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Myassa

Catégorie musiques libres
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Interview de Bertrand de Born le chanteur de MYASSA pour e-torpedo

(JPEG) J’aimerais que vous me racontiez votre première révolte

Une question délicate car je serais tenté de vous dire que la première des révoltes est celle de l’enfant criant à plein poumons, quand on lui interdit de reprendre du dessert ou de chaparder une sucrerie... Avec ou sans le consentement des parents, on finit toujours par l’avoir cette sucrerie de toutes les façons !...

Vu sous un angle plus politique, je dirais que mon premier sentiment de révolte porte un nom : Malik OUSSEKINE. Je n’étais encore qu’un môme en ce mois de décembre 1986, c’était les manifs étudiantes contre le projet de loi de M.Devaquet.

J’ai découvert avec horreur ce que la violence d’Etat avait de néfaste surtout pour un manque criant de dialogue social, de dialogue tout court...

J’étais jeune mais çà m’a énormément troublé puis révolté... Et comme toujours le temps passe... Au fait, c’était qui le premier ministre ?

Léo Ferré a-t-il été important pour vous ?

J’ai découvert Léo ferré assez tard ayant été plutôt élevé au son du rock et de la variété indigeste (on ne choisit pas ce que nos parents écoutent !). Je n’accordais que peu d’importance au sens, au verbe, à la gouaille. On a tous, dans la jeunesse, la connerie que l’on mérite... Je trouvais cette musique ringarde, « la musique à Papa ».

Et puis j’y suis revenu. Avec l’âge et la raison chauffée à blanc, mangeuse de vers et de métaphores. J’ai plongé grâce à un autre artiste, H.F. Thiéfaine, un de mes grands modèles d’écriture.

C’est à travers lui que j’ai accosté sur la terre de M. Ferré et plongé mes oreilles dans ce sanctuaire verbal...

Depuis, je le lis plus que je ne l’écoute, mais je le dévore, c’est un fait !

Pourquoi ?

Il y a chez Ferré une révolte permanente face à l’injustice et à la bêtise humaine...

Ferré est toujours resté un écorché, jusqu’à la fin, un parcours sans faille jusqu’au bout, une anti-star qui donnerait bien des leçons à nos « stars Acacadémiciens » (s’ils savaient lire bien sûr !)...

Au-delà de cet engagement libertaire, c’est toute la structure des rimes et le choix des mots qui restent gravés dans l’esprit. La rime est riche, incisive, constamment renouvelée...

On sent qu’il travaille, trifouille, s’amuse et donne un rythme qui claque ou frappe là où il faut... C’est impressionnant... Un exemple pour ma part.

Quels textes ou chansons de lui vous ont le plus marqué ?

Sur toute son œuvre que je ne prétends pas connaître dans sa totalité, je dirais, « merci mon dieu »

...De notre terre à ciel perdu De nos fusils à cicatrices De nos enfants qui n’ont pas pû Eloigner d’eux l’amer calice Avec la guerre au beau milieu Et puis le héros qui s’y glisse Nous te disons merci mon dieu

qui est une merveille, « les étrangers » aussi et je terminerais, mais il y en a tant d’autres encore, par « Paris je ne t’aime plus »...

En fouillant sur le net vous les trouverez facilement !

Que pensez-vous de la tolérance zéro ?

La tolérance zéro représente, à mes yeux, le paroxysme de la bêtise humaine...Ce n’est pas en remplissant les prisons que l’on résoudra les grands maux de notre Société.

L’essentiel des actes criminels de ce pays est avant tout le résultat d’un système malade qui exclut et n’assume pas ses échecs...

Une société juste doit -à mon sens- assumer, accompagner pour transformer et résoudre par l’éducation les ratés de son mécanisme social et économique.

Quel serait pour vous le monde idéal ?

Un monde où l’homme saurait respecter profondément ce que lui apporte la nature et connaîtrait sa place véritable au sein de l’écosystème et de ses limites aussi.

Un rôle de gardien des équilibres ce qu’il a déjà oublié pour la plus grande gloire de sa cupidité...

Le développement durable est le seul combat qu’il reste à mener car on entre dans un siècle où la marche arrière deviendra impossible et les changements plus que brutaux...

La guerre de l’eau est la prochaine grande connerie humaine, j’en ai bien peur !

Auriez-vous aimé naître ailleurs ?

Ailleurs en Occident ou l’ailleurs Africain, Indien, Asiatique ?

Je ne sais vraiment pas mais je crois que j’aurais aimé être le fruit d’un métissage total évitant les plaies du communautarisme ambiant... Mais je traîne ma peau blanche et ma franchouillardise sur ma gueule... Pour le reste, je tente de dépasser cela et d’être un citoyen attentif et ouvert... Pas facile d’être un rêveur en terre hostile.

Si je vous dis copyleft que répondez-vous ?

L’exploitation des œuvres avec accord des créateurs pour toute modification et/ou amélioration, je crois que c’est le principe de base...

L’idée est simple et de bon sens.

C’est aussi le problème numéro un qui a généré l’explosion du net et l’arrivée du très haut débit...

Comment diffuser de l’Art (musique, cinéma, écrits) ? Comment garder un œil sur son œuvre ? Comment ne pas tomber dans les griffes vénales de petits profiteurs qui, eux, ne se priveront pas d’exploiter ton œuvre sont les nouvelles questions qui peuvent trouver une réponse dans le copyleft « droit d’auteur libre »...

Le net est une machine formidable pour diffuser partout -et là, je prêche pour ma paroisse- des nouveaux talents, c’est un fait et j’en profite...

L’erreur que j’ai commise, il y a 6 ans, fut de souscrire à un organisme de protection bien connu par les auteurs et compositeurs... Maintenant je jongle avec le système mais je préfère, de loin, voir mes textes lâchés aux quatre vents du web.

J’ai su, grâce à e-torpedo, que l’on pouvait résilier le contrat au bout de dix ans (ce que l’on ne m’a jamais dit) alors j’attends patiemment mon tour et là je serai libre...

Racontez-moi un rêve sorti de votre boîte crânienne déstabilisant pour vous.

C’était il y a peu, j’était complètement paralysé de la bouche, ne pouvant plus l’ouvrir.

Je me suis aperçu que mes dents poussaient à vitesse grand V et devenaient saillantes, elle se déchaussaient peu à peu, pourrissant, jaunissant, ignoble !...

J’ai hurlé de toutes mes forces et je me suis réveillé les inspectant une à une...On dit que c’est la peur de la mort ou quelque chose comme cela...J’en frissonne encore !

Le livre de votre enfance

Ma mère me lisait souvent des bouquins de Jules Verne pour m’endormir ce qui m’a aidé, je crois, à faire bien des rêves de machines merveilleuses et de mondes engloutis.

Le livre de votre chevet

J’ai toujours à portée de main, les champs magnétiques d’André Breton. C’est une constante, je suis friand d’écriture automatique, ce qui peut se retrouver dans certains de mes textes...Mais en ce moment je lit Guignol’s band de Céline...

Le livre que vous aimeriez écrire

Assurément le mien, je tente déjà depuis longtemps de dépasser mon travail de faiseur de rîmes en m’attelant à la rédaction d’une nouvelle mais l’exercice est autrement plus pénible, physique. C’est dur de changer le cap !

Pour les livres que j’aurais aimé écrire, j’en citerais trois assez différents...

Le Roi des Aulnes de Michel Tournier. Les chants de Maldoror de Lautréamont (Isidore Ducasse). Le voyage au bout de la nuit de Céline.

Présentez-moi votre groupe

MYASSA est un groupe de rock qui existe déjà depuis plus de cinq ans. Il est composé de cinq membres, Denis à la basse, Dany à la batterie, Eric à la guitare lead, Maliou notre guitromdidjiste (guitare-trompette-didjeridoo) et moi au chant...

Nous faisons un rock à la fois agressif et mélodieux sans toutefois porter sur le métal...le style de MYASSA trouve son équilibre entre nos influences anglo-saxonnes et notre goût pour la chanson dite à « texte » ce qui rend le mélange assez détonnant mais permet de trouver une ambiance différente pour chaque titre...

MYASSA reste un voyage permanent dans un futur proche (l’Eden) où le règne de l’argent Roi et du strass a remplacé le goût et l’esprit critique.

La fin de nos libertés en somme...

J’y interprète une sorte de témoin tantôt victime, tantôt acteur néfaste...Un numéro qui rechercherait ce qu’il fut avant de n’être plus que ce consommateur parfait...

Mais, j’y pense, nous en sommes là, non ?

A quoi tient le fil qui vous relie tous ensemble ?

En musique, il faut assurément, une bonne dose de folie pour que chacun se mette à nu et pose ses joies, ses peines, ses tripes et ses maux dans le melting-pot d’une chanson.

Pour donner une cohérence, une dynamique, une sonorité, c’est avant tout un gros lien d’amitié forte et de respect mutuel qui domine et tient lieu de fil en évitant de nous entre-dévorer copieusement... C’est une histoire d’amour rock n’roll ...

Comment appréhendez-vous la mort ?

La mort, c’est la fin, le vide, le néant...C’est atroce et fascinant à la fois.

Je n’ai pas « la solution divine » qui me sert d’opium donc j’attends mon tour avec la trouille au ventre.

Même si je joue, volontiers, sur papier avec celle-ci. Je trouve qu’elle fait bien trop de ravages injustes et je ne lui ferai donc pas le plaisir de profiter de ma carcasse avant au moins tout çà...

Le site de Myassa



Publié le 9 mars 2005  par franca maï


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