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Vengo (extrait vidéo) de Toni Gatlif
Un pur moment de Flamenco

Catégorie Cinema
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VENGO

Vengo, j’arrive ! C’est l’histoire d’un gitan sublime d’Andalousie qui va à la mort. Il a d’abord peu de raison pour cela. De tout le film seulement celle de la disparition de Pepa, sa fille, qui le brûle, dit-il, “Tu muerte me fuego”. Puis à la fin celle, décisive, d’un sacrifice pour la vie de son neveu, Diego. La tombe de Pepa à laquelle nous revenons souvent est encastrée dans un mur, sorte d’immeuble funéraire, rempli de petits autels protégés par une vitre et éclairés d’une bougie. Elle se trouve dans un de ces cimetières étranges qu’on a pu voir aussi chez Fellini, comme on en voit à l’extrême sud de l’Europe, là où la chaleur africaine commence de brûler la terre occidentale. Tony Gatlif dit que son film aurait pu s’appeller Vengo del Mauro : je viens de l’arabe.

Le flamenco procède par une palpitante mise à nu, une opération à corps ouvert mené par le réalisateur sur la terre de ce qu’il appelle : l’homme du Sud.

La culture andalouse de la région de Séville dialogue sans cesse avec les chants et les danses arabes qui ouvrent le film. Et les moments de musique nous suspendent véritablement à l’éclosion de la fête. Ils donnent cette émotion de l’improvisation, ces jeux de regards, de souffle, jeux de mains entre les gens d’où surgissent mélodie et communion dans la mélodie. Dans ces moments on est fasciné par l’âpreté du canto hondo, le chant profond qui monte depuis les entrailles jusqu’à la bouche pour projeter dans l’air les blessures de l’âme gitane espagnole, amoureuse du sacrifice. Ces moments auxquels le chant arabe répond sont des points d’embrasement où Vengo est illuminé par son propos.

La transe est parfaite quand arrive la danse.

Danse des femmes amoureuses de leur beauté, de la faiblesse du cœur et de la force de l’homme. Peu importe alors l’intolérable machisme dans lequel se complait la narration. On se dit qu’au fond la folie du sacrifice dépasse les genres. Les femmes, dansant, sont souveraines même si leur séduction ne leur ouvre, dans le film, que les voies de la mort pure, c’est Pepa l’enfant disparue, de la prostitution, c’est à peu près toutes les femmes séduisantes, ou de la maternité centenaire, ce sont des vieilles habillées de noir, presque muettes mais d’une grande énergie, qui se déplacent en bande de façon assez burlesque pour ranger les reliefs de la fête au petit matin, récolter les olives, obéir aux ordres et recueillir le respect, la vénération même, que les fils leur prodiguent.

Vengo, ivre, oscille entre la maladresse des traits trop appuyés dont il se sert pour décrire la culture andalouse, et l’embrasement réussi des moments de chant et de danse. C’est un film bancal, certainement énervant à force d’appels à la tradition, de cris, d’hystérie, et cependant intéressant par cette imperfection même où, comme dans une blessure, nous pouvons nous glisser pour le comprendre de l’intérieur, c’est-à-dire mesurer l’excès trop humain d’une certaine passion de l’existence.

Source : Fluctuanet

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Toni Gatlif



Publié le 8 juin 2007  par torpedo


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