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Lettre à Monsieur MUTZ
préfet de police de Paris
par RESF

Catégorie société
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RESF Réseau national des militants, collectifs d’établissements, syndicats et associations pour l’information et le soutien aux jeunes scolarisés étrangers sans papiers

COMMUNIQUÉ 25 FÉVRIER 2007

Monsieur le Préfet,

Nous assistons depuis plusieurs semaines dans les arrondissements du nord et de l’est parisien à une multiplication très inquiétante d’opérations de police ayant manifestement pour but d’accélérer la chasse aux sans-papiers et d’augmenter le nombre d’expulsions.

Ces soi-disant « opérations de sécurisation » visant à assurer la « sécurité des biens et des personnes » sont en fait à de véritables rafles qui ont pour cible unique des ressortissants présumés de certaines nationalités. Les populations chinoises sont ainsi systématiquement visées parce que plus facilement expulsables que d’autres. Depuis quelques semaines, la machine s’emballe : de deux ou trois rafles par semaine, vous êtes passé à une ou deux par jour.

Le 16 février dernier, ce ne sont pas moins de quatre pères de famille chinois qui ont ainsi été simultanément placés en garde à vue dans deux commissariats du dixième arrondissement. Le 21 février deux pères de famille chinois ont été arrêtés, mis en centre de rétention administrative. L’un est aujourd’hui menacé d’une expulsion imminente pour la plus grande douleur de sa femme et de son fils né en France et parfaitement intégré dans son école. Le 23 février deux pères de famille ont été interpellés et mis en garde à vue au commissariat de la Goutte d’Or.

Les contrôles et les arrestations fondées sur la couleur de peau ou l’apparence physique et vestimentaire des personnes sont iniques et méprisent toutes les règles du code de procédure pénale sur les interpellations et le contrôle des identités. Loin de résoudre quelques « problèmes de sécurité » que ce soit, ces opérations n’ont pour effet que d’accroître le sentiment d’insécurité chez les habitants des quartiers où elles ont lieu, de décrédibiliser toujours plus l’action de la police aux yeux de ces populations ( ce dont témoignent certains fonctionnaires de police qui expriment un malaise croissant et leur répugnance à devoir exécuter la chasse à l’homme sans papiers) et de multiplier les drames humains pour ceux qui ont la malchance de tirer le mauvais numéro à la loterie du contrôle au faciès.

La France a ratifié la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention de Genève, la Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant, la Convention européenne des Droits de l’Homme. Ce sont des textes qui protègent, qui préservent les droits fondamentaux de chaque personne humaine... et qui sont bafoués par des lois de circonstances et par des pratiques policières, judiciaires et administratives irrespectueuses de la dignité et des droits de la personne. M. le Préfet de Police vous avez commis une injustice à l’égard des familles parisiennes en respectant des consignes indignes de quotas lors de la mise en œuvre de la circulaire du 13 juin 2006, n’aggravez pas la situation : arrêtez ! Votre rôle est de protéger la population parisienne, pas de la faire vivre dans la terreur.

Le Réseau Education Sans Frontières vous demande donc instamment :

- alors que le ministère de l’Intérieur est vacant depuis des semaines, d’avoir le courage de résister à la pression du candidat Sarkozy qui exige de vous DU CHIFFRE ! - de mettre un terme à ces rafles quotidiennes à Paris qui n’ont d’autres objectifs que de complaire à ce sinistre chasseur d’étrangers et d’instaurer la peur dans les quartiers populaires de Paris, - d’arrêter l’envoi d’hommes et de femmes en centres de rétention (ces « horreurs de la République », comme les qualifiait justement le rapport Mermaz, sont des prisons pour innocents, des prisons qui n’en portent pas le nom), - de mettre fin aux expulsions par charters ethniques (interdits et condamnés par la Cour européenne des DDH), - de ne pas détruire des vies, de ne pas arracher des pères et des mères à leurs familles, - de cesser de terroriser les enfants qui, chaque jour, vont à l’école la peur au ventre, se demandant s’ils reverront leurs parents le soir.

Cette politique inhumaine et liberticide, exécutée en notre nom, est indigne d’une démocratie.

Nous attirons également votre attention sur les violences qui se développent en marge de ces « opérations ». Les parrains, marraines, amis, voisins et militants du Réseau Education Sans Frontières venus manifester pacifiquement leur soutien aux pères de famille détenus au commissariat de la rue de Nancy le 16 février ont été brutalisés par la police à trois reprises, certains se sont retrouvés jetés au sol, d’autres poussés contre des barrières qui se sont effondrées et tous ont été violemment bousculés. La violence faite aux étrangers s’étendrait-elle aux citoyens attentifs au respect des droits de l’Homme ?

Les lycéens, les élèves et leurs parents que nous soutenons vivent actuellement dans l’angoisse. Nous vous demandons de nous recevoir dans les plus brefs délais afin de vous en faire part plus en détails.

Veuillez croire, Monsieur Le Préfet, en notre attachement indéfectible au respect des Droits de l’Homme qui sont les vraies valeurs de ce pays.

-  Copie à MM. Yannick Blanc, Bertrand Gaume Communiqué à la presse

source : Reseau RESISTONS ENSEMBLE



Publié le 28 février 2007  par torpedo


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