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Le syndrome Galliffet
ou le goût du sang (Querelle 1)
de Pierre Drachline

Catégorie politique
Il y a (1) contribution(s).

" La droite, c’est la mort "

a écrit Marguerite Duras, pour une fois politiquement inspirée.

C’était à l’approche de la présidentielle de 1988 où elle soutenait son camarade de résistance Morland, alias François Mitterrand. Ce dernier, avant de devenir sur le tard un abolitionniste, avait contresigné, en qualité de Garde des Sceaux du gouvernement Mollet (1956-1957), les condamnations à mort des militants du FLN. Il est des consciences tardives. Mais le futur quatrième président de la Ve République n’aura été en définitive qu’un amateur, un dilettante de la répression.

En ce domaine, la référence demeure Gaston Auguste Galliffet.

Ce marquis, après avoir sévi en Crimée, en Italie, au Mexique et surtout en Algérie où il apprit à aimer les indigènes au point de les massacrer, fut chargé pas Louis Adolphe Thiers de réprimer la Commune de Paris. Il le fit en précurseur de Joseph Staline qui affirmait " une mort, c’est une tragédie ; dix mille morts, c’est une statistique ".

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La vue du sang donne soif.

Aussi, sa soldatesque liquida environ 32 000 communards ou prétendus tels durant la Semaine sanglante (22-28 mai 1871). Tout suspect ayant des traces de poudre sur les doigts étant fusillé sur place, c’est ainsi que des dizaines de petits ramoneurs savoyards furent exécutés. La suie les accusait et peut-être, aussi, cet air canaille propre aux indigènes du pavé de Paris.

La République reconnaissante envoya ensuite Galliffet parfaire ses humanités en Algérie. Il connaissait la colonie et y avait ses habitudes. D’un massacre à l’autre, il s’illustra lors d’une expédition dans le Sud algérien. Nul ne put mettre alors son équité en cause. De Ouargla à El-Goléa, il ne fit pas de prisonniers.

-  À quoi bon nourrir des ingrats ?

Gallifet sera ensuite un éphémère ministre de la Guerre dans le cabinet Waldeck-Rousseau en 1899. Sans doute fut-il chagriné que le sort du capitaine Dreyfus n’ait pas été réglé de manière plus expéditive.

Douze balles dans la peau valent toujours mieux que les délibérations d’un jury sous influence humaniste.

Sa postérité, Galliffet la doit à ceux dont il inspira le parcours. Certes, la fonction défait l’homme et le goût du sang va avec le pouvoir, mais il est des évolutions qui sonnent comme des trahisons. Ainsi Georges Clémenceau, maire du XVIIIe arrondissent de Paris sous la Commune et partisan de l’amnestie des déportés de Nouvelle Calédonie avant d’être le seul opposant de poids à la politique coloniale de Jules Ferry et un ardent Dreyfusard, subit-il une mue intellectuelle en devenant, selon son expression, " le premier flic de France " en 1906. Dès lors, militants anarchistes, mineurs grévistes du Pas-de-Calais ou viticulteurs du sud de la France apprirent à connaître son humanité. Plus près de nous, le socialiste et militant des droits de l’homme Jules Moch, auprès de qui Raymond Marcellin fera son apprentissage répressif, enverra la troupe contre les grévistes en 1947.

Il serait fastidieux d’énumérer tous les locataires de la place Beauveau qui depuis se sont illustrés par un soutien sans faille aux exactions de leurs hommes. Une mention spéciale toutefois à Roger Frey dont le palmarès devrait lui ouvrir les portes du Panthéon : le massacre des Algériens en octobre 1961, la tuerie de Charonne l’année suivante, l’enlèvement de Ben Barka par des membres de ses services.

Il finira président du Conseil constitutionnel et sa seule punition sera d’introniser François Mitterrand en 1981.

Quant à l’actuel cerbère de la place Beauveau, il a la taille de Thiers et le doux sourire de Galliffet. "L’Histoire lui réservera le sort qu’il mérite."

source : lescahiersdelouise



Publié le 29 décembre 2006  par Gilles Delcuse


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Forum de l'article
  • Le syndrome Galliffet
    ou le goût du sang (Querelle 1)
    de Pierre Drachline
    30 janvier 2016, par Sara

    You have done a great job. Thanks !

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