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De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche
par Thierry Borde

Catégorie politique
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(JPEG) La lecture de l’analyse pour le moins pertinente - quoiqu’en pensent les utopistes qui se raccrochent aux vestiges de leurs partis soi-disant de gauche par une nostalgie qui devient aujourd’hui criminelle - de Frédéric Lordon sur Le centrisme comme erreur anthropologique... démontre parfaitement la nécessité vitale et démocratique de la conflictualité du système politique.

La violence humaine canalisée dans les règles institutionnelles d’une violence démocratique.

Aussi le glissement du PS vers la droite, le ramenant au centre, est-il une erreur fondamentale. Le centrisme, cette « eucharistie laïque » comme le définit F. Lordon est en effet une chimère, un mirage de courte durée dont tous les rêveurs politiquement pacifistes risquent de très mal se relever.

Oui l’hypothèse d’un vote Bayrou et d’une présidence centriste est pertinente car seule à même de remettre le PS sur les rails d’une politique véritablement à gauche. Une fois les tenants du libéralisme économique extirpés du PS par l’attrait de l’UDF, la gauche du parti socialiste sera à même de défendre de nouvelles bases, véritablement à gauche.

Peut-être. Dans l’idéal et sur le papier. Encore faut-il croire aveuglément en ceux qui se disent les fervents défenseurs d’un PS de gauche.

Le problème reste que la gauche du PS s’est dotée d’un chef de file qui l’a ramenée dans le giron centralisateur du parti lors des discussions sur le Traité Constitutionnel Européen et dont personne ne croit l’engagement antilibéral au vu de son vécu gouvernemental passé. Au-delà de la problématique purement stratégique du vote Bayrou, se pose la question idéologique qui seule permettra un repositionnement « conflictuel » de la gauche.

L’antilibéralisme : horizon indépassable de la gauche de la gauche

Confrontée à l’un des plus grands tournants de son histoire, sans pour autant en avoir conscience, la gauche, et en particulier le PS ne peut se passer de ce choc exogène, venu du centre, pour exister de nouveau. Mais ce n’est pas le seul choc dont elle a besoin.

Sans sa gauche extérieure, le PS n’est pas de gauche.

Les liens entre le PS et ceux que l’on appelait « l’extrême gauche » ne sont plus à vérifier. Le Parti Socialiste s’est toujours nourri de la base idéologique de celle-ci pour l’adapter au « gouvernementalement possible ». Le PS n’est plus à gauche car il a rompu ce lien et car la gauche de la gauche a tari sa source idéologique historique.

Mais pour que le paysage politique devienne viable, au sens où cette violence dont parle Lordon reprendra toute sa place, il faut à la gauche une base idéologique relégitimée. Et le PS ne possède pas cette base, sinon chez quelques uns de ses représentants et de ses militants.

Cette base est l’antilibéralisme.

De l’opposition au capitalisme, le PS a glissé vers le social libéralisme.

Bayrou prouve aujourd’hui que celui-ci n’appartient pas à la gauche et qu’il tient davantage du sentiment de charité chrétienne que de l’inspiration révolutionnaire. Rien de populaire là dedans, juste une place à table réservée au pauvre de temps en temps.

-  Des contreparties sociales au libéralisme ?

-  Le peuple qui s’appauvrit de jour en jour est-il si méprisable qu’on pense le satisfaire de quelques miettes ?

Pour se reconstruire, le PS a besoin d’être aspiré, d’être inspiré par ceux qui sont à sa gauche.

Et il a besoin de redevenir populaire, dans le sens premier et noble du terme. Et socialiste, dans le sens le premier et noble du terme.

-Comment faire ?

Les partis de gauche ont sombré sous les coups répétés de la chute des grands systèmes idéologiques mondiaux et d’une gestion aberrante du pouvoir par le PS et par le PC réunis. Le bilan des gouvernements de gauche passés est plus libéral que celui des gouvernements de droite !

-  Qui d’autre qu’un gouvernement de gauche pouvait mieux faire passer les mesures libérales imposées par l’OMC ou l’Europe ?

La gauche a créé le terreau qui a permis l’épanouissement politique de Sarkozy.

Une gauche véritablement populaire et altermondialiste Seul un mouvement antilibéral de gauche et citoyen, jaillit de la base, populaire par essence, peut faire surgir une nouvelle force de gauche, véritablement en opposition systémique avec la droite et le centre. Parce que la droite et le centre sont capitalistes et libéraux, la gauche doit être anticapitaliste et contre la libéralisation économique. Car cette économie est anti populaire. Car cette économie renvoie les masses à un devenir médiéval et féodal.

Cette bipolarisation libéral - antilibéral est incontournable dans la recomposition d’une force de gauche et d’un système politique viable selon les termes de F. Lordon. Elle implique la vision d’une autre mondialisation, contre celle des libéraux imposée par l’OMC : elle implique ce qu’on appelle aujourd’hui l’altermondialisme.

Egarements des partis de gauche traditionnels...

Certes les partis de gauche, PS en tête, suivi de près par la LCR puis par le PCF ont tenté de noyer la barque citoyenne de la résistance au Traité Constitutionnel Européen. Sacrifice citoyen pour tenter de sauvegarder quelques ruines, quelques murs, symboles d’une prestance passée. Là aussi est la violence dont parle Frédéric Lordon, cette violence sociale qu’explique René Girard et qui se canalise en particulier sur le sacrifice des boucs émissaires. Notre système s’est longtemps cherché, le choix des boucs émissaires a été difficile. Il s’est finalement posé sur les pauvres, les sans-voix, les exclus du système social et démocratique.

Après tout, ceux qui n’ont pas de voix ne peuvent crier ! Mais cette fois-ci, en plus, ils ont été trahis par ceux là mêmes qui disent les représenter.

...et naissance d’un mouvement citoyen.

Mais de bric et de broc, les citoyens ont gardé la tête hors de l’eau sur leur propre embarcation et hors des partis. Le bâillonnement des antilibéraux au PS et les passages en force de la LCR et du PC ont retardé l’échéance d’une recomposition populaire de la gauche. Cette recomposition ne se fera pas non plus de manière endogène au PS, ni au PC ni dans quelque parti que ce soit.

Elle se fera par un mouvement citoyen ou ne se fera pas.

En plus d’une victoire de Bayrou qui happerait les plus libéraux des socialistes, le rétablissement d’une véritable gauche, fondée sur des idéologies renouvelées et proposant une autre mondialisation pour une autre société en France comme ailleurs, fondée sur de réelles idées de justice et de paix totalement opposées aux faux-semblants du libéralisme économique ; ce rétablissement passe aujourd’hui nécessairement par le développement du mouvement citoyen né du combat contre le TCE.

Ce mouvement hier orphelin des partis qui l’ont fait espérer s’est aujourd’hui trouvé un nouveau représentant : José Bové.

Symbole des combats et des luttes contre toutes les inégalités née de la mondialisation ultralibérale.

Entre LCR et PC, le mouvement antilibéral de gauche propose un socle programmatique antilibéral qui, idéologiquement, peut satisfaire tant les militants du PC que ceux de la LCR que ceux de l’aile gauche du PS et celle des Verts.

A l’élection présidentielle, un score plus élevé pour Bové que pour Besancenot et Buffet permettrait là aussi l’explosion des vieux partis, en divorce de leur base populaire, au profit d’un autre mouvement plus large, au profit de cette unité antilibérale rêvée au lendemain du référendum de 2005. Un faible score des Verts permettrait aussi aux plus « rouges » d’entre eux de rejoindre ce mouvement sans peur des menaces de représailles électorales de leur parti... Enfin, la victoire de Bayrou pourrait couronner le tout d’une scission du PS et d’un ralliement de son aile gauche. Seul ce mouvement citoyen peut exercer la force d’attraction suffisante pour créer l’unité de l’antilibéralisme.

C’est sans doute de la politique fiction, les hypothèses et incertitudes sont trop nombreuses pour qu’il en soit autrement...

mais si...

Une chose est claire, la gauche ne redeviendra pas la gauche sur les vestiges de ses anciens partis. L’heure du socialisme nouveau a sonné, car le peuple en aura un besoin de plus en plus vital dans les années à venir. Et pour que la violence qu’analyse F. Lordon reste au niveau de la politique et ne se transforme pas en violences urbaines. L’insurrection que propose le mouvement « Bové » est électorale. Si la gauche ne réagit pas, elle deviendra sociale et se tiendra dans la rue plutôt que dans les urnes.

La responsabilité de la gauche aujourd’hui est de représenter électoralement le peuple.

Si le libéralisme de Bush et de Sarkozy l’emporte, si les couches les plus populaires continuent à s’appauvrir dans des conditions de vie toujours plus dégradées, la responsabilité sera portée par les partis de gauche. Ceux qui ont confondu révolte et pouvoir et qui ont voulu adapter le socialisme en pactisant avec son ennemi au mépris des équilibres sociaux et politiques, au mépris de la dignité humaine.

Le vote Bayrou peut donc aider à la recomposition de la gauche, mais au second tour, dans l’hypothèse d’un duel avec Sarkozy.

Mais la gauche ne pourra se recomposer que par un vote « utile » de gauche préalable, au premier tour : un vote Bové pour générer la possibilité d’un courant antilibéral réel... avec ou sans le PS.

Source : Oulala



Publié le 9 avril 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche
    par Thierry Borde
    10 avril 2007, par Serge Rivron
    Le seul petit problème, dans cette analyse sur laquelle je partage l’essentiel, c’est que, Bayrou étant seul à même de barrer la voie à Sarkozy au second tour, il faut absolument qu’il y soit, au second tour. C’est dommage pour Bové, mais voter pour lui au premier tour c’est bel et bien prendre le risque d’un duel sans Bayrou au second. Et là, adieu tous nos rêves de recomposition de la gauche et de reconstruction du paysage politique en France... Vraiment, plus je réfléchis à la meilleure stratégie possible, plus je m’oriente vers un vote Bayrou.
  • De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche
    par Thierry Borde
    30 janvier 2016, par Sara

    Thanks a lot for sharing. Keep blogging.

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