e-torpedo le webzine sans barbeles



Conte sur l’inégalité ordinaire

Catégorie politique
Il y a (3) contribution(s).

(GIF) Dans une contrée lointaine, quatre villages, se partageaient les alentours. Il y avait Gala au nord ouest, Miva au sud ouest, Nova au nord est et Puzu au sud est.

Gala Nova

Miva Puzu

Jusque vers les années 1970, ces bourgades vivaient tranquillement. Non que tout avait été toujours rose, bien au contraire, et bon nombre de péripéties dont certaines dramatiques, jalonnaient leur parcours mutuel. Tous les villages ont des histoires, c’est certain, et ceux-ci n’échappaient pas à la règle. Certaines de ces histoires avaient été dramatiques, qu’elles fussent le fruit de discordes internes ou de conflits mutuels. Mais après une poignée de décennies assez calmes, malgré leur différence de niveau de vie, tous comptaient sur le progrès et la paix pour affronter l’avenir...les mentalités suivraient bien...

Il faut dire que chaque village n’avait pas vraiment eu les mêmes avantages concernant leur situation géographique et de ce fait, la distribution des ressources s’en trouvait grandement déséquilibrée. Les enclavements, les différences d’exposition et donc de climat, le relief et la richesse des sols n’avaient pas contribué à établir un équilibre des chances. Aucun d’entre eux ne possédaient d’oléum (ressource minérale devenue matière première) ou en faible quantité. Miva possédait bien dans son sol, de l’azum (autre ressource naturelle de première nécessité) et Puzu des épices rares. Malgré tout, la diversité des ressources restaient sans contexte, du coté de Gala et Nova.

Mais le temps faisant son œuvre et les échanges allant bon train, l’optimisme pouvait raisonnablement avoir sa place. Le commerce jouait son rôle de cohésion et chacun, par la vente ou l’achat des produits, compensait au mieux son handicap. Gala et Nova, qui avaient chacun une banque, étaient de très loin les plus riches mais ils avaient besoin de Miva et Puzu pour certains produits.

Tout se passait bien, si bien qu’aux alentours de 1970, conscient d’un certain déséquilibre et par « pure fraternité », Gala et Nova, par l’intermédiaire de leurs banques, décidèrent de prêter de l’argent à Miva et Puzu. Pour prouver que leurs intentions étaient nobles et empruntes d’un esprit de cohésion et solidarité, ils prêtèrent cet argent avec des taux d’intérêts ridicules, voire négatifs.

Ce que Gala et Nova dirent :

« Vous pourrez ainsi acheter ce qu’il vous manque et petit à petit atteindre le même mode de vie que nous... »

« Comme nous achetons pas mal de vos matières premières, vous n’aurez aucun mal à nous rembourser, alors empruntez beaucoup et à long terme, vous ne le regretterez pas... »

Ce que Gala et Nova ne dirent pas :

« Ils avaient des sommes considérables qui dormaient dans leurs banques car beaucoup de villages étrangers dégageaient des bénéfices énormes des ventes d’oléum et plaçaient leur argent à Gala »

« En achetant, Miva et Puzu permettaient à Gala et Nova, d’entretenir et augmenter leurs richesses. »

« Ils noyaient dans l’œuf certaines velléités de révolte au sein de Miva et Puzu. Le développement a des vertus soporifiques et les perspectives angéliques de modernité et de de confort rendent les révolutions moins urgentes »

« En rendant Miva et Puzu dépendants, ils réduisaient dramatiquement leurs chances d’autonomie »

Jusqu’en fin des années 70, cette machinerie battit

tellement son plein que l’on assista à un effet d’emballement. Miva et Puzu voyaient leurs ressources locales désaffectées au profit des ressources d’importation. Leur autonomie alimentaire diminuait drastiquement, faute de développement des infra-stuctures. Par le même mécanisme, les ressources naturelles diminuaient et ne profitaient plus aux habitants de Miva et Puzu, mais , par le jeu des exportations, à ceux de Gala et Nova. Miva et Puzu durent emprunter de plus belle pour faire face. Comme si cela ne suffisait pas, Gala et Nova, au vu des besoins de leurs consommations internes, imposèrent tacitement la monoculture. La richesse et la diversité des produits de Miva et Puzu dégringolèrent au point de devenir un souvenir.

Au début des années 1980. Gala commença à affronter un

problème qu’il n’avait pas prévu. Sa balance commerciale commença à devenir négative, autrement dit la consommation interne devint supérieure à sa propre production. Ses importations pour l’achat des produits de Miva et Puzu amplifièrent ce phénomène. Gala était ennuyé car il manquait alors de liquidité au moment même où il pensait qu’il était temps d’étendre sa puissance guerrière. Après de mûres réflexions et conseils d’experts, il décida d’augmenter brutalement les taux d’intérêts, afin qu’il puisse récupérer de l’argent frais. L’augmentation des impôts auraient été une autre possibilité mais les conséquences politiques avaient trop de chances de devenir fâcheuses. L’augmentation des taux, pensa Gala, allait aussi permettre d’augmenter les investissements étrangers dans son village et ainsi d’apporter encore plus d’argent frais. En l’espace de trois ou quatre ans, les taux passent alors de -3% à +27% !!

Miva et Puzu ressentent immédiatement les effets. Leurs emprunts ayant été contractés sur la base de la monnaie de la banque de Gala, ils doivent donc rembourser plus. Mais un autre phénomène les entraine vers la bas. L’offre pour leurs ressources a augmentée, à cause de la monoculture évoquée précedemment. L’offre augmentant, le prix de ces ressources est entrainé à la baisse et ils reçoivent donc moins d’argent. Miza et Puzu furent devant un problème insurmontable : le contenu de leurs caisses baissait alors qu’ils devaient rembourser de plus en plus. Ils furent alors contraints d’emprunter encore plus... cette spirale fut dramatique. Gala et Nova, de leurs cotés, réalisèrent rapidement que Miza et Puzu allaient avoir de plus en plus de mal à les rembourser. Devant cette accélération vertigineuse, ils décidèrent de ....stopper tous crédits. En 1982, Miva est le premier village à sombrer ! Puzu n’est pas mieux loti...

C’est à ce moment qu’intervient Zora. Zora a été crée

par Nova et Gala pour offrir des structures financières hors des contingences villageoises. Une super-entité financière qui devait jouer le role de modérateur dans ce fatras ! Zora pourtant piloté pratiquement exclusivement par Gala, va proposer une alternative ...Si la bonne foi et le désintéressement de Zora n’est pas à mettre en doute, il faudrait cependant ajouter qu’elle avait une seule crainte : que les banques de Gala et Nova fassent faillite et sont sort était scellé !!

Zora propose un arrangement à Puzu et Miva. Il leur dit :

« Bon, on efface rien du tout, mais d’une part nous allons reéchelonner vos dettes et d’autre part, nous vous prêterons de l’argent pour vous aider ».

Conscient du fait que Miva et Puzu n’ont aucun autre choix, Zora ajouta :

« Mais comme vous semblez inaptes à vous gérer économiquement, nous allons vous proposer un plan d’ajustement structurel que vous devrez scrupuleusement suivre... »

Voilà ce que vous devrez faire dorénavant :

« Vous dévaluez votre monnaie et vous augmentez vos taux d’intérêt »

(Pas bête. Ils restent compétitifs pour l’exportation ...)

« Vous diminuez drastiquement vos investissements publics »

(Inutile de gaspiller pour les infra-structures)

« Vous déréglementez le marché du travail, vous privatisez et vous licenciez »

(Diminution des salaires donc baisse des coûts pour mieux exporter)

« Vous baissez les salaires et les prestations sociales »

(Encore un peu d’argent frais)

« Vous faites payer l’accès à l’éducation et à la santé »

(Faut bien faire rentrer de l’argent par des postes indispensables)

« Vous libéralisez les mouvements de capitaux et les protections douanières »

(Cela va nous aider, nous, Gala et Nova)

« Vous généralisez la TVA et baisser les impôts »

(Ca c’est pour que les riches ne soient pas gênés...)

Faute de choix, Miva et Puzu sont contraints de respecter ces engagements.

Malgré cet étau implacable, Gala et Nova ont une autre idée qui, en fait, découle directement de ce plan d’ajustement. Pour être sûr que tout se fasse bien selon leurs directives, ils placent des personnes de confiance au sein même des mairies de Puzu et Miva. De cette manière, le contrôle est total. La corruption monte alors en flèche car c’est la manière la plus immédiate de rendre les élus aveugles. Pour parachever le tout, des conditions tout à fait particulières sont consenties pour les échanges avec leurs généreux donateurs (rappelez-vous, l’azum de Miva est précieux).

Effectivement, l’argent rentre à court terme, mais

l’accroissement de la pauvreté et des inégalités est fulgurant et dévastateur et entraine un effondrement rapide !! Des situations de pauvreté extrêmes et des famines surgissent. Nova et Gala ferment aussi les yeux sur le despotisme, l’inégalité, la terreur et bien des fois des crimes contre l’humanité. La situation est tellement préoccupante que Gala et Nova passent leur temps à calmer les organisations humanitaires qui s’inquiètent d’un coté en fournissant des aides, et rassurer les entreprises transnationales sur la pérennité de leurs juteux investissements en permettant à certains de les détourner à leurs profits. Dans les caisses privées de certains élus de Puzu, il se trouverait l’équivalent du remboursement de leurs emprunts. Puzu est frappé par la malnutrition, l’analphabétisme et la mortalité infantile.

Le déséquilibre du début s’est vu transformé en fracture, puis en faille pour finalement devenir un gouffre. Le plus sordide est que l’emprunt originel est déjà remboursé, mais par le jeu des intérêts et des emprunts pour rembourser, cette dette continue perpétuellement.

Aujourd’hui rien n’est résolu. La tutelle de Puzu et Miva est toujours criante. Des initiatives ont été lancées, bien sûr, surtout par Nova, mais elles tiennent plus d’effets d’annonce que de réalités sur place. Il faudrait un " tsunami " médiatique plus que naturel pour que de réels engagements soit pris et non sous la forme d’un " moratoire " (excellente trouvaille pour calmer les ardeurs). Aucun contrôle des citoyens n’existe, malgré le fait que la majorité d’entre eux soient contre cet endettement. La plupart ont réalisé qu’en plus des scandales innombrables associés à cette situation et à sa perpetration, c’est tout bonnement un frein monumental à la démocratie, surtout à Puzu.

C’est vraiment à croire que beaucoup y trouvent leur compte ...

Avertissement

Toute ressemblance avec des pays ou continents existants ou ayant existé est fortuite. Ce conte sinistre ne pourrait évidemment pas se produire sur Pangée, notre bien chère terre. La précision de la science de l’économie et la force de nos valeurs morales représentent indicutablement un frein à de telles abominations. Dans une ère de prise de conscience, les erreurs de l’histoire et la solidarité contre les inégalités constituent un rempart indéniable contre des dérives de cet ordre. Nous assistons à une veille humanitaire dans laquelle quiconque porte atteinte à la vie, d’une quelconque manière, s’expose à des représailles. Ceux qui s’élèvent contre la mondialisation le font par pur immobilisme car nous savons tous que cette mondialisation à forcenée s’accompagne d’un ultralibéralisme qui offre à tous les mêmes chances et les mêmes conditions.

L’être humain est toujours placé au centre du tableau, justement là où la toile est la plus fragile ...

Comité pur l’annulation de la dette du tiers monde :

www.cadtm.org

Allez voir le documentaire : «  Le cauchemar de Darwin  » de Hubert Sauper.

Disponible aussi sur le site :

http://perfa.homedns.org



Publié le 8 mars 2005  par Laiguillon


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin