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Victoire historique des indépendantistes en Ecosse

Catégorie politique
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En n’abordant pas de front l’enjeu de la partition et en faisant le choix de la gestion, le parti indépendantiste écossais pourrait révolutionner l’Etat britannique ultra-jacobin.

Le 6 mai 2007 restera une date historique dans l’histoire de l’Ecosse, voire du Royaume uni.

Pour la première fois depuis 300 ans - date de la signature du Traité de l’union entre l’Angleterre et l’Ecosse - une force politique indépendantiste va diriger la région.

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Certes, le Scottish National Party (SNP) n’a battu le Parti travailliste que d’une très courte tête (1 siège d’écart). Les 47 députés indépendantistes qui vont siéger à Hollyrood (le parlement écossais) devront passer des compromis avec d’autres groupes parlementaires (65 députés sont nécessaires pour obtenir la majorité absolue). Le SNP va former un gouvernement minoritaire et, signe d’ouverture à gauche, a conclu une alliance avec les Verts (2 élus).

Il s’agit toutefois d’une magnifique victoire remportée par le camp indépendantiste qui met fin à plus d’un demi-siècle de pouvoir travailliste en Ecosse.

Depuis la naissance de la lutte indépendantiste en Ecosse dans les années 70, jamais le SNP n’avait eu autant d’atouts en main pour chambouler des équilibres politiques depuis longtemps établis. La marche vers le pouvoir n’a pourtant pas été linéaire depuis 30 ans. Au départ perçue avec condescendance par Londres comme un phénomène « culturel », la cause indépendantiste s’est imposée à partir de 1974. Cette année-là, le SNP repoussa le Parti conservateur en troisième position (7 élus à l’élection de février 1974 et 11 élus en octobre 1974). La force du SNP tient en ce que sa progression électorale et idéologique s’est bâtie sur une ligne clairement de gauche. En 1975 parut The Red Paper on Scotland, un recueil d’essais rédigés par des intellectuels de gauche écossais sous la direction de... Gordon Brown. Ces textes marquèrent un tournant idéologique important car, pour la première fois, la thématique indépendantiste y était prise au sérieux. Au même moment, la découverte d’importants gisements pétroliers en mer du Nord (le « pétrole écossais ») permit aux indépendantistes d’entrevoir une autonomie économique complète vis-à-vis de l’Union.

La lutte pour l’indépendance de l’Ecosse connut pourtant de nombreux revers.

La dévolution, c’est-à-dire le processus progressif de décentralisation des pouvoirs de la Couronne vers l’Ecosse, fut proposée par référendum en 1979. Une faible majorité d’Ecossais approuva la réforme ; une majorité insuffisante selon les conditions posées par le Scotland Act. La chute des régimes dits « communistes » à l’Est relança indirectement la cause indépendantiste. Les Ecossais virent se développer hors de l’Union Soviétique de nouveaux Etats. Selon les indépendandistes, la preuve était faite que des Etats de taille modeste pouvaient s’émanciper de la tutelle d’un pouvoir centralisateur et se développer sur le plan économique. A partir des années 90, la fortune politique du SNP connut un nouvel élan. Des entrepreneurs locaux et des célébrités (l’acteur Sean Connery) affichèrent publiquement leur soutien au SNP. L’élection de 1997 fut décevante d’un point de vue électoral, mais elle permit de se débarrasser des conservateurs, ennemis jurés de la dévolution écossaise. Celle-ci fut mise en place en 1999 par le Parti travailliste. Tony Blair y était plus que réticent, mais il ne put revenir sur les engagements pris par John Smith, le précédent leader du Parti travailliste. En outre, la dévolution était ardemment souhaitée par les travaillistes écossais, dont l’influence est importante dans le parti. Le « particularisme » écossais fut pris en compte. Les lois de dévolution confièrent à Holyrood des pouvoirs accrus dans la gestion des services publics (éducation, santé publique). Ainsi, les libéraux-démocrates (centre) ont-ils imposé aux travaillistes - avec qui ils co-géraient l’Ecosse entre 2003 et 2007 - la gratuité des inscriptions universitaires. Au même moment, le New Labour introduisait des frais d’inscription très élevés en Angleterre. Dans le domaine de la santé, des dépenses publiques supplémentaires ont été consenties par l’exécutif écossais.

Le système électoral retenu (un mélange de scrutin majoritaire à un tour et de scrutin de liste) fut savamment dosé pour empêcher les indépendandistes d’obtenir seuls la majorité. Mais il ne put freiner l’irrésistible progression électorale du SNP. Entre 2003 et 2007, les indépendantistes ont progressé de 20 sièges, alors que les travaillistes en ont perdu quatre. Ce succès doit d’ailleurs plus au rejet des travaillistes qu’à un quelconque plébiscite de l’indépendance écossaise. Tony Blair et le New Labour sont encore plus impopulaires en Ecosse que dans toute autre région du royaume. Là, la guerre en Irak, la politique de privatisation des services publics ou encore le Trident - le renouvellement des missiles SLBM (missiles nucléaires stratégiques embarqués à bord de sous-marins) - sont massivement rejetés par le public. Les Ecossais ont détesté le thatchérisme et n’ont jamais été séduits par le « néolibéralisme apaisé » de Tony Blair. Le travaillisme local, en porte-à-faux avec son électorat, a payé ici plus qu’ailleurs ses politiques droitières. Toutes les enquêtes d’opinion le soulignent : les Ecossais sont favorables à des politiques de redistribution des richesses, à une imposition des fortunes plus juste et à des dépenses publiques accrues. Ils s’opposent aux projets de privatisation des services publics du New Labour (partenariats privés-publics).

Le SNP a promis l’organisation d’un référendum portant sur l’indépendance de l’Ecosse « dans la période de la législature », sans fournir davantage de précisions. Pour le moment, il n’existe pas de majorité en ce sens. De surcroît, l’indépendance est fermement rejetée par les principaux partis du pays. Alex Salmond, le leader indépendantiste, semble avoir fait le pari de convaincre, dans un premier temps, de sa crédibilité en démontrant que le SNP peut diriger l’Ecosse plus efficacement et plus justement que le Parti travailliste. Salmond a déjà averti qu’il n’hésitera pas à s’opposer au pouvoir central toutes les fois où des « intérêts vitaux » de l’Ecosse seront en jeu. Cette mise au point laisse présager une cohabitation difficile avec l’Ecossais Gordon Brown, le successeur de Tony Blair. Cette approche pragmatique rejoint la démarche entreprise par Sinn Fein en Irlande du Nord.

-  Et si, à moyen terme, la social-démocratie du SNP amenait autre chose que la partition ?

Ce pourrait être une autonomie régionale très poussée sur le mode catalan. Dans le contexte ultra-jacobin de l’Etat britannique, cela constituerait déjà une révolution politique.

source : Mouvements



Publié le 17 mai 2007  par Philippe Marlière


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  • Victoire historique des indépendantistes en Ecosse
    30 janvier 2016, par Sara
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