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« Le parti de la presse et de l’argent accélère sa campagne contre Chavez »

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Entretien avec Thierry Deronne

jeudi 21 juin 2007 par La rédaction Venezuela . Thierry Deronne est vice-président de la télévision publique vénézuélienne VIVE. Il nous livre son analyse sur le non-renouvellement de la concession de la télé privée RCTV.

L’humanité, 19-06-07

Le gouvernement du président vénézuélien Hugo Chavez a décidé de ne pas renouveler la concession du groupe audiovisuel Radio Caracas Television (RCTV) qui a expiré fin mai. Cette décision légale a suscité une vive polémique au sein de la presse internationale, qui a épousé strictement le point de vue de l’opposition vénézuélienne, preuve selon elle qu’il s’agit là d’un acte de « censure ». RCTV, groupe privé, ne disparaît pas pour autant, elle continue d’émettre sur le câble, le satellite et par Internet. Sa fréquence hertzienne et sa couverture nationale reviennent désormais au service public qui, souhaitons-le, tiendra les promesses de pluralisme dont a été incapable RCTV, porte-voix exclusif de l’opposition. Comment ne pas rappeler ici les piteuses heures de gloire de RCTV ?

Multiples entorses à son cahier des charges qui lui ont valu d’être fermée à plusieurs reprises bien avant Chavez, dénigrement systématique du nouveau président vénézuélien travesti en dictateur, images ou slogans subliminaux appelant à la désobéissance civile... Et surtout, comme ses concurrentes privées qui détiennent le monopole médiatique, elle avait apporté sa caution au coup d’État du 11 avril 2002 contre Chavez, et s’est rendue complice dans la foulée du black-out pétrolier décrété par l’oligarchie avec en sous-main les États-Unis. Le seul cas de censure que le Venezuela a connu ces dernières années, a été la fermeture de VTV (Venezolana de television), la chaîne publique... C’était en avril 2002 sur ordre des putschistes ! Observateur de premier plan des médias et de la réalité vénézuélienne, Thierry Deronne a accepté de répondre à nos questions. Bernard Duraud

-  Est-il juste de considérer que les actuelles mobilisations d’étudiants s’inscrivent dans le prolongement des manifestations de soutien à la chaîne RCTV ?

Thierry Deronne. Au Venezuela les secteurs populaires font les trois quarts de la population. Les images montrent le sursaut d’une élite blanche hostile à la démocratisation de l’université, à la création de nouvelles facultés, à l’intégration des étudiants pauvres. L’accès, grâce à Chavez, de la majorité métissée aux études supérieures lui répugne, la rend agressive. Pour elle, le non-renouvellement d’une concession hertzienne a la chaîne privée RCTV est un prétexte. Rien de tel que la bannière de la « liberté d’expression » pour tenter de renverser ce président trop populaire et métissé. Surmédiatisés, comme les étudiants anti-Allende de l’université Catholique de Santiago en 1973, ils n’ont réuni que 1 500 étudiants sur les 53 000 de l’Universite centrale. Les médias internationaux ont par contre occulté la manifestation pacifique de 450 000 habitants et d’étudiants des quartiers populaires, en appui à la démocratisation du spectre hertzien.

Revenons au non-renouvellement de la concession RCTV... Une campagne médiatique a souligné qu’il s’agissait là d’une atteinte à la liberté d’expression. Selon vous, au contraire, il s’agit d’une démocratisation du spectre radioélectrique... Thierry Deronne. 80 % des ondes radio et TV restent privées. Il suffit de passer devant un kiosque à journaux, de zapper à travers les écrans ou la radio pour observer la totale liberté de la presse, d’ailleurs en majorité d’opposition. Ce non-renouvellement d’une concession n’est donc qu’une simple brèche dans le monopole privé des fréquences radio et TV. RCTV n’a pas été « fermée » et continuera à émettre à travers le câble. Elle peut aussi diffuser par satellite et Internet. RCTV, ce n’était pas seulement du porno, de la violence, des sous-telenovelas et des films de guerre US. C’était une chaîne raciste, haineuse. En 53 ans, dans un pays très métissé, on n’y a vu aucun présentateur ou présentatrice noir. Cette haine de classe l’a fait participer au putsch sanglant d’extrême droite en avril 2002 contre Chavez, président démocratiquement élu. Cinq ans plus tard, en mai 2007, le gouvernement profite de l’expiration légale de la concession pour démocratiser cette fréquence et la rendre au service public. Il crée à sa place TVEs, une télévision dirigée par une journaliste passionnée de culture afro-caribéenne. Alors que RCTV exploitait les artistes et ses propres travailleurs, TVEs sera une chaîne antiraciste, à vocation éducative et culturelle, riche de productions indépendantes, respectueuse des créateurs.

Cette décision a également provoqué des tensions diplomatiques, avec le Brésil notamment...

Thierry Deronne. Le président Lula a qualifié cette décision de « légitime » et de « démocratique ». Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a également salué cette mesure, précisant qu’à la place de Chavez il l’aurait prise plus tôt, vu le rôle de RCTV dans le coup d’État. Correa vient d’ailleurs d’annoncer un début de démocratisation des ondes en Équateur (où 100 % des télés sont aux mains du privé) par la création d’une chaîne de service public, participative, montée avec l’aide de Telesur. Cela lui vaudra-t-il d’être traité, à son tour, de « dictateur » par les grands médias ? En tout cas, l’Amérique latine montre l’exemple. Comment parler sérieusement de démocratie, en France ou ailleurs, tant qu’un patrimoine public comme le spectre hertzien reste aux mains des monopoles privés ?

Au Mexique ou encore aux États-Unis, des chaînes de télévision se sont vues signifier la fin de leur concession sans soulever le même genre de polémique. À vos yeux, pourquoi la décision du président Chavez a suscité un tel déferlement médiatique ?

Thierry Deronne. L’objectif est politique. Tous les deux mois, on a droit à une nouvelle déferlante : « Chavez terroriste », « Chavez antisémite », « le parti unique de Chavez », « les pouvoirs spéciaux de Chavez » Évidemment, les gens finissent par croire à ce concert.

Ils se disent « les journalistes ne peuvent pas tous mentir ».

C’est oublier la concurrence qui pousse un média à reprendre la même version que le voisin.

Un journaliste qui parlerait de la réalité du Venezuela en Europe serait pris pour un fou, ou pour un partisan de Chavez. Le même mensonge de l’« atteinte à la liberté d’expression » avait été utilisé contre Allende, dans le même but. Mais pourquoi s’encombrer d’histoire alors qu’il suffit de recopier partout la même dépêche ?

Toute cette campagne médiatique est l’« hommage » attendu de l’élite transnationale à un pays qui se moque d’elle.

Au fond, ce qui est en question c’est la transformation de la société vénézuélienne...

Thierry Deronne. Au-delà de réformes qui font du bien en profondeur comme la nationalisation du pétrole, de l’électricité, du téléphone, la santé et l’éducation publiques, les droits de la femme, la politique en faveur des indigènes, la réforme agraire, au-delà de la croissance économique, la Banque du Sud, l’intégration latino-américaine et la réduction de la pauvreté, ce qui frappe dans le Venezuela de 2007 c’est l’approfondissement de la démocratie.

En décembre 2006, 62 % des Vénézuéliens ont réélu Hugo Chavez lors d’un scrutin salué comme «  transparent et démocratique » par le Centre Carter et l’Union européenne.

En 2007, en huit ans de révolution, on n’a jamais vu autant de réformes démocratiques à la fois. Milliers de conseils communaux, démocratie participative à grande échelle, décisions citoyennes sur des domaines vitaux ; centaines de médias associatifs, autonomes, qui se multiplient (71 viennent d’être légalisés) ; création d’un grand parti de gauche unifié, avec élections secrètes à la base ; référendums révocatoires en marche ; conseils ouvriers dans les entreprises, annonce de la réduction de la journée de travail ; démocratisation de l’enseignement. Est-ce pour cela que le parti de la presse et de l’argent accélère sa campagne ?

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe

Source : René Balme



Publié le 23 juin 2007  par torpedo


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