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Round around une nouvelle de Serge Rivron

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(JPEG) Pour être bon mon poing dans la gueule et les lacets défaits, sa femme, il la regarde. Pour être bon, la garce.

Chausse tes gants, gars, les rouges de championnat. Il la regarde, mon poing dans la gueule vingt dieux. Chausse tes gants, ça lui ferait quand même moins mal, la garce, la garce, la garce, la garce. Putain si elle vient pas dans la glace il va cogner, sa tête toute écrasée de boxeur, pour être bon sa tête la garce regarde-la, bonsoir. Sa femme. La journée s’est bien passée ?

Il faut lui pardonner putain, je jure, c’était juré puis moi qu’est-ce que je suis, tous les combats, les muscles, le salaud, les corps-à-corps, les jours volés par les tournées, les boîtes, les sofas couverts au milieu de la nuit, dans les cordes. Sa tête écrasée de remords. Pas une raison. Les coups reçus, bonsoir.

Qu’est-ce que je suis, les lacets, même plus la force, chausse tes gants, sans elle.

Chausse tes gants il la regarde, à quelle heure elle arrive ?

Son souffle est dur, le sang aux tempes, impossible de sourire. Elle, maquille. La journée s’est bien passée ? T’es sûre. D’où elle arrive il ne demande même pas. C’est au-delà. Regarde-la pour être bon. C’est au-delà. Il aurait cru qu’il s’en foutait. C’est au-delà. Partout, à la salle, toute la journée, au sac, à la corde, plus fort que lui, il a les poings bandés encore, impossible, il la voyait, bonsoir. Elle maquille je lui ai rien demandé. Les poings massifs, énormes, je jure, mon poing va s’écraser contre sa gueule, détourne le regard. Pour être bon. Il est sûr d’où elle vient. Pourquoi, vingt dieux ? Pourquoi elle maquille ?

Pour bien faire il faut sourire, parler, vite. Impossible. Regarde-la, il ne sait plus ce qu’il attend d’elle, elle maquille, elle ne sait plus non plus, les gestes sont faux. Elle en vient. Il faut parler, vite, vite. Il le sait, et elle sait qu’il le sait. Elle maquille, la garce. Il en est sûr comme le gong, les coups reçus, la haine au combat. La haine. Il va lui broyer la gueule. Au nom de l’amour. Parce qu’il sait qu’il l’aime il va lui broyer la gueule et il ne pourra plus rien faire. Alors parle-lui, vite, vite. Avant qu’elle t’échappe, gars. Avant qu’il la supplie. La haine, il n’y peut rien. Il l’aime, essaie, pour être bon. Essaie encore, avant qu’il la tue. Ses gros poings de boxeurs.

Toute la carcasse et sa compote de remords retiennent ses muscles, les nuits volées, les filles après le gong, il n’y peut rien, regarde-la, il n’y peut rien, avant qu’il ne gémisse, avant que l’arbitre ne le déclare KO, sonné, il la regarde, il n’y peut rien il tremble, bonsoir, pour être bon, il ne peut pas sourire, il n’y peut rien, avant que ses muscles tétanisent et qu’il tombe à genoux, la haine, il a juré, il n’y peut rien, c’est sûr, il la regarde, il voit bien qu’elle regrette il ne lui a rien demandé, avant sa pitié, comme le gong, bonsoir, il la regarde avant la mort il n’y peut rien, c’est elle ou lui, il sent la force dans ses muscles, il n’a plus de mots. Il souffle et il la tue.

Nouvelle de Serge Rivron, hiver 1995 Round around (publié par la revue Verso, n°80, printemps 1995)



Publié le 17 février 2005  par torpedo


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