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L’insécurité : une fabrique institutionnelle

Catégorie société
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(JPEG) Il parlamento asservita il capitalismo con le sua politica sulla sicurezza. Ha saputo far odiare i poveri, gettando cosi le basi di una nuova guerra : la guerra dei richi contro i poveri. (Inspiré d’une pancarte conçue par Pier Paolo Pasolini)

-  L’insécurité : une fabrique institutionnelle

Casse de l’assurance maladie, fermetures d’hôpitaux, licenciements, délocalisations, précarité galopante, présomption de culpabilité sur les plus pauvres et les immigrés, mise au pas de la culture et précarisation de ses acteurs, engorgement et construction de prisons conçues pour recevoir les détenus de la dictature du profit jusqu’à la surveillance qui s’étend en tous lieux. Est-il besoin d’en rajouter car nous pourrions le faire sans conteste : chacun de nous à moult histoires qui témoignent des ravages du néo-libéralisme sur nos vies.

Depuis quelques années nous assistons à la faillite d’un système qui ne trompe plus que ses clients.

Tandis qu’il cède le secteur public aux prédateurs du secteur privé et à ses prévaricateurs, l’Etat étend et durcit son pouvoir policier, il se fait plus répressif.

C’est donc une faillite de la démocratie qui est consacrée, l’aveu que le système ne saurait marcher sans un surcroît de coups matraques à la pensée, à l’humain et aux corps. Le corollaire de la libéralisation de la société sera toujours le renforcement du pouvoir policier et de l’argument répressif. Ceci n’est plus à démontrer mais à combattre.

Le sentiment d’insécurité est ainsi suscité par le pouvoir.

C’est une manipulation institutionnalisée, relayée par les médias et les ingénieurs sociaux qui entendent en rendre responsables leurs victimes les plus exposées en tout premier lieu.

Qu’on se souvienne de l’injonction de Douste-Blazy, « il faut que la rue devienne un enfer pour les SDF et les prostituées ». Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour qu’à leur tour les obligés du système, allocataires des pensions d’Etat, soient dans le collimateur.

Un exemple, des dizaines de milliers de pensionnés du RMI se trouvent sans la moindre ressource depuis le début de l’été dernier. Précipités avec femmes et enfants dans la rue, ils y sont traqués. Ils n’ont d’autres ressources que le vol, la mendicité et ainsi servent-ils à leur détriment le pouvoir en propageant un sentiment confus d’insécurité parmi les braves gens. A brève échéance pourtant, ils sont condamnés : internés en HP, incarcérés ou inhumés, dans la rue et en prison l’espérance de vie dépasse rarement cinquante ans.

Ils auront eu leur rôle, un rôle assigné par le pouvoir, celui de pions affaiblis, puis traqués, en butte à un vif sentiment de pétrification et d’impuissance dont cybernéticiens et décisionnaires attendent qu’ils propagent en tous lieux et chez chacun ce climat d’insécurité qui justifie de la persistance d’un Etat libéral dont la seule attribution est d’usiner les individus qui ne sont pas directement opérationnels à la bataille économique, pauvres et prisonniers, sans qu’on soit en mesure de reprocher aux uns et aux autres une faute, sinon en accréditant la propagande officielle qui se garde bien de dire en quoi miséreux et prisonniers sont maintenus en l’état et servent ses intérêts.

-  L’objectif est triple :

Séparer les hommes et condamner d’avance toute révolte.

Révoltes d’autant plus pressenties par le pouvoir et légitimes pour les mutins que les pouvoirs publics au service des grandes firmes planifiaient déjà via la tolérance zéro la répression qui devait s’abattre sur les premières, nombreuses victimes des effets de la mondialisation.

A ce titre semblent révélatrices les élucubrations négationnistes d’un intellectuel institutionnel, Alain Finkielkraut qui qualifie les émeutes dernières de soulèvement ethnico-religieux, alors qu’il était entendu que la grande majorité des jeunes émeutiers (faut-il rappeler qu’ils sont jeunes) étaient d’origines africaine et française, fils et filles de prolétaires. Peu de jeunes maghrébins pour justifier d’une accusation qui doit plus à la manipulation, d’un raciste et négationniste de la révolte de classe. Rien de tel qu’un chapelet d’inepties véhiculées par le mépris, l’indifférence et l’intérêt qu’on a de soi seul pour faire montre d’une élocution et d’une morgue toute technocratique.

Mais les cris de la rue n’en sont plus à considérer la paix des êtres, la guerre ils la subissent quotidiennement et leurs cris sont un déchirement des parois qui les enserrent.

A considérer le gouffre, le sol qui se dérobe sous leurs pieds, il n’est plus question de haines, et surtout pas du prétendu et trop commode racisme anti-blanc, mais d’un cri d’une autre nature. Pas même celui qui veut vivre ou celui qui veut survivre.

Non c’est le cri de jeunes qui ne veulent pas crever.

Que le pouvoir prenne garde de ne donner à certains d’autre choix que le devenir révolutionnaire et de contraindre les autres aux voies de l’émeute et du crime. Pour le pouvoir il s’agit également d’obtenir sans résistances une main d’œuvre corvéable et in fine d’accroître le contrôle sur les individus. Un contrôle total.

-  Les actionnaires contre les pauvres : séparation et soumission

Dans une société qui fabrique de la misère à dessein pour donner une main d’œuvre corvéable et parfaitement soumise, apeurée par l’idée du manque, le tour de force des pouvoirs aura été de renvoyer à leurs responsabilités ceux qui ne le sont pas, et en faisant, jamais plus qu’à ce jour, peser sur toutes les têtes l’injonction « travaillez ! », alors que licenciements, délocalisations, travail précaire et chômage se succèdent, il plonge dans des abîmes de perplexité et d’ambivalences des hommes et des femmes que tout désigne pour des demeurés, des ratés, des impuissants entre autres attaques parfois explicitées, le plus souvent tacites. Et si au demeurant chacun est disposé à admettre l’hypocrisie du pouvoir, des lieux communs si parfaitement répandus tels « seul le résultat compte » et « nous voulons la paix » au nom de quoi on répondra à l’ironie et au désarroi du pauvre, par un silence poli, l’affectation de s’intéresser, la mise à distance progressive, un journal où ostensiblement on se plongera, le renvoi d’une balle encombrante de services en services ou in fine, la cessation définitive de toute relation, l’internement, l’incarcération, le trottoir ou la morgue.

Il aura suffit au pouvoir politique, médiatique et aux ingénieurs sociaux de faire comme si la souffrance n’existait pas, de n’accorder le statut de victimes qu’aux victimes de leurs victimes, et d’entraîner dans leur sillage une bonne partie de la population, trop heureuse de pouvoir justifier de leur statut de bête de somme en jetant l’opprobre sur moins bien lotis.

La dévictimisation est une bataille gagnée par le pouvoir où l’on vit émerger le « bon », le « performant » et a contrario le mauvais. Ceux-là qui travaillent souvent soumis à des conditions difficiles sont tentés de préférer s’en prendre à ceux que leur désignait leurs exploiteurs comme raison de tous leurs maux.

Dans un pays qui compte plus d’actionnaires que d’individus qui subissent la précarité, les coups portent sur ces derniers et chaque coup accroît les dividendes de l’actionnaire.

Quand les prisons seront totalement sous contrôle privé, les actionnaires des firmes qui les gèrent ne pourront que se réjouir des hordes de miséreux qu’on y précipitera. Alors le système sera plus ouvertement, plus directement totalitaire.

La dernière étape consiste à faire admettre la surveillance des lieux publics, de la vie privée comme inéluctables. Pour se faire le pouvoir a beau jeu de la présenter sous des dehors plaisants (propagande télévisée nourrie de pseudo débats, idéologie de la télé-réalité), sanitaires ou sécuritaires.

-  De l’information conçue comme une fiction

Quand l’afflux des informations est sans précédents, contradictoire, la confusion est telle dans des esprits qui pour la plupart n’ont d’autres convictions que d’assurer le labeur quotidien et se divertir, selon ce que le pouvoir leur désigne précisément de faire, que le recours à la fiction journalistique, soutenue par des images édifiantes et convaincantes qui jouent sur l’émotion, s’avère être une arme considérable entre les mains des cybernéticiens.

Le journal sur Arte. Un reportage en Estonie où se trouve la plus grande banque de données européenne sur le génome. Propos liminaire de la présentatrice « ce qui vaut pour l’Estonie vaudra bientôt pour toute l’Europe ». 10 000 Estoniens ont déjà consenti au prélèvement de leurs données génétiques pour les besoins de la recherche. Les images de la télévision nous montrent alors de beaux visages baltes, souriants, épanouis, manifestement des visages d’hommes et de femmes libres. Le pays nous semble bien paradisiaque. L’Etat finance le projet et assure que ces données sont réservées à des fins scientifiques et ne peuvent en aucun cas être transmises à la Police, aux entreprises, aux assurances. Nous savons déjà par expérience que les vœux pieux ont toujours occasionnés des débordements et des détournements.

Internet fut présenté à son lancement comme une gigantesque chance d’y puiser tous les savoirs et de communiquer sans restrictions, en temps réel avec le monde entier. Il ne fut pas un seul journal pour envisager sérieusement qu’il puisse être utilisé à d’autres fins. La propagande avait fait son travail et elle ne le fait jamais aussi bien que quand elle occulte les écueils et les objections qu’un projet pourrait rencontrer. Internet demeure bien ce qu’on nous en disait à l’époque, cependant que les autoroutes de l’information s’avèrent être principalement un considérable outil commercial du libéralisme et le plus efficace réseau de contrôle déguisé en réseau de communication.

La propagande ne ment souvent que par omission.

Le reportage d’Arte se poursuit par les interviews de responsables scientifiques et administratifs de l’Institut du génome de Tartu. Les premiers se font apologues des chances de trouver à l’avenir de nouveaux traitements, de nouvelles possibilités de guérison de maladies. Les seconds insistent sur les difficultés financières que rencontre le projet et tous exhortent les Estoniens à se prêter à l’expérience.

1 000 000 d’entre eux sont attendus dans les prochaines années. La journaliste précise que le projet rencontre ça et là des réticences pour son coût énorme et certaines voix dans la communauté scientifique soulèvent des problèmes d’éthiques et de garanties. Une femme médecin est interrogée : « le projet nous semble ne pas apporter de garanties suffisantes sur plusieurs points. Le premier point est qu’aucun collectif éthique n’a été nommé pour le contrôler ». Son intervention est coupée, nous ne connaîtrons pas la teneur de ses autres réticences. Le reportage se termine par les images d’Estoniens circulant dans la ville. Pas une foule, mais des individus qui marchent paisiblement aux abords d’un pont. La voix off de la journaliste conclut « et si les Estoniens avaient envie d’y croire ». Il n’y avait pas de voitures sur ces images, les abords du pont semblaient calmes et les quelques promeneurs cheminaient paisiblement. Nous étions loin des clameurs et des querelles du débat. Ce pont que venait de traverser un couple n’était-il pas « l’autre rivage » idyllique, celui du monde nouveau, le passage de l’ancien monde à la modernité qui se traverse par les ponts qu’elle construit pour les besoins et le bonheur, la vie paisible de ce jeune couple.

Foin alors des empêcheurs de tourner en rond, le peuple veut rêver, espérer et se fiche pas mal des objections. Et le spectateur peut alors se dire « je veux rêver de cheminer et de passer le pont, c’est ce qui m’importe en dépit des avertissements ». Voici induit par la force des images et du commentaire le sentiment du téléspectateur, voici qu’on lui suggère d’en faire ainsi, de ressentir après l’évocation des problèmes soulevés par l’information tout le bien être qu’il y a à cheminer loin des débats en rêvant que cela fut possible, de passer le pont de la modernité. « Vis donc, tu n’as que ça à faire en dernier lieu ».

On se garde bien d’évoquer le peu de temps que l’homme moderne peut consacrer à dépouiller une information qui ne reste et ne lui est accessible qu’en surface. Et vivre, c’est rêver qu’on croit à la fiction journalistique de celui qui passe le pont. L’autre européen. L’autre soi.

-  Les politiques de santé un alibi : le cheval de Troie du contrôle total

Le programme de Tartu n’est pas isolé, un pays est allé plus loin en matière de contrôle, un pays dont les programmes précédent de quelques années les orientations européennes. Dans la marché du sécuritaire la tolérance zéro exportée des Etats-Unis à l’Europe ne devrait pas tarder à être suivie du programme d’implantations de puces sous cutanées déjà à l’étude à la CNIL.

A la fin du mois d’avril 2004 l’administration de la santé américaine annonçait qu’elle était sur le point de tester une nouvelle technologie conçue pour surveiller et aider plus étroitement la population des sans foyers. De minuscules étiquettes RFID implantées sous la peau, des données communiquées à la police et aux travailleurs sociaux munis de logiciel Windows NT fait sur commande pour dépister les mouvements des sans-abri en temps réel. Les Etats participants reçoivent des projets fédéraux des subsides de 14 à 58 millions de dollars. Le porte parole de l’association nationale des sans-abri s’exprimait ainsi « nous avons exprimé notre soutien à l’idée, mais seulement si le programme inclut la sauvegarde de l’intimité », en somme le même argument hypocrite que celui de la CNIL.

Ce que le directeur adjoint du centre d’information sur l’intimité électronique ne pouvait pas même assurer. Ce qui d’ailleurs révèle que les pouvoirs ont de moins en moins le souci hypocrite de masquer leurs turpitudes. A l’instar de la journaliste qui présentait le programme de Tartu avec ces mots « ce qui vaut pour l’Estonie vaudra bientôt pour toute l’Europe », nous pourrions dire « ce qui vaut pour les Etats-Unis vaudra bientôt pour toute l’Europe ».

L’exemple qui suit vient parfaitement corroborer les craintes qui se faisaient jour à l’annonce des expériences américaines du printemps 2004.

Lors de la grande messe médiatique sur le réchauffement de la planète organisée par France 2, cet été 2005, le sémillant présentateur avait invité une futurologue, Dominique Babin.

Prisonniers de la boîte à image, ils offraient le spectacle du pluralisme et du sérieux qui se donnent en spectacle à la télévision. La main sur le cœur. Qu’il était triste de voir un enfant d’une dizaine d’années déjà pris au piège. Il affirmait faire des gestes quotidiens de préservations de la planète et était aveuglé par le faste et l’indécence du plateau de télévision qui brûlait de mille feux, toute lumières dehors, une débauche d’énergies sans pareil pour qui prétendait donner des leçons sur la parcimonie qu’il faut avoir en la matière. Ce serait assurément drôle, si ce n’était pas là tout le drame de nos modernités qui autorisent aux fossoyeurs le faste et les abus, tandis qu’elle réclame des fossoyés l’austérité quand elle ne les y force pas. Et Madame la sociologue, pompeusement requalifiée futurologue, avait été, comme tous ceux qui se présentent sur des plateaux de télévisions, conforme à ce qu’on l’attend d’eux : gentille, avec un sens critique limité à l’expression de l’illusion de la démocratie.

Qu’elle aborde le thème de l’implantation des puces sous cutanées en se voulant rassurante pour le téléspectateur et les enfants, invoquant les réticences de la CNIL, en dit assez long sur le manque de perspective qu’elle donnait ainsi au public. Elle qui dit de l’intelligence de l’Homme moderne qu’elle est adaptée à l’économie illustrait là parfaitement le propos. Lors donc la CNIL serait garante d’une éthique. La belle affaire !

Ce ne sont pas ses récriminations, ses avis qui empêchent nos réseaux de communications d’être d’authentiques réseaux de contrôles.

L’argument de la santé est une véritable mascarade.

Outre que dans l’esprit de gouvernants qui font chaque jour la démonstration qu’ils n’ont pas « le souci des gens », mais plutôt du contrôle qu’ils ont sur eux, outre cela ce serait faire fi des leçons de l’Histoire.

Norman Mailer dans le sillage de son ami Jean Malaquais, splendide auteur de « le gaffeur », nous disaient combien chaque « progrès humain » génère des méfaits bien supérieurs aux bienfaits qu’ils sont censés apporter.

Et Hiroshima et Nagasaki, Tchernobyl, Bophal, le Zyklon B, le Napalm et bientôt les OGM ! Et nous arrêterons là la litanie des horreurs.

Elle pouvait bien passer sous silence les maladies mentales, cependant elle voyait comme nous le voyons que les progrès dont se targuent les plus puissants des hommes (c’est dire ce qui y ont intérêt) se payent d’une montée des haines, des affectations mentales dont Raoul Vaneigem a avait si parfaitement vu qu’elles donneront lieu à « des déferlements de peste émotionnelle ».

Et qu’on ne nous parle pas de catastrophisme et de pessimisme, parce que chaque fois que des techniciens sociaux emploient ces mots ils font injure, et ils tuent deux fois les victimes du Zyklon B, du Napalm, de l’Agent orange fabriqué par Monsanto, de la bombe atomique et du nuage de Tchernobyl dont nous savons qu’il s’est arrêté à la frontière Suisse, grâce en soi rendue au pluralisme politique et de la presse qui sont comme chacun le sait les garants du fonctionnement démocratique.

S’abstenir de dire à des enfants, à de pauvres gosses que les puces seront probablement implantées sur les prisonniers et que déjà le coreligionnaire en sociologie Murray a pondu sur commande pour le gouvernement étasunien une idéologie qui assimile le pauvre au crétin et au délinquant, idéologie dans laquelle baignent nos dites démocraties, s’abstenir de dire cela est proprement un parti pris idéologique : celui de l’intérêt que la dite futurologue avait à le taire et qui n’est pas l’exact souci d’objectivité du chercheur. Déjà un député allemand du Hesse faisait la demande du port de bracelet électronique rendu obligatoire pour les chômeurs. C’est l’extension du domaine de la délinquance à sa présomption et au fantasme de la part d’un monde politique le plus souvent corrompu ! Et ce n’est pas la formule édulcorée du post-homme qui y changera.

Mme la futurologue avait beau jeu de parler de la fracture qui naîtra entre GenRich (porteur de puces) et naturels, les disparités de toute sorte s’accroissent déjà, les haines montent et la démocratie recule avec.

A force de répéter que les démocraties sont fragiles, des intellectuels institutionnels ont permis au pouvoir de s’emparer de cet argument pour prendre des mesures qui justement amenuisent la démocratie tout en prétextant qu’elles visaient à la renforcer. Le voilà bien notre avenir, il est déjà en cours, un totalitarisme high tech, qui aura été mis en place la main sur le cœur, sous le fallacieux prétexte de « nous » prémunir. La puce et les GenRich, comme internet hier, voilà bien quelques uns des prémices de l’horreur future.

-  Tandis que Mme la futurologue présentait le dite puce, avec un aimable sourire et une plaisanterie sur sa forme proche de celle d’un grain de riz, cette enfant qui a posé la question s’est peut-être bien gardée de dire qu’elle était inquiète ?

Je crois que si un enfant devait me poser la question, je ne pourrais pas sourire, dussé-je être gêné par les regards braqués sur moi, je ne pourrais pas passer sous silence ce que les américains en font déjà. Et je ne le pourrais pas parce que la misère n’est pas rare. Et le fut-elle que des puces implantées par la force, comme c’est déjà le cas, soit sous la menace d’une lourde peine, soit par la force d’une propagande aussi mensongère qu’hypocrite qui abuse des gens qui n’ont ni les moyens, ni la force de lutter et que la majorité dénaturée de leurs concitoyens accablent, ces méthodes seront bientôt les nôtres.

Et la population carcérale parce qu’elle sera soumise à un odieux chantage sera probablement la plus exposée à l’implantation de force de ces puces sous cutanées.

-  Derrière les barreaux, des grilles high tech

Voilà qui est entendu : pauvres, salariés ou chômeurs, on ne tolérera pas de vous le moindre écart sous peine d’aller augmenter le nombre des détenus dans des prisons déjà surpeuplées. Et déjà se fait jour une idéologie insensée qui en vient à considérer qu’en deçà d’un certain seuil d’appropriation des biens, d’ailleurs souvent malhonnêtement acquis, pèse sur vous une présomption de délinquance !

Chaque année des commissions parlementaires visitent les geôles, chaque année ils s’indignent des conditions d’incarcération et de la présence de détenus qui n’ont rien à faire en prison.

Chaque année pourtant les comparutions immédiates augmentent, le surpeuplement carcéral atteint de nouveaux seuils et la loi Kouchner n’est appliquée sans réticences qu’au seul Papon. C’est dire l’inutilité des visites parlementaires, c’est dire qu’elles ne servent qu’à des fins de propagande sur la prétendue sensibilité de nos élus et de l’Assemblée parlementaire nationale. C’est dire que l’indignation n’est jamais admise que lorsqu’elle a fait preuve de son innocuité, c’est-à-dire lorsqu’elle est rendue impuissante à changer le cours des choses. Qu’on ne nous dise pas que Rome ne s’est pas fait en un jour, parce que depuis vingt ans ce n’est plus la démocratie qui est servie.

Qu’un parlementaire s’indigne des conditions d’incarcération, qu’en son for intérieur il ait été alerté du problème, son indignation ne servira que le fond de commerce électoral. Il ne sera question que d’un énième dossier sur le sujet posé sur une pile, une indignation circonstanciée impropre à arrêter le déroulement inexorable du tapis de chaînes et c’est d’ailleurs pourquoi elle est tolérée comme jamais ne le sont les voix radicales du changement qui émanent d’une poignée d’individus plus concernés et résolus.

Alors qu’il faudrait partout distendre les liens qui nous obligent à taire notre indignation, au travail, dans les cafés, dans la rue, dans nos foyers, dans les prisons la parole indignée se trouve circonscrite par un commandement tacite, l’injonction de ne proférer aucune parole de colère sous peine de récolter les foudres.

Le « devoir de bonheur » qui a fait flore à la fin des années 90 a condamné l’indignation à ne s’exprimer que dans certains espaces autorisés.

De la plus sournoise des manières la révolte et le sens du Juste, la sensibilité même se sont trouvés accusés de mille mots, « peine à jouir », « aigri », « triste sire », « paranoïaque » qui désignaient chacun de ceux qui venaient troubler les festivités néo-libérales auxquelles n’étaient bientôt plus conviés que les bons payeurs, les apologues du système, leurs zélés continuateurs ou ceux dont l’arrivisme se mesurait à leur capacité à taire leur indignation.

Si bien que la nécessaire adaptation de ces derniers au nouvel ordre ne tolérait plus que l’indifférence venue fort opportunément remplacer leurs indignations d’antan.

En un mot quand on est sommé de ne plus se révolter, on a tôt fait d’invoquer l’indifférence pour justifier de ses manquements. « Voyez-vous nous en avons tant vu, on nous en montre tant chaque jour à la télé que nous sommes immunisés ».

Ainsi naquit l’homme moderne.

Tandis que nous étions en droit et devoir d’attendre qu’à l’infamie chaque jour avérée répondent de nouveaux espaces d’indignation, l’indifférence se faisait jour et chacun restait calfeutré qui dans son deux pièces, qui dans son loft en attendant que ça se passe. Mais ça ne passe pas. Les tyrannies d’autrefois provoquaient des résistances parce que dans l’ordre normal des choses, la « nature humaine » aspire toujours à la liberté.

Mais il faut rendre hommage à celui qui vit venir la malfaisante bête et se garder de minimiser la portée de ses avertissements : Orwell dont il est fallacieux, sinon malhonnête de réduire l’œuvre aux dimensions d’une machine de guerre anti-communiste ne prédisait rien moins que l’avènement d’un Homme nouveau dans le contexte « terrifiant des dictatures modernes ».

« Rien ne garantit disait-il que cette « nature humaine » soit un facteur constant. Il se pourrait fort bien qu’on arrive à produire une nouvelle race d’hommes, dénuée de toute aspiration à la liberté, tout comme on pourrait créer une race de vaches sans cornes ».

Aux uns le futur promet les barreaux, tandis que les autres se retrouveront derrière des grilles high tech

-  A la veille d’une guerre d’ampleur ...

Pour m’être aventuré à des paroles libres j’ai pu mesurer que les retombées des foudres institutionnelles ne sont jamais loin.

Autant dire que de telles paroles et de tels gestes portent, que l’institution n’aime rien moins que ce qui la fait saigner et que ses agents sont le commun des hommes, un commun par trop régulièrement présenté sous le jour opportun du défenseur de la veuve et l’orphelin selon une tendance propagandiste qui ne se dément pas et s’accroît dangereusement, rappelant s’il en était besoin qu’on ne fait jamais autant l’apologie de l’armée et des polices que dans les régimes strictement totalitaires.

On ne s’étonnera pas de voir dans les années qui viennent des jeunes hommes et des jeunes filles « biens sous tout rapport » embraser la carrière de serviteur armé de l’Etat à la faveur d’une propagande qui se fait aussi bien à la télévision, qu’au cinéma et dans les journaux.

Il est temps que les jeunes gens sachent que les coups de matraques se sont prioritairement ceux qui se sont manifestés spontanément qui les reçoivent et qu’ils en donneront à leur tour pour complaire à leurs chefs, pour équiper leurs abris et préparer un avenir douteux à leurs enfants, sans autres soucis de se demander en quoi chaque coup porté sur des hommes qui le plus souvent expriment de légitimes colères est un coup qui portera sur leur propre progéniture.



Publié le 2 octobre 2006  par Regis Duffour


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  • L’insécurité : une fabrique institutionnelle
    10 novembre 2016, par Anindita Keisha
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