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Elections Présidentielles 2007 : J-13 : le Président des poires

Catégorie politique
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(JPEG) A chaque élection depuis Mitterrand, que les commentateurs d’alors cherchant sans doute à asseoir leur autorité sur de l’indiscutable ont déterré cette antienne, on nous rebat les oreilles dix fois par jour (au moins) que la présidentielle c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple. Que c’est ça qui en était l’essence voulue par De Gaulle.

"La rencontre d’un homme et d’un peuple".

Tout nu, les yeux dans les yeux, face à face dans la profondeur incandescente. Une sorte d’épousaille mystique. Et chaque commentateur qui le redit de se sentir la fibre émoustillée jusqu’aux synapses. Certes.

-  Pourquoi pas ? C’est très beau.

Le problème, c’est que ça ne marche pas du tout comme ça. Que ça ne peut plus - si tant est que ça ait pu un jour. Ça ne peut pas, parce qu’entre le fameux homme et le fameux peuple, il s’est mis tout un tas de gens en travers, des gens qu’on appelle "les média", et qui sont comme la chaîne infinie de mercantis qui séparent la poire cueillie sur la branche de celle enfermée sous blister que tu achètes chez ton carrefour habituel.

Les médias ont exactement le même rôle : d’abord ils achètent au plus grand rabais possible des poires pas mûres du tout qu’ils finissent à la lampe à bronzer ; puis ils calibrent le fruit, que sa couleur et sa forme soit bien celle qui est supposée te plaire ; au passage, ils appuient sur tous les boutons possibles du merchandising pour t’envahir d’études qui t’assurent que tu aimes les poires du jaune qu’ils ont choisi pour toi, rondes ou allongées selon la mode qu’ils veulent ; ils te racontent l’air de rien que c’est ce fruit-là qui contient les meilleures vitamines pour que tu continues à t’emmerder en meilleure santé. T’en mettent deux trois variétés en concurrence, histoire de te donner du choix. Après, ils font monter les prix. Publient des recettes pour accomoder au mieux. L’air de rien te dénoncent le scandale de la filière d’à côté qui a voulu se passer d’eux (ça, ils te le disent jamais). Se paient même le luxe de regretter le bon temps où l’on trouvait des poires pas chères de toutes les formes, "mais évidemment il fallait attendre la saison, ce n’est plus ce que demande le consommateur d’aujourd’hui".

Et à la fin, tu trouves plus dans ton cabas que des poires toutes à peu près pareilles farineuses, et sans goût.

"La rencontre d’un homme et d’un peuple", c’était assurément une bonne idée, mais c’était pas encore vraiment l’époque de la toute-puissance des "communicants".

Maintenant, tu rencontres tous les autres avant : les réseaux du candidat pas tout à fait idiot qu’a bien compris qu’il lui fallait quelques copains dans le sérail média ; les copains, dont l’honorable métier est de trouver comment accomoder au mieux, pour le bien du public informé, leur plan de carrière avec les coups de poignard qu’ils distribuent à chacun de leurs informateurs ; les journalistes et présentateurs-vedettes, éditorialistes à la petite semaine qui sont sensés exploiter les informations de haut-vol que leur débitent à longueur de journées 500 cabinets de relations publiques avides de unes et de prime-time, éditorialistes et présentateurs-vedettes dont le vrai métier consiste à lécher le cul de médiamétrie.

Ils vendent les poires aussi bien que les scuds, quand c’est les scuds qui battent les poires en audience.

Le fin du fin du drame est comble quand, en fait de "rencontre d’un homme et d’un peuple", l’aspirant président se gargarise de concepts à la mords-moi le nœud, comme (au hasard) les débats et autres forums "participatifs", histoire de donner l’illusion au peuple qu’il est sur le point de rencontrer quelqu’un.

Oh ! çà ! pour sûr, on en rencontre des participants de son camp dans ce genre de débats, comme le soulignait innocemment certain gâtouillant militant que j’ai cité quelque part dans ce fourre-tout !

Essaye d’aller l’ouvrir à un meeting participatif de Ségolène quand t’es pour Nicolas (ou de Nicolas quand tu en pinces pour Ségo, ou Le Pen),

tu vas voir !

Mais quand même, ce qui est beau dans tout ça, c’est qu’on est en Démocratie.

-  C’est pas vrai, ça, au moins, pépère ?
-  Hein, pépère, c’est pas vrai ?

La Démocratie, c’est quand même une valeur, c’est comme la Liberté de la presse.

-  Hein ? Dis, pépère, c’est pas un beau métier, ça, la Liberté de la Presse ?

-  source : FrancemoinsJ



Publié le 9 avril 2007  par Serge Rivron


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