malgré cet obstacle majeur, l’argent, nous voulons vivre fidèles aux textes que nous publions. Nous expérimentons ici et maintenant la vie de ce que nous pensons être celle d’un éditeur sensible ; parallèlement, la voie impériale proposée par la Pottérisation et la Googlelisation de nos sociétés séduit la majorité ; bravo aussi à notre chère et douce télévision qui entretient le désordre économique et siphonne les consciences depuis plus de 60 ans !

L’or des fous continuera d’exister si nous vendons environ 3000 exemplaires supplémentaires soit environ 500 exemplaires de chacun de nos six titres. C’est beaucoup et peu en même temps.

-  Que veulent dire ces chiffres ridicules ?

Ils indiquent simplement qu’en édition il y a un dérèglement de type climatique ; la plupart des petits tirent leurs livres en dessous de 1000 exemplaires alors que les gros « tirent groupés » à des milliers voire à quelques millions d’exemplaires.

Cette course à la survie contraint certains petits éditeurs à surproduire pour survivre alors que les quelque dix plus importants groupes d’industrie culturelle (éditoriaux) français sortent plus de 40 000 nouveaux titres ou nouvelles éditions sur les 53 000 comptabilisés au total en 2005.

Chaque jour, ces livres reviennent en boomerang après une courte exhibition dans les librairies à ces gentils messieurs dames de la grande édition qui, tous les matins, les brûlent ; dans le pire des cas, ils les envoient dans les pays dits en développement, l’Afrique appelée francophone en particulier et sapent ainsi depuis la colonisation l’édition locale.

Ces groupes occupent de façon totalitaire les rayons dont nous autres, nous trouvons de plus en plus exclus. Alors que quelques 300 marques - par exemple Larousse, Fayard, Le Robert, La Découverte, Seuil, etc.- concentrées dans les groupes susnommés industriels ou familiaux se partagent à peu près 2 milliards d’euros sur 2,5, l’édition de petite taille, elle, maintient une édition souvent, pas toujours, de création et de qualité insuffisamment soutenue.

Les groupes éditoriaux disposent d’argent frais ou trésorerie qui ne provient pas toujours des revenus des ventes des livres clonés et produits en série pour une majorité ; ils mettent la main sur les valeurs sûres commercialement parlant et rarement humainement, ils achètent les droits pour des inédits à l’étranger, ils achètent les auteurs comme un joueur de football, ils achètent encore les meilleurs traducteurs et achètent notre espace public en le privatisant.

Ils achètent et vendent sans autre considération humaine et culturelle.

Ils s’amusent à quelques-uns à encombrer les rayons des rares librairies et par conséquent appauvrissent un peu plus l’intelligence et la curiosité des Homo sapiens sapiens. Ceux-ci, fatigués et débordés par des questions de survie peuvent difficilement reconnaître, démêler, et dépasser enfin, les fils d’un vieux piège en permanente transformation, celui du maintien des peuples dans l’ignorance.

La surproduction de livres clonés relève de l’anti-diversité culturelle et crée l’illusion culturelle par le vide invisible.

Ces livres objets jouent un rôle dans le Spectacle créant en permanence des spectateurs désenchantés du monde.

Par notre diversité, nous continuerons à l’enchanter !

Nous n’avons ni gagné ni perdu cette aventure.

-  Merci à tous ceux qui défendent la vie au quotidien
-  Merci à tous nos ami(e)s et en particulier à Raoul Vaneigem et aux auteurs qui nous font confiance ;
-  Merci à Court-circuit et son équipe de nous diffuser et distribuer et à Lekti-ecriture.com, plate-forme de l’édition indépendante sur Internet, de nous avoir accueilli
-  Merci à Jean Pencreac’h qui corrige nos livres gratuitement
-  Merci à tous les libraires et lecteurs qui nous encouragent chaque jour.

-  L’or des fous, I.B. lundi 28 août 2006, Nyons



Publié le 29 août 2006  par torpedo


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  • EDITION : Lettre ouverte à tous par Isabelle Bourgueil
    19 janvier 2016, par LanceReed
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  • EDITION : Lettre ouverte à tous par Isabelle Bourgueil
    5 octobre 2016, par isamsamantha
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