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Elections Présidentielles 2007 :
Une défaite historique de la gauche

Catégorie politique
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Illustration Rozor

Il faut appeler les choses par leur nom. Le résultat du deuxième tour de la présidentielle doit être analysé dans toute son ampleur. Il ne s’agit pas seulement de l’écart, très important, mais aussi de la très forte participation. L’élection de Nicolas Sarkozy n’est pas une élection par défaut (comme le fut celle de Jacques Chirac en 2002) mais une véritable élection d’adhésion - dont les prémices étaient déjà très perceptibles avec l’important résultat du premier tour. Le vote Royal fut en revanche très souvent un vote par défaut. Il faudra sûrement entrer dans le détail de cette élection, faire de la sociologie électorale, mais d’ores et déjà on peut dire que toute un chapitre de l’histoire de la gauche vient de se clore. C’est à juste titre que François Delapierre écrivait [1] : « Cher lecteur (...) prends juste quelques instants à l’heure du vote pour regarder attentivement la gauche et en graver les traits dans ta mémoire. Car tu ne la reverras plus jamais ainsi dès la semaine prochaine. »

Regarder la vérité en face

D’abord constater la défaite.

Le dimanche soir, devant le siège du PS, rue de Solferino, seul des « fans » de Ségo restent pour danser, au moment où une grande majorité des téléspectateurs-électeurs de gauche sont atterrés du spectacle. La défaite politique ne les atteint pas. La candidate socialiste reprend presque mot pour mot les paroles de Bayrou au soir du premier tour (« quelque chose a commencé qui ne s’arrêtera pas ») et les groupies hurlent leur joie. On n’est plus dans la politique mais dans quelque chose qui relève de la transe religieuse. Sur les plateaux de télévision Julien Dray annonce qu’une nouvelle dirigeante socialiste est née pendant que Ségolène Royal annonce qu’elle réunira tous ceux qui l’ont soutenue et laisse entendre qu’elle va faire sauter le vieux PS. Dray, à mots à peine couverts, prépare l’élimination politique des « éléphants », au premier chef desquels se trouvent Strauss-Kahn et Fabius. On peut espérer que le retour au réel va finir par s’imposer mais rien n’est certain. Sur d’autres plateaux en effet, Strauss-Kahn, désormais sans plus aucun tabous politiques, affirme la nécessité d’engager un mouvement de rénovation du PS, c’est-à-dire officialiser une bonne fois pour toute son caractère social-libéral en constituant un nouveau parti du centre.

Fabius, le seul pour lequel semble-t-il l’opposition droite / gauche continue à avoir un sens, rappelle qu’une campagne se fait collégialement, qu’à gauche le « nous » et non le « je » doit primer.

Les couteaux sont désormais tirés, la bataille lancée, et la clarification idéologique, qui aurait dû commencer depuis longtemps, semble se faire par plateaux télé interposés.

La droite, jeune et fringante, regarde amusée une espèce dont beaucoup aimeraient qu’elle soit en voie de disparition.

Ensuite éviter les mille et une excuses qui ne manqueront pas d’être débitées au fil des jours. Les médias, les sondages, les « éléphants » qui n’ont pas joué le jeu, sans oublier le machisme ...

Les médias, après avoir propulsé au détriment des règles élémentaires de la démocratie les candidats choisis par l’oligarchie, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, finalement suivent celui qui fait bouger le pays. Ils n’ont pas fait Sarkozy. Ils ont volé vers celui qui allait gagner, c’est tout à fait différent. Les socialistes ne peuvent pas se plaindre des sondages puisque ce sont les sondages qui ont imposé Ségolène Royal comme candidate socialiste, précisément car elle s’engageait dans des problématiques et affirmait des valeurs identiques à celles de son futur adversaire. Enfin, c’est l’équipe dirigeante du PS et l’équipe de Royal qui ont décidé de contourner l’appareil et de se passer des « éléphants », et donc Mme Royal ne peut se plaindre de leur manque de collaboration.

Or, le PS et avec lui toute la gauche ont perdu une élection qui ne devait pas l’être.

Chirac le mal élu - élu par une majorité d’électeurs de gauche, rappelons-le - laisse un bilan pitoyable. Les mauvais coups contre les classes populaires se sont accumulés. Le chômage perdure en dépit des statistiques truquées et la pauvreté ne cesse d’augmenter. Sarkozy est un homme craint, haï par la gauche et une bonne partie des centristes, jalousé par une partie de la droite qui aimerait bien glisser quelques bananes sous ses chaussures. Jamais depuis longtemps une élection ne s’était présentée sous des auspices aussi favorables pour la gauche et la gauche a perdu, non pas de quelques dizaines milliers de voix comme Mitterrand en 1974, non pas après la fin calamiteuse du second septennat du Mitterrand quand Jospin est confronté au 2e tour à Chirac, la gauche a perdu alors que tout logiquement devait lui permettre de gagner. La gauche a perdu par sa faute.

-Comment la gauche s’y est-elle prise pour perdre ?

La chronique de la défaite de la gauche doit être faite si on ne veut pas se perdre dans le contingent et faire porter sur les épaules de sainte Marie-Ségolène le poids de tous les péchés.

Rappelons la séquence :

1 - Printemps 2004 : le gouvernement Chirac-Raffarin est étrillé. Aux régionales, aux cantonales, aux européennes, la gauche l’emporte largement. Un vote qui n’est pas d’adhésion à la gauche, mais de rejet radical de la droite. Tout surpris, les dirigeants socialistes ne savent pas trop quoi faire de cette large victoire qui n’entrait pas dans les calculs des uns et des autres...

2 - Mai 2005 : Nouvelle manifestation populaire sans équivoque avec la victoire très large du « non » au référendum sur le TCE. Une victoire dans laquelle, l’élément moteur est formé des classes populaires, des plus pauvres, des ouvriers, des jeunes, des employés, bref de la « base sociale naturelle » de la gauche. Mais là, premier problème : alors que la moitié du PS fait bloc avec le peuple et le reste de la gauche et soutient activement la campagne pour le « non », l’autre moitié se range derrière la constitution Giscard et le gouvernement Chirac. La direction du PS n’aura dès lors d’autre préoccupation que d’enterrer la victoire populaire au référendum. Alors qu’en bonne logique, une gauche digne de ce nom aurait dû exiger la démission de Chirac si massivement désavoué par le peuple, les stratèges géniaux de la rue de Solferino protègent le président de la république, car ils se sentent embarqués dans la même galère que lui.

3 - Automne 2005 : les quartiers populaires s’enflamment en raison des provocations du ministre de l’intérieur suite au décès de deux jeunes de Clichy-sous-Bois. La révolte populaire cristallise clairement du malaise social immense qui traverse le pays depuis des années. Quelques semaines après, le congrès socialiste du Mans, en raison de la division des « gauches » (Fabius-Mélenchon, Emmanuelli, Montebourg, etc.) aboutit à une motion de synthèse, refusée par une base majoritaire de la gauche du PS mais engagée, le plus souvent sans concertation, par ses représentants, sur un programme confus et conforte la position de l’aile droitière du PS et de Hollande. Au lieu de réorienter clairement le PS vers la gauche en tirant les leçons du référendum pour répondre aux aspirations populaires, ce congrès entérine un accord de façade et entretient les équivoques en associant deux camps aux options idéologiques incompatibles dont le référendum avait mis en lumière l’opposition.

4 - Printemps 2006 : des centaines de milliers de jeunes, soutenus par les salariés, défilent contre le CPE. On n’avait plus vu de telles mobilisations populaires depuis les grèves de 1995. La tension sociale est alors à son comble. Une véritable crise politique se noue. Finalement de Villepin doit renoncer. La défaite politique est majeure pour le gouvernement et pour Chirac. C’est la deuxième en un an. Il apparaît désormais impossible que la gauche perdent les élections de 2007. Après 12 de destruction sociale de la droite, l’alternance est pronostiquée par tous.

5 - Automne 2006 : sous les coups conjugués des médias (et notamment de la campagne menée par le Nouvel Obs) et des sondages, le PS désigne Ségolène Royal comme candidate, sur une ligne en rupture avec la tradition socialiste et avec l’union de la gauche. Les militants du PS désabusés depuis 2002 s’en remettent à Ségolène, créature médiatique, dont on leur dit toute la journée qu’elle est la seule à pouvoir battre Sarkozy. Et comme le PS rechigne tout de même, autour de " Désir d’avenir " et de la candidate se met en place une équipe nouvelle qui ne tient aucun compte des résolutions antérieures ou des textes de congrès.

6 - La défaite du 6 mai 2007 apparaît ainsi comme la conclusion d’une démarche dans laquelle les dirigeants du PS ont décidé de tourner le dos à la gauche. Dans L’illusion plurielle (JC Lattès, 2001), nous essayions de comprendre « pourquoi la gauche n’est plus la gauche ». C’est très exactement le même problème qui est à nouveau posé. La gauche a perdu parce que la gauche n’est plus la gauche. Au moment où la droite s’affirme à droite comme jamais depuis 1944... Pourquoi Sarkozy a gagné

On peut évoquer la « droitisation » de la France.

Mais ce que nous avons rappelé sur la séquence que nous venons de vivre dément cette hypothèse. En même temps, le vote Sarkozy est véritablement un vote d’adhésion, qui a dépassé et de loin le noyau dur de la droite française. Les 53% de Sarkozy ne sont pas tous des retraités privilégiés, des golden boys, des managers qui jonglent avec les stock options ou des petits patrons fascistes. Si Sarkozy l’emporte, c’est parce qu’il a su conquérir l’adhésion de larges pans des classes populaires. L’analyse détaillée des résultats le montre tant sur le plan géographique que social. On peut et on doit certes démonter le mécanisme qui permet à un candidat de la droite « décomplexée » (c’est le terme à la mode), partisan du « chacun pour soi » et de l’enrichissement des riches, d’apparaître comme le candidat de la défense des travailleurs et de la protection des plus faibles. Mais, il faut dépasser cette critique idéologique du programme de Sarkozy pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Et pourquoi l’extravagante campagne réduite au « tout sauf Sarkozy » a fait un gigantesque « flop ».

Tout d’abord, le programme de Nicolas Sarkozy n’est pas plus à droite que la politique réelle de la droite chiraco-villepiniste qui derrière des grands accents gaullistes a désorganisé les services publics, fini de les démanteler (Sarkozy s’était même payé le luxe de s’opposer à la privatisation de GDF qu’il a fini par accepter parce que Villepin l’avait imposée), et organisé la précarité et la flexibilité. Sarkozy (ministre d’État presque sans discontinuer des gouvernements de M. Chirac) est donc dans la continuité. La ridicule diabolisation de Sarkozy n’a pas eu d’autre effet que de faire oublier les mauvais coups portés par le gouvernement Chirac-Villepin.

Ensuite, comme Sarkozy lui-même a pu le faire remarquer à Ségolène Royal lors de leur débat télévisé du 2 mai, les programmes de la droite et de la gauche n’étaient pas si différents !

Royal a d’ailleurs attaqué, ce soir-là, Sarkozy sur son terrain en engageant la discussion sur la sécurité. On a vu ensuite de larges accords sur la politique internationale - sur l’entrée de la Turquie et surtout sur l’Iran, position commune liée à l’attitude très pro-israélienne que partagent Royal et Sarkozy. Mais surtout on a vu des convergences sur des questions essentielles, notamment la loi Fillon sur les retraites - que Royal voulait seulement remettre à plat pour en « corriger les injustices les plus criantes. » On comprend facilement ainsi que des électeurs de gauche aient pu penser que voter Sarkozy, ce n’était pas vendre son âme au diable !

Mais surtout Sarkozy a développé une ligne constante qui lui a permis d’occuper un terrain abandonné par la gauche. À ceux qui en ont assez de l’assistanat, assez de la précarité, assez d’être considérés comme des survivances du passé, menacés d’être réduits à néant par les délocalisations, Sarkozy a su parler. Certes, il les a surtout payés de mots, mais il a pu se permettre de se présenter comme celui s’occupait de ceux que la gauche avait abandonnés. Et s’il a pu le faire impunément, c’est parce que réellement la gauche a depuis déjà de nombreuses années abandonné toute prétention à représenter les ouvriers et les employés, etc., bref, ce qu’on doit bien appeler le prolétariat. Sur les décombres d’une gauche surtout tournée vers les classes moyennes supérieures, les gens « branchés », Sarkozy a commencé de réussir en France l’opération qu’a largement réussie Berlusconi et Forza Italia dans les vieilles régions industrielles italiennes (Voir notre article : Pourquoi Prodi n’a pas croqué le caïman ?).

La gauche a fait semblant d’avoir oublié que le peuple avait voté « non » au référendum de mai 2005.

Là encore, Sarkozy a occupé le terrain et de deux manières : d’une part, en parlant de la nation, là où toute la gauche intello, l’extrême gauche et les notables de la rue de Solferino n’avaient que rires condescendants. Certes, Sarkozy a développé une conception réactionnaire de la nation et de l’identité nationale, mais si la gauche ne lui avait pas laissé la place depuis si longtemps, cela aurait été impossible. On a même eu droit à cet épisode ridicule où Royal s’est mise à courir derrière le « nationalisme » de Sarkozy avec ses petits drapeaux. « La lutte de classes est internationale dans son contenu mais nationale dans sa forme ». Comme la gauche se moque comme d’une guigne de la lutte des classes (un archaïsme, pour la plupart des « belles gens » qui causent dans le poste au nom du « socialisme »), on comprend qu’elle n’ait aucun intérêt pour la forme nationale. Et par une inconscience criminelle, elle a laissé le poison du nationalisme identitaire prendre la place de la nation révolutionnaire.

Enfin, la victoire de Nicolas Sarkozy apparaît comme une revanche contre « mai 68 » et le fait que la bataille se soit focalisée sur cette question pendant les derniers jours n’est nullement le fruit du hasard. Car l’héritage de Mai 68 - l’héritage impossible dont parle Jean-Pierre Le Goff - est ambigu.

D’une part, Mai 68 est une formidable mobilisation populaire, de la jeunesse et de la classe ouvrière (la plus grande grève générale de notre histoire), une mobilisation qui a flanqué une peur bleue à la bourgeoisie pour au moins deux décennies et dont la victoire de François Mitterrand en 1981 a été à certains égards l’aboutissement.

D’autre part, Mai 68 a été le moment où, utilisant les revendications de la jeunesse, la classe capitaliste s’est débarrassée des oripeaux du vieux capitalisme patrimonial pour faire triompher le « nouvel esprit du capitalisme » [2], celui qui va s’épanouir dans les années « fric », paradoxalement sous un gouvernement de gauche. [3]. Ambiguïté qui a vu les questions « sociétales » remplacer la question sociale. On se préoccupe des « trans-genres » mais on se contrefout des ouvriers licenciés, de ceux qui se suicident à cause de la pression qu’ils subissent, des 2000 accidents du travail par jour... La belle gauche libérale qui donne des leçons de morale libérale à tout le monde considère maintenant les ouvriers comme des « beaufs » ou des objets d’apitoiement à traiter par des mesures appropriées.

-  L’émancipation des travailleurs ?
-  L’abolition du salariat et du patronat ?
-  Qui en parle encore ?

La grande habileté de Sarkozy a consisté à utiliser cet « héritage » de 68 contre le mouvement social, contre l’aspiration à la liberté et à l’autonomie. Encore une fois, s’il a pu le faire, c’est parce que la gauche lui avait soigneusement préparé le terrain en le désertant depuis trop longtemps.

Allons un peu plus loin : si le capitalisme borne notre horizon historique comme le pensent la grande majorité des dirigeants socialistes, alors il faut faire fonctionner au mieux le système. Dès lors les ouvriers sont attachés à la réussite de leur entreprise. Celui qui promet des baisses de charges sociales apparaît donc comme celui qui aide l’entreprise à réussir et donc à sauvegarder l’emploi et les salaires directs des ouvriers. En votant pour le candidat de droite, d’un certain point de vue, de nombreux ouvriers ont encore émis un « vote de classe » ! Mais évidemment, les gens grassement payés, parfois cotisant à l’impôt sur la fortune, vivant dans les beaux quartiers et mettant leurs enfants dans les « bonnes écoles » ne peuvent rien comprendre à tout cela. Si bien qu’on les voit tantôt mécontents du peuple et prêts à le dissoudre selon l’immortelle formule de Bertolt Brecht.

Ainsi la victoire de Sarkozy s’explique d’abord parce qu’il a eu l’intelligence politique du parti qu’il pouvait tirer d’une crise profonde de la gauche, de pousser jusqu’au bout des analyses esquissées jadis par Philippe Seguin ou Henri Guaino - devenu porte-plume de Sarkozy. Et si la gauche a perdu, elle en est pleinement responsable. Ségolène Royal représentait parfaitement cette gauche ayant perdu tout repère, cette gauche qui veut confier à l’armée l’éducation des enfants... cette gauche entièrement pénétrée des valeurs de la droite.

Les répliques du tremblement de terre seront les plus dangereuses

La défaite du 6 mai dans les conditions du 6 mai conduit à une restructuration brutale des forces à gauche. Outre la quasi disparition de toute force capable de peser sérieusement à la gauche PS, le PS lui-même va être soumis dans les semaines qui viennent à de rudes secousses. Royal dès 20h05 dimanche soir a revendiqué le leadership du parti et a poliment congédié les dirigeants actuels. [4]. Et elle n’a pas caché dans quelle direction elle comptait aller : « Vous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles ». Au-delà des frontières actuelles, c’est-à-dire par alliance avec le « Mouvement démocrate » de Bayrou encore en gestation. Et c’est pourquoi la vaincue se comportait comme si elle avait gagné.

Tout indique que la gauche sortira brisée des épreuves qui l’attendent d’ici la fin du mois de juin.

Il est inutile de s’acharner à recoller les morceaux, à tenter de sauver ce qui peut l’être d’un appareil et d’une idéologie en pleine décomposition. La situation politique et sociale va être rude et sans nul doute Sarkozy n’hésitera pas, si l’occasion se présente, à porter au mouvement syndical un coup sévère - comme Mme Thatcher avait infligé une défaite décisive aux mineurs britanniques, une défaite qui a durablement brisé les reins du mouvement ouvrier dans ce pays. Mais d’un autre côté, il est possible aussi que les illusions se dissipent assez vite et que ceux qui ont voté pour la « valeur travail » ne s’aperçoive que les beaux discours ne rendent pas les fins de mois plus tranquilles. C’est pourquoi Sarkozy a fait de très nombreuses ouvertures à la gauche et ses compliments réitérés à l’adresse de Ségolène Royal doivent être pris pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire une véritable tentative de protéger son succès du 6 mai par une politique d’union nationale. Eric Besson ne fera sans doute pas un ministre de la « gauche sarkozyste » très convaincant, mais il peut être un repère en attente d’autre chose. Une union nationale qui pourrait prendre forme autour de la « relance de l’Europe ». Après avoir tresser des louanges à Angela Merkel, on voit mal Ségolène Royal s’opposer à une nouvelle sainte-alliance franco-allemande pour faire passer un version « remastérisée » du TCE...

La logique même des évènements conduit à des ruptures décisives. Ceux qui, à gauche, veulent les éviter et chercheront à faire du replâtrage ne sauveront ni la gauche ni le socialisme, ils ne feraient que prolonger le pourrissement d’une situation qui n’a que trop duré. Sarkozy, d’un certain point de vue, a montré comment on peut gagner : non pas en se cachant derrière son petit doigt mais en défendant clairement ses « valeurs » et « son projet de société. »

Pour une nouvelle république

Si les mots « gauche », « socialisme » ont encore un sens, il faut redéfinir ce sens, sans la moindre concession à l’idéologie dominante dite « néolibérale ».

-  contre ceux qui valorisent la compétition et la concurrence, ceux qui défendent une société dont l’impossible fondement est la guerre de chacun contre chacun, les socialistes doivent réaffirmer qu’ils sont collectivistes - toutes les valeurs sociales sont créées collectivement, par la coopération des individus - et qu’ils sont des « partageux » comme on disait jadis.

-  Contre ceux qui font de l’ordre la première des valeurs (fût-ce un ordre juste !), les socialistes font de la liberté égale pour tous le principe fondateur de toute société bien ordonnée. Si comme le disait Jaurès, le socialisme, c’est la république jusqu’au bout, il faut donner un contenu à cette formule. À tous les républicains sincères, tous les démocrates, tous les militants fidèles aux traditions du mouvement ouvrier, il faut proposer la lutte pour une république démocratique, c’est-à-dire :

-  Une république démocratique parce que la souveraineté appartient en dernière analyse au peuple et non, comme c’est le cas aujourd’hui, à un aréopage de technocrates « hors sol » qui dictent aux représentants du peuple les lois qu’ils doivent transcrire.

-  Une république démocratique parce que la liberté, la liberté individuelle, la liberté des minorités y est protégée en priorité contre les empiètements des groupes de pression ou du pouvoir politique, une république qui ne soit pas une tyrannie de la majorité.
-  Une république démocratique enfin parce que prévalent au gouvernement et dans les diverses instances politiques les intérêts de l’immense majorité du peuple, de ceux qui n’ont ni rentes, ni stock options, ni voitures de fonction...

[1] A Gauche n° 1081 - 2 mai 2007

[2] Voir le livre de Luc Boltansky et Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard,1999

[3] Voir Le grand cauchemar des années 1980 par François Cusset, éditions la Découverte, 2006

[4] Laurent Fabius a d’ailleurs immédiatement relevé « L’objectif était de conquérir l’Élysée, ce n’était pas de marcher sur Solferino »

-  mardi 8 mai 2007, Denis COLLIN, Christophe Miqueu, Jacques COTTA

source : La sociale



Publié le 13 mai 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Pour une "Gauche décomplexée" !
    13 mai 2007, par FredSud37

    (.....) Face à une Droite décomplexée, une Gauche tout aussi décomplexée doit enfin s’affirmer pour construire une nouvelle conscience citoyenne. Assez rasé les murs pour parler du partage de la richesse, pour assumer le rôle de l’État stratège dans l’économie, maître du temps long, gardien de l’intérêt général, acteur de première ligne face à l’urgence sociale. Assez de litote pour rejeter la monarchie patronale, affronter la tyrannie de la dictature de l’actionnariat sur l’économie productive. Tout tourne autour d’une question : quelle attitude avoir face à la mondialisation libérale, ce nouvel âge du capitalisme ? (.....) Qui oserait dire que nous ne possédons aucune réponse après tant d’années de colloques, de luttes, de forums sociaux et d’expériences sous toutes les latitudes. Ce qui manque, c’est le lieu politique de la mise en mots partagée et en programme. C’est la condition pour que les idées deviennent une force matérielle : celle des millions de consciences qui la prendront en charge. (.....)

    Extraits de "Le devoir d’audace", Jean-Luc Mélenchon, le 10 mai 2007.

    • Pour une "Gauche décomplexée" !
      13 mai 2007, par régis

      (Dans "Les Vagabonds solitaires" Kerouac raconte cette anecdote) Williams Carlos Williams reçoit Allen Ginsberg, Jack Kerouac, Gregory Corso et Peter Orlovsky. Le Dr Williams passe le nez par la fenêtre et regarde passer les autos, il déclare : "il y a des tas de salauds dehors"...

      A t’on seulement songé ce que le mot isoloir implique précisement d’isolement et de solitude implacable par chacun de ceux qui nous y condamnent. L’isoloir c’est la promesse de l’isolement, une condamnation pour ceux qui revendiquent pour tous la vie. Jamais tant qu’à ce jour on ne se sera honteux, pudiquement isolé pour condamner d’autres à l’isolement. C’est un petit acte honteux aux conséquences terribles. Personne ne peut plus l’ignorer. C’est pourquoi loin de protéger les choix privés des votants, ce dont les gouvernements se moquent éperdument qui surveillent à qui mieux mieux, la fonction de l’isoloir est symbolique : c’est toute honte caché qu’on dépose avec ce bulletin des cadavres dans l’urne.

    • Pour une "Gauche décomplexée" !
      14 mai 2007, par Delcuse
      Décidément, il semble des plus difficile d’arriver à faire comprendre que gauche et droite, c’est la même idée, celle de défendre, faire perdurer et développer un monde, le monde de l’argent, des capitaux, et conséquemment, de l’esclavage sous sa forme salariale, qui est une forme honteuse, parce qu’elle s’exécute comme liberté alors que rien d’autre que de la médiocrité en sort. La gauche, comme idée humaniste, cela n’existe pas. C’est une arnaque. Faut-il croire qu’il est si difficile de comprendre ce qui est, pourtant, si manifeste depuis l’escroquerie de Mitterand ? C’est quoi, une gauche "décomplexée" ? Les gens qui se revendiquent de gauche sont très complexés, justement, et notamment en matière sexuelle. Le plus souvent, ils revendiquent leur croyance chrétienne. La gauche, c’est le parti de droite des gens honteux. "Construire une nouvelle conscience", outre qu’on ne saurait construire une conscience (ça vient d’où, ce charabia ?), de toute façon, ça ne passe pas par d’autre chemin que celui de tout mettre à terre, bruler les voitures, exploser les palais (dont celui de l’Elysée), casser les mariages, libérer les sexes... L’idée véhiculée dans "Mai 68", les gens de gauche en ont plus la trouille que ceux de droite, parce qu’il y avait un air de liberté sexuelle qui aujourd’hui, effraient les bonnes consciences de gauche. Les gens de gauche n’ont jamais voulu un monde nouveau, mais seulement gérer celui-ci en concurrence avec ceux de droite, exactement comme si il y a deux recettes de cuisine pour faire la même tarte.
  • Elections Présidentielles 2007 :
    Une défaite historique de la gauche
    30 janvier 2016, par Sara
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