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Elections Présidentielles 2007 : J-24 : rêver, peut-être

Catégorie politique
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Lettre à ceux qui voudraient lire dans nos rêves, y a pas que Paul (un lecteur), ils commencent à faire nombre, ils disent qu’on devrait aspirer pour pas désespérer tout à fait, pour pas nous suivre qu’au ridicule de tous ou presque, média, candidats et souteneurs, commentaires, et blogueurs, tous aussi paumés que nous, ou pire : sûrs d’un camp. "C’est bien marrant ce que vous dites, mais alors, on fait quoi ?" demandez l’programme ! Ben vrai !

Notez qu’y en a qui l’ont déjà choisi, notre camp... enfin, le leur : ils nous disent ou nous écrivent qu’on est d’extrême-droite, d’extrême-gauche ou d’extrême-centre, ça dépend qui ils aiment le moins, ou bien qu’on est toujours en train de taper sur Ségolène (enfin, surtout moi) ou sur Sarko, ou sur Bayrou, selon qu’ils ont appris à lire dans le Nouvel Obs, dans Télérama ou dans l’Huma. C’est vrai qu’on va pas commencer ici à mentir : Ségolène, je la blaire pas, c’est à mes yeux depuis longtemps l’incarnation française de la malfaisance en politique, et par bonheur pour ce que je pense d’elle depuis longtemps, depuis bien avant qu’on nous la ressorte du Poitou et même d’avant qu’elle n’y sévisse, elle s’évertue à démontrer tous les jours de cette campagne dont elle se croit le phare que je ne m’étais pas trompé. On a quand même le droit d’avoir sa bête noire, non ? Mais de là à nous imaginer d’un camp, faut quand même pas pousser.

Ce blog est né d’une trépassante question :

qui choisir comme Président et pour quoi faire ?

Tout bêtement, dans l’obscur dédale construit par un bon siècle d’acculturation politique, on cherche autour des chapelles autorisées, comme tout-un-chacun. Et comme il est très difficile de démêler l’effarant écheveau des sottises qui en émanent, on essaye d’abord de déficeler un peu, de pas laisser tout le temps nos pieds se prendre dans les garrots de l’évidence.

Alors pour le rêve, il faut convenir, il y a sûrement plus bandant qu’ici ("mouillant", beaucoup plus féminin, n’a pas encore le même pouvoir immédiat d’évocation que "bandant", et par souci d’éviter le ridicule, nous n’écrivons pas le pourtant très paritaire et bientôt obligatoire "bandant/mouillant").

Oui, on rêve mal ici.

Tourne un tantissoit parano, d’écouter leurs rêves à tous. L’impression que l’âme d’un pays s’est absentée tout à fait. Pschitt ! plus d’esprit à peu près nulle part. Rien dans aucune espèce de nuance, aucune espèce d’écoute, aucune espèce d’attention. Aucune espèce de Raison. Préfèrent beugler, chacun dans sa chapelle son pathos, leurs minables désirs rois et secrètes trouillasseries, les héritiers de Descartes et de Pascal, en ce moment. S’éclairer à des Lumières qu’on rallumerait sans arrêt comme des bûchers joyeux, festifs. Le "cogito ergo" qui aurait fini en un énorme "sum" bien étalé gerbeux, tout uniquement rempli de lui.

Sum, sum, sum, ergo non cogito, c’est plus la peine.

Comme si à force de chercher son propre plaisir en tout lieu et à tout moment, on ne pouvait plus imaginer ce qu’il faut d’abnégation pour atteindre la joie.

C’est peut-être que j’ai salement vieilli, j’arrive plus à trouver ça bien acceptable. Je trouve qu’on franchit un petit cran de plus à chaque fois, un petit cran qui finira par faire partir la pétoire.

J’ai la France à vif, et je trouve que c’est pas bien rassurant de nous voir jouer avec.

Je vois, dans cette escalade à la démagogie qui s’est emparée de presque tous les camps, mûrir les pestilents bubons de toutes ces fausses tolérances qu’on proclame à l’égard des voisins chacun dans sa chambre, les soirs de Coupe du Monde quand c’est la France qui gagne, les soirs de Coupe de France quand c’est son patelin qu’on porte en triomphe, les soirs de Coupe de baise quand c’est pas sa femme ou son mari qui la remporte ailleurs.

Je crois qu’on ne guérit rien dans aucun engouement. Je crois qu’on ne guérit rien dans l’invocation permanente de sa différence, de sa singularité, de son "autrement", quand on est incapable d’offrir à rien qu’à son nombril. Je crois qu’une société se tisse d’autre chose que d’être rêvée par des carriéristes qui font leur petit tour de clientélistes promesses une fois tous les 5 ou 6 ans, sans avoir même jamais eu la première idée de la manière dont ils pourraient satifaire ne serait-ce que la première promesse faite au premier des cons qui se satisferait d’être leur client.

Je crois qu’on aurait tout intérêt à pas être "client" pour rien au monde.

Je crois que la France est à vif, mais que le risque est grand qu’elle ne continue d’attendre les leurres qu’on tend à chacun des auto-proclamés citoyens qui la composent, et qui finiront tous et chacun par se haïr vraiment d’avoir accepté de n’être plus que les clients de ces carriéristes-là. Et lorsqu’inévitablement l’un d’eux aura encore déçu nos espoirs de basse-fosse, la France à vif se montrera, comme aux plus désespérantes heures de son histoire, capable du pire, avant de retrouver, peut-être, le sens du meilleur.

Les jours de Coupe, il y en a toujours qui finissent par tuer leur voisin ou leur femme.

Alors rêver... ? Dormir, plutôt.

Source : FrancemoinsJ



Publié le 29 mars 2007  par Serge Rivron


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  • Elections Présidentielles 2007 : J-24 : rêver, peut-être
    30 janvier 2016, par Sara

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