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Que périssent les faibles ! ... Approche d’une critique de Heidegger
second volet

Catégorie free littérature
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Territoire tapissé de plantes aux noms étranges qui poussent plus vite que le temps qu’il leur faut pour se renouveler, en accentuant ce processus par l’usage intensif -c’est-à-dire rentable- de graines génétiquement modifiées, rendant impossible la reproduction naturelle.

Nous nous démenons maladroitement, pour un destin qui finit par nous contraindre dans l’abîme, que ne cesse de creuser la confusion que nous entretenons sur la vie, nous obligeant à obéir à un ordre -dont les raisons échappent totalement- et reporter en permanence le débat que devraient exiger ceux que leur vie apparaît dans leur miroir avec plus de netteté que du côté réel - seul débat qui devrait retenir toute notre attention, parce que des guerres meurtrières contre une population qui n’a que le tort d’exister au mauvais endroit au mauvais moment, apparaissent et disparaissent, aux gré des caprices de joueurs affolants.

Tous joueurs d’un rôle aux effets paranoïaques.

Tous ces chefs d’Etat, ces ministres, ces officiers militaires, et jusqu’à des couches si basses -qu’on ne les soupçonne pas de les voir s’identifier à l’implacable certitude de ce qu’elles font, et qui les fait réellement comme ce qu’elles sont, c’est-à-dire comme individus que la vie dans ses manifestations, par nature, excessives dans ses penchants, ses désirs, sa fougue angoisse- font terriblement peur.

Une peur qui les paralyse d’effroi.

C’est pourquoi, ils ne peuvent croître qu’à l’ombre d’une autorité morale, derrière un abri, entourés de protections et de protecteurs de toutes sortes.

Et ils vont évoquer, par un extraordinaire renversement de perspective, les crimes les plus inqualifiables contre ceux qui dénoncent, par leurs idées, le retour du questionnement de l’existence de l’être comme annonçant le début irréversible de l’ère glaciaire de la pensée. (b)

Car, cette critique du retour de la métaphysique est une question pratique, c’est une question explosive, un affrontement de la vitalité du renouvellement de la jeunesse d’esprit contre des forces nihilistes qui en obscurcissent l’horizon.

L’affrontement du désir contre la métaphysique.

Cet affrontement prend la forme d’une émeute remplie de colère, provoquée par la rigidité dont font preuvent tous ces faibles, tous ces ratés dans leur hystérie à vouloir se maintenir dans la sphère de leur domination.

Ils se forgent une raison de vivre.

Ils veulent prouver que, s’ils sont pourvus d’organes reproducteurs, c’est avec force, méritant ainsi la place qu’ils occupent, confondant la volonté de puissance que la vie manifeste par sa croissance, et la puissance de leur volonté, qui ne peut, cependant, s’exprimer sans l’aide de la structure sociale que leur monde a mis en place, et dont ils évoquent maladroitement, mais non sans raison, le bien fondé démocratique, c’est-à-dire l’étendue du mensonge institutionnalisé, tellement éventé que lorsque l’un d’eux s’aventure à l’ignorer, il se rend ridicule aux yeux de ses propres congénères.

Aussi, le débat ne s’ouvre-t-il pas facilement.

En fait, tout est fait pour qu’il n’ait pas lieu en son lieu, c’est-à-dire, finalement, dehors, dans la rue, là où se trouve le public disposé à l’ouverture des débats de ce qui préoccupe ; ce public de pauvres qui ne sont pauvres que privés de parole, c’est-à-dire, privés de ce temps qui annonce la durée de la vie, pour une vie compressée, sur le lieu atomisé dans l’étroite possibilité qui leur est laissée, par les conditions restreintes qui force à poser le débat au coeur de son sujet, et non dans les amphithéâtres universitaires, qui ne sont pas des lieux de débat, mais d’apprentissage que peu transformera en connaissance.

Le vrai lieu de savoir, c’est celui de la vie.

Sa confiscation enferme la connaissance dans des lieux disposés pour la reconduite de l’obéissance contre la critique ; de l’apprentissage contre la réflexion et le raisonnement qui l’accompagne.

Tout est fait pour disqualifier la pensée, la réduisant à une philosophie de basse-cour, dont Michel Onfray est une des volailles les plus représentatives.

Répétant jusqu’à saturation son besoin de justifier l’égoisme, travesti en libéralisme, ce faux concept qui fait confondre le sens de la liberté avec l’égoiste réussite sociale.

Onfray établit sa pensée autour de l’hédonisme, inspirée peut-être par sa sortie, qui tient du miracle, d’une maladie cardiaque l’invitant à vivre la suite comme une heureuse prolongation, un sursis inattendu de temps.

Toutefois, établir une pensée par la recherche de ce qu’est la vie, le sens de son être, une ontologie, ne se confond pas avec le bonheur que l’effleurement de la mort peut entraîner, bien qu’il n’y est pas étranger, sans lui être essentiellement attaché.

L’hédonisme n’est pas une attitude qui engage notre être, parce qu’il n’est qu’une des multiples orientations possibles dans la vie, non l’engagement d’une décision prise en toute liberté, à moins de réduire la liberté à sa brutale caricaturale de laquelle, hélas, bien des gens s’accordent, sans saisir le non-sens de cette triviale définition, qui la voit comme un mérite et une excuse, une culpabilité, et non un engagement qui entraîne leur responsabilité.

L’hédonisme n’engage pas dans la liberté, parce qu’il est une discipline.

Il ne contient pas l’esprit de la liberté, mais la protection d’un confort, qui plaît tant aux cadres modernes dont l’angoisse sculpte l’esprit imperceptiblement.

L’hédoniste ne manifeste pas sa liberté en cette pratique, mais seulement son bien-être.

L’hédonisme est une discipline particulière, dans l’idée que se faisaient les Grecs du monde antique de la philosophie, une attitude austère plus près d’une hygiène de vie monacale, une sorte de recette de l’esprit comme il existe des recettes de cuisine, mais non une recherche qui engage sur le terrain de la liberté.

L’hédonisme est une ontologie, cette recherche impossible de la connaissance de l’être, dont la connaissance de soi en est la caricature confuse et inversée.

Il n’y a pas de chemin qui mène à la connaissance de soi.

L’évocation d’un tel chemin mène à l’impasse métaphysique, ou à la superficie de l’idéalisme.

Il y a le chemin de la liberté, contre tout ce qui cherche à le freiner, et le rendre impraticable.

S’affronter à la métaphysique, ce faux chemin si plein de mensonges, malgré le travail de nettoyage radical, à coups de marteau, que Nietzsche lui a consacré, transformant la philosophie en philologie, est un affrontement réel, parce que le monde s’empare de cette idée pour l’imposer comme vérité ; la métaphysique est un piège idéaliste qui se révèle par les forces engagées dans le monde, contre les manifestations de la liberté par lesquelles, sa propre force se renforce de ses propres armes.

Onfray reste prudemment sur la conopée de la pensée, en retrait du cheminement de cette pensée, et bien qu’il insiste sur des points qu’il fait saillir, à partir de penseurs que le temps, dans son infatigable mouvement, a précipité dans l’oubli, ce qui l’amène à respecter le bâtit des systèmes de croyance, en imaginant régler leurs comptes par un rejet de ce qu’elles manifestent, pensant rejeter ce qui les fonde.

Par cette malheureuse inversion, Onfray ne critique pas les religions pour ce qu’elles sont, mais énonce son opinion par ce qui ne les fonde pas, dans un traité d’Athéologie, laissant entendre une possible conceptualisation de l’athéisme, alors qu’être athée est une attitude de refus du positivisme théologique.

Sous ce refus, se retrouvent des gens d’horizons divers, voire violemment opposés que rien, hormis ce refus, ne saurait rapprocher.

La pensée athéiste de Onfray est un de ces avatars qui réduit l’idée à une opinion, en cherchant l’apparence du traité de philosophie sur une question conceptuelle, pour arriver à faire l’apologie de ce qui est privé de profondeur, mais aux effets effroyables, le libéralisme, corrigé sous sa plume par un néologisme mal éclairant, le libertarianisme.

La pensée, pour barrer la route de ses excès, se voit attaquée, non sans une certaine subtilité du côté de Onfray, et plus frontalement du côté de Jean Pierre Faye, en manipulant le fait que Heidegger,encarté au sein du parti Nazi, étant le penseur le plus important de cette époque -pendant son temps déjà reconnu- ne peut donc être qu’un tricheur, un menteur au service d’une puissance mortelle qui a engagé le monde entier dans son destin.

Le penseur Heidegger s’effondre sous la plume de Faye, et réapparaît, métamorphosé, comme Heidegger manipulateur besogneux dont l’ambition est entièrement tournée vers l’avenir Nazi de l’Allemagne, excusant sans état d’âme, la mort que cette idéologie contenait par son programme.

Cependant, Heidegger a démissionné de ses fonctions.

La pensée de Heidegger dévoile son continent par cette démission, qui n’est pas une prudence, mais une déception, sa déception de voir l’Allemagne de Hitler fléchir vers l’esprit besogneux de la conquête militaire, plutôt qu’être orienté vers un sentiment de puissance qui annonce le grand retour du divin, incarné modérément par Hitler. Tout porte à penser que ce n’est pas tant Heidegger qui reconnaît le nazisme, que le nazisme qui reconnaît chez Heidegger le sens de son programme

-  car que peut bien signifier le retour de l’Etre, sinon la tentative du retour de la métaphysique et de son application ?

-  Et qu’est le Nazisme, sinon cette tentative de retour de la métaphysique ?

La pensée est prise en otage, son cheminement est dévoyé.

Tout est rabaissé à un jugement moral binaire, qui relègue tous ceux qui n’y sont pas configurés, dans une opposition rancie d’immoralité.

Une catastrophique opposition, livrant à une vindicte injustifiable sous l’impulsion que produit le « qui n’est pas avec moi, est contre moi » tous ceux dont le tort est de ne pas se confondre dans le moule qui domine le monde du conformisme libéral.

Et bien non, moi, je ne suis pas d’accord.

Qui n’est pas avec moi, n’est pas obligatoirement contre moi.

Le tout d’une pensée n’est pas le tout de l’individu, mais le moment d’une époque par lequel l’individu manifeste sa pensée, cherche la place qui en validerait des traits essentiels, sans jamais vraiment y parvenir, d’ailleurs.

Moment nouant des complicités d’un jour, avec la tâche de faire ce qui semble être au mieux, sans toujours comprendre, où seulement admettre, que le mieux, parfois, consiste à ne rien faire, et que cette attitude engage sa faiblesse, la pousse dans une force qui oblige à maintenir une certaine fermeté devant l’inacceptable, qui engage par le refus de s’abaisser au niveau d’une soumission que l’expression fait prendre pour une complicité lorsqu’elle n’évoque pas la lâcheté.

Une pensée n’est pas la propriété de son auteur, mais l’expression de son époque.

La pensée de Heidegger n’appartient pas à Heidegger, mais bien à l’époque qu’il incarne.

Critiquer Heidegger, c’est donc d’abord critiquer son époque, hors de laquelle, sa pensée est dépourvue de sens.

L’époque de Heidegger tentait le grand retour de l’Etre, le grand retour de la métaphysique. Heidegger fut celui par qui ce retour s’affirma dans la pensée, et qui trouva son actualité par l’émergence du nazisme. Cette pensée n’appartient pas en propre à Heidegger, mais l’inverse, c’est lui qui l’incarne, dans une époque qui lui a donné l’effroyable possibilité de la voir se réaliser.

Ce qui appartient aux individus, ce sont des opinions, aussi peu personnelles que l’individu est peu réel.

Une pensée s’inscrit dans l’époque qui voit naître et vivre son auteur, en toute indépendance d’avec le personnage qui l’habite, et qui constitue la part fictive de sa personne. Les idées surviennent publiquement lorsque l’époque arrive au point de maturité qui en permet l’exposition.

C’est aussi pourquoi les idées n’apparaissent pas dans un désordre confondant, mais suivent un cheminement qui les fait apparaître comme une lumière semble effacer les ténèbres. Depuis le moment qui voit l’éveil de l’éblouissement commencer à inonder l’esprit d’une clarté jamais atteinte, jusqu’à l’étape suivante, qui voit la clarté décliner jusqu’à se rendre tout à fait opaque sous la pression du déclin de ce qui fut porteur d’espoir, et que sa nature a fini par abandonner, à l’image du cheminement d’une vie qui, venant de nulle part, et y retournant, non sans avoir, entre temps, au hasard des croisements, trouvé de quoi s’éclairer, jusqu’à être disposé à offrir matière à éclairer à son tour, jusqu’à ce que notre propre flamme se met à vaciller, prélude à un déclin attendu d’une vie dissolue dont la pensée échappe pour suivre un destin comme le missile balistique, sans s’égarer dans des impasses aux contenus trop infructueux.

Etre hors de son époque n’implique pas se méprendre, mais attendre, attendre enveloppé de la chaleur de sa patience, jusqu’à ce que, les idées surgissant, le moment apparaît avec toute son évidence qui fait comprendre les actes sans devoir passer par une explication de texte fastidieuse ; explication qui ne met pas à l’abri de l’erreur, de l’inattention, et qui fait dire, bien souvent, au texte l’inverse du message qu’il espérait transmettre.

Nietzsche, cet auteur majeur de notre temps, se sachant intempestif, comme il avait dû l’admettre non sans relever un défi, celui du temps qui le fera coïncider avec son effondrement, signifiant que son heure viendra avec le déclin d’un monde que son extravagance ne suffit plus à détourner de l’attention de ce qui l’anime ; que ce décalage annonçait déjà l’inévitable catastrophe totalitaire mondiale qui s’est emparée de la faiblesse des esprits, pour développer son irrésistible ascension vers la néantisation, dans l’oubli ; l’oubli qui contient tous les oublis, l’oubli de ce que l’on est comme humain.

Cette pensée apparaît dans le mouvement qui dispose du monde pour l’effondrer. L’impression d’une pensée qui soulève, comme tenter de mieux la contempler ; l’étrange sentiment de se voir flottant sur la mêlée.

Une pensée appartient à l’humanité, qui est en droit de se l’approprier, la juger pour sa qualité, non pour le bien qu’elle serait censé, par une torsion étonnante du concept, apporter.

Cette disposition que l’on prend pour le contraire du mal, sans pour autant trouver la force de s’y opposer, que l’on exige des autres, et que l’on oublie chez soi, reste une figure inversée de soi-même, non une réponse possible pour un sentiment que le coeur, si on n’y prend garde, piège inévitablement.

Lorsque la morale s’empare de la pensée, c’est toujours pour la réduire, en supprimer l’exécrable influence que la liberté qu’elle contient dans sa force sensible, exerce sur la jeunesse de l’esprit, par nature prompte à se rebeller ; la corseter dans des liens oppressifs qui empêchent de respirer.

Le défaut de Heidegger, c’est son ombre portée sur l’absence de pensée, dont notre temps a fait sa litière.

-  G. Delcuse (4 septembre 2006)

-  Notes
-  (a) : peut-être pour faire oublier qu’après Christophe Colomb, un nouveau continent fut la proie d’un même protocole, aux mêmes effets de destruction massive, de création de camps de concentration, et de mise à mort appliquée par une administration au service des puissances coloniales.
-  (b) : aujourd’hui, dire ne conçevoir aucune croyance, c’est prendre le risque insensé d’être dénoncé comme antisémite, confondant la nature sémitique d’une culture avec l’attribution de qualité définissant une irrecevable notion de race.



Publié le 27 septembre 2006  par Gilles Delcuse


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Forum de l'article
  • Que périssent les faibles ! ... Approche d’une critique de Heidegger
    second volet
    27 septembre 2006
    un lien qui renvoie au même sujet, pour ceux que ça interresse : http://paulriluma.club.fr/paul-blog-2/index.php
  • Que périssent les faibles ! ... Approche d’une critique de Heidegger
    second volet
    29 novembre 2006
    style lourd. Français approximatif. Contenu ridicule et prétentieux. Misère je préfère lire Onfray !
    • Que périssent les faibles ! ... Approche d’une critique de Heidegger
      second volet
      29 novembre 2006, par MATA A RI
      A l’anonyme de ce crachat Je préfère lire un français approximatif qui m’entraîne à une réflexion profonde qu’un langage châtié et superficiel qui m’indique comment utiliser la vaseline. Merci à Gilles delcuse pour ces écrits.
      • Que périssent les faibles ! ... Approche d’une critique de Heidegger
        second volet
        2 décembre 2006, par paul

        z’avez bien raison mata a ri

        d’ailleurs que dirait l’anonyme bien élevé à la lecture des commentaires impertinent du complice d’un moment de danse de plume... commentaires qui n’ont pas été ici reproduits mais qui figurent toujours en bonne franquette sur le site du même nom ayant mis en ligne cet article relançant une réflexion trop oubliée par les bons élèves du système de médio-média-crisation de la sous culture consummériste de merde emballée... bref l’article avec tous ses commentaires vaseux dixit moi qui en suis coupable c’est sur mon site d’un français lourdinguefoque aux couleurs criardes et prétendument joviaoltristes à vivre http://dansedeplume.apinc.org/article.php3 ?id_article=34

        à la prochaine

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