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Le pas de deux de Ségolène et Bayrou
de Louis-Bernard Robitaille

Catégorie politique
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Illustration Rozor

Manoeuvre à peu près réussie, hier en fin de matinée, pour Ségolène Royal et François Bayrou, qui ont « dialogué » pendant près de deux heures devant les caméras d’une petite chaîne de télé et quelque 400 journalistes.

La première avait intérêt à se montrer longuement en public avec le leader centriste, qui a obtenu 6,8 millions de voix dimanche dernier, un électorat composite qui détient la clé du second tour. Et à faire apparaître les convergences majeures entre les deux programmes de gouvernement.

François Bayrou, de son côté, avait pour objectif de prolonger aussi longtemps que possible son étonnant succès du 22 avril qui l’a vu passer des 6 % de 2002 à 18,6 %.

Et à continuer à exister politiquement en vue de la création de son nouveau Parti démocrate

qu’il souhaite totalement indépendant de la gauche et de la droite, et qui présentera ses 577 candidats aux élections législatives des 10 et 17 juin.

Un exercice plutôt acrobatique, consistant à multiplier les amabilités à l’égard de Ségolène Royal, mais sans du tout se rallier à elle, de manière à contrebalancer la désertion massive de ses maigres troupes parlementaires en direction de Nicolas Sarkozy. Sur les 29 députés de son groupe UDF à l’Assemblée, plusieurs poids lourds avaient rallié Sarkozy avant même le premier tour : le député maire d’Amiens et ministre de l’Éducation, Gilles de Robien, ou l’ancien rocardien et PDG d’Air France, Christian Blanc. Entre autres. Au lendemain du premier tour, le mouvement s’est accéléré, et à la fin de la semaine, 23 députés UDF sur 29 étaient déjà passés chez Sarkozy, dont certains très proches de Bayrou.

Aucune personnalité majeure du camp Bayrou ne s’était ralliée à Ségolène Royal.

À cela une bonne raison : l’UDF actuelle est une petite formation de centre droit qui a refusé de se faire enrégimenter au sein de l’UMP, le grand parti de droite imposé par Jacques Chirac en 2002, mais qui n’en reste pas moins liée à la droite par son histoire et les alliances électorales. Dans le système électoral français - majoritaire à deux tours -, la totalité des députés et des maires UDF étaient en effet des candidats indépendants au premier tour, en compétition avec l’UMP. Là où ils sont arrivés en tête, l’UMP s’est retirée à leur profit, et ils ont été élus avec les voix UMP et contre la gauche.

Au cours de la législature, il est arrivé au groupe UDF d’avoir des mouvements d’indépendance ponctuels, par exemple de refuser le budget ou de voter une motion de censure présentée par la gauche. Des audaces sans risque majeur, puisque l’UMP détient à elle seule une écrasante majorité à l’Assemblée. Et encore un tiers des députés UDF ont toujours fait bande à part dans ces cas. Aujourd’hui, c’est l’heure de vérité : au lendemain de la présidentielle, en cas de victoire de Sarkozy, celui-ci donnera le label « majorité présidentielle » aux députés UDF qui l’auront soutenu et présentera des candidats UMP contre tous les autres.

Résultat : si une poignée de députés sortants hésitent encore ou ont annoncé qu’ils voteraient blanc,

on voit mal comment François Bayrou lui-même pourrait appeler à voter Ségolène Royal sans se détruire politiquement.

S’il avait réussi l’exploit d’arriver deuxième le 22 avril, en surfant sur le vote protestataire et le sentiment de méfiance contre Sarkozy et Royal, c’est lui qui aurait eu toutes les cartes en main et qui aurait plongé le PS dans une crise profonde. Avec ses 18,6 %, il s’est retrouvé dépositaire pour moitié de voix de gauche et pour moitié de voix de droite.

« Ce n’est pas tout à fait un débat, c’est plutôt un dialogue, a expliqué au départ la candidate socialiste. Je n’attends pas de ralliement ni de coup de théâtre. » Mais l’appel du pied à l’électorat centriste était manifeste : « La politique du bloc contre bloc, ça ne marche plus. »

Dans un décor improvisé à la hâte dans le salon d’un grand hôtel parisien, la rencontre entre Bayrou et Royal, installés de biais et non pas face à face, face à un public nombreux de journalistes, ressemblait davantage à une discussion de colloque qu’à une confrontation politique. Et le « dialogue », qui a duré près de deux heures, est resté dans le registre de la plus grande amabilité, pour ne pas dire de la connivence. Même lorsque François Bayrou s’est permis de manifester son désaccord avec de coûteuses promesses électorales de la candidate ou des aspects majeurs de sa politique économique.

Il était clair, hier en fin de matinée, que les deux débatteurs avaient provisoirement le même adversaire politique.

-  Ségolène Royal, qui avait pris l’initiative de proposer cette discussions, sera-t-elle bénéficiaire de ce pas de deux ?

Elle devrait certes grappiller quelques voix centristes de plus en s’affichant avec François Bayrou. Mais en essayant de pratiquer le grand écart entre Arlette Laguiller, José Bové et l’UDF, elle a pris le risque de brouiller le message.

source : cyberpresse

Lu sur : Bellaciao



Publié le 30 avril 2007  par torpedo


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  • Le pas de deux de Ségolène et Bayrou
    de Louis-Bernard Robitaille
    30 janvier 2016, par Sara

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