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Maroc : Le sacre de la castagne
par Khalid Jamaï

Catégorie politique
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Lèse-Pouvoir

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C’est avec sauvagerie que les Forces auxiliaires ont dispersé, vendredi 15 juin, le sit-in organisé devant le Parlement par l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH). Un sit-in pour demander la libération des militants de cette organisation poursuivis pour atteinte aux "valeurs sacrées" du pays.

L’intervention barbare contre les militants du 15 juin dernier n’a pas épargné, soit dit en passant, les simples citoyens qui passaient par le boulevard Mohammed V ni ceux qui se trouvaient attablés au café Balima, situé face au Parlement et fréquenté par les étrangers de passage.

L’intervention a fait une dizaine de blessés parmi lesquels la présidente de l’AMDH, Khadija Ryadi, ses deux vice-présidents, Abdelhamid Amine et Abdellah Ben Abdesslam ainsi que d’autres dirigeants, militants et militantes de cette organisation qui furent transportés à l’hôpital pour fractures ou évanouissements.

Ces Forces auxiliaires qui ont fait preuve de tant de zèle sont sous le commandement du général Hamidou Laânigri.

C’est dire qu’il n’y a pas lieu d’être surpris, car que pouvait-on attendre d’un tel responsable qui s’est "distingué par ses hauts faits" sous le régime de Hassan II (voir son rôle dans le mouroir de Tazmamart) et par ses “exploits” lorsqu’il était directeur de la DST (cf. le recours à la torture pratiquée au centre de Témara, siège de cette triste Direction, héritière du funeste CABI).

Aussi sommes-nous en droit de nous demander si nous ne sommes pas devant une affaire de représailles où un responsable sécuritaire utilise un corps de l’Etat pour régler ses comptes et assouvir une vengeance.

Années de plomb

Au demeurant, l’AMDH l’affirme. Et à juste titre. Rappelons que ce général figure sur la liste des 45 tortionnaires publiée par l’AMDH. Mais, il faut aller plus loin.

Lorsque des responsables des organisations de défense des droits de la personne et certains membres influents de la société civile avaient réclamé que les tortionnaires soient traduits en justice, des voix se sont élevées, au sein même de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), pour affirmer qu’il fallait tourner la page, accordant de facto l’impunité à ces criminels.

Or, si aujourd’hui des hommes comme Hamidou Laânigri sévissent encore, c’est parce qu’ils n’ont pas rendu de comptes, forts justement de cette impunité. C’est parce que les tortionnaires de l’ère Hassan II n’ont pas été poursuivis et sanctionnés que d’autres tortionnaires ont vu le jour sous la nouvelle ère et se livrent, en toute quiétude, à la pratique de la torture, aussi bien au centre de Témara que dans certains locaux de la police et de la gendarmerie.

Des pratiques rapportées et dénoncées par des organisations internationales des doits humains telles Amnesty International, Humain Rigths Watch en plus des associations marocaines : AMDH, OMDH et autres.

A cela, il faut ajouter les témoignages “d’islamistes salafistes” arrêtés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme qui viennent de publier une étude sur les sévices qu’ils auraient subis, principalement au centre de Témara.

Il en ressort que sur un échantillon de 127 personnes interrogées et qui affirment avoir été torturées, 90 auraient été battues, 86 menacées de viol, 54 menacées de se voir introduire un bâton dans l’anus sans parler du recours aux techniques de “l’avion”, de la “suspension”, “des décharges électriques” et autres “joyeusetés” du genre...(voir Al Massae du 19 juin 2007).

Dire alors que les années de plomb font partie du passé, c’est aller vite en besogne.

En fait, elles perdurent, et de surcroît, au vu et au su de tous les gouvernants et dirigeants des partis politiques, lesquels deviennent, de par leur silence, complices et aussi responsables que les tortionnaires, exécuteurs de basses oeuvres.

Que l’Etat lutte contre le terrorisme, l’obscurantisme, l’extrémisme, le fanatisme, c’est son devoir.

Mais, il doit le faire avec fermeté et dans le respect le plus total de la loi et des droits de l’Homme, dans le cadre d’une justice indépendante du pouvoir exécutif et de toute influence.

"L’image" du royaume

Parce que les journaux indépendants ont dénoncé les pratiques de la torture, parce qu’ils rapportent les affres quotidiens que subissent les citoyens au niveau du logement, de la santé, de l’enseignement, de la justice, ils ont été traduits devant des tribunaux, traînés dans la boue, accusés de ternir l’image du Maroc sur la scène internationale (voir la pseudo-indignation des gouvernants et d’un grand nombre de dirigeants de partis politique au sujet de ce citoyen de Salé qui avait “élu” domicile, lui et sa famille, contraints et forcés, dans des toilettes...).

-  Mais que dire alors des photos de la présidente de l’AMDH, de ses collègues et des militants de cette association des droits de la personne, gisant sur le sol et grimaçant de douleur suite au tabassage sauvage qui leur a été infligé par les sbires du ministère de l’Intérieur sous le commandement du général Laânigri ?

Des photos qui ont fait le tour du monde, qui circulent sur le Net et qui dévoilent "tout le respect que les gouvernants marocains" témoignent aux droits de la personne et à ceux qui les défendent dans le royaume chérifien. Ces photos de la répression barbare, les témoignages consternants des suppliciés, marocains et étrangers, du centre de Témara ne manqueront pas de “faire briller de mille éclats” l’image du royaume et “renforcer” sa crédibilité à l’échelle internationale...

Des photos scandaleuses, des témoignages accablants qui terniront et décrédibiliseront pendant longtemps encore les tenants de la gouvernance dans ce royaume.

-  Ceux qui ont commis ces forfaitures ne méritent-ils pas d’être poursuivis pour répondre de leur crime de “lèse-pays” ?

Le tabassage des militants des droits de la personne a eu lieu le 15 juin, soit trois jours avant que ne débutent les négociations entre le Polisario et la délégation marocaine, soit dit en passant constituée dans sa quasi totalité par des sécuritaires...

Un tabassage qui s’inscrit dans la foulée de ceux qu’ont subis les diplômés-chômeurs, les diplômés-non-voyants, chômeurs aussi, les instituteurs et autres citoyens et citoyennes de différentes régions du royaume tels ceux et celles de la région de Marrakech. On ne pouvait pas passer message plus rassurant pour les Sahraouis, aussi bien ceux de Tindouf que ceux des provinces du sud, quant à ce qui les attend concernant leurs futurs droits, d’autant que les Marocains, dans leur projet d’autonomie élargie, entendent conserver la haute main... sur la justice et la sécurité.

Plus subtil, plus convaincant, tu meurs !

-  Nos dirigeants, nos stratèges seraient-ils si ignorants ? On aurait tendance à le croire.

Et chacun sait qu’un ignorant peut provoquer beaucoup plus de dégâts qu’un être intelligent !

Par Khalid Jamaï Le journal N° 308 Du 23 au 29 Juin 2007

source : Radio Air Libre



Publié le 3 juillet 2007  par torpedo


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  • Maroc : Le sacre de la castagne
    par Khalid Jamaï
    29 janvier 2016, par Sara
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