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Andy Vérol au salon du Livre

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FICTION OU REALITE ?

ACTE I

Bouleversé par la mort d’un chien, ce matin. 23 mars 2007

Non. Il y a le RER à prendre. Un morceau de punk à fond grésillant dans les tympans. Le stress. Rencontrer des gens. Ne rencontrer personne. Je suis un écrivant. Ils sont des commerçants. Certains. Sûr aussi que je ne vais faire qu’un repérage aujourd’hui. Demain, j’attaque.

Glaive à la main.

Je m’habille en mec branché de droite. Ca étonnera les éditeurs. Grande classe. Bonne gueule. Bien rasé. Peau entretenue. L’oeil vif. Le poil doux. J’y vais seul pour ce premier jour. Je prendrai un air nonchalant, la gueule dans le plan du salon. Je repèrerai les chiottes pour verges, demain. J’essaierai de taper un brin de causette avec un stagiaire souriant. "Tu travailles chez Hachette ? Hum" Je le materai. Je le harcèlerai toute la journée. A son stand. Il devra bien se tenir. Faire en sorte que ce gros emmerdeur de Verol soit bien informé. Car je préviendrai que je suis écrivain. Je dirai que je veux rencontrer des collègues écrivains... Mais je serai là pour autre chose.

Harceler.

Avoir l’air avenant au premier abord pour mieux bousiller le moral de ces boursoufflures qui tiennent les stands... Humm. Ceux qui connaissent Verol via le net seront un peu récalcitrants. Certains. Les plus cons. La majorité.

C’est ainsi que dans les salons, lorsque j’annonce que je suis Andy Verol, il y a un mouvement de recul automatique chez mes interlocuteurs. Comme s’ils se prenaient mon vomi en pleine gueule et par surprise... Puis ils se calment, mais ils respirent plus fort. Tu vois la veine au poignet qui palpite violemment. C’est charmant. Très charmant. Ensuite je parle. De moi, de ma vision de moi, et ma vision à moi du monde.

Puis je me barre...

Pour revenir parfois, ensuite... Pour savoir pourquoi ils ne s’imposent jamais les gens que je choisis. Pourquoi j’ai cette manie d’aller vers le timide, l’introverti, le troublé, le refoulé...

Les gros éditeurs. J’irai pas !... C’est un peu comme visiter une usine. C’est moche, ça pue, ça fait du bruit et les clients sont tout ratatinés.

Allez. A tout à l’heure... Pour un résumé de tout ça...

J’ai pas oublié mes kleenex...

ACTE II

Flingué par la vessie, la bière et le vieux-là la peau de cire 23 mars 2007

Pas de sourires. Je me promène dans toutes les allées à n’y rien comprendre. Mon Mp3 à fond qui m’éclate les tympans. Je prends l’air arrogant, mais personne ne me regarde. C’est un drôle d’univers que celui du livre. Les vigiles sont courtois et les gens ne sont pas agressifs. Ils sont relativement moches, en général, et je doute qu’ils puissent être si beaux, à l’intérieur. Je délire. Regarde. Je repère les chiottes. La pisse, l’urine la vide partout ouiiiii et me calme au lavabo quand je vois un gamin de 12 ans qui se lave les mains. "Salut, t’es content d’être venu au salon du livre ?" "M’en fous c’est ma prof de français qui voulait qu’on vienne." "ah..." Je pense à Arturo B, je me dis qu’on va finir par l’écrire le roman Amanda ensemble. Un truc bien dégueu un truc de mecs qui se font chier dans leurs trous à rats de riches pourraves... J’écoute Evolution RevolutionLove de Tricky... Tu crois qu’ils étaient combien à écouter ça ? Je savais qu’il fallait que je parle avec cet éditeur. Je pensais vraiment à baiser de bon matin, en foutre plein la gueule à une hôtesse d’accueil... Histoire d’inaugurer le salon. Salope...

J’avais les mains vaseuses, poisseuses.

Je transpirais vraiment des couilles dans l’caleçon en passant d’vant les stands. Me sentais plus lubrique que jamais imbriqué braquant le braquemard dans la marre d’la merde des littéreux les vieux. L’vivant. La main. L’moite. Les sandwichs chers,

les mecs que t’as déjà vus quelque part, à la télé, mais tu sais plus qui c’est.

Tu lui dis "Can’t take it no more" je sais pas. J’pensais un peu seul en boucle. Osais pas trop y aller voir cet éditeur. Y causer. Et puis les envies de baise, les idées de me jeter sur ce petit pédé du stand du Diable Vauvert, choper ce vieux couillon qui te dit de voter blanc quand il est préférable d’égorger le bourgeois. Le livre de Franca Maï, Pedro, que j’ai achevé dans le RER, en venant. J’y pense devant le stand de ces enculés du Cherche-Midi qui m’ont mis leur courrier de refus bien au fond fondu de mon cul dégoulinant. Des pisseux de stagiaires partout. Pas une seule huile à 11 heures le matin. Personne à interpeller. Pas un seul connard. Pas de Sollers... Pas de Petite pute de Lolita Pille à éclater sur le bord d’un comptoir. PAs de micro qui se dresse devant moi. Pas de Verol. Envie d’alcool. De chier. Mal de dos. Les doigts dans le cul du fond de ma bouche. Bollocks. J’sais pas. Something in the Way de Tricky est un des meilleurs morceaux du monde. C’est la globalité. L’ultime. L’Humanité. Mes doigts. La putain Amanda. Avec ses talons. Sa jupes noire. Ses petits tracts et sa veste rouge. "Vous êtes Amanda ? Non j’rigole." Putain J’sais pas pourquoi j’ai dit ça. ça sent rien. ça voit rien.

Le salon du livre, le salon de ma bite. Le salon des non-débats.

Les boules. Les bidons. Pas assez de cadavres. Je cherche Paul Auster. Je feuillette les lettres de Burroughs. Je crois que j’ai adoré ce passage où il raconte sa sortie de l’hosto, après l’opération des hémorroïdes... Ces gouttes de sang dans le fond du slip. La meufe stagiaire me regarde sourire. Un autre remarque ma façon sadique d’apprécier ce truc de sang dans le slip. Humm. Je reste là. J’en fais pas trop.

Je fais juste que vérifier deux trois fois que ma braguette est bien fermée.

Je fais attention de vérifier lentement. Plusieurs fois. Je fais gaffe. Et je sais qu’on ne me regarde pas plus que ça. Je sens qu’on s’en fout de moi. ça me met hors de moi. J’enchaîne.

Salauds du livre.

ACTE III

Comme si tu découvrais que ton meilleur ami avait une chatte... 24 mars 2007

C’est la grosse déprime. L’enthousiame retombe. Comme depuis... 10-15ans... Personne ne prendra la responsabilité de publier Andy Verol. JE vois Luc Ferry qui trépigne sur place pour qu’on l’accoste. JE vois Rachid Taha hurler que un ami. JE vois des appareils photos en grappes/couilles agglutinées sur Amélie Nothomb. Je les ai pourri mes abricots !... Si ça lui dit. Y a pas de courage.

Je sais pas si j’aurai un éditeur d’ici 10 ans. Pourtant ça urge.

Mais le courage... Mon dieu, le courage... D’essayer au moins. De faire son métier.

Il n’existe personne au salon du livre. J’ai rencontré Alexandre et sa maison d’édition qui fait un carton. On a bu le café. On a discuté de ces textes que j’ai imprimé le matin même, et de ce roman que le Cherche-Midi, ces enculés, m’ont renvoyé. Il n’y a rien d’autre. On fait le brin de causette. Il lira. Je ne sais pas alors. Et ça finira, comme d’hab aux oubliettes ou au "j’peux pas". On verra. Je vois que rien ne fonctionne. Je vois qu’avec mon corps viande pour une fois habillé classe, ça le fait pas. J’aimais bien mettre des pantalons à pinces pour aller aux concerts de punk, étant d’jeunot. Peut-être ma mère y était pour quelque chose.

Franchement, il n’y aura pas réellement d’acte III. Le théâtre ferme.

Allez vous faire foutre. J’en ai marre.

Oh ta gueule Fol lol, k², HH, Arturo, je sais pas qui encore. J’ai la vessie externe. Néant sang le long de la cuisse. Crémeux.

SALON DU LIVRE

Source : Andy Vérol & Hirsute



Publié le 24 mars 2007  par torpedo


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