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Elections Présidentielles 2007 :
J-4 : Caligula à l’Elysée

Catégorie politique
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Du haut de la fenêtre de la chambre centrale, le nouveau Président de la République Française, regard perdu dans le lointain, lit et relit à voix haute le texte préparé pour sa première déclaration. De la parcelle des Gourdes, le jardin où déambulent excités journalistes et correspondants venus des cinq continents, lui parvient comme un babil incompréhensible qui s’élève jusqu’aux plus hautes fenêtres du Château.

Accroches de unes des journalistes qui répètent leur lancement, comme des acteurs un soir de première se mêlent au lamento et aux vociférations rituelles des non-accrédités.

- Reculez, s’il vous plaît reculez-vous !

- Ne m’empêchez pas de faire mon travail !

Tout autour du Palais Présidentiel des théories de camions surmontées de paraboles encombrent le moindre espace public

- C’est Fort Alamo ici... ce n’est plus une salle de presse !

- Puisque je vous dis que j’ai mon accréditation... hurle un journaliste.

Regard rivé sur les correspondants étrangers qui n’ont pas été autorisés à entrer et font le pied de grue devant l’immense portail de l’entrée dite "grille du coq", où les télévisions du monde entier ont été autorisées exceptionnellement à stationner. Le volatile en bronze, fier et plus effarouché que jamais les surplombe l’air narquois. Star incontesté, idole des télés asiatiques, le symbole républicain a été filmé sous toutes les coutures. Paris sera toujours Paris... et pour les journalistes étrangers, un bon sujet "tourisme" même pour une élection présidentielle.

Sur les trottoirs environnants les paparazzi font le forcing et se livrent à une guerre de l’espace ininterrompue. Malgré les nombreux bataillons de gendarmeries mobilisés pour l’occasion le moindre espace public est pris d’assaut depuis l’aube.Que le service de communication du Président ait fait le mort toute la matinée a mis les journalistes en transe. L’affût a commencé. Près du campement provisoire on s’échange Le Monde, fraîchement arrivé."La France, impatiente, attend de découvrir la stratégie du nouveau président", titre le grand quotidien de l’après-midi.

Du haut de sa fenêtre , le Président lui, pense à peu près ceci :

La campagne a été brutale. A peine remis et déjà, le travail reprend. La France toujours impatiente m’attend au tournant... avec ces détestables évènements de banlieue qui ont pourri la dernière semaine de campagne... Pas une minute de répit, pas même quelques secondes pour souffler...

C’est sûr... j’ai pu l’observer pendant de longues heures l’autre gourde. Et le béarnais qui m’a pas fait de cadeaux. Tout ça pour se faire gratter par Le Pen... Ah, c’est trop drôle.

J’ai gagné et pourtant... Je n’ai même pas eu le temps de me remettre de l’étrange sensation d’avoir été choisi par tout un peuple, pas le temps de sortir vraiment de l’illusion grisante d’être désiré par une majorité de Français.

Je flotte, sans être sur un nuage.

Dans les pires moments, cette canaille de Chirac savait trouver des échappatoires. Ecouter de la musique, lire un bon livre parfois... une simple Corona suffisait à le remettre en selle... Comme ses conseils me seraient utiles en ce moment.

-  Faut-il que je sois mal en point ?

Jamais je n’aurais cru ça. Il faudra que j’apprenne à gérer ce trouble étrange. Mon médecin l’appelle le syndrome du winner.

Toute sa vie on se bat pour gagner et quand on y parvient... tout s’écroule.

Les plus grands ont connu cette sensation et la légère dépression qui s’ensuit.

Légère ?

Déjà les antidépresseurs que m’a donnés le toubib ne me font plus d’ effet.

Toute ma vie j’ai rêvé d’être là et maintenant que j’y suis...

La politique ne m’intéresse pas vraiment, en fait. Je balancerai le paquet à François quand il sera Premier Ministre... après tout c’est son problème. Il est déjà bien content que je n’ai pas nommé l’autre cradingue...

Qu’est-ce que j’en ai à faire, moi des problèmes de banlieue, de santé, de chômage au fond... ?

Le concret m’indispose.

Au meilleur de ma forme, je rêvais que la fonction me transfigure comme Thomas Becket, ce filou - devenu saint. Mais je ne ressens rien du tout, rien de tel pour le moment. Le pouvoir, le pouvoir suprême, m’obsédait. C’était ma passion. Ma seule passion. J’ai atteint mes objectifs, comme un bon commercial. J’ai beaucoup transpiré. J’ai tout sacrifié. J’ai comblé un vide.

Et maintenant... Le compte à rebours est commencé. Le jour fatidique arrivera plus vite que prévu. L’état de grâce n’est pas extensible à l’infini. Les emmerdes arrivent et je dois bien reconnaître que mon nouveau job ne m’intéresse pas.

Comment ne m’en suis-je pas aperçu avant ?

Tout ces gens qui vont me presser de questions sur la Politique Internationale, des tas de dossiers que je connais à peine. Déjà, on exige des réponses dans l’urgence. Des réponses à des problèmes graves et qui peuvent changer la vie de milliers de gens... Depuis une semaine, je ne vois plus Cécilia... Ce sacre prend l’allure d’un sacerdoce... Je n’ai plus goût à rien. Entreprendre la moindre activité me lasse prodigieusement.

Tous me l’ont dit, ça arrive toujours plus tôt qu’on ne pense.

Demain, un journaliste ou un membre de l’opposition posera la question fatidique.

-  Peut-être même sera-t-il membre de mon propre camp le traître, peut-être sera-t-il... un proche ?

Je l’entends déjà cette question, brutale, tendancieuse féroce...

"Caligula, qu’as-tu fais de ta victoire ?"

source : FrancemoinsJ



Publié le 18 avril 2007  par Jean-Laurent Poli


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  • Elections Présidentielles 2007 :
    J-4 : Caligula à l’Elysée
    18 avril 2007, par paul

    J’comprends pas...

    Vous voudriez qu’on s’apprête à pleurer en attribuant une grandeur déchue au malade contre lequel il va probablement falloir organiser une résistance clandestine économique sociale militarisée pour reprendre le pays à ses commanditaires ?

    Votre idée, là, ça doit être du sens de l’humour je suppose...

    Mais bon, là franchement non, ça ne marche pas bien avec ma sensibilité d’écourché mal cicatrisé trouvant qu’une fois de plus, rien que de causer de cette ordure, c’est lui faire trop d’honneur...

    à part ça, très beau texte, si si !

  • Elections Présidentielles 2007 :
    J-4 : Caligula à l’Elysée
    30 janvier 2016, par Sara

    Thanks a lot for sharing. Keep blogging.

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