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Que fait la police ?
de Maurice Rajsfus

Catégorie société
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QUE FAIT LA POLICE ? - Bulletin d’information anti-autoritaire - Nouvelle série - Numéro 11 - Juin 2007


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Editorial : Le Sarkoland vous ouvre les bras !

Bienvenue en enfer, la police de Nicolas Sarkozy vous y attend. Entrez sans frémir dans cet univers sécurisé qu’il est possible de décrire comme une démocratie sous haute surveillance, Les 250 000 policiers et gendarmes, qui se considèrent de plus en plus comme nos tuteurs naturels, auront désormais les plus mauvaises intentions envers ceux qui ne voudraient pas se laisser dépouiller de leurs libertés fondamentales. Le système policier, déjà en place sur une grande échelle, a de beaux jours devant lui, et surtout des pouvoirs exorbitants. Pour plus de sécurité, les bureaux de recrutement ne vont certainement pas chômer. Faut-il être très pessimiste, et se souvenir de l’avertissement donné en mai 1986, par Denis Langlois, après l’arrivée de Charles Pasqua au ministère de l’Intérieur. “On rêve d’uniformes bleus et on découvre des chemises brunes ! ”

Pas de panique, pourtant. Nous aurions pu avoir Le Pen à l’Elysée.

-  Est-ce une consolation ? Pas vraiment. Le chef du Front national s’est toujours avancé à visage découvert. Nous savons que son projet ressemble à une variété de ce fascisme dont il semble que les leçons n’ont pas été retenues. Nicolas Sarkozy, de son côté, n’a pas hésité à chasser sur les terres de Le Pen avec les mêmes armes de la xénophobie mais c’est au nom d’une certaine image de la démocratie. Ce qui peut nous faire craindre le pire...

Maurice Rajsfus

Ils ont voté...

Ainsi donc, près de 19 millions de bons citoyens de ce pays ont fait le choix d’élire un homme dont l’ambition démesurée peut nous renvoyer aux pires heures de notre histoire. Avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée, c’est le retour du caporalisme qui nous menace. En s’appuyant sur des forces de l’ordre de plus en plus nombreuses, qui disposent de plus en plus de pouvoirs, le nouveau président de la République va s’appliquer à diaboliser les étrangers sans papiers, sans doute pour satisfaire cet électorat d’extrême droite qui lui a permis d’accéder au pouvoir. Dans le même temps seront rapidement détruites les conquêtes sociales, fruit d’un siècle de luttes ouvrières. Au travers du programme électoral de Nicolas Sarkoy, nous avons été prévenus que le droit de grève sera en danger, au nom de la “liberté du travail”. C’est pourquoi, bientôt, en lieu et place des piquets de grève, il y aura des cordons de police, attentifs à faire appliquer l’ordre patronal.

N’oublions jamais que, lorsque reviennent les temps mauvais, les nervis sont nombreux à arriver à la rescousse, en supplétifs des forces de l’ordre. Cela a toujours été le cas lorsque s’annonce la tentation d’instaurer un Etat autoritaire. Ceux ont voté en leur âme et conscience, le 6 mai 2007, ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas, quand le seuil de non retour vers la démocratie sera atteint.

L’Observatoire des libertés publiques

Bis repetita

Le policier condamné, dans les premiers jours de mars, à trois mois de prison avec sursis, et cinq ans d’interdiction d’exercice de sa profession, pour injures racistes, envers un journaliste camerounais, était de nouveau jugé le 12 avril. A la suite de son premier procès, il avait menacé de mort sa victime. (Source, L’Ardennais, 11 avril 2007)

Littérature policière

Un CRS Beur, récemment révoqué de l’institution policière pour avoir donné un témoignage dans un hebdomadaire, récidive. Peu satisfait de l’institution qui lui fournissait un gage d’intégration, Jamel Boussetta vient de publier Révélations sur la police de Sarkozy. Dans ce petit livre, l’ancien CRS raconte 1e rackets, les violences contre les étrangers, tout en conseillant au prochain ministre de l’Intérieur “de faire le ménage dans sa police”. A 25 ans, Jamel a déjà fait le tour de la profession qu’il avait naïvement choisie. (Editions Duboiris)

Son témoigange est disponible en vidéo sous le titre Paroles de policiers

Travail d’agence

C’est une histoire qui remonte à quelques mois mais qui vaut d’être relatée. Le 15 mars, une juge d’instruction du pôle économique et financier mettait en examen un policier, ancien des RG de la préfecture de police de Paris pour “faux, usage de faux et travail dissimulé”. En fait, ce que les policiers, entre eux, qualifient de “tricoche”, c’est à dire travail au noir. Laissé en liberté, cet excellent fonctionnaire est soupçonné d’être l’un des piliers d’un système de travail clandestin impliquant des policiers en exercice, pour le compte d’agences de sécurité dont la vocation est d’assurer la protection de personnalités étrangères de passage à Paris.

Comble de l’ironie, l’une de ces sociétés privées était implantée rue des Saussaies, à deux pas du ministère de l’Intérieur. Dans les locaux de cette officine, les enquêteurs devaient trouver, outre une arme automatique et quelques centaines de cartouches, ainsi que de fausses autorisations de détention et de port d’arme, des autorisations spéciales pour l’utilisation de gyrophares de la police. Tous documents falsifiés conduisant à la piste du policier mis en examen - lequel, brigadier-chef, se faisait passer pour capitaine.

Curieusement, ce policier, mis en garde à vue en février, avant d’être relâché, mais suspendu provisoirement, était l’un des délégués du syndicat Alliance de la police en tenue. Selon un policier, qui qualifie cette histoire de “classique”, certaines des personnes visées avaient beaucoup de temps libre. Ce qui leur permettait d’arrondir discrètement leur fin de mois. Raté. (Source, Le Figaro, 16 mars 2007)

Toujours l’outrage

Le 16 avril, un étudiant et un ouvrier lyonnais dénonçaient des violences policières. Il n’est pas inutile de préciser que l’un se prénomme Mourad et l’autre Moncef. Il n’en reste pas moins que tous deux comparaissaient devant le tribunal de grande instance de Lyon car ils étaient poursuivis pour outrage et rébellion, tandis que les deux hommes estimaient avoir été victimes d’abus de la part de la police lors d’interpellations musclées. Comme trop souvent, leurs plaintes contre les policiers étaient classées sans suite. (Source, Métro, 17 avril 2007)

Internet à la rescousse !

Les témoignages des victimes des forces de l’ordre sont de plus en plus fréquents, sur Internet.

-  Sont-ils toujours fiable, vérifiables ?

Une certitude :la plupart de ceux qui dénoncent les violences, ou le contrôle social de plus en plus visible, fournissent leur nom. Ce qui donne de la crédibilité à leur récit.

C’est le cas d’un citoyen du Vaucluse, qui a eu maille à partir avec les gendarmes, à Chateauneuf-du-Pape : Le 14 avril, avec quelques amis, Guy décide d’assister à une réunion publique de Nicolas Sarkozy, vers 16 heures : “Parmi les 300 ou 400 personnes présentes sur la place, nous arrivons par groupes de deux ou trois, sans banderole ni signe distinctif et personne n’a eu le temps de pousser le moindre slogan anti Sarko. “Pourtant : A peine arrivé depuis cinq minutes, je suis rapidement ceinturé par quatre mecs du service d’ordre de Sarko. La place en est d’ailleurs truffée -sans parler des RG, des flics municipaux et des gendarmes.” Durant plus de quarante minutes, ce militant, non visible, n’est plus “lâché d’une semelle”. Pour avoir la paix, il entre dans le seul bistrot de la place. “...A peine commandé mon café, trois gendarmes entrent à leur tour et l’un d’eux me dit qu’il va procéder à un contrôle d’identité et me prie de le suivre. Au moment de monter dans le fourgon des gendarmes, Guy s’aperçoit qu’il n’est pas seul à bénéficier de ce traitement. En effet, ils sont huit à avoir été interceptés aux fins de “contrôle”. Tous seront libérés au bout d’une heure un quart -le temps que le meeting se termine. Au-delà de cet “incident”, Guy pose trois questions :

1) Pourquoi et comment est-il possible, en démocratie, de se retrouver en garde à vue à l’occasion d’un meeting public, en extérieur, sans avoir en rien troublé l’ordre public ?

2) Comment et par qui avons-nous été “repérés” et “dénoncés” au service d’ordre de Sarko, si ce n’est par les RG eux-mêmes, et comment cette collusion est-elle acceptable ?

3) Comment est-il possible que la gendarmerie soit aux ordres d’un candidat d’une campagne électorale ? ” Bienvenus dans la démocratie policière !

(Par Internet, 19 avril 2007)

Comptine de circonstance

ABCD Le chef condé EFGH prend une hache IJKL pour couper nos ailes MNOP s’est coupé le pied QRST ce triste entêté UVXYZ ne manque pas de zèle (D’après une comptine canadienne. Adaptation proposée par un correspondant lointain, apparemment très au fait des arcanes de la politique française.)

La police dans le train

Depuis sa création, la police ferroviaire avait pour vocation de sécuriser les trains et les gares. Il semblerait que la mission de cette police SNCF a multiplié ses objectifs. En effet, l’équipe de la police ferroviaire de Bordeaux a annoncé, à la mi-avril -que durant le premier trimestre 2007, elle avait interpellé 139 personnes dont 91 étrangers sans titre de transport. (Source, Métro, 19 avril 2007)

Rafle

Le 18 avril, le Réseau Education sans frontières a dénoncé une “rafle brutale” dans un atelier clandestin de textile, le t6 avril, à Aubervilliers, (93). Au cours de cette opération une vingtaine de personnes ont été interpellées et placées en rétention. Dégât collatéral, un bébé âgé de deux mois, dont la chambre jouxtait l’atelier est décédé. “Mort subite” a conclu l’autopsie. (Source, Métro, 19 avril 2007)

Chronique de campagne

Le 13 avril, Nicolas Sarkozy s’était enfin déplacé dans une banlieue sensible -le quartier Beauval de Meaux. Ce candidat, parmi d’autres, bénéficiait pourtant de la présence de 326 policiers, déplacés pour veiller à sa sécurité. Le 14 avril, c’est au tour de José Bové de venir dans cette même cité mais il n’avait pas un seul policier présent sur les lieux. (Source, Libération, 20 et 21 avril 2007)

Au viol !

24 avril. Un policier, qui était en poste au palais de justice de Créteil (94), au moment des faits, est condamné à 12 mois de prison avec sursis. Ce gardien de l’ordre public s’était livré à une agression sexuelle sur une femme qui y était détenue, le 26 mars 2006. L’ex-policier sera désormais inscrit sur le fichier national des délinquants sexuels. Quand même... (Source, Matin Plus, 25 avril 2007)

Antiterrorisme

Un gardien de la paix, d’origine maghrébine, recruté en 2004 pour sa connaissance de la langue arabe à la section antiterroriste, a été mis au placard. Ce policier était suspecté d’avoir été trop bavard avec une femme liée à des islamistes radicaux. Derrière ce fait divers policier, sans véritable gravité, se cacherait une guerre des polices entre les RG, la PJ et la crim’. (Source, Libération, 26 avril 2007)

Tiens donc !

J’ai été victime ce soir de la gendarmerie. Suite à un simple contrôle de papiers, des gendarmes ont fait le tour de mon véhicule, et quand ils ont remarqué les tracts de RESF et un Libé sur le tableau de bord de ma voiture, il s’est avéré, comme par magie, que j’avais grillé un stop ! J’habite l’Oise, un département d’une grande tolérance... Ce n’est pas demain que je planquerai Libé et mes tracts sous les sièges de ma voiture. Vive la police qui nous protège de nos lectures. (Courriel de lecteur de Libération, 26 avril 2007)

Forte pensée

Lu sur un mur d’un quartier de banlieue : “Quand le soleil se cache, c’est peut-être parce que les policiers et leurs fourgons font de l’ombre...”

Douceur violente

Le 26 avril des intermittents du spectacle, et des militants de plusieurs collectifs de chômeurs, qui occupaient les toits du siège de 1′UNEDIC, à Paris, depuis le 23 avril, sont évacués par les CRS. C’est 1′UNEDIC qui aurait sollicité l’intervention des forces de l’ordre.

Cette “évacuation” se serait déroulée de façon violente, alors que, du côté de la police, on évoque une opération sans incident. I1 n’en reste pas moins que l’un des militants, placé en garde à vue, sera poursuivi pour le classique “outrage et rebellion”. Deux manifestants, légèrement blessés étaient conduits à l’hôpital Saint-Antoine. (Source, Métro et Libération, 27 avril 2007)

Cogneurs légèrement condamnés

Le 26 avril, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné quatre policiers à des peines de cinq à huit mois de prison avec sursis. Ces braves défenseurs de l’ordre public s’étaient laissés aller à frapper un automobiliste qui contestait avoir “grillé” un stop, en mai 2003. D’où quarante-six jours d’ITT. Lors du procès, ces policiers, alors membres de la BAC, ont juste reconnu avoir eu du mal à maîtriser leur victime. (Source, Libération, 27 avril 2007)

Performance

La mise en garde à vue paraît être devenue une habitude détestable : 381 342, en 2002, et près de 531 000, en 2006 -soit plus de 40% d’augmentation en cinq ans. I1 est devenu évident que la systématisation du recours à la garde à vue rassurent tout à la fois les policiers et les magistrats. Tout en ayant perdu de vue qu’il s’agit surtout d’une mesure de contrainte. Evidemment, la garde à vue ne devrait pouvoir s’exercer que sous la tutelle d’un procureur ou d’un juge d’instruction. Pourtant, le plus souvent, l’initiative de la mise en garde à vue appartient aux services de police. (Source, Le Nouvel économiste, 26 avril 2007)

Démocratie policière

Dans la soirée du 22 avril, le ministre de l’Intérieur, François Baroin, avait déployé un important dispositif policier dans les rues de Paris. Sur la place de la Bastille, quelques centaines de manifestants se sont retrouvés encerclés et bloqués par les forces de l’ordre. Au même moment, au Centre international de culture populaire (CICP), où se tenait un concert de soutien aux sans-papiers, des policiers multipliaient les provocations et se livraient à des contrôles d’identité. (Source, Rouge, 26 avril 2007)

Aux trousses...

Après les poursuites de voitures volées, ou suspectées de 1′avoir été, des policiers de la BAC se livrent maintenant à la poursuite de supposés délinquants s’enfuyant sur deux roues. C’était le cas, le 25 avril, à Saint-Denis (93). Résultat de 1′opération : un garçon âgé de 17 ans tombe de son vélo et se fracture une jambe lors d’un contrôle d’identité. Le parquet de Bobigny a aussitôt saisi l’IGS. (Source, Libération, 27 avril 2007)

En force

Le 27 avril, les policiers ont expulsé, sans ménagement quelque 200 sans papiers qui occupaient le siège du patronat à Marcq-en-Baroeul, près de Lille. Au cours de cette opération violente quatorze sans papiers, dont une femme, ont été blessés. (Source, Libération, 28 avril 2007)

Autosatisfaction

Entre le 10 mars et le 15 avril, le syndicat des policiers en tenue, Alliance (proche de Nicolas Sarkozy) a conduit une enquête sur l’image de la police en France. Selon les conclusions publiées le 27 avril, 92% de la population soutiendrait clairement la police nationale. Ainsi, pour le syndicat Alliance, il n’existerait pas de fossé entre la population et “sa” police. Cette posture d’autosatisfaction a eu le don d’exaspérer le secrétaire général du syndicat UNSA-Police, Joaquim Masanet, (proche de Ségolène Royal). Lequel n’a pas craint de déclarer : “Qu’on arrête de prendre les gens pour ces cons !” De son côté, la Ligue des Droits de l’Homme vient de publier un Etat des droits de l’homme en France 2007 (La Découverte), où il est affirmé que certains policiers ne respectent pas 1es droits des citoyens : “ils se sentent, sinon couverts du moins rarement inquiétés...” Dans cet ouvrage, la Ligue des droits de l’homme dénonce également : “les interpellations musclées”. (Source, Libération, 28 avril 2007)

Forcené ?

Cela se passe à Saint-Gervais-sur-Roubion (Drôme), 1e 27 avril. Les forces de l’ordre interviennent au domicile d’un quinquagénaire qui refuse d’être interné en asile psychiatrique. Un gendarme, qui affirme avoir été menacé par le “forcené”, qui brandissait un couteau, ouvre le feu en “légitime défense...” L’homme, touché en pleine poitrine, meurt sur le coup. I1 est vrai que gendarmes et policiers n’ont jamais appris à tirer aux jambes car leurs cibles d’entraînement n’ont ni bras ni jambes, seulement le tronc et la tête. D’où la quasi-obligation de ne tirer que dans les parties sensibles... ! (D’après Libération, 21 avril et France Inter, 29 avril 2007)

La police au féminin

La police se féminiserait à marche forcée. Du haut en bas de la hiérarchie, les hommes en bleu se voient désormais de plus en plus accompagnés sur le terrain par ces “fliquettes” qu’il n’apprécient pas davantage que ces collègues de couleur qu’il leur faut cotoyer dans les commissariats. Bien sûr, il est certain que la présence de nombreuses femmes dans la police ne représente en rien une conquête du féminisme. Loin de là. I1 est même possible de constater que lors des opérations d’interpellation, les femmes policières sont fréquemment plus rudes que les hommes car il leur faut prouver leur capacité à réprimer. I1 n’est donc pas hasardeux que 18% des commissaires de police soient des femmes, en 2007. Efficaces et peu sociales, on les retrouve aussi bien dans la police judiciaire, aux RG à la police aux frontières, mais également dans les rangs des CRS. (D’après une chronique publiée dans le Monde, 2 mai 2007)

Forte pensée

Pour ne pas craindre la répression, pour ne pas avoir peur de la police, devenez policier. Un métier d’avenir !

On n’est pas du bétail...

A propos du fichage génétique dont la pratique, par les policiers, ne fait qu’augmenter les réactions se multiplient : “...Sous prétexte de sécurité, le pouvoir se donne les moyens d’éliminer à terme toute contestation. Alors que les empreintes génétiques des auteurs d’abus de biens sociaux, corruption ou trafic d’influence, ne peuvent être prélevées, celles des manifestants arrêtés peuvent être conservées quarante ans dans le fichiers de la répression. N’attendons pas de nous faire tatouer un code barre, ou de nous faire greffer une puce électronique pour réagir. Refusons de devenir des organismes génétiquement fichés...”

(Extraits d’un tract distribué le 1er mai 2007, à Paris, par le Centre Indymédia. http://refusadn.free.fr)

Séparation des pouvoirs

Paris, 2 mai. Deux femmes juges d’instruction, qui désiraient perquisitionner à l’Elysée, dans le cadre de l’affaire Borel -assassiné à Djibouti en 1992- se sont vues refoulées. L’une d’elles a même été bousculée par un gendarme. (Source, Canal +, 2 mai 2007)

Manière forte

Paris, 2 mai. Onze intermittents du spectacle et des chômeurs, qui avaient envahi le toit du Palais Brongniart (ancien siège de la Course de Paris) sont évacués de façon ultra musclées. par les RG, selon un témoin qui assistait à l’opération depuis la rue. (Source, Métro, 3 mai 2007)

Légitime défense ?

Le 3 mai, à Toulon, une altercation éclate entre deux animateurs d’un club de football amateur. Aussitôt appelés, les policiers de la BAC interviennent. Au cours de l’échauffourée, qui se poursuit, un policier est blessé à la main d’un coup de couteau. C’est alors que l’un de ses collègues tire, après un coup de semonce, à la tête du “délinquant”, qui est plongé dans une mort cérébrale. La légitime défense est, bien entendu, évoquée. Sans envisager toutefois qu’un policier puisse tirer aux jambes -on ne le lui a pas appris...Faut-il ajouter que la victime avait la peau noire ? Et puis, comme pour justifier la mort annoncée de cet homme, on fait immédiatement savoir que cet homme était bien connu des services de police. (Sources, Canal + et France 2, 3 et 4 mai 2007)

Insolent !

Une enquête administrative vient d’être ouverte contre ce commandant de police, auteur en mars dernier de Journal d’un Flic. Livre trop décapant au gré de la hiérarchie policière. (Source, Libération, 5 mai 2007)

Affrontements

Très tôt dans la journée du 6 mai, l’annonce avait été faite de la concentration d’importants effectifs des forces de l’ordre dans les grandes villes et les quartiers dits « sensibles : 3000 policiers et gendarmes mobiles pour Paris et la banlieue. Pour signifier la volonté d’en découdre. D’où des heurts inévitables, à Paris, où la place de la Bastille était quadrillée avant le moindre incident, avec des CRS casqués et munis de boucliers. Des « incidents » allaient éclater à Marseille, Lyon, Toulouse, Caen, Strasbourg, Nantes, Rennes, etc. Symbole de cette volonté répressive, outre l’usage des matraques, l’utilisation massive des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Tout aussi grave, le dépliement de nombreux éléments des CRS et des BAC, sirènes hurlantes, à Clichy-sous-Bois, d’où était partie la révolte des banlieues, en octobre 2005. D’un côté, place de la Concorde, le discours sur l’union de la Nation, de l’autre, dans la rue, le regard noir du policier. (Sources, Libération, France Inter, Images de Canal +, France 2 et France 3, 7 mai 2007)

Génétiquement vôtre...

Le décor : l’hypermarché d’une petite ville du Nord. Les délinquants : deux garçons de 8 et 11 ans, qui se laissent aller à dérober quelques jouets d’une valeur de 50 euros. Les deux gamins sont repérés par les vigiles du magasin, qui alertent les gendarmes. Ces braves pandore, n’écoutant que leur devoir, effectuent une visite domiciliaire, avec les volonté de prendre les deux frères en photo, de procéder à une prise d’empreinte digitale, ainsi qu’un prélèvement d’ADN. Le tout aux fins de fichage. Tout en expliquant, à l’aîné des deux garçons, que son avenir serait handicapé. Fort heureusement, le père s’y oppose et alerte la justice. Le 5 mai, le substitut du procureur ne suit pas cette volonté répressive, se contentant d’un simple rappel à la loi. A la gendarmerie locale, on explique qu’il n’y a eu qu’une simple maladresse - tout en précisant que la loi autorise le fichage d’un mineur. Un membre du Syndicat de la magistrature rappelle : « Un enfant fiché pour une bêtise, risque de la traîner pendant quarante ans, soit la durée autorisée pour la conservation des ADN. Il risque aussi de ne pas pouvoir accéder à la fonction publique où à certains autres métiers. » Pour le président de la Ligue des droits de l’homme, : « L’idée de marquer génétiquement un gosse qui n’a pas dix ans, pour un vol dans un magasin, et d’en garder une trace indélébile, est injustifiée, disproportionnée, scandaleuse. Damner à vie un enfant qui a fait une ânerie, ou repérer les petits turbulents, dès la crèche, c’est une politique qui consiste à enfermer les gens dans la délinquance ! » Ces gendarmes faisaient-il preuve d’un zèle excessif ? Ce n’est pas certain. Ils appliquaient à la lettre l’un des aspects de la Loi de sécurité intérieure du 19 mars 2003, dont l’auteur, un certain Nicolas Sarkozy, prévoyait l’extension du Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) à la plupart des délits...sans distinction d’âge...A l’exception notable, il est vrai, des auteurs d’abus de biens sociaux. (D’après Libération, 8 mai 2007)

C’est pas nous...

Dans la nuit du 20 au 21 avril, à Nancy, une rixe oppose un étudiant à un ivrogne agressif. Un policier intervient, qui donne un violent coup de matraque tonfa à l’étudiant, lui déchirant le pancréas. La victime a porté plainte,tandis que du côté de la police on s’est contenté de déclarer : « Le fait que cette personne a été blessée ne veut pas dire qu’elle l’a été par un policier. » (D’après La Liberté de l’Est, 28 avril 2007)

Police républicaine

Au cours des manifestations anti-Sarkozy qui se sont déroulées à Paris, dans la nuit du 7 au 8 mai, quelque deux cents jeunes gens étaient interpellés devant l’Opéra Bastille. Une manifestante raconte : « Les CRS nous ont pris en étau sur les marches, et ils nous ont fait monter dans les bus, dix par dix...Au commissariat, il n(y avait que des Renois et des Rebeus qui se sont fait menotter. » Un jeune sympathisant socialiste, arrêté place de la République pour « jets de projectiles », ce qu’il conteste, témoigne, après 24 heures de garde à vue : « J’étais en train de crier, comme tout le monde, quand trois CRS me sont tombés dessus. Ils m’ont pris à la gorge, aspergé de gaz. J’ai été plaqué au sol et menotté dans le dos. Quand j’ai eu le genou d’un CRS sur la tête, ils m’ont frappé au visage et insulté. » Dans un fourgon de police, un manifestant colombien allait subit un traitement des plus humanistes, selon le témoin de cette scène : « Les policiers lui ont dit : toi, si tu bouges, on baise ta mère. Le Colombien a hurlé : n’insultez pas ma mère ! Il s’est fait rouer de coups. » Le 7 mai, six lycéens mineurs de Paul-Bert, qui avaient déplacé des poubelles sur un trottoir, ont passé neuf heures en garde à vue. Leurs parents comptent porter plainte à l’IGS, suite aux mauvais traitements subis par leurs garçons. L’un d’eux, qui avait réagi après une rude palpation des testicules, en criant aux policier palpeur : « Ne me touches pas ! », s’est vu répondre par ce fonctionnaire : « Tu te calmes, sinon tu es mort ! » (Source, Libération, 9 mai 2007)

Confusion des genres

Les policiers osent tout. C’est même à cela qu’on les reconnaît. Le 8 mai, Claude Guéant, ancien haut fonctionnaire de la police nationale, ancien directeur du cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, ancien directeur de campagne du nouveau président, s’est permis de déclarer qu « les syndicats ne peuvent pas aller contre l’avis du peuple français » qui a élu le nouveau chef de l’Etat sur « un projet extrêmement clair. » Ajoutant, comme une menace, que les syndicats ne représentaient que 8 % des salariés, alors que « 85% des Français se sont exprimés dimanche dernier... » Faut-il rappeler à ce policer, en réserve de la République, que le nombre de militants politiques est nettement inférieur à celui des militants syndicalistes. Par ailleurs, 85% des Français ne sont pas exprimés pour Sarkozy. Claude Guéant a-t-il dévoilé, préventivement, les projets de son maître., pour faire comprendre aux syndicats qu’ils n’auraient pas à s’opposer aux « réformes » mises en œuvre sous haute protection policière ? (D’après Libération, 9 mai 2007)

Pathétique

Le Syndicat général de la police (SGP-FO) lance le mot d’ordre de journée nationale de « droit de retrait », afin de protester contre les violences subies par les policiers. Journée de protestation devant se dérouler le22 mai. (Source, Libération, 10 mai 2007)

A balles réelles

Le 8 mai, dans le quartier de la Grande Borne, à Grigny (91), au cours d’une échauffourée, un policier fait usage de son arme, et blesse au bras u garçon de 17 ans. Raison évoquée, ce garçon menaçait un de ses collègues avec un cocktail Molotov enflammé. Selon des témoins, ce « délinquant », qui a sans doute le tort de se prénommer Hakim, s’est retrouvé au milieu d’un affrontement en sortant de son travail. Le CRS a tiré à trois reprises et, selon le refrain habituel, ce mineur « était bien connu des services de police »...Il a donc été placé en garde à vue à sa sortie de l’hôpital. (Sources Libération et 20 Minutes, 10 mai 2007)

Brute punie

10 avril. Un policier, commissaire de police à l’époque des faits, est condamné à dix-huit mois de prison ferme. Cet excellent défenseur de l’ordre public s’était violemment déchaîné, en 2003, sur un homme noir de peau qui était venu porter plainte pour le vol de sa voiture. Deux de ses subordonnés écopant de six mois de prison avec sursis pour non-assistance à personne en danger. (Source, 20 Minutes, 11 mai 2007)

Matraqueurs ordinaires

Dans la soirée du 9 mai, à Paris, une manifestation anti-Sarkozy se déroule près de la Fontaine Saint-Michel. Arrivent des policiers qui interpellent une dizaine de personnes et les font monter à bord d’un fourgon - direction le centre de rétention du commissariat de police de Clignancourt, dans le XVIII ème arrondissement de Paris. Pendant le trajet, le chauffage est mis à fond - sans doute plus le plus grand confort des audacieux qui ont eu le tort d’exprimer leur dépit, suite au résultat des élections présidentielles. Le petit groupe est relâché quelques heurs plus tard, mais les policiers décident de charger sans raison. L’un des membres du groupe, un ingénieur, qui na été arrêté sans raison, est lourdement matraqué au sol par plusieurs policiers. A l’hôpital, on lui posera dix points de suture et il bénéficiera de trois jours d’ITT. Au commissariat de police, on prétend n’être pas au courant. Manque de chance, la scène a été partiellement filmée. La victime a porté plainte et il paraît que l’IGS enquête. (Source, France Info et France Inter, 11 mai 2007) La police ne regarde pas à l’extrême droite

Le 9 mai, à Paris, alors que les CRS s’activent à la chasse aux manifestants anti-Sarkozy, quelque cinq cents nazillons peuvent défiler de façon provocante au Quartier latin. Cagoulés et maqués, brandissant des drapeaux ornés de croix celtiques, ceux-là célèbrent la mort d’un de leurs militants, le 7 mai 1994. 3On dirait un meeting de 1943, dit un témoin. Chacun tend son bras droit, main ouverte. Salut romain ou salut nazi ? » Les slogans sont limpides : « Aujourd’hui l’anarchie ! Demain l’ordre nouveau ! La France aux Français ! » Vers 21 heures, les manifestants, dont certains sont porteurs de torches allumées, sont encadrés par un service d’ordre maniant ostensiblement des battes de base-ball, atteignent la place Denfert-Rochereau après avoir remonté le boulevard Raspail sans difficulté. Les CRS sont resté à distance raisonnable car, apparemment, la préfecture de police ne pouvait s’intéresser à ce type de démonstration conduite par des « nationaux ». (Source, Libération, 11 mai 2007)

Liberté de la presse

Le 11 mai, la police accompagnant des juges, s’est invitée dans les locaux du Canard Enchaîné. On n’avait pas vu cela depuis l’affaire des « plombiers » organisée par Raymond Marcellin, dans la nuit du 3 au 4 décembre 1973. La police avait fait chou-blanc et l’hebdomadaire paraissant le mercredi avait augmenté le cercle de ses lecteurs. Ce 11 mai, après le départ des policiers, l’un des rédacteurs du Canard plaisantait gentiment : « On ne sait pas ce qu’ils sont venus chercher, mais nous ferons le nécessaire pour qu’ils ne le trouvent pas ! » (Sources, Images de toutes les chaînes de Télévision, 11 mai 2007)

Provocations policières

A la cité des « 3000 », à Aulnay-sous-Bois, on a voté à 66 % pour Ségolène Royal, le 22 avril, lors du premier tour des élections présidentielles. Le 6 mai, vers 22 heures ; la cité est calme mais, sans raison, une douzaine de policiers casqués se précipitent sur un groupe d’habitants et plaquent violemment au sol deux jeunes. Ce sont ensuite des coups de matraque qui touchent plusieurs personnes. A de nombreuses reprises des policiers font usage de flash-ball en direction des habitants. L’attitude des policiers provoque - ce qui était peut-être attendu - la réaction d’une trentaine de jeunes qui se mettent à lancer des pierres et des bouteilles sur les forces de l’ordre. Bien entendu, des CRS arrivent en renfort, pour disperser la foule, et repoussent rudement des animateurs qui tentent d’apaiser les esprits. Un conseiller général PS qui a fait le tour de la cité pour alerter les jeunes sur le risque de « provocations » policières, se voit pointer un flash-ball à vingt centimètres de son menton. Dans ce quartier, jeunes et adultes dénoncent, depuis 18 mois, les contrôles d’identité à répétition, les interpellations rugueuses et les insultes régulières de la part des CRS. (Source, Le Monde, 14 mai 2007)

2002-2007. Cinq années sous le signe de la répression

Nous y sommes. Le ministre de la police est devenu président. Tout au long de son proconsulat au ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a multiplié les lois scélérates - sans négliger de nombreux fichiers liberticides. Il sera désormais en mesure de modifier les institutions, pour remettre en cause les acquis sociaux et les libertés fondamentales.

La liste est longue des atteintes à la démocratie qui ont commencé à remodeler cette société qui n’aura bientôt plus de république que le nom. Dans le prolongement de la Loi sécurité quotidienne (LSQ) de Daniel Vaillant, votée en novembre 2001, nous connaîtrons la Loi d’orientation et de programmation de sécurité intérieure (LOPSI), dès juillet 2002, suivie de la Loi sécurité intérieure de mars 2003, donnant encore plus de pouvoirs à la police. Avec les lois Perben, c’est toute la population de ce pays qui sera livrée au bon pouvoir de la police. C’est ainsi que, de l’été 2002 au printemps 2007, la volonté répressive des autorités policières et judiciaires a permis de faire exploser le nombre de gardes à vue, tout comme la population carcérale. Non content de mettre le pays sous influence policière, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué d’afficher son intention de transformer les acteurs de la vie sociale en auxiliaires de la police, avec son projet de loi sur la « prévention de la délinquance. »

Comme les forces de police lui apparaissaient insuffisantes, le ministre de l’Intérieur prévoyait , dans le cadre de la loi LOPSI, une réserve de policiers à la retraite pour « parer aux situations de crise. » Ensuite, non content de faire surveiller le pays par plus de 250.000 policiers et gendarmes, Nicolas Sarkozy décidait d’instaurer, dans des régions pilotes, une « service citoyen volontaire », constitué de bénévoles décidés à aider les forces de l’ordre pour assurer la sécurité publique. Ces bons citoyens bénéficiant de l’immunité policière. Il y aura ensuite une expérience, dans quelques régions, de la filière « cadets de la police », tentée dans quelques lycées. En effet, l’enseignement répressif n’est jamais trop précoce - il ne faut pas injurier l’avenir ...

Bien évidemment, l’aspect matériel n’a pas été négligé. Après avoir été doté de la matraque tonfa, nos policiers, déjà surarmés, vont être gâtés. Quelques jours après son arrivée au ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy s’empressait d’annoncer, le 22 mai 2002, que les unités de proximité recevraient des pistolets Flash-ball. En 2003, c’est l’arrivée des premiers pistolets électriques Täser, aux effets incapacitants, qui auraient déjà fait plus de 200 victimes aux Etats-Unis. Il convient de noter que cette arme, dite « non-létale » est interdite dans de nombreux pays. Viendra ensuite le pistolet Sig-Sauer qui peut tirer quinze balles. A quand les mitraillettes, comme de 1940 à 1944 ?

Bénéficiant de la protection de leur hiérarchie, on appelle cela être « couvert », nos policiers s’en sont donnés à cœur-joie. On n’a jamais autant rudoyé, injurié, le citoyen ordinaire, matraqué le suspect, poursuivi pour outrage et rébellion quiconque n’acceptait pas de se plier aux injonctions des fonctionnaires dépositaires de l’autorité publique. Au-delà des coups physiques et des mauvais coups moraux, la police de Nicolas Sarkozy s’est montrée à la hauteur de nos inquiétudes, et nous l’avons régulièrement exprimé dans notre bulletin. Dès le 5 mai 2002, il était possible d’entendre des policiers proclamer : « Nous avons tous les droits, maintenant ! », tandis que le président du syndicat des commissaires de police expliquait, sans rire : « Nous allons rétablir la République ! » Ce qui nous conduisait à écrire dans le numéro de juin 2002 de Que fait la police ? : dans les semaines qui viennent, nous saurons ce qu’il subsiste de cette police républicaine, supposée assurer la protection des personnes et des biens. »

Les défenseurs des droits de l’homme ont rapidement compris la nature du nouveau ministre de l’Intérieur. Il ressort de son discours prononcé le 25 octobre 2002, à Strasbourg, qu’il ne prétend plus seulement rétablir l’ordre : il fait la guerre ! C’est ainsi qu’au fil des mois, en supplément des bavures policières classiques, la pratique de la rafle va devenir habituelle ; aussi bien contre des campements de Roms que contre des sans-papiers. Dans le numéro de mai 2003 de Que fait la police ? nous ne faisions que rappeler : « La sécurité est une authentique valeur de droite, et pas seulement un argument de campagne électorale. Le sentiment sécuritaire, poussé à son paroxysme, permet de mettre en condition toute une population. La sécurité, c’est le miroir aux alouettes de la Majorité silencieuse. La sécurité, nouveau dogme, concerne surtout les innocents aux mains pleines, tout comme les Evangiles tentant de faire croire aux Pauvres en Esprit que le royaume des cieux leur appartient. »

Le climat est devenu délétère depuis que Nicolas Sarkozy a demandé aux policiers d’être plus productifs et donc de travailler au rendement, avec prime à la clef pour les plus méritants. Ainsi, livrés à leurs plus bas instincts, les forces de l’ordre ne connaissent plus de limites - peut-être même persuadées qu’elles ne font que leur devoir de fonctionnaires de la République. Ce qui nous conduisait à écrire, dans le numéro de décembre 2003 de Que fait la police ? : « Les fourgons de police sillonnent nos villes. Toutes sirènes hurlantes, les rambos agressent nos tympans dans les rues calmes de nombreuses cités, comme pour nous persuader que la République est en danger. A voir les policiers partout, et en toutes circonstances, le sentiment est fort que le pays est sous occupation - même si ce terme peut déplaire à certains... »

Même tonalité dans notre éditorial de Que fait la police ? de janvier 2004, sous le titre, « Bonne année policière », avec ce constat : « ...La police veille, la police nous surveille...Aucun de nos gestes n’échappe à la vigilance d’une police dopée par les lois Sarkozy et Perben. Nous sommes de plus en plus fichés, politiquement et même socialement...Bien loin de nous la tentation de faire un quelconque amalgame avec une autre période, quand la police de pays disposait d’un pouvoir discrétionnaire, et quasiment droit de vie ou de mort sur tous les citoyens de ce pays... Fort heureusement, ce sinistre passé est révolu... (mais) la France est toujours occupée par des forces de l’ordre trop nombreuses et disposant de bien trop de pouvoir. .. »

En cette 2004, les tribunaux sont engorgés de plaintes de policiers pour outrages à leur endroit.. Il est devenu habituel, en effet, qu’à chaque agression contre un paisible citoyen ou un petit délinquant, le policier ordinaire prenne la triste habitude de porter plainte contre sa victime. Ce qui nous conduisait, dans le numéro de juin/juillet 2004 de Que fait la police ? à interpeller les fonctionnaires d’autorité : « Sans droit à l’outrage, il n’ y a pas d’hommage possible. Sans possibilité de rébellion, comment envisager une société différente - et en tout cas meilleure ? Depuis quelques décennies, nos gouvernants ont voulu nous convaincre - violemment- que la police, protectrice d’une certaine vision de la démocratie, était intouchable. Finalement, à force de trop flatter ce corps répressif, ses tuteurs l’ont rendu arrogant et persuadé de représenter le meilleur rempart des institutions...Il faudrait donc marcher au fouet , mais quelle peut être la nature d’une démocratie qui prétend prospérer sous la protection des matraques ? »

Le rapide passage de Dominique de Villepin au ministère de l’Intérieur (de mai 2004 à juin 20025) n’a en rien modifié le comportement policier. Comme l’exprimait si bien Akhenaton, du groupe IAM, en février 2004 sur France 2 : « Un peuple qui a peur se gouverne plus facilement ! » C’est ce que nous tentions d’exprimer dans Que fait la police ? de février 2005 : « ...Le pays des Droits de l’Homme devient peu à peu le pays des droits du policier...Lorsque les policiers parlent de leurs droits, il y a fort à craindre pour les Droits de l’homme. »

Tout Etat policier en devenir se préoccupe d’assurer son pouvoir, bien plus que de protéger les libertés individuelles.

De retour au ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy recommence à vitupérer. Le 3 juin 2005, il prêche la « tolérance zéro » à Perpignan et, quelques jours plus tard, sa volonté de débarrasser la France des voyous. A Torcy (77), le 6 juin, il explique aux voyageurs du RER que : « Les étrangers mettent la France en danger. » Le 20 juin suivant, de passage à La Courneuve (93), il lance cet avertissement : « Nous allons nettoyer au Karcher la Cité des 4000. » Le 22 juillet, il se dit déterminé à « assainir la Corse ! ». Le 25 octobre, sur la dalle d’Argenteuil, ce sont les « racailles » qui sont désignées d’un doigt vengeur, avec cette affirmation : « Nous allons vous en débarrasser ! » Beau programme.

Commentant la révolte des banlieues, d’octobre et novembre 2005, qui suivait les provocations verbales du ministre de l’Intérieur, l’éditorial de Que fait la police ?, de décembre 2005, se voulait sans équivoque : « ...Si durant trois semaines le feu a fait ses ravages, il est possible de désigné le pyromane : un fils d’immigré hongrois connu sous le nom de Nicolas Sarkozy. Lorsque les policiers, repris en mains, cesseront de poursuivre la guerre d’Algérie contre de jeunes Français prénommés Farid ou Nordine, la société française sera peut-être en voie d’apaisement... »

De plus en plus, la volonté est forte de faire savoir au bon peuple qu’il n’ y a pas de véritables innocents dans ce pays, et que toute personne interpellée est « bien connue des services de police. » Comment ne pas se sentir visé par cette brutalité langagière.

Je ne pouvais que réagir de façon volontairement excessive dans le numéro de janvier 2006 de Que fait la police ? : « 

Personnellement, je suis bien connu des services de police depuis le 16 juillet 1942, alors que je portais l’étoile jaune, et que des policiers bien Français sont venus me rafler avec ma sœur et mes parents, à Vincennes !

Peu décidé à baisser le ton, je rappelais de nouveau, dans le numéro de mars 2006 de Que fait la police ? : « ...Dans un pays libre, ce n’est pas à la police d’être le meilleur garant de la démocratie. Ce qui est certain c’est que, de l’été 1940 à l’été 1944, la police française était garante du respect de l’ordre nazi ! »

Au fil des mois, au fur et à mesure que s’approche l’échéance électorale, Nicolas Sarkozy n’a rien caché de sa volonté de marginaliser les plus faibles, au profit des nostalgiques d’un pouvoir fort. Même les plus jeunes sont dans l’œil du cyclone car il est envisagé une forme de fichage des enfants., dès l’école maternelle, pour débusquer les futurs criminels sexuels. Le ministre de l’Intérieur expliquant tranquillement que, génétiquement, les jeunes étaient programmés pour devenir délinquants ou bon citoyens. D’où notre réaction ironique, dans le numéro de juillet 2006 de Que fait la police ? : « Celui qui s’est risqué à traiter les jeunes des cités de racailles, tout en évoquant ces quartiers qu’il fallait passer au Karcher, regurgite sans doute ses rages d’enfant gâté...Si l’on s’était intéressé plus tôt à la nature des colères froides du petit Sarko - vers 1957 - peut-être ne serait-il pas devenu le vibrion incontournable que l’on connaît en 2006. »

Avec un tel ministre de tutelle, les forces de l’ordre vivent désormais dans un autre monde que le nôtre. C’est ce que nous exprimions dans le numéro de septembre 2006 de Que fait la police ?, en ligne : « Lorsque l’on rappelle le policier à son devoir, il répond par l’affirmation de ses droits. Se considérant comme au-dessus des lois qu’il est censé faire appliquer, le policier se persuade qu’il est un citoyen à part, qu’on lui doit le respect et, comme l’avait affirmé Nicolas Sarkozy, en 2004, qu’on doit l’aimer. Faute d’être au service de la société, le policier est surtout au service de l’ordre. En effet, de plus en plus, la police contrôle la société, mais qui contrôle vraiment la police ? »

Après les tristes exploits des CRS et des gendarmes mobiles, à Cachan, en août et en septembre 2006, il devient évident que les porteurs d’uniformes bleu marine ont de moins en moins d’état d’âme. La cible importe peu, même s’il s’agit de femmes et d’enfants - comme au temps de l’occupation nazie. Il faut avoir assisté aux véritables agressions subies par des femmes, portant leur enfant sur le dos, pour bien comprendre la disponibilité des forces de l’ordre. Comment décrire des CRS ricanant, jouant de la matraque sous le nez de femmes enceintes. D’où ce constat dans le numéro d’octobre 2006 de Que fait la police ? : « Le policier n’a aucune difficulté à pratiquer la violence verbale, tout autant que la violence physique. Il lui est possible de matraquer hommes, femmes, enfants ou vieillards. Lorsque la trique autoritaire s’abat sur un crâne, le policier ne ressent aucune émotion particulière, n’imaginant même pas que sa propre mère, son épouse ou son fils puisant subir le même traitement. »

Déjà dressé pour mater une société qui ne marcherait pas au pas cadencé, le policier n’a pas amélioré sa pratique tout au long des années Sarkozy.

Il n’est pas - ou plus - ce fonctionnaire au service du public. En fait, il est bien à l’image de ce ministre de l’Intérieur qui s’est donné le rôle du Père Fouettard, avant de s’imposer comme père de la nation. Dans l’éditorial de Que fait la police ? de novembre 2006, est posée la question essentielle : « L’histoire du siècle passé nous enseigne que la police de ce pays n’ pas hésité à se ranger dans le camp d’un pouvoir répressif lié au régime hitlérien. Comme cela a pu être le cas en Espagne, sous Franco, en Grèce, du temps des colonels ou au Chili, sous Pinochet. Bien sur, ce rappel n’est rien qu’une hypothèse, mais qui n‘a rien d’hasardeuse... »

En février 2007, nous sommes déjà en pleine campagne électorale. Une fois de plus, le ministre de l’Intérieur nous explique que l’ordre doit s’imposer face à une insécurité qui ne cesse de se développer, alors que les forces de l’ordre n’ont jamais été aussi nombreuses. Un constat s’impose dans Que fait la police ? : « Le policier prétend dicter sa loi, et se veut la lou. L’institution policière nous tient sous haute surveillance. La volonté de faire peur est évidente. Le pouvoir doit être craint et le policier est son bras armé ! »

A quelques semaines de l’élection présidentielle, la volonté est évidente d’instaurer une société policière. Cela ne soulève que peu d’inquiétude, tant les électeurs s’intéressent surtout au profil des candidats : peu importe le programme. C’est ainsi que l’essentiel est oublié, ouvrant les portes à une République gorille. Nous vivons déjà dans une démocratie sous haute surveillance policière, mais le pire n’est pas encore envisagé. Dans le numéro de mars 2007 de Que fait la police ?, nous ne pouvons que noter : « Nous vivons dans u pays où la répression est devenue la règle...Nous vivons dans un pays où la sanction remplace le dialogue. Nous vivons dans un pays d’ordre où la punition doit servir de modèle pédagogique...Nous vivons dans une société déviante, policière jusqu’au tréfonds de son administration... »

Les urnes vont rendre leur verdict mais notre société ne paraît pas autrement inquiète. La présence policière, à tous les instants de notre vie ne bouleverse pas exagérément les bons Français de France. Quant aux autres... Dans le numéro d’avril 2007 de Que fait la police ?, il paraît important de lancer un cri d’alarme, dans la perspective d’une victoire du ministre de l’Intérieur aux élections présidentielles : « Cet homme est dangereux. Il ne cherche même pas à masquer son rejet des libertés fondamentales. Cet homme est dangereux mais ses sbires, et les laquais ralliés, le sont encore plus...Cet homme est dangereux. Sous son sourire carnassier, quand il ne présente pas un regard mauvais, se profile la promesse d’un châtiment collectif pour ceux qui se hasarderont à ne pas marcher droit. Déjà les policiers commencent à sssurer, comme une menace : « Tu verras quand il sera président ! »

Nous y sommes...

Maurice Rajsfus

source : samizdatQFLP



Publié le 20 juin 2007  par torpedo


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