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De l’enseignement et de l’écriture

Catégorie société
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(JPEG) Il serait temps de s’interroger sur la finalité de l’enseignement, c’est-à-dire sur l’écriture, qui est l’élément fondateur de l’enseignement, dès la classe primaire.

A quoi sert l’écriture ? Et à qui ?

Tout d’abord, une observation, l’écriture n’est pas universelle. Elle n’appairait pas partout, ni de tout temps, ni de la même manière.

Au départ, l’écriture avait pour fonction de conserver, afin de transmettre avec rigueur, la mémoire, non d’un point de vue artistique - car l’Art possède son langage qui n’est pas un langage de l’écrit - mais le calcul adapté aux marchands, et les textes législatifs, adaptés aux prêtres, à l’exemple des tables de Moïse, des Hiéroglyphes, des Idéogrammes calligraphiés, des Arabesques, et des nombres, qui ne pourraient exister sans leur écriture...

Dès le départ, partout où elle est apparue, l’écriture a d’abord servi les pouvoirs. L’écriture a permis de transmettre des connaissances à une caste, que les privilèges font autoritaire.

Bon, et aujourd’hui ?

Et bien, rien n’a changé.

L’écriture a seulement été étendue à la classe des prolétaires, non pour leur permettre une émancipation - l’émancipation ne dépend pas d’un savoir mais de la colère - mais, à l’inverse, pour renforcer leur soumission.

L’école obligatoire marque ce passage vers un prolétariat plus conforme aux exigences du monde du commerce moderne.

Ce n’est pas l’écriture qui est porteuse d’émancipation, mais la révolte, dont les termes, par évidence, ne sont pas encore écrits, et dont l’écriture marque, comme une tâche qui demande d’être lavée par le sang, sa défaite. Car, à partir de la révolte, on en écrit les termes lorsqu’elle a eu lieu, et définitivement vaincu. Pas l’inverse. C’est là, tout ce qui distingue l’écriture du constat d’un principe à fort contenu idéologique.

A quoi sert l’écriture aujourd’hui ? (et donc, la lecture, qui va avec, par évidence).

Qui lit Zola, Bakounine, Marx ou Heidegger ?

-  Les prolétaires ?
-  D’où cette question : à quoi sert l’école ?
-  A enseigner ?
-  Enseigner quoi ?

Posez vous ces questions sans préjugés.

Déjà, le mot école doit s’écrire au pluriel, parce que ce n’est pas le même enseignement, ni le même but attendu pour les élèves, selon que l’école se trouve dans les endroits les plus convoités pour leur richesse, ou, à l’inverse, dans ces lieux qui sont aux bans des villes, tel un vilain au ban d’une société.

L’école, pour le prolétariat, n’a pas le même but que l’école pour la bourgeoisie.

L’école, pour un prolétaire, a pour fonction d’éduquer, tandis qu’elle a pour fonction d’enseigner aux élèves que leur moyen matériel fait croire être méritant.

Les premiers apprendront seulement à lire et écrire ce qu’il convient pour déchiffrer les livres techniques nécessaires à l’exécution d’un labeur salarial et à l’obéissance d’un monde, tandis que les seconds seront, en plus, instruits de l’usage de ces connaissances par l’exercice des concepts ; langage vide, que ce vide impressionne, de sorte à servir la domination et faire obéir, à l’exemple des élèves de Heidegger.

Les premiers ne signent que ce qui peut les compromettre, tandis que les seconds signent ce qui peut les amener à la postérité.

La signature de l’un n’est pas l’autographe de l’autre.

Et la responsabilité qu’engendre une signature, fait du premier un potentiel justiciable, tandis qu’à l’autre, lui revient la reconnaissance.

Je parle, on l’aura compris, de l’école aujourd’hui, dans les régions du monde qui fondent leur souveraineté sur l’exploitation des ouvriers, et non de celles qui fondent leur souveraineté comme le vassal à son suzerain, et que le langage poli dénomme tiers-monde.

A quoi sert l’écriture, que l’orthographe sanctionne sans appel possible ?

La langue française, qui trouve sa source, en partie, dans la langue latine des Romains, les anciens propriétaires de ce territoire, a été fabriquée, comme on fabrique une structure, un système codé complexe afin d’en rendre l’usage écrit impossible à celui qui n’est pas initié à la pratique de ces symboles, symbole plus conventionnel que rigoureux, et que l’on nomme orthographe.

L’orthographe, qui n’existe dans presque aucune langue écrite, et, bien évidemment, n’apparaît en aucune formule dans la langue parlée et vécue, dès l’enfance, comme une méthode d’apprentissage terroriste, dont le but inavoué, mais efficacement appliqué, est l’élimination des sujets que les fautes d’orthographes renvoient dans l’opprobre et la vindicte.

-  Alors, à quoi sert l’enseignement ?
-  A instruire, ou bien à sélectionner ?
-  A apporter la sagesse ou profiter à l’ambition ?

Il n’est pas difficile de voir que ceux dont le pouvoir permet la destruction réelle ou potentielle de gens, sont parmi les plus instruits. La fabrication d’une bombe, nucléaire ou non, ne vient pas d’un esprit analphabète, mais d’universitaires reconnus mondialement. Que je sache, Polytechnique est une école militaire où les mathématiques servent le secteur de l’armement, plus que l’esprit poétique.

A l’inverse, bien des peuples, que leur sagesse conduisait, ont été physiquement et spirituellement éliminés par ceux- là que leur diplôme recouvre de gloire.

Nous savons comment furent éliminés, à l’exemple de la solution finale des nazis,- lesquels étaient d’une grande instruction, produit d’une nation admirée pour ses penseurs - ces peuples natifs des contrées baptisées du prénom d’un marchand florentin. Ces peuples à qui est interdit leur nom, et qui se sont vue affublés d’un nom d’emprunt qui rappelle les conquêtes victorieuses des Indes des nouveaux dominants, les Indiens, que l’on regarde aujourd’hui avec une certaine condescendance, et un froid mépris à travers les images que le cinéma a diffusé dans le monde jusqu’à saturation, qui montrent des gens analphabètes, agressifs, sournois, sauvages, dangereux, auxquels il fut interdit le droit d’être humain. Ces gens, dont on ignore jusqu’à leur nom, ne connaissaient pas l’écriture.

Mais, leur droiture et le respect pour la vie qu’ils manifestaient, malgré la censure redoutable dont ils furent victimes, censure qui continue aujourd’hui, parvient à se frayer un passage à travers le labyrinthe fléché du monde moderne.

A l’inverse des peuples de la Bible et du Coran, qui n’ont eu de cesse de conquérir le monde avec le respect d’une écriture qui pourrait forcer l’admiration si elle n’était entièrement consacrée à une croyance, (je mets en garde contre une utilisation abusive de mes propos, en aucun cas je soutiens l’antisémitisme ; mes propos engagent là une critique, non du mépris), ces peuples d’une Amérique précolombienne aujourd’hui réellement oubliés, mais spectaculairement référencés, n’écrivaient pas.

Dans notre déjà vieille Europe d’aujourd’hui, l’écriture sert d’abord les marchands, sous forme de roman qu’il revient à la librairie de vendre, et aussi sous forme de lois, qu’il revient à la police d’imposer, à coup de Taser, cette forme citoyenne de la torture, s’il le faut.

Savoir lire et écrire, aujourd’hui, n’est pas une preuve d’émancipation.

Au mieux, cela montre sa détermination à refuser le jeu qu’impose la domination d’une classe politique, religieuse, sociale. Mais, dans ce cas, l’écriture reste clandestine, ignorée lorsqu’elle n’est pas insultée, et son auteur moqué ; c’est-à-dire l’inverse d’un Debord, par exemple, lequel revendique haut et fort son refus d’un monde qui l’a, cependant, consacré.

L’enseignement, c’est d’abord l’enseignement de l’obéissance envers un ordre établi, prétendument respectable, quoique fort peu

respecté par ceux là qui l’ont instauré.

C’est l’enseignement de lois pas toujours vérifiées, envers lesquelles, toute critique publique est sanctionnée, entre censure et condamnation. L’enseignement passe étroitement par l’obéissance servile à l’enseignant, indépendamment de son enseignement.

L’enseignement formate les esprits.

L’enseignement, c’est le lieu du règne de la mémoire terrorisée, contre l’esprit dispendieux et indiscipliné.

L’enseignement, c’est le règne de la récompense et de la sanction ; c’est le règne du travail.

Le flâneur n’y trouve pas sa place. L’école buissonnière y est proscrite.

Le but inavoué de l’enseignement est de formater les esprits dans le but de les domestiquer, afin qu’ils soient opérationnels sur le marché, y compris lorsque le résultat se réduit au chômage, parce que le chômage est la part non active, mais pas improductive, du travail, non sa négation.

L’ordre hiérarchique des degrés de connaissances, qui s’empile comme une pyramide, est ainsi organisé, non par respect pour la profondeur d’un savoir qu’un Platon aurait pu nous envier, mais comme sanction, qu’un tribunal particulier impose avec dureté par le recours incontournable et qui ne souffre pas la remise en cause : l’examen, le concours, le diplôme.

Tout ce qui est vécu par terreur produit sa perversion, de sorte que l’on enseigne pas à des élèves, on force l’apprentissage à des moutons, auxquels est interdit la moindre révolte sous peine de sanction disciplinaire redoutable, et la moindre critique sous peine de recalage honteusement transmis à l’intéressé, rendu coupable alors qu’il n’est que victime d’un système qui le dépasse totalement.

Alors, je repose la question, à quoi peut bien servir l’écriture ?

Lorsqu’enfin, les devoirs du nouvel esclave dénommé citoyen sont rempli ; que ce nouvel esclave a bien rempli les cases là où on lui demande de mettre les croix - car, si auparavant, la croix remplaçait la signature de l’illettré, aujourd’hui elle signifie un consentement pour des questions mal lues, rarement comprises, mais admises - alors, on ne peut que constater que l’enseignement n’est pas au service de l’imagination et de la poésie, mais à celui des moutons de Panurge et de leur maître.

L’enseignement n’émancipe pas.

Il fabrique des quantités d’individus à la conformité du monde du travail, de l’obéissance des lois, de la soumission envers des patrons, des chefs, des médaillés, des diplômés, des premiers de la classe. Voilà réellement le but de l’enseignement, et l’usage de l’écriture.

L’école n’est pas le lieu où s’enseigne la liberté, mais l’obéissance, le devoir, la soumission, en fabriquant des quantités industrielles d’analphabètes.

Il semble que la rue ne négocie pas ses prérogatives, et c’est au RAP, qu’il revient la charge de cultiver son jardin.



Publié le 18 juin 2007  par Gilles Delcuse


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Forum de l'article
  • De l’enseignement et de l’écriture
    20 juin 2007

    Sacré Delcuse...

    J’ai toujours un sentiment partagé avec vos articles... ;-))

    J’aime assez ce texte, aimant tout ce qui remet en cause les choses considérées acquises. Cependant, quelques remarques sur le vif sans aucune malice :
    -  vous passez allègrement de l’écriture à l’enseignement alors que ce n’est pas du tout la même chose. Autant je vous rejoins sur l’enseignement, autant j’hésite face à l’écriture.
    -  vous parlez de la complexité de l’orthographe (vous polarisant sur la langue française, je suppose) comme volontairement sélectif. De nouveau, quel rapport avec l’écriture en général ?
    -  la connaissance est une arme (à ce propos vous écrivez bien, sans fautes et il semble que vous aillez lu pas mal ;-)), elle est surtout transmise par la lecture qui reste globalement et pour l’instant libre (en dehors des canaux de l’enseignement). Quelle autre méthode préconisez-vous ? La voie orale comme chez les peuples que vous décrivez comme sages bien que dépourvu de l’écriture (ce qui est globalement vrai, encore faut-il s’entendre sur le mot sage) ?

    Salut Laiguillon

  • De l’enseignement et de l’écriture
    22 avril 2014, par waynedavies222
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