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Ségolène Royal : Face au drapeau
de Jean Véronis

Catégorie politique
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Ségolène Royal veut nous faire chanter la Marseillaise et nous faire acheter des drapeaux tricolores.

Tout un programme, mûrement réfléchi : "C’est quelque chose à laquelle j’ai toujours pensé (sic). Je l’avais déjà dit quand j’étais ministre de l’Enseignement scolaire, quand j’avais imaginé des ateliers de couture dans les écoles, où les élèves auraient pu réaliser des drapeaux", déclare-t-elle à Libération.

Je ne sais pas si ça va la faire remonter dans les sondages, mais je ne peux m’empêcher de penser à l’époque où la gauche chantait plutôt l’Internationale ou le Temps des cerises, en défilant sous des drapeaux rouges...

Les temps ont bien changé.

Comme il est commode de remplacer intégration par identité et éducation par vénération. Comme il est tentant de troquer l’esprit des lumières pour celui des lampions...

L’intégration ne se fera pourtant que par la maîtrise de la langue, de la culture et à mon avis de l’histoire : pour décider où l’on va, et comment on peut y aller ensemble, il faut savoir d’où l’on vient. Il faut avoir présents à l’esprit les succès et les erreurs (les horreurs, parfois) de nos aînés pour s’inspirer des uns et éviter les autres.

Je ne peux m’empêcher de vous livrer une anecdote qui m’a beaucoup déprimé il y a quelques jours. Estelle me demandait des idées de questions dont ses étudiants devraient trouver la réponse à l’aide de moteurs de recherche, dans le cadre d’un cours d’initiation aux TIC. Je lui ai suggéré la question suivante : " Qui a été le premier président de la République française ? ". Un thème d’actualité, n’est-ce pas ?

Vous pensez sans doute que c’était trop facile, et que tous connaissaient la réponse. Détrompez-vous.

Sur un groupe de 80 étudiants de première année, AUCUN ne connaissait la réponse.

Tous pourtant, c’est une évidence, ont eu le bac, et ont traîné leurs fonds de culottes sur les bancs du collège et du lycée pendant de nombreuses années.

Alors, il est sans doute moins cher de mettre des drapeaux dans les salles de classes, d’y mettre les enfants en uniforme et d’y faire chanter des chants patriotiques avec des profs qui font leurs 35 heures dans des locaux délabrés, que de décréter un véritable plan Marshall pour remettre notre système éducatif sur pied et faire en sorte que l’école républicaine joue à nouveau pleinement son rôle. A moins que le voeu qu’elle a fait à la Bonne Mère l’autre jour (démarche typiquement " de gauche " elle aussi), ne soit justement que tout cela se résolve par miracle.

Pauvre gauche. Je savais déjà qu’avec Sarkozy " tout était possible " : même que la droite se mette à lire Jaurès. Je vois qu’avec Royal aussi. Même que la gauche se mette à lire Maurras.

" Il faut élever le peuple en lui expliquant le sens des symboles ", dit-elle. Quelle conception aristocratique de la politique pour quelqu’un qui prétendait à la démocratie participative ! Je n’ai pas besoin que l’on m’élève, chère Madame.

Et je crois même que je me porte très bien mal élevé.

Et puisqu’on parle de symboles, je vous conseille de lire Le Feu d’Henri Barbusse, qui faisait dans le passé partie de la petite bibliothèque rose (et même rouge).

Vous verrez comment de jeunes hommes se sont fait massacrer par millions après qu’on les ait bourrés de sentiments patriotiques, de chants guerriers et de vénération des drapeaux.

Vous verrez la trouille qu’ils avaient dans leurs tripes quand ils étaient condamnés à attendre la mort en baignant dans la boue mélangée à leurs excréments et aux tripes de leurs copains déjà tombés et qu’ils ne pouvaient même enterrer.

Et quand les symboles ne suffisaient plus à les convaincre de partir à la boucherie, on les bourrait à la gnôle pour qu’ils aient au moins une mort douce en partant à l’assaut l’étendard sanglant bien élevé - et les fusils des gradés braqués dans leur dos. A l’époque, l’ennemi qui justifiait le resserrement de la Nation autour des symboles, c’était le boche.

C’est qui, l’ennemi, aujourd’hui ?

Les symboles sont à utiliser avec modération. Ils peuvent être dangereux pour la santé.

Vous nous avez dit de très belles choses sur ce que vous désiriez pour vos enfants. Moi, je rêve d’autre chose pour les miens.

Désolé, la musique qui marche au pas, ça ne me regarde pas.

-  Jean Véronis le 27 mars 2007

-  Source :

Technologies du langage

-  Lu sur Radio Air Libre



Publié le 29 mars 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Ségolène Royal : Face au drapeau
    de Jean Véronis
    29 mars 2007, par Delcuse
    Ségolène Royal n’a jamais dit être révolutionnaire, et encore moins anarchiste, que je sache. Alors, il est où, le problème ?
  • Ségolène Royal : Face au drapeau
    de Jean Véronis
    30 janvier 2016, par Sara

    The way of writing is excellent and also the content is top-notch. Thanks for that insight you provide the readers !

    the venus factor reviews

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