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Banque mondiale :
l’heure de fermer boutique (vidéo)

Catégorie politique
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Damien Millet - Eric Toussaint [1]

(JPEG) La Banque mondiale traverse la pire période de son histoire. Fragilisée comme jamais, rejetée par un nombre croissant de mouvements sociaux, décrédibilisée par le népotisme avéré de son président Paul Wolfowitz, elle subit dans le même temps les assauts de plusieurs gouvernements d’Amérique latine qui organisent actuellement la construction d’une Banque du Sud aux choix radicalement différents.

-  Et si le coup de grâce était proche ?

C’est d’abord à cause du fiasco de son action depuis 60 ans que la Banque mondiale est aussi fortement déstabilisée.

Elle doit rendre des comptes sur de nombreux points dont voici une liste non exhaustive :

-  pendant la guerre froide, la Banque mondiale a utilisé l’endettement dans un but géopolitique et systématiquement soutenu les alliés du bloc occidental, notamment des régimes dictatoriaux (Pinochet au Chili, Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie, Videla en Argentine, régime d’apartheid en Afrique du Sud, etc.) qui ont violé les droits humains et détourné des sommes considérables, et elle continue de soutenir des régimes de même nature (Déby au Tchad, Sassou Nguesso au Congo, Biya au Cameroun, Musharraf au Pakistan, etc.) ;

-  au virage des années 1960, la Banque mondiale a transféré à plusieurs pays africains nouvellement indépendants (Mauritanie, Gabon, Algérie, Congo-Kinshasa, Nigeria, Kenya, Zambie, etc.) les dettes contractées par leur ancienne métropole pour les coloniser, en totale contradiction avec le droit international ;

-  une très grande quantité des prêts octroyés par la Banque mondiale a servi à mener des politiques qui ont provoqué des dégâts sociaux et environnementaux considérables (grands barrages souvent inefficaces, industries extractives comme des mines à ciel ouvert et des oléoducs, agriculture d’exportation et abandon de la souveraineté alimentaire, etc.), dans le but faciliter l’accès à moindre coût aux richesses naturelles du Sud ;

-  après la crise de la dette de 1982, la Banque mondiale a soutenu les politiques d’ajustement structurel promues par les grandes puissances et le FMI, conduisant à une réduction drastique des budgets sociaux, la suppression des subventions aux produits de base, des privatisations massives, une fiscalité qui aggrave les inégalités, une libéralisation forcenée de l’économie et une mise en concurrence déloyale des producteurs locaux avec les grandes multinationales, mesures qui ont gravement détérioré les conditions de vie des populations et vont dans le sens d’une véritable colonisation économique ;

-  la Banque mondiale a mené une politique qui reproduit la pauvreté et l’exclusion au lieu de la combattre, et les pays qui ont appliqué à la lettre ses prétendus remèdes se sont enfoncés dans la misère ; en Afrique, le nombre de personnes devant survivre avec moins de 1$ par jour a doublé depuis 1981, plus de 200 millions de personnes souffrent de la faim et pour 20 pays africains, l’espérance de vie est passée sous la barre des 45 ans ;

-  malgré les annonces tonitruantes, le problème de la dette des pays du tiers-monde reste entier car loin d’une annulation totale, la Banque mondiale se contente d’écrémer la partie supérieure de la dette de quelques pays dociles sans toucher au mécanisme lui-même ; au lieu de représenter la fin d’une domination implacable, l’allégement de dette n’est qu’un rideau de fumée qui dissimule en contrepartie des réformes économiques draconiennes, dans la droite ligne de l’ajustement structurel.

Dans ces conditions, la situation est devenue explosive.

Un évènement récent est de nature à allumer la mèche... Le président actuel de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a reconnu être intervenu personnellement afin d’obtenir une forte augmentation de salaire (+45% !) pour sa compagne. Le Comité ad hoc de la Banque mondiale vient de l’entendre dans le cadre d’une enquête diligentée pour violation des règles internes.

Les déclarations se sont multipliées pour réclamer sa démission : l’association du personnel et d’anciens cadres de la Banque mondiale ; un des deux directeurs exécutifs, le Néo-Zélandais Graeme Wheeler ; de hauts responsable du Parti démocrate aux Etats-Unis comme John Kerry ; des réseaux internationaux comme le CADTM ; le Parlement européen, etc. Mais le gouvernement des Etats-Unis continue de le soutenir coûte que coûte et en s’accrochant à son poste, Wolfowitz lie son avenir à celui de la Banque mondiale elle-même.

Un mois après ces révélations, aucune solution n’a été trouvée. Le passif de la Banque mondiale est bien trop lourd pour que l’on puisse accepter le statu quo. Dès lors, une seule issue devient envisageable : l’abolition de la Banque mondiale et son remplacement dans le cadre d’une nouvelle architecture institutionnelle internationale. Un fonds mondial de développement, dans le cadre des Nations unies, pourrait être relié à des Banques régionales de développement du Sud, directement dirigées par les gouvernements du Sud, fonctionnant de manière démocratique dans la transparence.

La voie est tracée et deux pavés viennent d’être jetés dans la mare néolibérale.

Le Venezuela a annoncé le 30 avril dernier qu’il va quitter le FMI et la Banque mondiale.

Quelques jours plus tôt, l’Equateur avait décidé l’expulsion du représentant permanent de la Banque mondiale, Eduardo Somensatto. Car le président équatorien, Rafael Correa, a de la mémoire : en juillet 2005, alors qu’il était ministre de l’Économie, il avait voulu réformer l’utilisation des ressources pétrolières dont une partie, au lieu de servir au remboursement de la dette, devait servir aux dépenses sociales, notamment pour les populations indiennes. En représailles, la Banque mondiale avait bloqué un prêt de 100 millions de dollars et les pressions de Washington avaient contraint Correa à démissionner. Offensé, il avait déclaré que « personne n’avait le droit de punir un pays s’il changeait ses lois ».

Rafael Correa a été élu démocratiquement à la présidence de l’Equateur en novembre 2006 et vient de remporter largement le référendum pour la convocation d’une assemblée constituante. En expulsant le représentant de la Banque mondiale, il veut réaffirmer la dignité et la souveraineté de l’Equateur face à une institution se permettant de violer systématiquement ses statuts qui lui interdisent toute interférence dans les affaires politiques intérieures d’un Etat membre.

Plusieurs pays latino-américains (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Venezuela) sont en train de jeter les bases de deux institutions fondamentalement nouvelles : un Fonds monétaire du Sud et une Banque du Sud. Différents experts, dont plusieurs membres du CADTM, ont pris part à ces discussions qui visent une vraie modification du rapport de forces mondial, sur les décombres de la Banque mondiale...

[1] Damien Millet, président du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org), auteur de L’Afrique sans dette, CADTM/Syllepse, 2005. Eric Toussaint, président du CADTM Belgique, auteur de Banque mondiale, le coup d’Etat permanent, CADTM/Syllepse, 2006.

source :
-  Oulala


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Publié le 4 mai 2007  par torpedo


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  • Banque mondiale :
    l’heure de fermer boutique (vidéo)
    30 janvier 2016, par Sara
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