e-torpedo le webzine sans barbeles



Mauvaises nouvelles littéraires
récit de Joëlle Guillais

Catégorie portrait
Il y a (34) contribution(s).

Interview menée par Gérald Massé
pour L’ECHO REPUBLICAIN n°19.518
Vendredi 23 février 2007

« Le mal peut empêcher d’agir »

La romancière Joëlle Guillais raconte dans un essai ses graves problèmes de voisinage dans le Perche. Ce n’est malheureusement pas de la fiction...

Les romans historiques de Joëlle Guillais ont fait d’elle une référence en matière de vie rurale. Elle vient d’apprendre à ses dépens que celle-ci, au XXIe siècle, pouvait être impossible.

Habitant dans le Perche ornais, elle s’est retrouvée en conflit - toujours en cours de procédure - de voisinage, à propos de nuisances liées à un élevage bovins beuglant sous ses fenêtres et d’un silo à herbe mouillée et ses mauvaises odeurs.

(GIF)

Dans Mauvaises nouvelles littéraires, Joëlle Guillais, qui réside désormais à Paris, raconte avec talent, intelligence et émotion, cette édifiante histoire dont l’homme ne sort pas grandi.

-  Quel est la nature du litige qui a mis le feu à votre vie ?

Un hangar mentionné sur un acte de vente d’une parcelle a servi d’étable à un troupeau de bovins si près de ma maison que les nuisances étaient inacceptables. Je ne pouvais plus travailler. Des fonds avaient pourtant été mis à la disposition du salarié, exploitant illégalement ce hangar, pour qu’il ait une belle stabulation chez lui et non chez moi. Il l’a refusée et a reconnu dans une déposition auprès de la gendarmerie, qu’il était dans l’illégalité, en m’accusant par ailleurs de vouloir attenter à ses jours : « Je suis un homme sensible et je n’ose plus aller travailler ». Le comble !

-  Mais pourquoi, dans votre ouvrage, commencez-vous par raconter votre enfance ?

J’ai remonté le temps car j’ai pensé que tout allait s’arrêter, peut-être même ma vie, et j’ai refait un chemin inverse. Comment je suis venue à la vie et à l’écriture. Au fond, cette maison qui était mon lieu de vie et de travail était liée à une enfance chaotique et démunie. C’est pas rien quand on n’a jamais rien eu d’avoir une maison. Vous vous êtes installée dans cette maison en 1988.

-  Quand sont arrivés les premiers problèmes ?

Un agriculteur m’avait demandé de s’installer à côté de chez moi. Non seulement je lui ai accordé, mais je lui ai rendu mille services comme aller nourrir les bêtes le soir. J’étais très heureuse de cela. Mais que faire lorsqu’il a vendu sans prévenir en 2001 au “Mal” ?

-  Ça veut dire quoi ?

Ce nouveau voisin, n’avait aucune valeur humaine... Lorsqu’on lui disait qu’il dérangeait, il répondait : « Je vais vous déranger encore plus ». Il riait, provoquait.

-  Avez-vous été surprise par la tournure prise par les événements ?

Pire que ça, j’ai été démunie, ce qui est incompréhensible vu de l’extérieur. Comment une petite romancière qui a bac plus 7 n’a pas eu les moyens intellectuels pour sortir de cela ? La preuve que le mal peut empêcher d’agir. J’ai été profondément atteinte. Je ne pouvais plus créer car je me sentais harcelée.

« Une femme c’est menteur, hystérique »

-  En voulez-vous aux autorités puisque vous étiez dans votre bon droit ?

Pas seulement mais cette affaire microscopique a permis de révéler une société, un monde global. Ce livre est une tentative historique. Mais je ne peux pas, en tant qu’historienne ayant vécu l’événement, établir la vérité. Ce n’est pas à moi de le faire. Cette affaire m’a permis de comprendre pourquoi cette micro société était verrouillée. Quel courage il aurait fallu pour arrêter le processus. Plutôt que d’en vouloir, c’est plus intelligent de comprendre comme cela s’est produit. La preuve que le livre dérange... Un journal a décidé d’interdire la parution de mon interview.

-  Le fait d’être écrivain et femme n’a-t-il pas joué contre vous ?

C’est pas facile d’être une femme publique comme peut l’être une écrivaine. Une femme c’est menteur, hystérique. Ça exagère. Ah ! la crédibilité d’une femme malgré nos avancées. Dans mes démarches, j’étais toujours reçue par des hommes. L’idée est de montrer aux femmes que, dans le monde rural, elles doivent rester à leur place et ne pas s’approcher des territoires masculins. Ils ont maintenant un exemple : « Voyez ce qui est arrivé à Joëlle Guillais, elle a perdu sa maison, elle n’écrit plus, eh bien, ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde pas, car un jour ou l’autre... »

-  Comment vous en êtes-vous sorti ?

Par la foi et l’amitié. Toutes ces mains qui se sont tendues parmi les agriculteurs. Les vrais. Ils sont venus me dire : « On est derrière vous ».

Ils ont vu que l’affaire était vilaine.

Mauvaises nouvelles littéraires
Atelier mot à mot
10€

Diffusion et débat sur le site



Publié le 8 mars 2007  par Gérald Massé


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin