e-torpedo le webzine sans barbeles



Femi Kuti
Le message derrière le poing
Par Don Olivero

Catégorie Musique
Il y a (14) contribution(s).

(GIF) Sensuelle, torride, rebelle, cuivrée, l’Afro-Beat de la dynastie Kuti règne, indémodable. Allumé par Fela, le sax brûle sur ‘Shrine Africa’, le nouvel opus live de Femi enregistré au Shrine, temple itinérant crée par le père et devenu sous le fils le club le plus hype et subversif d’Afrique. Rencontre avec un passionné qui brise nos clichés blancs d’un poing noir optimiste !

-  Comment est né ‘African Shrine’ et pourquoi ce changement de production ?

Barclay m’a viré parce que j’avais viré mon manager français. Un Africain virant un Français, c’était trop gênant pour eux ! C’est alors qu’UWE-MK2 arrive au Nigeria et veut m’enregistrer. Il y’avait un studio libre à Lagos, mais on a proposé de faire l’enregistrement live au Shrine. Trois jours sous tension, les plus stressants de ma vie, mais ça a fonctionné ! C’est aussi la plus belle réalisation de ma vie : construire le Shrine et l’enregistrer.

-  L’essentiel dans la musique c’est... ?

J’utilise la musique pour faire passer un message, comme moyen d’expression et de dénonciation. Je pense sincèrement que pouvoir le faire via la musique est un don. Je ne sais pas d’où me vient la mélodie, c’est un mystère. Je suis un médium, un outil, juste un instrument à exprimer. Je déteste dormir, manger ; je veux juste jouer de la musique ! Je le fait aussi pour mon fils, je veux qu’il soit fier de moi.

-  Comment expliques-tu la vitalité de l’Afro-Beat en Afrique alors que l’engagement capitule au Nord ?

L’Afrique, pour moi, est le centre du monde. Tout le monde lutte pour une nouvelle vie. Les Africains croient au changement, qu’un jour la vie sera meilleure avec un vrai leadership. Ce message passe par la musique, culturellement. Chanter en protestant permet de toucher les gens, comme l’éducation, bien qu’elle soit en échec en Afrique. Actuellement, on nous enseigne à être esclave. Avec la conscientisation, ça changera. J’éduque mon fils, lui explique ses erreurs mais il hait l’école, il ne supporte pas l’école ni l’idée de s’y rendre . Il y apprend l’anglais et non sa langue, il ne comprends pourquoi tout est en anglais ou en français ! Rien de ce que je n’ai appris à l’école ne m’a jamais été d’aucune utilité, même mon anglais je le dois uniquement à ma mère.

L’école est un endroit où les parents déposent leurs enfants et retournent à leur vie, les enfants le sentent et n’aiment pas cela. Ni le père ni la mère ne sont présents. Cette société détruit la vie des enfants, ils sont laissés seuls en permanence c’est inacceptable. En fait mon fils ne devrait pas aller à l’école, je devrais lui enseigner les bases des maths, de l’anglais...

Qu’est-ce que cette vie où vous ne pouvez voir votre enfant qu’une heure par ci, une heure par là ? La société va mal, c’est pour cela que des enfants deviennent délinquants. Mais la nouvelle génération est plus dynamique que jamais. Ils feront partie du changement, les jeunes réalisent qu’ils ont étudié des mensonges : cette révolte est une première historique.

-  Le Shrine a la réputation d’être un des clubs les plus incroyables du monde, pourquoi ?

Au début, on a écrit des tas de mensonges sur le Shrine : repère de voleurs, de criminels sacrifiant des femmes ! Les gens flippaient. Il y à trois ans, ils étaient cent à deux cent à venir. Mais depuis que j’ai cessé de répondre, de rentrer dans le jeu des médias corrompus et à la solde du pouvoir, le Shrine connaît le succès : deux mille personnes quatre fois par semaine ! C’est un lieu d’expression où les gens viennent quand ils veulent, pour boire un verre, parler, écouter de la musique. C’est beaucoup plus qu’un club, c’est un lieu où les gens font escale et repartent heureux avec un sentiment de liberté.

-  Pour quelles raisons le gouvernement nigérian, qui a persécuté ton père, est maintenant prêt à parler et travailler avec toi ?

Ils ont changé. Ils ne m’ont jamais battu ou emprisonné comme mon père. Mon discours les dérangeait, ils ont donc essayé de m’arrêter par la diffamation. Alors, j’ai appris à les ignorer, me focalisant sur la manière de transmettre mon message et depuis les choses sont plus simples. Maintenant, quand la police vient, c’est courtoisie, salutations, discussions et au revoir. Même les soldats viennent voir mes concerts et me saluent avec le poing levé du black power ! C’est sans doute la police qui les a branchés, ça fait partie de la Shrine révolution !

-  Tu soutiens que les problèmes de l’Afrique ne sont pas uniquement liés au néo-colonialisme ou à l’insuffisance de l’aide des pays dit développés. Comment résumer ton analyse à quelqu’un qui ne connaît rien au cas africain ?

Je ne crois en aucune organisation de charité ou organisation non gouvernementale. Je crois juste en moi, ma sœur et mon fils. J’ai vu beaucoup de projets, mais je n’en ai encore jamais vu un fonctionner de ma vie. Et aucun ne fonctionnera jamais. "Michael Jackson pour l’Ethiopie", c’était un énorme projet mais ils étaient mieux avant ! Quand mon père était torturé, personne n’est venu ! Maintenant, tous parlent de Fela-Africa mais aucun ne combat pour la vraie cause ! Je pense que l’Afrique émergera d’elle-même. Elle prend le bon chemin. Je ne pense pas que l’aide viendra de l’extérieur. Elle n’est jamais venue de l’extérieur.

-  Tu as sûrement répondu à des milliers de questions concernant ton père...Et ta mère ?

Ma mère a joué un rôle essentiel. Nous étions ensemble quand mon père tournait et enregistrait à travers le monde, c’est ensemble que nous écoutions chacun de ses nouveaux albums qu’il envoyait. C’est elle qui m’a réellement élevé. Ma mère et ma sœur ont toujours été très présentes et décisives dans ce que je suis devenu.

-  Le matriarcat existe-il toujours en Afrique ? L’Africaine est-elle le futur de l’Africain ?

La femme africaine est oppressée et souffre encore énormément. Pourtant, plus elle s’épanouit, mieux je me porte ! Je ne pourrai jamais accepter la manière dont les hommes les traitent, car elles ont réellement le pouvoir de changer la société.

-  Quand tu lèves le poing, tu penses à... ?

A mon fils. Et au message que je fais passer depuis tant d’années. Je pense que cela fait partie de ta mission sur terre : aider les camarades, la société. C’est pour cela que le Shrine est un véritable plus. Jusqu’ici, il n’y avait pas de lieu pour et par les Africains. Ma sœur et moi sacrifions tout pour le développement de l’Afrique. Nous faisons tout pour qu’elle devienne ce grand continent, où tu pourras venir, jouer... Où il y aura des festivals partout !

-  Quel est ton programme d’ici la fin de l’année ?

En octobre, je repasse par l’Europe et en janvier, je tourne aux USA. Maintenant, je retourne à Lagos. C’est là que je vis. Je n’ai jamais voulu changer de pays. A cause de la vie que j’ai choisie. Il y a tant de gens qui comptent sur moi là-bas. Si je m’installe en Europe, ce serait une trahison, particulièrement pour les jeunes qui croient en moi. Je dois être cohérent. J’aimerais embrasser celle que j’aime dans un endroit tranquille comme la Suisse avec mes enfants me sautant dessus toute la journée. Avoir une vraie vie de famille... Mais je sais que ce n’est pas ma destinée !

Source :
-  Activista



Publié le 21 décembre 2006  par torpedo


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin