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Le mal selon Spinoza

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Le mal selon Spinoza

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Qu’est-ce que le mal ?

Dans quelle perspective pouvons-nous entrevoir le mal à partir de Dieu et de la liberté humaine ?

Voilà les grandes questions développées dans la très célèbre correspondance qu’eut Spinoza avec Blyenbergh, et qui fut publiée sous le titre Lettres sur le mal.

Le 26 décembre 1664, Spinoza, auteur du TTP (Traité théologico-politique), reçoit une lettre d’un inconnu. Homme qui se dit « amoureux de la vérité », donc philo-sophe, Guillaume de Blyenbergh, connaissant aussi bien l’œuvre de Descartes que celle de Spinoza, pose cette question qui intéresse directement les travaux de Spinoza :

Dieu est-il cause de tout ?

Cette question philosophique et théologique n’est certes pas nouvelle. Pourtant, essentielle, elle doit être systématiquement posée et reposée pour questionner et problématiser le champ de a liberté humaine. Derrière cette dernière se cache bien entendu la grande question métaphysique de la liberté de l’homme. La volonté humaine est-elle libre ou déterminée ?

Lecteurs de génialissime Ethique de Spinoza, il est impossible que vous ayez manqué que la liberté humaine n’est qu’une illusion !

Soyons clair : Dieu chez Spinoza EST la nature.

C’est-à-dire qu’il n’est autre que le monde même. Et les hommes, en tant que modes de la substance (« Dieu » en langage spinoziste), sont eux, soumis à l’enchaînement naturel des causes. Ils ne font donc pas exception aux lois universelles de la nature. De fait, n’ayant pas conscience des causes qui les déterminent physiquement et psychologiquement, ils se préoccupent plus aisément de satisfaire leurs désirs, grassement ignorants de ce qui les déterminent vraiment. Ils ont bien conscience des fins de leurs actions mais non des causes. D’où l’illusion de liberté. Victimes du préjugé finaliste, ils renoncent à connaître la véritable cause de leurs désirs, et croient à leur liberté comme une évidence incontestable.

Cette illusion les conforte dans l’idée qu’ils sont les maîtres.

Premier problème : l’homme ne saurait être au sein de la nature comme « un empire dans un empire ».

Héritier de la tradition philosophique cartésienne, le Spinoza qui parle dans ces lettres, est un « homme libre » ayant subi un attentat perpétré par un intégriste juif, ayant été excommunié de la synagogue pour athéisme, et ayant refusé une chaire de philosophie à Heidelberg, ou enseignera Hegel quelques siècles plus tard ; également grand cartésien, Spinoza s’inscrit dans la veine matérialiste de Descartes tout en amenant une sensible évolution à son propre matérialiste :

l’homme est un corps dans le continuum de la nature.

Et ainsi, en tant que partie formant le tout de la Nature, est-il seulement libre donc responsable du mal qu’il commet ?

Cette seule question donne tout l’intérêt de relire à lecture d’un siècle qui succède au siècle de la banalité du mal, de la mort de masse, de l’homme-dieu, ces huit lettres. Huit lettres qui essayent d’en découvre avec la question du mal, son origine et sa légitimité ; la nature de la volonté de Dieu ; si l’homme peut-il exercer son libre-arbitre ?

Il est émouvant par exemple de lire un Blyenbergh qui tente par tous les moyens de démontrer à un Spinoza qui lui soutint que le mal n’est rien, que cette proposition est parfaitement impossible. Le mal : pêché ? licence ? puissance naturelle qui s’exerce ?

Les questions demeureront toutefois ouvertes, d’autant plus que les dernières lettres, verront un Spinoza apporter une fin de non recevoir à un Blyenbergh avec lequel il ne s’entend définitivement pas.

On pourra même en rester sur cette terrible question :

Puisse le mal être involontairement commis ?

Car comme le montrera si brillamment Hannah Arendt dans son Eichmann à Jérusalem, dont le judicieux dossier de Folio+ reprend un extrait, la notion de mal ne suppose pas forcément une volonté de mal.

Cette hypothèse métaphysique, largement débattue dans les lettres sur le mal, remet alors sur le devant de la question philosophique, le grand problème du bien et du mal, dont Nietzsche saura, - avec quel génie ! -, dépasser...

Marc Alpozzo

Spinoza, Lettres sur le mal, Folio+, 2006, F6.



Publié le 17 juin 2007  par Marc Alpozzo


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