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Slam en Rhône Alpes

Catégorie musiques libres
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La S.L.A.M (Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots) fête ses cinq ans au Bistroy (voir la brève). Rencontre avec celui qui en est le fondateur : Marco Casimiro de San Leandro, dit « Vers Saint Rhétorique ».

-  Bonjour Marco, je suis heureuse de faire cette interview avec toi, LE spécialiste incontesté du Slam en Rhône Alpes ! Tu as crée La Camarilla en 1997, une association dont le but est de populariser l’écriture rythmique, puis en 2002 tu as fondé le collectif de la « Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots » (ou Société Ludique des Anarchistes Modaux ; S.L.A.M). Raconte nous un peu ton parcours personnel et comment tu as réussi à mettre tout ça en place.

J’ai commencé les scènes et j’ai monté la Camarilla avec le Cercle des Poètes Apparus. Au début, on est cinq Poètes Apparus. En fait, je monte sur la scène, ça devient un plateau, j’invite des potes qui font de la chanson, ils viennent et c’est plein, c’est blindé de monde ! Donc, effectivement, c’était un coup de poker ! On a joué avec Gui Pierre du Bistroy dès 2002. Il a dit « on fait ça la mardi, le jour où je suis fermé » et boum, c’était parti. Moi, ça me trottait dans la tête parce que j’avais fait mes deux premières scènes en 99, à Vénissieux, pour Fêtes escales, et Paroles ambulantes. Un festival de poésie et un festival de zique. Sympa quoi.

-  Je sais que tu es très entouré. Combien de personnes constituent la S.L.A.M ? Tu peux nous parler d’elles ?

La S.L.A.M a évolué quatre fois. Il y a eu beaucoup d’allers et venues. Depuis le début, il y a eu plus de quarante personnes. La nouvelle section s’est constituée entre avril et juin 2006. Il y a eu des partants, des arrivants et des revenants. Rires. Ce n’est pas péjoratif, ils ne sont pas des phénomènes ! Ils étaient partis et ils ont demandé à revenir, chose à laquelle j’ai répondu avec plaisir. L’équipe évolue tout le temps. Là, j’ai doublé la section. On est passé de neuf à quinze.

Vers Saint Rhétorique et Lee Harvey Asphalte - 29.4 ko Vers Saint Rhétorique et Lee Harvey Asphalte

-  Il y a beaucoup de slameuses. Contrairement au Hip Hop qui reste encore sexiste à bien des égards, le Slam accueille les filles sans problème. Comment expliques-tu cette absence de misogynie ?

Il y a toujours eu des nanas avec nous. Sur neuf, il y en avait trois. Il y a eu un passage à vide où l’une d’entre elles s’est retrouvée toute seule pendant un moment... Mais maintenant que nous avons doublé l’équipe, elles sont cinq. En premier lieu, les femmes lisent plus, elles aiment la poésie. Elles sont friandes des scènes slam. Si elles viennent assister aux scènes slam, au bout d’un moment elles ont envie de monter aussi, donc du coup elles sont nombreuses sur scène. Il n’y a d’ailleurs pas que celles de la section qui slament. Et heureusement !... Comment t’expliquer ? Je ne suis pas sûr que le public soit moins myso qu’ailleurs mais comme le slam c’est la diversité, la liberté, elles font comme elles veulent, elles sont les bienvenues, et tout se passe bien. Il y a moins de barbares dans les scènes slam, même s’il y a des gens provocateurs, des turbulents, des gens militants...

-  En fait, le Slam serait un retour aux origines du Hip Hop, une volonté de s’exprimer sans rapport de force, sans haine. Une énergie positive. Tu es d’accord ?

C’est compliqué parce qu’on ne fait pas le contest (le championnat), le défi n’est pas officialisé. Il existe, mais c’est un non-dit. Nous, on appelle ça de l’émulation. Donc, c’est un vrai défi mais sous forme d’émulation. Dans le rap, le défi s’est transformé en clash, et même si on sait que c’est un jeu, ils ne sont pas toujours tendres entre eux. Dans le slam, il peut y avoir des réflexions en public, des réponses, mais c’est très rare. Nous, on ne fonctionne que sur ce mode là. Les slameurs s’entraînent pour s’esbroufer les uns les autres, mais c’est juste par plaisir. Au bout d’un moment, tout le monde attend ce que l’autre a écrit, et chacun va le savoir sur la scène, parfois le découvrir en même temps que le public ! Ca les démange tous de se revoir, et ils vont balancer leur texte... J’ai d’ailleurs lancé un thème : je leur ai proposé de raconter leur première scène au Bistroy... Alors il y en a qui le feront et d’autres pas, mais on s’en fout... !

Par rapport à ta question de départ... je ne suis pas sûr d’avoir répondu ! En fait, les origines du slam, c’est Marc Smith, à Chicago, qui n’est pas une ville hip hop, et les influences peuvent venir de partout, ce qui est le cas pour Marc Smith, et puis il y en a qui vont prendre des origines françaises, ou américaines, et donc ça peut être Gil Scott Héron, Les Last Poets, Ginberg ou la beat generation, ou les griots ou les troubadours... tout ce qui est oratoire, scandé... ça peut être grec : moi je m’appelle Rhétorik ! Il n’y a d’ailleurs pas de prétention dans mon nom, au contraire.

-  Quand j’en ai parlé à mes élèves, pourtant férus de sorties en tous genres, peu d’entre eux connaissaient le Slam. Ils disaient que c’était du rap mais sans la musique, ils ne voyaient pas l’intérêt. Quand ils ont vu le DVD que tu m’avais prêté, ils ont compris. Vous expliquiez très bien la différence, cette possibilité que donne le Slam d’évoquer tous les sujets. Tu peux nous en reparler ?

Quand j’ai commencé à faire du slam, je faisais de la radio, une émission rap sur Sun FM et quand j’interviewais des rappeurs sur le slam, ils disaient « c’est des rappeurs ratés qui ont voulu se reconvertir, qui n’ont pas trouvé d’autre solution ». Ca, c’était en 99 évidemment ! Maintenant, Abd Al Malik vient de N.A.P et il a bien fait de faire du slam. Rocé sort sur des compiles slam. Djiz pratique les deux. Et pour beaucoup ça peut prêter à confusion. Dans la S.L.A.M, Maestronaute a son groupe de rap, et il vient de sortir son disque qui s’appelle R.A.S. Pour Slamouraï, c’est les Hip Hop Players. Lee Harvey Hasphalte est issu d’un collectif Hip Hop qui s’appelait H2O. Et il y a Fisto, qui a fait un bout de chemin avec nous et dans Sofa so Good, ça c’est un groupe de rap-jazz de St Etienne. Et Kacem Ouapalec qui, lui aussi, est issu de la mouvance rap lyonnais... Moi, je suis issu du collectif Hip Hop Melting Family. Et quand on fait du slam, on ne fait jamais de rap. Et quand ils font du rap, ils ne font pas du slam.

Les autres membres du groupe sont d’horizons complètement divers : théâtre, conte, punk, enseignant, bibliothécaire, comique, plasticien, danseuse... Tout ça pour dire que tout le monde se retrouve pour faire du slam, quelque soit ce qu’on fait à côté et quelques soient les influences qui nous ont amené à le faire. Dans certains cas, la confusion vient aussi du fait de l’écriture rythmique, qui peut servir aux deux, mais qui ne donne pas la même métrique.

-  Ton intervention de trois heures devant mes élèves a été très bénéfique. Les allitérations, les assonances, les champs lexicaux... leur ont semblé tout à coup beaucoup plus concrets. Ils ont compris ce que signifiait la « musique des mots ». Tes exercices de slam devraient être intégrés aux manuels scolaires. Qu’en penses tu ?

A nos débuts dans le slam nous étions complètement décriés par les profs de français, entre autres. Ils n’étaient pas les seuls. Et la tendance s’est inversée. Maintenant les profs reprennent certains exercices pour intéresser les élèves à la langue parce que, bizarrement, les plus jeunes ont du mal à rentrer dans ce qui est au programme, au menu ! Et comme le slam est un nouveau code poétique moderne, et qui chante à leurs oreilles, ils s’aperçoivent d’un coup qu’ils aiment la langue française. Ce n’est pas prétentieux. C’est vérifié ! Une prof m’a récemment proposé de prendre un de mes textes pour en faire une explication en classe. On entrera peut être un jour dans le programme en étant reconnus, mais ça peut ne jamais arriver. Et de toutes façons, on s’en fout ! Ce qui nous intéresse, c’est que les personnes de tout âge qui pratiquent avec nous prennent du plaisir. Pour finir, je crois que j’ai répondu sans répondre vraiment en frontal... Je trouve prétentieux de dire « je devrais être dans un manuel scolaire » !

-  Tu fais beaucoup d’interventions dans les milieux scolaires. C’est un endroit privilégié pour communiquer ta passion ?

C’est un des endroits. Puisque ça peut être en centre de vacances, en maison de retraite, en prison, dans des théâtres, des clubs de boxe, avec des écrivains... il n’y a pas de règles. Alors c’est vrai que les milieux scolaires, on en fait pas mal. Pour moi, la passion passe partout. C’est comme l’eau, elle passe partout. Tu peux calfeutrer ta maison, l’eau aura toujours le dessus.

-  Slam = soirée gratuite. C’est suffisamment rare de nos jours pour être souligné. Le Slam ça veut aussi dire « Prise de parole libre ». Tu crois au « contre pouvoir verbal » ?

Je ne vois aucune raison d’avoir à payer pour s’exprimer. Tout est payant. Les libertés régressent comme une peau de chagrin. La parole a été très cadrée par la loi, mais on peut encore dire ce que l’on pense. Et ce que l’on pense n’est pas nécessairement ce que pense la masse. Citation : « le slam c’est le cancer de la pensée unique, l’hépatite B du politiquement correct, la nouvelle forme de dard pour piquer le cul des puritains qui commencent à prendre le dessus, un peu comme aux States, en Irlande, ou au Portugal. Alors effectivement, puisqu’il n’y a pas de censure, dans l’absolu, c’est une vraie forme de contre pouvoir. Même si c’est le début de la récupération. » Pour faire taire un slameur radical, il faudrait lui couper la langue, il apprendrait le langage des signes, et il faudrait lui couper les mains, il inventerait un autre langage avec son visage et il faudrait le tuer. Conclusion : je ne vois vraiment pas comment ils pourraient nous faire taire ! Le micro est tjrs tendu à un professionnel, animateur de radio, fausse star de la star Ac’, homme politique, géo au club med, casseur d’assiettes sur un marché, les conférenciers... mais bizarrement, jamais au garagiste du coin, au voisin du dessus, à la petite fille de huit ans, à toute personne non connue par la masse. Nous on fait le contraire, sachant que les premiers cités peuvent évidemment participer à nos scènes. Ils seront les bienvenus.

-  Certains comparent leur première scène Slam à une espèce de saut en élastique. Ils évoquent l’impression de liberté, l’adrénaline... Est-ce qu’il n’y a pas là un désir d’exhibition, une façon de valoriser son ego, d’avoir son « quart d’heure de célébrité » ?

A trop être bridé, sans pouvoir s’exprimer plus loin qu’avec ses proches, le jour où on a ouvert les vannes, il s’est passé comme une déferlante de paroles. Beaucoup de personnes écrivent en France mais très peu peuvent lire leurs textes. Sur une scène slam, on peut lire avec ses oreilles.

-  En même temps, le slam est propice aux rencontres. Rencontres avec les autres et rencontre avec soi-même puisque chacun peut redécouvrir son corps, sa voix, se réapproprier l’espace quand il est sur scène. Au fait, tu as connu de grands timides que le slam avait « guéris » ?

Tous les cas de figure existent puisque c’est la diversité. Quelques exemples qui peuvent paraître clichés : bavards, poètes maudits, exhibi, thérapies, colères, défi à relever par rapport à soi même... en gros tout est imaginable.

-  Nous sommes à la date anniversaire. Cinq ans que la S.L.A.M se déplace un peu partout dans la région. Quel est ton meilleur souvenir ?

Si on parle de la région, il y en a vraiment beaucoup ! C’est assez difficile d’en prendre un en particulier. Si on parle du national : St Brieux, Nantes, on s’est vraiment éclatés, c’était quelque chose ! L’Ardèche ! La Suisse ! On pourrait en citer des dizaines et des dizaines puisqu’on a plus de 450 scènes dans les pattes.

-  et le pire ?

C’est exactement la même chose ! Pour les pires, il n’y a pas de région particulière. Très souvent, il y avait confusion des genres, des personnes pas préparées, des salles vides... le pire c’est lorsqu’on s’est le moins amusé, ou lorsqu’on n’était pas écouté, et ça ne vient pas nécessairement de ce que nous racontons.

-  Un petit mot sur le Bistroy, le lieu qui accueille la Slam Session tous les mardis de chaque mois depuis janvier 2002 ?

Le Bistroy est un lieu magique pour y pratiquer le slam. Je ne sais pas si ça vient du fait qu’on ait démarré là-bas, mais le moins qu’on puisse dire c’est que ça a toujours fonctionné et que pour cette 47ème scène, on espère qu’une fois de plus une ou plusieurs personnes qui n’ont jamais slamé monteront nous honorer de leurs paroles. Sachant tout de même que nos scènes aux Subsistances ont eu un énorme succès. Environ 200 personnes en moyenne.

-  Il y a l’ANNÉE DU HIP-HOP le 5 février à l’Olympia et en direct sur Europe2 TV. « La première cérémonie française qui récompense les artistes hip-hop de l’année. » : tu crois que c’est une bonne idée ?

Bizarrement, sur les cinq nominés, il n’y a que des parisiens signés ou presque signés dans des majors, ce qui n’est pas un problème en soi. Ceci dit, les gros médias ne peuvent plus se permettre de passer à côté de cette nouvelle vague. Et comme c’est arrivé avec le punk, le ska, le rap... tout et n’importe quoi peut arriver, tout le monde s’engouffre dans la brèche, et nous verrons dans l’avenir ce qui en résultera. En ce qui concerne le projet d’Europe2, les cinq nominés ont tous une réelle authenticité et légitimé dans le mouvement slam national.

-  Dans la catégorie « Meilleur Slameur » sont nominés : Abd Al Malik ; Grand corps malade ; Souleymane Diamanka ; Tsunami ; Nada. Tu votes pour qui toi ?

Moi je vote pour Dgiz ! Ou Luciole !

-  Qu’est-ce qui te révolte le plus actuellement ? C’est quoi ton coup de gueule du moment ?

C’est la mise en marche de la pompe à fric version Big Brother. Si tu roules à 56, si tu bois 3 verres, si t’es pas d’accord, si tu pisses pas dans le pot, t’es un délinquant. Ça peut même commencer à l’âge de trois ans.

-  Je sais que tu es un gros fumeur, alors... cette loi anti tabac dans les lieux publics, tu en penses quoi ?

Je ne fume pas dans les lieux publics, je trouve ça relativement incorrect, mais Big Brother nous prend pour des caves, et nous crée une nouvelle pompe à fric que je qualifierais d’impôt indirect. Si la loi était mieux faite, il devrait exister des bars interdits aux non fumeurs, ou le boss fumerait, les employés fumeraient, et la clientèle fumerait. Mais bien évidemment, ce n’est pas permis, ni même prévu puisque ça ne rapporterait pas d’argent, encore que, puisque c’est l’état qui vend et produit le tabac à un prix prohibitif. Vous allez croire que je suis provocateur, mais je m’inquiète pour le « 203, sans tabac » (Lyon 1er), le bar qui fait non fumeur depuis des années ! La seule chose qui intéresse les moralisateurs, ce sont les 68 euros, voir les 150 euros que peuvent rapporter un PV. De plus, ça risque d’entraîner la délation, et d’obliger des personnes dont ce n’est pas le métier à faire la police sans être rémunéré.

-  Quels sont tes projets ?

Fêter les cinq ans de notre festival. Sortir mon premier disque. Monter mon deuxième spectacle. Continuer à survivre de ma plume. Et vivre intensément cette passion qu’est pour moi l’écriture et la belle langue française, francophone, francophile, sous toutes ses formes.

-  Je te laisse le mot de la fin....

J’espère avoir toutes facultés intellectuelles le plus longtemps possible car notre passage sur terre est vraiment trop bref, pour voir où mon amour immodéré de la rhétorique et du verbe peut m’emmener. Enfin, rencontrer un maximum de personnes attirantes de par leur façon d’être, histoire de s’enrichir jusqu’au grand coup de sécateur que nul ne peut éviter.

source :
-  sistoeurs.net



Publié le 1er février 2007  par Séverine Capeille


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