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Du chômage, des années brûlées et des menteurs
par Andy Vérol

Catégorie société
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(JPEG) Je ne voulais pas être un de ces salopards de "déclinologues". J’avais envie de porter des projets, monter une société, une association, fonder un collectif d’écrivains, etc. Enfin tout un tas de trucs de ce genre...

Au lieu de ça, c’est casque mega-bass dans les oreilles relié à ce pc portable acheté à "l’arrache" avec ma prime de licenciement... Un pc qui me sert à chercher du travail. Pas à en trouver. Mais à en chercher...

Il y a six mois, à la médecine du travail, le docteur m’avait dit que j’avais du sang dans les urines et ça m’avait inquiété. Un rien m’inquiétait alors, parce que toutes mes illusions de mec/bien/en/qui/on/peut/avoir/confiance/au/travail s’étaient effondrées à la suite d’une réunion houleuse avec les financeurs de mes projets...

Depuis des mois, ils tournaient autour du pot. Il n’y avait pas vraiment de faille dans mon boulot, simplement quelques points où ils n’adhéraient pas... Mais ils avaient pris les rênes depuis peu et s’étaient mis en tête de reprendre "tout en main".

Cela impliquait de chambouler les choses, de faire table-rase du passé et d’imposer un "nouveau style", eux parlaient d’une "nouvelle politique d’accès aux activités".

Le docteur m’a expliqué qu’il fallait regrouper les pièces nécessaires pour une action aux prud’hommes.

MAis j’étais sur les genoux.

Ma vie privée se dégradait lamentablement, et je tremblais à longueur de journée.

Libido zéro. Moral zéro. Stress et anxiété à bloc. Et l’envie de crever...

Ca paraît pitoyable ça. Celui pour qui les coups durs n’ont jamais provoqué un effondrement total de la personnalité dira : "Attends mais y a pire ailleurs ! R’garde en Afrique, ils z’ont qu’un bol de riz et des emmerdes pour survivre."

C’était pas faux. Mais je n’en avais strictement rien à foutre, eu égard à mon état de laisser-aller complet.

Financièrement, ça pouvait aller pour quelques mois... Mais la perspective d’être transformé en cul-de-jatte social par un système de contrôle ASSEDIC de plus en plus féroce, n’arrangea rien... J’avais beau dire à la meuf de l’ANPE que j’avais pas le moral à chercher du travail, que je n’avais plus d’illusions ni espoirs, que j’avais tout simplement envie de mourir de n’être qu’une merde, elle n’en démordait pas : "Mais monsieur, si tout le monde réagissait comme vous ! Où en serions-nous ? Et puis les aides sociales, c’est pas un crédit illimité au Rien-faire !"

Comme ça.

Elle me dit ça comme ça avec ses grosses hanches, son nez bossu et son statut de fonctionnaire donneur de leçon. Non que j’ai quelque chose contre les fonctionnaire, mais là, franchement, un stage exprès en psychologie, aurait été le bienvenu.

Pour échapper à toute cette merde de contrôle étatique sur ma recherche de boulot, je me suis mis en arrêt maladie. Ouais, un chômeur en arrêt maladie !

"Etat d’anxiété généralisé"

Bon alors, ça n’a fait qu’empirer en suite. Je me liquéfiais de plus en plus rapidement jusqu’au jour où j’ai cherché à avoir des hobbies constructifs : tuer de la bestiole. Picoler de la bière à longueur de journée avec tous les chômeurs ivrognes de l’épicerie portugaise d’en bas de chez moi.

Vie privée anéantie. Vice déprimé assommé. Eczéma atopique, ulcère, hypertension artérielle et interdit bancaire !

Plus qu’un déclinologue, je suis devenu un nihilistologue...

Le roi des lendemains/chaos, des cauchemars/sociaux, de la débandade mentale et bien sûr, des bastons ignobles avec mes amis ivrognes... "Tu vas voter pour qui toi aux élections ?" qu’il disait l’momo mon meilleur pote de beuverie. "Pour çui qu’aura la plus grosse ! Même si c’est une gonzesse !" Et de trinquer avec nos canettes alu et nos rires gras plein de glaires, le misère, de calvaire... "Tu vas bien en r’prendre une merde ? Hein ? J’viens toucher l’chôm’du ! Ouais la pension qu’’ces gros dégueulasses qui m’ont fait virer me versent maint’nant."

ME réveille assis dans ce coin de mur béton mouillé par la pisse. La bière est chaude. Les autres sont partis.

Les pompiers vont encore me lourder à l’hosto.

"Alors la vérole ? On a encore trop picolé ? C’est pas bien d’picoler la vérole".

Ta gueule

source :
-  Andy Verol & Hirsute



Publié le 1er février 2007  par torpedo


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