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La terre est plate Conversation N°5
par Blacksting

Catégorie société
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Cette conversation est-elle une fiction réelle ou une réalité fictionnelle ?

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Roger - T’es anti-mondialiste, toi ?

Philippe - Ben non ... alter-mondialiste plutôt... et encore faudrait s’entendre. Et toi ?

-  J’sais pas trop... souvent la globalisation me fait peur, mais je me dis qu’il n’y a guère d’autres possibilités

-  Ouais...finalement t’es un alter-mondialiste qui s’ignore. Globalisation, mondialisation, transnationalité, cosmopolisme,...un déluge de termes qu’ils nous jettent à la gueule mais finalement, qui en parle vraiment ? qui essaie d’en faire le tour ? qui prend du recul et nous donne des éléments de réflexion ?

-  En fait, ils nous proposent et nous imposent LEUR mondialisation. Ils mélangent mondialisation, capitalisme et ultra-libéralisme. Si tu jettes un oeil sur l’histoire, tu vois que le capitalisme glorieux des années d’après guerre s’est vu fustigé dans les années 80. On nous a dit : "non, mais les mecs, faut s’ouvrir un peu...les entreprises de papa, c’est out !!". Les américains jetaient un oeil déjà sur le reste du monde et disaient : "Vous savez quoi ? un truc génial serait de pouvoir être vachement moins emmerdés pour aller choper des marchés dans les autres pays. Le truc cool serait de bazarder ces droits de douane de merde, pouvoir prétendre aux marchés publics de ces cons et pouvoir investir chez eux dans le cas où ils auraient eu des idées qu’on a pas eu ". Et tous les autres " ah ouais...cool". Et allez, roulez bolides ... et que je te crée l’OMC, et que je commence à zigouiller les structures publiques et que je m’immisce dans les affaires des autres et que j’internationalise tout ce qui touche au pognon finalement.

-  T’as raison, c’est pas si vieux....

-  Ben non. Alors y’en a qui se sont dit "C’est bien joli tout ça, mais qui vous dit que les autres vont être d’accord ?". Et les autres de répondre " Réfléchissez deux secondes. Les flux financiers internationaux existent depuis la fin du 19ème siècle. Il suffira de dire que c’est la suite logique, tout simplement. Vous ne voyez pas que l’ère de l’industrialisation touche à sa fin ? il faut utiliser la post-modernité et les technologies pour changer d’échelle ..."

-  Tu veux dire qu’il s’agissait d’un plan précis ?

-  Pas vraiment... mais les économistes en mal d’aventure ont très rapidement évaluer les possibilités. Avec une froideur arithmétique,

ils ont convenu du potentiel

... Ils ont compris froidement les avantages de la dérégulation, de l’internationalisation des places boursières, de l’accélération de ces flux financiers, de la séparation enfin possible entre la création des richesses et la création des biens. Il n’y avait aucun défaut et ils se sont jetés là dedans à fond, aidés en cela par un habillage du discours qui laissait très peu de failles.

-  Comment ça ?

-  Ben, imagine comment pour le libéralisme, il est facile de dire liberté au lieu d’emprise économique, harmonisation au lieu de démantèlement, stabilité au lieu de conquête financière, pénétration de marché au lieu d’ingérence économique, échanges internationaux au lieu de d’asservissement économique. Tout y est passé, des mots comme stabilité, harmonie, internationalité qui permetteraient de gagner sur les fronts de la paix, des échanges, de la réduction des écarts de développement, etc...

-  Ils pensaient avoir découvert une infinie source de rendements financiers, en fait.

-  Je ne suis pas persuadé que tous étaient malhonnêtes mais il est vrai que certains chantres du libéralisme, tel un Milton Friedman, totalement imbus de leur trouvaille, n’ont pas hésité certaines fois à faire des déclarations qui furent insupportables. Personne n’a jamais réellement, en tous cas au début, contesté vigoureusement. Il s’est passé une sorte d’abdiquation des économistes. C’est un peu comme après le 11 septembre, il ne faisait pas bon sortir trop du rang.

-  Tu penses que c’est vraiment différent aujourd’hui ?

-  En fait pas vraiment mais pas pour les mêmes raisons. La plus grande réussite a sans doute été de convaincre l’immense majorité des gens, qu’ils soient économistes, politiques, historiens ou simples citoyens, qu’il n’y avait et n’aurait jamais d’alternative. Cette idée est encore très vivace mais en face, le camp des opposants s’agrandit. Les effets réels de la mondialisation libérale sont apparents et indiscutables, en conséquence, un rejet de plus en plus massif s’opère. Dans ce rejet, une grande partie veulent ramener le curseur dans le sens opposé, ce qui ni possible, ni souhaitable, selon moi.

-  Sens opposé ce serait par exemple l’isolationisme, le nationalisme...

-  ou un jacobinisme pur et dur. Nous sommes dans une ère où les nuances disparaissent au profit des clivages. Tu vois, c’est comme confondre les termes d’anti-mondialistes avec alter-mondialistes. C’est d’une bêtise à pleurer en plus d’être une erreur évidente de vocabulaire, mais c’est pas grave,

plus grand monde ne remarque ou n’a envie de remarquer le non-sens.

Un autre exemple encore plus frappant : qui prend le temps de critiquer la mondialisation libérale en expliquant pourquoi elle ne fonctionne pas, qu’est-ce qu’elle nous a appris, comment la redresser ? Qui peut se permettre aujourd’hui d’analyser simplement et sincèrement la situation ? Qui osera remettre en cause des choses que l’on croit tous acquises ? Nous sommes face à des spécialistes, à des médias, à des politiques qui sont à l’image de notre consommation : nous ne réparons plus, nous jetons. Même notre système politique est comme ça, il y un gros paquet au centre et les extrêmes autour.

-  Tu serais pas social-démocrate ?

-  Tu veux une baffe dans ta gueule ? Les sociaux-démocrates, dont même le nom est un tour de passe-passe, ont accepté la mondialisation telle qu’elle est aujourd’hui et ils veulent en amoindrir les effets. C’est comme un mec qui dévale un pente au guidon d’un vélo, avec au bout du chemin un mur. Pour résoudre ce problème, les sociaux démocrates, pensent qu’il suffit ...de fournir plus de sparadraps.

-  Ouais...l’idée me plait bien...ça me fait penser à un bouquin, écrit par un américain, qu’est sorti y’a pas très longtemps : "La Terre est plate" ...

-  La terre est plate ? ah bon...c’est prouvé ? les américains vont brûler les livres de Galilée ? ils le soupçonnent aussi pour le 11 septembre ?

-  T’es bête... d’ailleurs c’est pas Galilée mais Eratosthene qui a compris que la terre était ronde. Galilée, il a eu des ennuis avec le géocentrisme de la terre, c’est tout. Bref... Non ce mec, il veut dire que la terre s’est dégonflée et qu’elle ne tourne plus rond... bon, il voit ça en étant américano-centriste, comme d’habitude, mais ceci dit il explique que finalement les américains se trouvent eux-aussi de plus en plus étrangers à la machine qu’ils ont démarrée. Il explique en gros, que si cette mondialisation va prendre de plus en plus d’essort par le gonflement des nations comme l’Inde ou la Chine, cet essor est bien parti pour se retourner contre son créateur. Il nous dit aussi que d’un point de vue humain et personnel,

plus ça va, plus il pète de trouille.

-  En fait, il veut nous expliquer qu’après nous avoir présenté la mondialisation comme le seul espoir d’harmonisation du monde, il commence, comme tous les économistes du moment, à entrevoir l’irresponsabilité de la démarche ? Tu vois, et bien ça, si ce n’était pas sinistre, ce serait drôle. Ils nous pondent des conneries, tentent par tous les moyens de nous convaincre de leur clairvoyance, nous insultent quand ils butent sur notre incompréhension ou notre méfiance, pour enfin nous convaincre qu’ils avaient tort, mais sans jamais reconnaitre que notre suspicion était fondée...plus ça va, plus je pense que l’économie est autant une science que l’astrologie ou la divination. Mais il ne faudrait pas oublier que tout le monde a marché dans la combine.

-  Rien n’est tout blanc ou tout noir, le gris l’emporte généralement...

-  Combien de fois, j’ai entendu, à la radio, le même discours de leurs abrutis de soi-disant spécialistes économiques. Toujours à railler les français qui restent méfiants, frileux, apeurés, hésitants vis à vis de cette mondialisation effrénée, et qui, selon eux, restent sur la quai à regarder passer le train, alors que les anglais, les nordiques, les allemands, les italiens sont dedans, bien au chaud... un ballet de discours entendus, ponctués invariablement par des phrases choc destinées à menacer : augmentation de la dette publique, menace de délocalisation, souplesse impérative de l’emploi, réduction du coût du travail, etc.. Tu crois que c’est avec des phrases comme ça que les Français vont pouvoir avoir l’esprit assez serein pour réfléchir à la situation ?

-  Euh..bon, soit ! Je suis d’accord sur les limites des discours, mais il ne faudrait pas non plus tomber dans l’angélisme. Le temps consensuel de la réflexion est peut-être déjà derrière nous et tu ne peux pas demander à ceux qui se noient dans les difficultés de prendre du recul et du temps pour une analyse de fonds. A un type qui est prêt à se jeter d’un pont, tu ne lui demandes pas de réfléchir sur les circonstances de la vie qui l’ont amené devant le vide...

tu le tires de là et ensuite tu discutes...

-  Oui, mais tu peux imaginer que tu le fasse passer de l’autre coté du parapet tout en lui expliquant précisément pourquoi tu le fais et ce que tu envisages ensuite pour lui. J’entends aujourd’hui les candidats à la présidence nous parler de leurs programmes, qu’est-ce qu’il en ressort comme idée forte ? rien !

Non seulement il ne s’agit que de voeux pieux mais de plus, aucun discours ne s’appuie sur une analyse sérieuse qui mêlerait histoire, économie, sociologie, écologie et humanisme.

Chacun s’embourbe sur les objectifs qu’ils se sont fixés mais qui a un programme qui émerge d’une vision à moyen ou long terme ? Qui émaille son discours économique et social d’une direction humaine forte, où sont les Martin Luther King et les Bob Kennedy ? qui tente aujourd’hui de casser les mythes ? qui combat les idées reçues et les poncifs de notre société moderne ? finalement qui propose un programme politique comme moyen pour réaliser une vision humaniste ?

-  Tu dérailles... je comprends ta ferveur mais tu te prends les pieds dans le tapis... tu critiques le fait qu’ils proposent tous des sparadraps sur jambe de bois et en même temps tu aimerais qu’ils deviennent beaucoup plus vagues et dissertent sur des visions très diffuses et naïves. Tu veux remplacer des technocrates par des évangélistes. Je ne suis pas persuadé que ce soit plus constructif et en tous cas cela ne réglera pas les problèmes urgents...

-  Tu as tort... je pense que les gens sont prêts à entendre les mesures qui sont proposées quand elles s’inscrivent dans un projet de société. Et quand je dis société, je ne parle pas de la société franco-française mais de société humaine au sens large. Qui la critique intelligement aujourd’hui ? Qui ose prendre le contre-pied de cette fameuse mondialisation, sans pour cela proposer de la balayer d’un coup sec ? Non, il y a les deux camps. Ceux qui l’ont acceptée comme inévitable et ceux qui veulent la détruire...

les extrèmes montent, montent...

N’oublie pas cette phrase : si le seul outil dont tu disposes est un marteau, alors tous les problèmes t’apparaitront comme des clous !!

-  Mmouais ... je continue à ne pas bien comprendre ce que tu souhaites mais bon...

-  Le court terme est notre ennemi. On nous dit que la France n’a pas réussi son entrée dans le monde économique et qu’i faut trouver des solutions à court terme. Mais qui a réussi réellement et parfaitement son entrée dans le monde économique qu’on nous propose. Pourquoi séparer le monde économique et le monde tout court ? Qui s’entoure d’historiens, de sociologues, de géopoliticiens en plus des habituels économistes ? Pourquoi prendre certains pays comme exemples, comme si tout se passait bien chez eux ? Pourquoi serait-ce une critique que de dire que la France est le seul pays qui ose encore contredire cette putain de saloperie d’inéluctabilité du mondialisme ultra-libéral ? Pourquoi les discours sont entendus et qu’on ne leur opposent jamais leurs contraires ? Pourquoi certains sujets échappent irrémédiablement au débat ? Tiens, pour l’économie française ... pourquoi la dette publique française est très majoritairement contractée auprès d’investisseurs étrangers ? pourquoi ne pas parler plutôt de l’utilisation des emprunts de la dette au lieu de sa valeur absolue ? pourquoi la France est encore le pays le plus choisi pour les investissements étrangers ? Comment expliquer que les entreprises Françaises n’ont jamais été aussi riches ? pourquoi mélanger les multi-nationales, les nationales, les grandes entreprises, les PME/PMI et les artisans en parlant de l’entreprenariat ? pourquoi n’étudions-nous pas comment ont été dépensés les 15 Milliards d’aides publiques aux entreprises et à qui ils ont été alloués ? pourquoi ne jamais nous parler de toutes ces entreprises qui, après avoir délocalisé, reviennent au galop en France ? pourquoi les énergies renouvelables et l’écologie, secteurs forcément porteurs, sont si mal exploités en France ? pourquoi les indiens et les chinois ne vont-ils pas, comme ils sont déjà en train de le faire, exiger d’avoir leur salaire réévalués ? pourquoi ne plus nous parler des japonais ou des coréens qui étaient l’ancienne main-d’oeuvre à bas prix ? pourquoi ne pas calculer précisément ce que coûte aux entreprises, la baisse des salaires en coût indirects dûs à la détérioration de la société ? pourquoi ne pas baser les aides, les taux de crédits et les taxes sur l’éthique des entreprises ? pourquoi parlons-nous si peu des banques qui jouent un rôle à tous les niveaux de la société ? Pourquoi la banque de France échappe à tout commentaire et à tout contrôle alors qu’elle prends aujourd’hui presque tous ses ordres de l’international ? Tiens, l’immigration ... pourquoi ne jamais expliquer que la France n’attire presque plus du tout les étrangers ni pour le travail , ni pour les études, la seule immigration restante est due au regroupement familiale et que dés lors l’immigration choisie est une connerie grossière ? pourquoi ne pas nous dire que l’UE pousse de toutes ses forces pour favoriser l’immigration face au vieillisement de la population ? Tiens, pour les modèles étrangers ... pourquoi nous imposer forcément soit le modèle anglais avec 24% de la population en dessous du seuil de pauvreté, soit le modèle nordique où les gens sont payés pour rester chez eux ? N’est-ce pas le choix de sophie ? pourquoi disons nous sans arrêt que de plus en plus de français partent travailler en Angleterre et qu’on nous dit jamais que de plus en plus d’anglais viennent s’installer définitivement en France ? pourquoi ne pas signaler que Blair est en train de revenir de plus en plus sur la libéralisation que Tatcher avait mis en place ? Qui nous parle des 500’000 emplois publics qu’il a crée ? qui nous parle de l’échec des fonds de pension pour les retraités en Angleterre ? pourquoi ne pas nous dire que l’Espagne a demandé de légaliser en masse tous les clandestins et qu’un énorme apport d’argent s’est immédiatement produit par le jeux des cotisations patronales et des travailleurs ? Tiens, pour les defenseurs de la finance internationale ... pourquoi les défenseurs des actionnaires ne nous expliquent pas pas pourquoi ceux-ci, qui sont logiquement des personnes ayant investi dans une société, n’ont aucune considération pour l’avenir de ladite société ? pourquoi ceux qui défendent les fonds de pension, en prétendant que des règles existent, ne nous parlent jamais des Hedge Funds ? pourquoi ceux qui prétendent que des règles de surveillance des investissements existent, ne nous parlent pas des fonds de couverture ? pourquoi ceux qui proposent des fonds de pension français pensent que ceux-ci vont forcément mieux se comporter que les fonds de pension étrangers ? pourquoi ne pas attribuer plutôt des points d’éthique à des investisseurs basés sur l’écologie, les conditions d’emploi, le fonctionnement social et leur faciliter, sur ce critère, l’accès aux investissements quelque soit leur nationalité ? Tiens, pour le mondialisme économique ... pourquoi le mondialisme économique s’appuie t’il forcément sur le moins-disant ? Pourquoi ne devrait-il favoriser le mieux-disant ? pourquoi voulons-nous forcément arriver au prix le plus bas, alors que nous savons qu’une limite sera irrémédiablement atteinte ? Pourquoi ne pas augmenter les coûts et les prix ? pourquoi ne nous dit-on pas que les progrès techniques sont responsables des trois quarts du chômage et la mondialisation pour un quart seulement ? Dans ce cas accuser la mondialisation n’est-ce pas une bonne façon de nous masquer les vrais problèmes ? A qui profite les réellement les progrès techniques ? etc, etc,...

-  Eh bien...on sort un peu du sujet, tu crois pas ?

-  Pas du tout !

La terre est plate par la platitude des débats aujourd’hui...

plus de mise en relief...c’est la nouvelle ère, l’ère de la polarisation ! Noir Désir dirait : "Mickey a gagné, n’en parlons plus !!"

LIRE EGALEMENT :

-  Conversation N°1

-  Conversation N°2

-  Conversation N°3

-  Conversation N°4



Publié le 9 mars 2007  par torpedo


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