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Des casernes pour ré-éduquer les délinquants ? par Louise

Catégorie société
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Suite au meurtre d’un jeune homme à Ostende, le ministre de la Coopération au développement Armand de Decker s’est déclaré le 9 février favorable au placement des jeunes délinquants dans des unités disciplinaires de l’armée. Le Mouvement réformateur approuve. Le clairon sonne le retour de l’ordre moral et de la militarisation de la société

Une, deux ! Une, deux !

(JPEG)

Le ministre de la Coopération au développement Armand De Decker s’élance au pas de course vers les élections législatives.

Après avoir proposé de relancer le service civil sur " base volontaire ", le voilà qui propose de placer les jeunes délinquants violents non pas en prison mais à l’armée, dans des " unités disciplinaires, sous contrôle judiciaire ".

On sent très vite les trésors de pédagogie que le caporal De Decker peut déployer pour les jeunes " en panne de repères ", " en quête de valeurs " : " Ils apprendraient qu’il existe plus fort qu’eux. " Bondiou d’bondiou, m’en va dresser c’te gaillard-là... A l’état-major du Mouvement réformateur, Didier Reynders remarque que cette idée " rejoint le programme du MR ". [1]

Ce projet ne tombe pas du ciel. L’émotion provoquée par le meurtre de Joe Van Holsbeeck pour un MP3 en avril 2006 et celui de Bart Bonroy pour une cigarette le 3 février sont inscrits en filigrane de cette proposition sécuritaire. Il s’agit donc davantage d’émocratie que de démocratie posée lorsque De Decker déclare que " la violence gratuite augmente chez les jeunes. Les parents sont de plus en plus en décrochage d’avec leurs enfants. Avec le service militaire, les jeunes étaient confrontés à la discipline, l’hygiène, la solidarité interpersonnelle... " [2]

A côté de cette mesure, De Decker en propose deux autres dont le but avoué est également de rediscipliner la jeunesse.

La Grande Muette doit en être bouche bée : il n’y en a pratiquement que pour elle. De Decker veut ainsi relancer l’idée d’un " service civil ou militaire volontaire ". Et de compléter : " Cela peut se faire chez nous : à la Protection civile, dans les CPAS ou à l’armée. " La philosophie du jour semble se résumer à : Puisque ces p’tits gars ont de l’énergie à revendre autant que ce soit sous l’ drapeau... Et puis, pourquoi pas, p’t être même qu’y z’aimeront ça et qu’y z’y trouveront un boulot.

On ne pouvait guère attendre de grandes mesures sociales de la part d’un ministre libéral, mais l’on croit avoir les oreilles en forme de lavabo lorsque De Decker déclare que " les jeunes en fin de secondaire devraient faire un stage de 15 jours dans le secteur public. Ce serait un filet social pour rattraper les moins favorisés. ". [3]

-  Qu’apprendrait-on de si pédagogique dans ces stages ?

" On y expliquerait nos institutions, on y enseignerait des règles de disciplines ou de respect des autorités. ", précise le ministre. [4]

Des fois que le retour à l’ordre moral ne serait pas assez clair, il annonce que ces stages seraient donnés par " le fédéral, les Communautés ou l’armée. "

Dans cette confusion des genres, il y a comme un air (de clairon) de militarisation de la société.

Apprentissage de la discipline, respect des autorités...

-  A travers ces mesures de droite body-buildée, s’agit-il pour le ministre De Decker de gérer à la fois la dégradation sociale et de faire face aux violences mais aussi de se prémunir contre... les contestations sociales ?

-  Et que recouvre exactement la notion floue de " délinquance " ?

Fera-t-on un séjour au bataillon après une manifestation pour la revalorisation de l’enseignement, comme on en a connu en 1996 ?

-  Puisque De Decker semble se soucier des " moins favorisés ", ne devrait-il pas s’interroger sur les causes sociales et économiques de la violence de certains jeunes ?

Ne nous lui ferons pas l’affront de lui rappeler l’existence des régions sinistrées, ni celle des quartiers-ghettos ni celle des logements à la limite de l’insalubrité. Nous ne lui rappellerons pas non plus les écoles-ghettos ni le chômage qui donne à la vie des allures de cul-de-sac... Aider les " moins favorisés ", ça ne passe pas par l’instauration d’un service civil ou militaire " volontaire " (avant d’être obligatoire ?).

Travailler avec des jeunes, leur permettre de construire LEUR futur, nécessite d’écouter leurs attentes, de revaloriser l’enseignement, de mettre en place des cours d’éducation civique, de lutter pour l’égalité économique et sociale notamment dans les secteurs du logement et de l’emploi.

Il est temps de faire le lien entre pauvreté, exploitation, oppression et délinquance patronale.

D’aller chercher réellement les données sociales et les chiffres pour foutre en l’air toutes ces rumeurs volontaires sur la classe sociale dangereuse que seraient les " jeunes ".

Certains ministres semblent vouloir revenir à l’" éducatif " par le développement des foyers fermés, des stages " éducatifs ", de l’apprentissage de normes de soumission pour une société qui marche au pas. Si ces mesures se veulent nouvelles, l’idéologie sécuritaire dont elles sont issues ne l’est pas.

Actuellement, même si la contestation grandit chez les travailleuses et travailleurs sociaux, psy, enseignants, la mobilisation a du mal à sortir du milieu " socio-éducatif ", alors qu’il s’agit bien d’un problème politique, de société.

Les élections législatives 2007 donnent décidément des idées surprenantes aux uns et aux autres.

Et ce qui sortira des urnes ne risque pas de changer grand-chose puisque gauche et droite ont sensiblement la même approche en matière de sécurité.

Louise samedi 10 février 2007 Source : A Voix Autre

Notes [1] " Le Soir " du 9 février 2007 [2] " Le Soir " du 9 février 2007 [3] " La Libre Belgique " du 10 février 2007 [4] " Le Soir " du 9 février 2007

-  Lu sur : Radio Air Libre



Publié le 12 février 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Des casernes pour ré-éduquer les délinquants ? par Louise
    12 février 2007, par Andy Verol

    La guerre larvée entre une réaction de plus en plus en forme et un progressisme en récession totale (tout du moins en Europe) porte préjudice aux plus défavorisés, comme d’habitude.

    Le constat est clair : le reflux des idées réctionnaires, sécuritaires, sectaires, anti-sociales est massif... LE problème, c’est de savoir jusqu’où cela peut-il aller ?

    Des mesures telles que l’internement des jeunes dans des camps (j’utilise cette formulation à dessein), l’amplification des systèmes de surveillance des citoyens, du Peuple en général, l’affermissement des lois répressives, dissuasives, la remise en cause de TOUS les systèmes de protection sociale, la destruction progressive des mécanismes d’échanges solidaires (UNEDIC, ASSEDIC, etc.), la répartition nouvelle du budget vers des postes destinés à contrôler chaque individu (ministère de l’intérieur, ministère de la défense, etc.), sont la conséquence directe d’un capitalisme décompléxé et d’une frange de militants de gauche souvent embourgeoisés...

    Les candidats ont raison de lier cette crise à la paupérisation de la classe moyenne. Il est vrai que les riches sont de plus en plus riches. Il est vrai que les pauvres sont de plus en plus pauvres... Mais soudain, on aperçoit une classe moyenne en phase de paupérisation... Les conséquences sont souvent les mêmes : cette "classe" (La droite explique soivent que la lutte des classes, c’est fini, que les classes n’existent plus, tout en ne cessant jamais de flatter ce qu’elle nomme paradoxalement la CLASSE moyenne)a peur... Elle a toujours eu le cul entre deux chaises... Les personnes qui la composent jouissent d’un confort relativement honorable (souvent payé à coups de crédits) et sont généralement favorables à un capitalisme contrôlé par un Etat social (ben oui, nous on bosse, on n’a pas l’temps de s’occuper des pauvres dont, par ailleurs, nous comprenons la souffrance). La classe moyenne est composée "d’égoïstes généreux", de sociaux-capitalistes soucieux du bien des autres... Mais cette classe, perpétuellement draguée par les candidats de centre-gauche, centre et droite centriste voir droite libérale, n’est qu’un gros bloc informe, inconstant, génialement "apolitique", dans le sens où l’on apportera son vote à celui qui fera la promesse la plus adequate.

    LEs gens riches, pour leur part, qu’ils aient ou non une conscience, n’ont pas à s’inquiéter du régime qui régira la France à l’avenir... En effet, il n’existe que peu de cas de millionnaires issus de la classe ouvrière (Le capitalisme érige les existences extraordinaires de très rares cas exceptionnels qui sont passés, en une vie, du statut de pauvres/humbles à multimillionnaires... Cette méthode permet de créer un "possible" pour tous, et étouffer toute vélléité contre un système qui n’avoue jamais qu’il tue). Les gens riches continueront à vivre librement et confortablement...

    Je ne suis pas un communiste, bien au contraire, mais je pense que la frange anti-libérale, l’ultra-gauche, la gauche radicale promet à ces gens riches de tout perdre... Mais elle ne garantie pas de ne pas sombrer à son tour dans un système avec une petite classe de privilégiés (C’est la non remise en cause du pouvoir comme producteur de corruption qui rend le communisme vain... En ne contestant pas le pouvoir, la nature du pouvoir, il reproduira inéxorablement les mêmes erreurs à terme).

    Aujourd’hui, la classe moyenne s’effondre manifestement... Dans cette classe basée sur la culture du "gagne petit", du "chacun pour soi" et quelques "aspirations sociales et solidaires", il existe un trouble massif qui conduiront ceux qui la composent vers des votes de réaction, de protection de ce qu’il reste à conserver. Pour ne pas perdre un menu confort matériel, le vote des classes "moyenneux" se tournera, commme d’habitude, vers des idées et des mesures de protection, de sauvegarde, de rétractation, de conservatisme : d’où le retour massif de toutes ces idées sécuritaires, guère différentes de celles revendiqués par le régime de Pétain...

    Un peu plus loin de nous, en Amérique du sud, une révolution globale a lieu sans qu’ici, les médias et les responsables politiques n’en parlent. MAis une révolution bolivarienne est impossible ici... LE Vénézuéla est "fort" d’une classe moyenne très faible, incapable de peser sur le type de régime politique...

    La France, je le crains, est handicapé par ces "égoïstes" de la classe moyenne qui ne prendront jamais de risque. La pauvreté, la misère c’est dégueulasse, mais je ne remettrai pas ma petite vie bien rôdée pour tenter d’y remedier...

    Ségo lâche des idées sécuritaires... Nico propose de sauver la classe moyenne de la menace pauvre en bâtissant des "barricades" de flics entre le "citoyen honnête" et les délinquants (entendez les étrangers, les gens des cités, les jeunes, les juges rouges, les journalistes qui font leur boulot, etc.)

    Et si quelques centaines de milliers de personnes ont conscience de ce qui se trame, si des millions de jeunes sont encore et toujours contre cette politique sécuritaire (nous les verrons, comme d’hab’ quand ils diront "maintenant j’ai des gosses, alors les grandes idées hein, les grandes idées"), soyons certes vigilants, mais restons pessimistes... La France ne connait pas, globalement de recession économique, au contraire, mais elle se libéralise... Donc les enfants issus de la classe moyenne sont confrontés à la précarisation de leurs existences (CDD, stages, salaires minables, aucun espoir de carrière, etc.), leurs parents angoissent de cette situation, mais n’acceptent en rien de remettre un système qui, jusqu’à maintenant, leur a permis de vivre dans un confort excellent et d’éduquer leurs gosses plûtôt plus sereinement qu’un ouvrier des années 50... La classe moyenne représente 40% de lapopulation française et reste la plus active pour les échéances électorales... Donc ce sera Royal, Sarko, Lepen ou Bayrou en mai 2007... Ce sera donc une continuation de la libéralisation de la société française...

    Qui dit libéralisation, dit précarisation des destins, dit offre politique sécuritaire...

    Cette population de classe moyenne, étouffée dans un confort médiocre, ne peut accepter que notre société soit profondément injuste, inégalitaire, liberticide et anti-fraternelle, car, lorsqu’on est de cette classe là, on ne souffre vraiment que des doutes qui assaillent l’esprit : de quoi sera fait l’avenir ? Les factures vont-elles continuer à augmenter ? Les impôts augmentent sans cesse mais ça bénéficie qu’aux riches et aux pauvres... Des milliers d’idées reçues, d’aveuglement... La classe moyenne est ultra-réactionnaire globalement et elle est la vraie base pour l’instauration des régimes totalitaires nouveau de l’avenir, quelque chose qui ressemblerait, et ressemble déjà au 1984 d’Orwell...

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