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Ne dites pas à ma mère que je suis journaliste, elle croit que je suis militant pro-bushiste
par Maxime Vivas

Catégorie politique
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(Revue de presse, c’est-à-dire, analyse des mensonges)

(JPEG)




Illustration Rozor

Rappel des faits : Marcel Granier, richissime oligarque vénézuélien, s’est servi de sa chaîne de télé (RCTV) pour initier en 2002 un coup d’Etat militaire. Echec. Le président revient au pouvoir et ne se venge pas. Mais quand arrive la date limite d’expiration de la licence d’émettre par voie hertzienne (mai 2007) elle est attribuée à une nouvelle télé (TVES), éducative et culturelle (RCTV peut émettre par câble et satellite).

Cette décision provoque un scandale planétaire. Entrons dans ce tohu-bohu.

Libération, 28 mai 2007. Certes, convient le journaliste François Meurisse, RCTV a diffusé en avril 2002 des appels à marcher sur le palais présidentiel, « une manifestation qui permettra de déclencher le putsch », certes, le putsch étant en train d’échouer, elle a censuré toute information, certes la directrice de l’information soutient encore que l’attitude de RCTV a été « correcte », d’ailleurs, il n’y a jamais eu de « putsch » mais un simple « vide du pouvoir », mais il faut néanmoins, pour Libé, contrebalancer tout cela en donnant la parole à un ancien journaliste de RCTV selon lequel la nouvelle chaîne, TVES, souffre d’un handicap : cinq de ses sept membres sont nommés par le gouvernement.

Incroyable en effet ! Incroyable aussi que Libé n’ait rien à ajouter pour l’information de ses lecteurs français. Ces derniers risquent de ne pas apprendre que chez nous, les directeurs des chaînes publiques sont nommés par le CSA, dont le président est nommé par décret du président de la République et les 9 membres comme suit : 3 par le président de la république, 3 par le président de l’Assemblée nationale, 3 par le président du Sénat. De sorte que,

quand un parti politique remporte les élections, il a une mainmise majoritaire ou totale sur la direction des chaînes publiques.

A les écouter, on s’en doutait un peu. Quant aux directions des chaînes privées, elles n’ont de comptes à rendre à personne, sauf à l’argent (connu sous le pseudo d’Audimat).

Le Monde du 25 mai 2007, sous la plume de Paul A. Paranagua, nous trace un portrait dithyrambique d’un présentateur de RCTV, Miguel Angel Rodriguez. Journaliste admirable en effet qui met au défi d’apporter la moindre preuve d’appels de sa chaîne à un putsch. Regrettant en termes à peine voilés que la chaîne Venevisión, très active lors du putsch de 2002, ait « mis une sourdine [...] à ses attaques contre le gouvernement » Paranagua laisse le présentateur s’exprimer librement et vigoureusement : « L’attitude du gouvernement n’est rien d’autre que du terrorisme d’Etat » contre les travailleurs de RCTV. Et Paranagua de nous confier que le présentateur : « verrait bien le chef de l’Etat comparaître devant les tribunaux ou devant une cour internationale pour « violation des droits de l’Homme ».

-  Un jugement ?

-  Pourquoi perdre du temps alors qu’un putsch (réussi) peut régler ça en vingt-quatre heures et une balle en une seconde ?

Le Figaro du 26 mai admet que « Pendant des années, la chaîne a ouvertement conspiré contre le président en place en relayant les appels à renverser le régime. » C’est sans doute par distraction que nous n’avons pas enregistré alors l’indignation planétaire des journalistes garants de la légalité et soucieux de préserver l’image de leur noble profession. Et le Figaro de s’inquiéter : « Or, le Venezuela pourrait basculer d’un extrême à un autre. Pendant des années, le secteur privé, contrôlé par l’opposition, a dominé le paysage de la presse écrite et télévisuelle, avec cinq chaînes - Venevisión, RCTV, Globovisión(1), Televen and CMT - et neuf des dix principaux quotidiens. À chaque offensive pour déloger Hugo Chávez, les médias ont perdu de la crédibilité, alors que le chef de la révolution bolivarienne en profitait pour concentrer les pouvoirs. »

Bref, l’omnipuissance de la presse d’opposition n’est soulignée qu’au moment où les mensonges médiatiques la discrédite et où la attribue au service public UN spectre hertzien (vous avez bien lu ce qu’écrit le Figaro : il en reste pour l’opposition).

Pis, alors que le public de RCTV était friand de « la télénovela Mi Prima Ciela qui fait fureur depuis des mois », elle risque d’être remplacée par quoi ? Une autre télénovela ? Oui, mais ici, Le Figaro la baptise « feuilleton à l’eau-de-rose ». Nuance.

Le Monde du 27 mai affirme que : « A la suite de la disparition de RCTV des ondes hertziennes, lundi 28 mai, il ne restera plus qu’une chaîne d’opposition, dont le signal ne dépasse pas Caracas et dont l’audience est négligeable. »

C’est exact si l’on supprime aussi Globovisión, Televen, Venevisión... (voir plus haut, Le Figaro) et toutes les chaînes satellitaires dont la hargne anti-chaviste, pour la plupart d’entre elles, vient d’être démontrée. Et ne disons rien des radios et de la presse écrite à majorité propriété de l’opposition. Ni de la presse mondiale. Et attendons que Le Monde se positionne pour la création d’une chaîne d’opposition en France.

Le Monde, du 28 mai, décidément en verve grâce à Paul A. Paranagua, son envoyé spécial au Venezuela, adepte de cette neutralité qui fit du quotidien du soir un « journal de référence », nous apprend aussi, sous le titre mensonger : « Hugo Chávez fait taire la principale chaîne de télévision vénézuélienne » que lorsque Chávez « parle en public, deux ou trois fois par semaine, toutes les chaînes de télévision et stations de radio doivent interrompre leur programmation et transmettre intégralement, en direct, les paroles du chef de l’Etat. Entre 1999 et 2006, les médias ont dû relayer ainsi cette "chaîne présidentielle" à 1 339 reprises, selon un décompte du quotidien El Nacional (opposition). »

La précision « selon El Nacional » ne doit pas être négligée. En effet, elle indique que Paranagua n’en sait rien mais qu’on le lui a dit et que, de toute évidence, ça l’arrange de le rapporter. Elle apprend aussi au lecteur averti qu’il convient de poubelliser illico le bobard. En effet, El Nacional, journal qui approuva le putsch (qu’il qualifia de « démocratie retrouvée ») est d’un anti-chavisme délirant. Aussi crédible que le serait Le Pen nous racontant la tournée postale de Besancenot.

Enfin, Chávez a-t-il vraiment exigé 200 fois par an en moyenne l’interruption de tous les programmes pour une déclaration solennelle prévue par la loi dans tous les pays (En France, le cahier des charges d’Antenne 2 lui fait obligation de laisser la parole au président de la République, chaque fois qu’il la demande, sans limitation de durée, et gratuitement) (2) ?

De toute évidence, le chiffre, à supposer qu’il ne soit pas purement bidonné (comme l’information d’El Nacional annonçant naguère la démission de Chávez) correspond plutôt au total des apparitions de Chávez à la télévision en sept ans, sous des formes diverses et dans des circonstances précises (parfois assez chaudes. Pas vrai, les golpistes ?).

Pour être juste, la fréquence de ses interventions surprend un Français découvrant le Venezuela. Il ne s’agit pas ici, comme chez nous, d’émissions espacées d’un président pour ses vœux, pour son allocution du 14 juillet, ou annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale ou le refus d’aller faire la guerre en Irak, ou un changement de gouvernement, ou la modification de la Constitution, ou un référendum, ou sa décision de ne plus être candidat. Ici, dans un contexte médiatique hostile et violent au possible, le président intervient en effet souvent, se substituant aux médias défaillants, à ces journalistes porte-parole de la droite (ratatinée par les votes du peuple) qui musèlent volontiers le gouvernement.

Le Monde du 5 juin 2007 nous chante l’air de « Y avait pas un chat » :

J’étais le 2 juin dans la gigantesque manifestation de Caracas ou des centaines de milliers de manifestants sont venus appuyer leur président dans son bras de fer contre RCTV et le reste du monde.

Paranagua écrit : «  DES MILLIERS de partisans du président vénézuélien Hugo Chávez on manifesté dans les rues de Caracas samedi... ».

Et pourquoi pas des centaines ? Ou deux douzaines ?

Ceux qui croient que toute cette affaire à un lien quelconque avec la liberté d’expression se trompent.

Il s’agit, via les plumitifs des puissances d’argent, de punir un pays qui échappe au FMI, à la banque mondiale, à CNN et qui veut rendre la parole au peuple et à la vérité.

Faisons maintenant le pari qu’après la diabolisation de Cuba et du Venezuela, viendra celle de la Bolivie et de l’Equateur.

Maxime Vivas

« Ne dites pas au lecteur que je suis vendu à des oligarques acoquinés aux USA, il croit que je suis journaliste à Libé ou au Monde et spécialiste de l’Amérique latine ». (Livio Bormans).

A lire absolument, l’article « Les rues du Sud » par Thierry Deronne Vice-président de ViVe, télévision vénézuélienne éducative, culturelle et d’information : vive.fr

-  (1) Zappé par notre presse : Le 31 mai au soir à Caracas, alors qu’ils regagnaient leur domicile, Dayana Carolina Azueje et son compagnon Gabriel Tovar, deux dirigeants de la Coordination Simón Bolívar, ont été assassinés, mitraillés dans leur voiture. La fille de Dyana et un neveu qui les accompagnaient sont indemnes. Les deux victimes avaient participé quelques jours avant, à une manifestation devant Globovisión pour protester pacifiquement contre la démesure de cette chaîne dans l’anti-chavisme. Globovisión avait filmé et plusieurs fois offert à son public le visage de ces deux militants.

-  (2) En France, d’après le « Top 5 » des personnalités politiques les plus présentes dans les journaux télévisés, Nicolas Sarkozy, alors simplement ministre, était bien placé avec 325 passages en 2006. Même s’il ne s’agissait pas de « cadenas » (passages sur toutes les chaînes à la fois comme pour un Président), c’est beaucoup.

De : Maxime Vivas mardi 12 juin 2007

source : Bellaciao



Publié le 12 juin 2007  par torpedo


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