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Plaisirs et désespoirs
par le Yéti

Catégorie société
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(JPEG) Dans les commentaires de mon précédent billet sur la quête du plaisir et les dessins que j’en tirais, d’aucuns, dont mon ami Petaramesh, se sont déclarés incapables de céder aux joies du plaisir dans un contexte socio-politique aussi désastreux. Et d’invoquer, qui l’élection de Sarkozy, qui la dernière saillie de Ségolène Royal.

La question mérite d’être posée tant elle revient en boucle dès lors qu’on aborde le sujet :

-  doit-on se réjouir ou s’offusquer des "petits" bonheurs au nom de la désolation du monde ?

Le problème, c’est qu’à quelques pâles nuances près,

à quelques lumineuses mais fulgurantes exceptions épisodiques genre mai 68

je n’ai jamais connu QUE des situations socio-politiques grises à très grisouilles. Et un tour d’horizon rapide de l’histoire humaine achèverait sans nul doute de nous désespérer.

-  Alors quoi ?
-  Se pendre ?
-  Jouer les femmes de marins éplorées attendant ad vitam aeternam le retour du sauveur épanoui ?
-  Ronger ses rancoeurs en invoquant un improbable grand soir libérateur ?
-  Se réfugier derrière une barrière d’ironie, de dérision et de sarcasmes ? Inventer une religion (vous savez, le paradis APRÈS la mort) ?

Très peu pour moi !

Primo, je ne vois pas pour quelle raison le cours de mon existence devrait dépendre d’un troupeau, fut-il majoritaire, de veaux saisis par la peur, la haine des autres, et le repliement sur l’étable.

Secundo, l’ironie et la dérision sont des armes pour tenir la connerie à distance et pour vider les trop-pleins de ras-le-bol. Mais à n’employer qu’en cas d’extrême nécessité. Faute de quoi, elles risquent vite de virer à la posture distante un peu commode et de servir à masquer une incapacité à livrer de soi-même autres choses que des sentences.

Quant à la religion et autres aveux d’impuissance, je suis un athée pratiquant, alors...

"Si tu veux être heureux... Sois-le !" disait Jacques Prévert

à la veille de la Seconde guerre mondiale, à son pote Maurice Baquet, acteur, fantaisiste lunaire et violoncelliste solaire. C’est bien mon intention, quelque soit la météo socio-politique du moment et les menaces de déflagrations qui pèsent présentement sur nos têtes.

L’utilisation active de nos cinq sens est le seul contact qui nous relie à la réalité physique environnante.

L’existence humaine, comme celle des autres espèces animales ou végétales, est exclusivement physique, n’en déplaisent aux chantres de l’esprit tout-puissant (perdez l’esprit, il vous restera le corps ; mais tuez le corps et que reste-t-il de l’esprit ?)

Tant qu’à faire, autant "orienter" cette perception du monde immédiat vers ce qui nous est le plus agréable, à nous et à ceux qui nous accompagnent pendant notre si court voyage terrestre. Se résigner à la douleur et au désespoir au nom d’une quête de je ne sais quelle perfection idéale témoigne d’une certaine prétention humaine à un absolu qui n’existe que dans les délires de notre imagination. Cela revient à s’infliger une auto-flagellation mystique, à traverser un désert en crevant de soif et de chaleur alors qu’une oasis d’eau bien fraîche est peut-être à portée.

-  La déshydratation existentielle, c’est ballot, vous ne trouvez pas ?

L’ouverture à la perception de la réalité physique agréable (la quête du plaisir, donc) est un réflexe de survie qui me paraît indispensable. Pour ma part, j’ai essayé de l’inculquer au plus tôt à mes enfants et je regrette d’avoir mis autant de temps à m’en imprégner totalement moi-même. Résidu vachard d’une éducation judéo-chrétienne stupidement culpabilisante, sans doute.

Je ne suis guère étonné des récits qui nous disent l’intensité renforcée du désir dans les périodes de grands périls et de tragédies cataclysmiques comme peuvent l’être les guerres.

Et je me rappelle les conditions qui accompagnèrent l’édification de mon recueil de dessins sur les plaisirs. C’était en 1990, l’année même de l’agonie d’un être très proche qui m’apprit par son exemple qu’une vie se vit jusqu’à l’extinction définitive des feux (cf. Vivre ou mourir, le billet que j’emporterais sur une île déserte si l’on m’y exilait.)

J’ose dire que loin de me décourager dans ma quête, cette agonie terrible de mon ami la stimulèrent. Plus il déclinait et plus je ressentais l’impérieuse nécessité d’extraire de l’incertaine existence quotidienne les sucs salvateurs. Pour moi, mais aussi pour et avec quelques autres.

La vie est un tout, et même un tout court qui se termine plutôt mal puisqu’on y meurt.

On n’est rien avant. On n’est rien après. Ne pas gémir, ne pas pleurer sur son sort. Ne pas gâcher, ni se laisser gâcher pendant,

SVP.

source : Chroniques du Yéti



Publié le 27 juin 2007  par torpedo


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