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Que périssent les faibles ... Approche d’une critique de Heidegger
Premier volet

Catégorie free littérature
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« Périssent les faibles et les ratés ! Et il faut même les y aider ! » Nietzsche

-  Approche d’une critique de Heidegger

De ma lecture de Nietzsche, notamment à partir de l’incomparable traduction de George Arthur Goldschmidt, j’en retiens le sens de faible comme s’appliquant à tous ceux que leur soumission à l’idéologie ou l’idéalisme, (idéologie politique ; idéalisme religieux), leur donne droit de s’imposer contre tous les autres, dès que le vent tourne à leurs avantages personnels, motivés par l’ambition et l’égoisme, plutôt que par la grandeur et la probité. Ils se débrouillent d’ailleurs assez bien dans ce monde, parce qu’il est le leur, pour atteindre les places qui peuvent satisfaire leur prétention ; ces places de décideurs plus que responsables, qu’ils ne maîtrisent pas, mais à partir desquelles, ils tentent, par tous les moyens mise en oeuvre par leur situation, de maîtriser le comportement de ceux qui ont le malheur de leur être soumis, et des récalcitrants, comparés abusivement à des criminels immoraux.

Condition de l’exécution de leur pouvoir ; ces places ne sont que la traduction en acte de leur égoiste ambition.

Il ne faut rien y voir d’autre. L’arrogance d’un ministre, ou le fol aveuglement d’un chef d’Etat qui figure actuellement parmi les plus puissants au sein de ce monde, n’est pas autre chose que l’expression de cette faiblesse que Nietzsche appela de toute sa vigueur à faire périr .

Observons la question de plus près.

-  Que sont ces faibles que Nietzsche appelle à faire périr ?

Tous les égoistes, que leur arrogance amène à s’emparer d’une disposition autoritaire, par leur soumission à un monde qui proscrit la grandeur d’âme, la liberté, en soutenant tous les mensonges. Ces gens qui se donnent des airs de respectabilité enrobés de convivialité, et qui ne sont que des menteurs ; des menteurs d’une espèce un peu spéciale, qui vont jusqu’à invoquer une force morale pour parvenir à leurs fins qui, elles, ne sont pas dominées par la probité.

C’est un minimun à dire, réduit moi-même à constater, dans ma vertigineuse impuissance personnelle, les désastres que leurs crises d’hystéries entraînent de par le monde, depuis leurs confiscations de ce qui produit de la vie, ces graines si nécessaires pour l’alimentation, jusqu’à l’usage intensif de la puissance de feu de leurs armées sur des terres qu’ils convoitent ou qu’ils rendent infertiles, en passant par toutes les déclinaisons possibles de comportements policiers de toutes sortes, que des circonstances les obligent à manipuler, pour satisfaire leur appétit dominateur de prédateur !

Nietzsche en appelle à ce qu’ils périssent, parce que ces gens -par leur esprit malsain, en parvenant à réaliser leur ambition- conduisent le monde dans l’effroyable impasse de la folie ; folie aux effets meurtriers, criminels, espérant, peut-être, mais comment savoir leur motivations intimes, trouver le repos après avoir réduit ceux qu’ils redoutent à l’état de cadavre. Non pas de mort, car, «  ils ne meurent pas ; ils périssent », comme l’a obervé le douteux Heidegger à propos des camps Nazis d’exterminations, mais sans doute pour la raison inverse de celle que je veux évoquer içi.

Oui, la mort était impossible alors ; et elle l’est d’autant plus aujourd’hui, confisquée par une médecine qui "nuage" sur le conopée d’une indiscutable science de la maladie, plutôt que celle de la santé, évitant soigneusement d’interpeller le patient, ainsi livré à sa merci.

Par le monde médicalement assisté, défini comme civil, comme sur les régions de manoeuvres militaires, la mort comme processus de renouvellement des générations, qui invite au respect d’une humilité, n’existe plus.

Elle est remplacée par le froid protocole qui définit une fin de vie aseptisée, ou par des massacres, des accidents rencontrés au détour d’une route, d’un travail qui n’est même pas reconnu comme dangereux, des maladies infernales aux origines douteuses...

Et si l’évocation de ces camps rappelle Hitler (a), le maître d’oeuvre de l’application méticuleuse de la destruction massive de tout ce qu’il ne considérait pas comme humain, non par haine, mais par mépris et -pas seulement des juifs- plutôt qu’évoquer un passé rentré dans le champ de l’histoire, duquel on ne revient plus, c’est aussi parce que cet effroyable moment préfigure notre époque, animée du même mépris, appliquée avec une même rigueur, par une même arrogance, que parfois, borde un panache jauni d’aristocrates qui ne furent pas non plus épargnés, les faisant bourgeois, plus médiocres que vils, parce qu’il est des manières impossibles à se détacher.

Pour Nietzsche, aristocrate par les idées plus que par son titre, Hitler, cet homme symbole, celui que le vertige du pouvoir a nettement distingué,

représente la figure de l’homme faible, celui qui a besoin de dominer pour jouir, parce qu’il est dominé par ses affects.

Il ya beaucoup d’hommes faibles ; d’hommes que Wilhem Reich appelait « petit homme », non pour s’en moquer, mais, en médecin, pour établir leur diagnostique, en montrer le contenu pathologique, les dégâts qu’une telle pathologie ne manque pas d’engendrer ; dans l’espoir d’arriver à faire surgir à leur conscience, les ténèbres annoncées, afin d’en corriger la destinée.

Ceux qui accusent Heidegger pour des motifs indépendants de sa pensée, font partie de cette sphère ténébreuse. Ils accusent ; ils ne critiquent pas. Ils dénoncent ; ils cherchent à censurer ; ils demandent l’application de lois, non pour rendre une justice au goût trop prononcé de mansuétude selon eux, mais pour imposer leur ordre moral personnel.

Agir de la sorte place Heidegger dans le camp des victimes, dont la nature provoque l’empathie, atténuant, voire effaçant toute trace de critique possible.

Il ne sert à rien de juger Heidegger. Il n’y a pas d’usage dans le jugement d’une pensée à travers son auteur. L’homme Heidegger n’a de sens que parce qu’il fut un des penseurs réputé majeur de notre notre temps.

Une pensée n’appartient pas à l’autorité qui prétend la juger, mais à l’époque que sa confrontation valide ou réfute.

Une autorité peut seulement l’anéantir, la faire disparaître, la rendre invisible, la sanctionner par la censure, espérant en neutraliser ses effets. C’est là toute sa vocation, jusqu’à ce que le moment se fait jour, qui en provoque le retour.

Et Heidegger... Celui qui pose la question de l’Etre, cherchant son émergence en allant aux confins de la métaphysique. Il nous reste donc à comprendre Heidegger. Le comprendre afin d’élever le débat au niveau de la critique. Le comprendre, lui, pour nous comprendre, nous ; non pour le juger.

Un jugement, beaucoup se sentiraient rassurés si, par leurs obsessionnelles remarques, faisant de Heidegger - plutôt qu’un militant aveugle et maladroit, manipulé pour les besoins d’une propagande dont il ne pouvait qu’ignorer le fondement, aveuglé par sa propre cause - un collabo vulgaire dont l’esprit, malade par ce rapport, fut entièrement capté par l’élaboration cynique d’un plan idéologique dans l’intention de redresser la pensée Allemande, humiliée par le traité de Versailles ; justifier ce fondement idéologique par l’application rigoureuse d’un plan d’abattage du plus grand nombre possible d’individus, dont le tort est de n’être pas conforme à cette pensée qui confond grandeur et puissance, ignorant que ce n’est pas la pensée Allemande qui a portée Hitler aux commandes du pouvoir, mais la défaite de la pensée devant l’affolante course du monde à produire, et à se reproduire, toujours plus et encore, par la production de l’argent, cette richesse abstraite qui contient toutes les richesses, (et pour laquelle, encore aujourd’hui, nous travaillons), et que la menace de l’idée de la révolution sociale qui venait de secouer la Russie au coeur de la première violente grande crise hystérique mondiale, ne parvienne jusqu’à l’esprit des ouvriers à travers tout le territoire de l’humiliation allemande jusqu’à l’Océan, embrasant toute l’Europe ; cette poudrière dont les ouvriers n’attendent qu’un signal pour en renverser la direction. C’est là dedans qu’a surgi Hitler, la providence espérée de la totalité du monde de la finance ; Hitler le sauveur venant aux secours des banquiers et de leur monde. Avec Hitler, ce n’est pas la folie qui s’est emparée du monde, mais le monde qui s’est emparé de la folie, afin de durer, et qui dure encore maintenant sous la neutre appellation aux effets paralysants, de démocratie.

-  A partir de cette quadrature insurpassable, comment juger Heidegger, et surtout, pourquoi faire ?

-  Et comment saisir le sens de l’injonction de Nietzsche ?

Comprendre Heidegger, c’est poser la question de la métaphysique, en évoquant l’oubli de l’Etre. Mais, il n’y a jamais eu d’oubli de la sorte, parce-que nulle part n’existe l’Etre.

Evoquer l’Etre, c’est évoquer Dieu, cet autre nom de la destinée.

Ce nom qui a trouvé refuge dans la religion, ayant échoué à se vérifier par la philosophie. On ne saurait oublier l’Être, parce qu’on ne saurait oublier ce à quoi l’on ne croit pas.

L’Être.

-  Qu’est-ce que l’Être ?

C’est l’esprit sentencieux de la morale, (la moraline) ; celui des ministres, des magistrats, des prêtres, des policiers, des éducateurs, des contre-maîtres, des petits patrons frustrés, des petits commerçants mielleux, l’esprit des pères autoritaires et des mères hystériques, tous oublieux de leurs propres progénitures...

C’est l’esprit qui juge et redoute la critique, cet esprit qui a pris le pouvoir sur le monde, et l’emmène droit vers la médiocrité, la bassesse, dans une surenchère chaque jour plus destructrice ; c’est cet esprit, que Nietzsche nomme Chrétien, cet esprit qui croit à la vérité de l’Etre, plus par effroi que par raisonnement, et qu’incarnent tous ces gens qui passent leur temps à juger la beauté pour la plier à leur vision du monde, un monde de labeur fait de sacrifice, de souffrance, d’obéissance, de danger insoupçonnable ; un monde qui salit tout ce qui est beau, détruit tout ce qui porte de la grandeur, ne reconnaît de mérite que dans la peine laborieusement exécutée pour nourrir une famille, cette tragique méprise de l’amour...

Ce sont les bâtisseurs et les exécutants d’un tel monde, que Nietzsche souhaite de toutes ses forces voir périr. Car, pour Nietzsche, le chrétien n’est pas celui qui croit en un dieu abstrait et lointain, mais celui qui l’évoque par le chantage affectif, impliquant la terrible sentence qui s’abat sur celui que sa conduite scandalise par sa désobéissance, un manquement dans la mécanique rigoureuse de l’ordre social ; sentence d’un dieu qui le fait craindre par dessus tout ce qui existe ; un dieu dont le nom seul doit terroriser en même temps qu’éveiller la compassion ; un dieu d’une présence morale omnipotente, que l’on questionne, mais qui ne répond pas, étant, comme Être, inaccessible. Et c’est cela qui le transcende.

Cette non réponse métaphysique à la métaphysique, étant inaccessible, reste du même coup dans la métaphysique.

C’est ce qui fait son apparition dans la sphère de la morale, cette justification de la métaphysique, comme dogme, aux effets carcéraux..

Pour Nietzsche, le chrétien est celui qui s’empare de l’idée du monde - dieu est cette idée totale qui n’omet rien, qui règle tout - non pour rechercher ce qui en fonde l’existence ; cette recherche si nécessaire pour discuter des limites que l’on rencontre comme de celles qui traduisent nos manquements, mais pour en bloquer l’accès, en dérober l’issue à nos yeux d’épuisés, par la détermination du dogme chrétien à partir duquel doit graviter toute l’humanité, interdisant tout ce qui pourrait favoriser l’émergence d’un doute à son égard.

Aucun doute ne doit survenir, sans qu’aussitôt celui-ci n’apparaisse comme menace.

Les questions se trouvent placées sous l’étroite surveillance obsessionnelle de l’inquisiteur, dont le nom suffit à provoquer la terreur.

Une telle menace terrorisante, explique Dieu comme manifestation de la pathologie sadique, que doit masquer de son expression compassionnelle l’inquisiteur tortionnaire aux vertus respectées.

Par le christianisme, la question ontologique de l’être n’est donc plus posable, comme on pose une question par écrit sur la table, devant ses yeux. L’origine de l’idée devenant, par là même inaccessible, interdite, défigurée par un extraordinaire renversement des valeurs, qui fait de la vie, un devoir, et de la mort, la délivrance de ce fardeau.

C’est Nietzsche, là encore, qui s’éveille à notre attention, par sa mise en garde tonitruante, ajoutée à ses diatribes, envers la confusion aux funestes conséquences, qu’induit l’application inversée des valeurs, en prenant la cause pour une conséquence, et la conséquence pour la cause.

Cette inversion qui dissimule un piège mortel pour l’humanité, faisant de la vie, la cause du malheur, nous entraînant immanquablement sur le chemin qui mène à notre perdition, et que Heidegger a recherché à travers la figure du Nazisme, l’identifiant à un Holzwege, un chemin qui ne mène nulle part ailleurs que là où l’on se trouve, ignorant peut-être la mort qui en jalonne tout le parcours.

L’effroi qui s’est installé durablement dans le coeur des hommes avec leur abandon sur le terrain couvert de boue, de sang, de bruits, de morceaux de métal déchiquetant les chairs, a démarré l’ère des grandes boucheries mondiales.

Dès 1914, l’oubli redoutable de notre propre être, non celui d’un dieu rédempteur, mais celui de notre humanité, fut marqué par l’avènement de la terreur aux milles questions, qui sont jusqu’à présent restées sans réponses, recouvert depuis d’une couche plus épaissie encore d’oubli, où s’entremêlent croyances, illusions et angoisses.

Un épais oubli sur lequel danse la naïve joyeuseté de l’ignorance.

L’esprit tordu, induit par la pathologie de ceux qui, dans leur immense arrogance - persuadés de la justesse de leurs idées- se résume en leur conception de l’enrichissement par l’exploitation et l’accaparement, comme une bonne idée, puisqu’elle semble ouvrir le champ à l’innovation, bêtement confondu avec la création, en laissant d’innombrables victimes dans une misère, parfois indescriptible d’insalubrité, sans état d’âme, confondant le mérite d’un prédateur à parvenir à ses fins, avec le résultat d’une symphonie que sanctionne la délicate oreille du mélomane.

-  Qui se soucie, aujourd’hui, de cette méprise qui ne produit réellement que du mépris ?

-  Qui se soucie des mots, de leur sens que leur affrontement avec la réalité avait fini par leur être attribuer ?

-  Qui s’inquiète de la confusion entre la cause et les conséquences, par lesquelles, pourtant, c’est de la vie qu’il s’agit.

De sa propre vie.

Une vie que tous semblent se moquer, pourvu que n’apparaissent pas les symptômes d’une déchéance annoncée.

L’oubli de l’Etre, cette résurgence de la métaphysique qu’évoque Heidegger, n’est qu’un mensonge qui dérobe à l’esprit, la folie de l’arrogance qui se répand aujourd’hui dans un nihilisme sauvage, entraînant d’innombrables cadavres au teint encore couleur surprise de l’orage de bombes mortelles défigurantes, qui s’abat sur eux, dans un roulement de tonnerre incessant, sur des territoires que cette arrogance convoite avec frénésie.

Par d’autres circonstances, ce nihilisme prend la figure abandonnée du mendiant, à moins de l’apercevoir entre deux séances de photos de nues d’ingénues, ignorant qu’il est possible de parler de la vie, parce que n’en éprouvant pas la raison qui produirait ce désir, vivant par procuration dans un désir vide de sa raison, qui n’atteint pas même l’oubli, étant leur victime consentante, d’un oubli par bonheur.

L’oubli, l’effroyable oubli, le seul oubli que l’on peut évoquer, c’est l’oubli du temps, que les moments non vécus en aggravent la fatuité par leur absence...

C’est ce qu’il reste à ceux mêmes que leur puissance a permis de confisquer la direction du seul monde qu’ils reconnaissent, pour leur tragique profit, celui qui produit en permanence de la richesse, mais où l’exploitation à outrance de son ère, ne fait qu’accentuer l’appauvrissement du sol, entraînant celui de ses habitants, dont la vie de maintenant se discute en multiple de manquements sous les coups de leur expulsion de terres qu’auparavant, avaient foulé de leurs pieds nus, leurs ancêtres, marquant par là un territoire du respect définitivement perdu...

A suivre....



Publié le 21 septembre 2006  par Gilles Delcuse


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  • Que périssent les faibles ... Approche d’une critique de Heidegger
    Premier volet
    10 novembre 2015, par LizaBrien
    Such a nice read. I enjoyed reading this at the moment. - Stephen Edward Samuelian
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