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L’engagement vers le poétique portique qui s’ouvre sur la vie

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(JPEG) Correspondre avec un lecteur attentif de nos humeurs, souligne non pas seulement une force d’écriture, aussi comme un enjeu, un engagement. Prendre le temps d’écrire une part de l’intime qui traverse l’esprit dans un moment de recueillement, engage.

L’écriture du courrier engage dans un mouvement enrobé de désir.

Là où le désir est absent, l’écriture se réduit à un divertissement. Là où le désir se manifeste, l’écriture remplit l’esprit d’une pensée qui s’inscrit à chaque volute d’une plume délicate.

Mes courriers arrivent à se frayer un chemin dans le labyrinthe de l’existence ; c’est juste une question de temps, de disponibilité, qui en permet lecture. Ceci n’a pas vraiment d’importance. Je n’écris pas dans l’urgence, et je n’exige pas une réponse ; je ne demande pas qu’il me soit répondu dans la précipitation. De la même façon que je n’écris pas des textes pour maintenant, je n’écris pas pour recevoir une réponse de maintenant. Je ne vis pas le temps comme un problème qui oriente mes décisions, mais comme un mouvement de la conscience qu’il est heureux de pouvoir s’emparer, afin de charpenter la liberté que le chemin que l’on emprunte fait surgir de sa vie à chaque pas.

Le temps est certainement tout ce que j’ai, tout mon bien. Je le prends donc.

Je le prends avec toute son étendue. Et j’invite mes interlocuteurs à me répondre si tel peut être leur désir, sans devoir s’en justifier. Répondre, hors de toute inquiétude plus inutile que nuisible envers toute espèce de ponctualité.

Les réponses sont essentielles.

Le sentiment de gouffre vertigineux que l’on décèle dans mon courrier, n’interdit pas qu’il m’y soit répondu, même avec une certaine légèreté ; j’allais presque dire, surtout avec une certaine légèreté.

Ecrire n’est jamais dérisoire.

Ceci est une dimension qu’il convient de prendre avec toute la mesure qui lie l’épistolier à son destinataire.

Une relation à deux.

L’écriture engage. Elle engage sur le terrain de la séduction. Surtout entre un homme et une femme au goût prononcé de musc hétérosexuel. Parce que la nature des relations, aussi distendues qu’elles puissent paraître, est toujour sexuelle. Nous ne sommes pas des objets inanimés, mais des êtres remplis de désirs, de colères, d’ambitions, d’humilités... Toute la sensibilité de notre nature sexe.

Rien n’est simple dans une relation, même lorsqu’elle se manifeste à travers le terrain de l’écriture, parce que ce terrain est un engagement sur la vie. C’est dire combien je n’attribue pas à l’écriture l’ordinaire sens que l’habitude amoindrit, mais un exceptionnel destin qui en fait une force.

Par l’écriture, c’est le sens de l’amitié que j’engage.

Les pleins et déliés de la plume mettent en relief le contenu qu’elle inscrit sur le papier, et qui traduit le plein sens de ce que je conçois par amitié. L’amitié est une responsabilité. L’écriture y participe. Vivre l’engage, parce que vivre, c’est se montrer responsable. C’est ce que veux dire Être. C’est ce que l’on voudrait exprimer lorsque l’on dit, dans ces moments de détresse qui met la sensibilité à rude épreuve, je suis.

Être l’humanité qui se déploie, devrait être un engagement responsable, et non l’étalage de la misère actuelle subie en permanence dans un déferlement d’évanescente contingence.

Être responsable, n’est pas être coupable mais exprimer sa maturité.

La question de la culpabilité, très éloignée de la question de la responsabilité, est une question si largement répandue, qu’elle se montre délicate à trouver réponse, parce que la culpabilité est ancrée dans notre esprit depuis l’avènement du christianisme, sous Constantin en 325. On connait les ravages du christianisme érigé en église avec l’inquisition. Les comportements trouvent leur origine dans ce temps éloigné de nos préoccupations domestiques, hors du cadre de l’immédiateté. Depuis l’avènement de la contre-révolution qui a recouvert les esprits, sous l’emprise du pathologique Robespierre et son culte de la vertu, la culpabilité s’est trouvée renforcée en faisant de l’indivisible individu, le seul responsable de ses actes, qu’aucune influence ne peut orienter.

C’est, par évidence, aberrant.

Mais la majorité des gens acceptent cet ignoble principe, parce qu’ils y croient. C’est, par évidence, abêtissant, parce qu’il n’y a pas de vérité.

La vérité est une vue de l’esprit, qui dépend du degré de soumission de l’individu à un ordre.

Le critère de vérité est invérifiable. Ce qui se vérifie, c’est la réalité. La vérité n’a rien à voir avec la réalité. La réalité, c’est ce qui se manifeste dans notre propre encerclement, qui contient l’imagination comme moteur. La réalité s’invente chaque jour. Le monde réel de l’empire Romain ne dessine pas les mêmes contours que celui de l’empire capitaliste moderne. Ta réalité, lecteur, n’est pas forcément identique à la mienne. C’est de notre propre réalité, dont il nous faut prendre toute la dimension, la revendiquer, qu’il nous faut partir. Dire « je », non par égoisme, mais avec générosité. Dire « je », parce que l’autre existe.

Reconnaître sa propre réalité, c’est se donner les moyens d’être invitant, de proposer, permettre à l’autre de disposer. Faire rentrer dans son intime, la part sensible que nous désirons dans une relation. C’est pourquoi, j’insiste sur la responsabilité qu’engage la relation. La rencontre qui se fonde sur le sens de sa responsabilité, va au-delà du supportable de l’existence, parce qu’elle met la vie en beauté.

La relation qui lie deux individus n’engage pas seulement une attention, mais tout également un sentiment de nature esthétique, dans l’exact sens que l’on attribue aux Beaux-Arts.

Pour moi, une relation est belle, ou elle n’est rien. Le coeur est beau, ou il n’est rien.

Une relation est éclairante, ou elle n’est pas.

Ce qui engage une relation n’est pas de l’ordre de l’utilitaire, du supportable, ou je ne sais trop quoi de technique. Une relation ne s’entretient pas. Il n’y a rien de protocolaire qui doit en faire saillie, surtout pas ; et même contre, tout contre. On ne rencontre pas l’autre par angoisse, à moins que ce qui engage traduit du pathologique ; on ne le rencontre pas pour boucher un vide, ni pour se rassurer, parce que la rencontre est, par nature, périlleuse et jamais finie.

Chercher à rencontrer quelqu’un, trop envahi des ténèbres de l’angoisse, c’est seulement se chercher soi-même à travers l’autre, dont le miroir renvoie notre propre désir, tamisé.

Dans ce cas de figure, si répandu, l’autre n’est rien, et on se ment à soi-même.

Cependant qu’une telle forme ne tient pas bien longtemps sinon sous l’autorité et la violence, et s’achève en drame, parce que notre nature d’être vivant là, rentre en conflit avec l’artifice que provoque ce succédané mensonger d’existence.

Malgré l’apparente invariance de la structure psychologique de l’espèce humaine, individuellement, notre nature nous fait changeant comme les saisons, et qui fait que chacun, dans son devenir qui nous fait apparaître en toute visibilité, reste ce qu’il est essentiellement. Notre véritable nature personnelle, c’est au crépuscule de la vieillesse qu’elle se dévoile, après bien des mauvaises expériences.

Le temps nous révèle. Il révèle à celui que sa disposition d’esprit permet.

Sinon, le temps fait office de convoi funéraire, comme l’évoque un auteur célèbre du XVI ème siècle, Pierre de Ronsard : « Le temps s’en va, le temps s’en va, ma dame ; Las ! Le temps non, mais nous, nous en allons (...) »

On ne saurait mieux évoquer l’approche de la mort...

La révélation, ce n’est pas vieillir, mais devenir mature.

La nuance est importante.

On peut être vieux avant l’âge, mais la maturité est comme le vin, il faut du temps pour en goûter toute la saveur. Du temps qui, parfois prend un raccourci brutal qui force, afin de ne pas crever. La maturité est un nouvel aurore, non un crépuscule. On pourrait croire que la vie, comme le vin, se bonifie avec l’âge, mais c’est ignorer que l’âge physiologique n’a rien à voir avec l’âge psychologique.

Il m’arrive, parfois, au détour de l’insouciance, de regarder amoureusement certains aspects de l’existence, d’apprécier et de savourer quelques-uns des traits que l’humaine condition étale dans sa maladresse sans parvenir à en dérober la sensibilité à nos yeux d’affamés.

-  Mais, par quoi cela se manifeste-t-il ?

Par des chemins dérobés à l’usure du temps, lorsque tout du moment est entièrement le sensible, hors tout discours, intuitif ; lorsque, par exemple, je m’abandonne, mon coeur et mon corps entièrement nu, enlacé entre des bras aimants ; lorsque j’invite à lire avec des yeux de poète et non de littéraire ; lorsque je tiens dans mes bras un nourrisson ; lorsque je m’oublie dans l’écoute d’une pièce pour piano de Chopin ; lorsqu’une peinture me met en arrêt, comme foudroyé par l’étrange beauté qu’elle dégage ; lorsque quelqu’un me prend la main pour me signifier son hospitalité ; lorsque mon fils est apparu hors du ventre protecteur de sa mère, devant mes yeux remplis d’émotion... Dans ces moments là, les mots ne savent pas dire, parce qu’ils manquent ; ils ne sont pas véritablement absents ; ils sont sous-entendus.

Dans ces moments-là, les sentiments se mélangent à la conscience dans un tourbillon qui arrive à transformer la fatalité en destin.

-  Quels rapports entretiennent les sentiments avec la conscience ?

Précisément, il me semble que ce sont les sentiments qui font surgir à la conscience ce qui les anime. La conscience est toujours ce qu’il advient, non ce qui est. La conscience n’est pas un état, mais le mouvement de l’éclaircissement de ce qui se manifeste.

Dire « avoir conscience de... » est un non sens.

C’est faire la confusion avec la connaissance.

La conscience surgit, elle ne se prend pas, à l’inverse d’un savoir.

La saveur de l’amour m’évoque irrésistiblement un rapport à la féminité.

-  Mais, que peut bien signifier la féminité ?

-  Quel sens attribuer à la conscience de cet état ?

Prendre conscience de sa féminité, je ne vois pas ce que c’est, à quoi cela pourrait correspondre.

-  Suis-je trop mâle pour savoir évoquer cette saveur ?

Pourtant, la féminité se retrouve à l’égale avec la masculinité chez chacun d’entre nous, par nos gênes, qui sont rigoureusements partagés entre ceux de chacun de nos parents.

Le cerveau de ma voisine n’est pas plus femelle que le mien n’est mâle.

Or, tout de l’individu est son cerveau.

Le seul réel organe sexuel de l’espèce humaine est son cerveau.

Il n’existe pas de cerveau masculin distinct d’un cerveau féminin.

La féminité, et la masculinité sont des produits culturels, non naturels.

Nos différences sexuelles sont d’ordre social, non par nature.

Naturellement, la femme porte l’enfant, et l’homme la pénètre pour féconder l’ovule. Mais, nous avons fait de nos sexes, le lieu du plaisir et la manifestation de l’amour, non plus celui de la reproduction, sauf chez les bovins humanoïdes que l’on croise chaque jour, et les primates en tunique bleu dont la fonction première consiste à verbaliser la moindre faute d’inattention, le moindre dépassement du vivant. Je ne parle pas avec les bovins, ni avec des primates.

On ne se reproduit pas par nécessité, mais par tout ce qu’on met de soi, et qui est de l’ordre du fantasme - Freud explique ça mieux que je ne saurais le faire.

Mieux même, nos sexes sont maintenant devenus le siège de la jouissance.

Or, la seule fécondation n’amène pas la femelle à l’orgasme, ni non plus le mâle, qui se contente d’éjaculer. L’orgasme, c’est autre chose que seulement l’éjaculation.

L’orgasme, c’est un abandon total de soi avec et par l’autre hors de la conscience.

Par l’orgasme, on fait relâche, dans une absolue insousciance. C’est être plus que seulement bien, plus que seulement délassé, plus que ressentir un grand bonheur. Et lorsque l’amour s’en mêle, alors s’emmêlent les corps enlacés dans un délassement langoureux inépuisable.

Tel est le sens que j’attribue aux sentiments qu’évoquent l’amour.

Tout le reste est secondaire.

-  Car, après tout, de quoi est faites la vie ?

-  Trouver l’équilibre entre nos désirs, les fantasmes et le réel objectif ?

Ce tas d’ordures de réel, si infâme qu’il n’est que la justification de la réduction de tout individu à l’état d’esclave.

Je maudis le réel.

-  Que devrions nous vivre de réel, sinon son objectivité, cette immondice qui se fait passer pour un concept rempli d’humanité, aux effets répréssifs ?

-  Je préfère me laisser envelopper avec la robe étoilée de ma nuit, et m’abandonner dans cette évocation, l’esprit caressé de délices narcotiques.

J’aime l’emploi des figures célestes pour évoquer l’amour. Pour la beauté du trait. J’aime la beauté plus que tout. Non la beauté esthétique reconnue, mais celle qui fait chaud au coeur. La beauté qui met en émoi. La beauté qui provoque nos organes. Pour moi, la seule vraie beauté. C’est une beauté fragile, dont la moindre déception peut provoquer l’effondrement. Et il faut toute la force de son être, de son engagement, pour la reconstruire.

La vie est fragile. Très fragile, malgré son apparente puissance.

Je ne suis pas dans une analyse politique du monde, parce que la politique n’est qu’une ambition que préoccupe seulement l’esprit servile, contre la poésie.

Tâcher de parler en terme poétique de la vie, chose dont je suis loin d’avoir atteint un commencement prononcé, me semble être la seule forme digne d’être transmise à demain, avec tout son contenu d’espoir comme de déréliction.

Mettre tout de soi dans l’autre, dans la vie, par les chemins de la poésie, voilà, me semble-t-il, le sérieux de la vie dans sa composition, qui devrait savoir retenir toute l’attention.

Non... la politique, ce dangereux mensonge qui occupe l’échiquier de nos manquements jusqu’à l’oubli de notre être.

Rien d’autre.



Publié le 15 avril 2007  par Gilles Delcuse


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