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La guerre des mots aura-t-elle lieu
par La Louve

Catégorie politique
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Qui a peur de la dictature du prolétariat ?

(JPEG)

Réponse : Celles et ceux qui ne voient pas la dictature du Capital, à l’œuvre dans leurs vies à chaque seconde pourtant...

Est-ce un relent de la fameuse culture judéo chrétienne (oui, encore !) , cette peur des mots, de certains mots, que l’on n’ose employer alors qu’ils désignent une réalité au plus juste, quelque chose qui aurait un rapport avec le fait que Dieu créa le monde avec...de simples mots,

que Dieu est le Verbe et que le Verbe est Dieu ?

"Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes... Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité"

-  (Evangile de Jean ch. 1 v. 1-4 et v. 14)

Aurions-nous, nous, communistes, peur de "faire advenir" ?

-  Nous ne serions plus les égaux de Dieu que par la poésie qui nous fait voir « la Terre (est) bleue comme une orange " ?

Le mot, plus rapide, plus précis, plus mortel, souvent, qu’une balle de revolver - on se souvient de Maïakovski (« Ecrire est une arme et les mot sont des balles ») on le cite souvent ici.

L’aveu , cette culpabilité dite, est, aujourd’hui encore, un mode de preuve qui peut suppléer le fait.

Une carrière ruinée sur une diffamation, un cours de bourse qui s’effondre sur une rumeur (ah , quel pied !), un mariage détruit par une lettre d’amour, une vie d’adulte brisée dans un enfant sans cesse dénigré...

Les mots ont un pouvoir - un pouvoir énorme. Nommer c’est faire devenir, faire advenir.

Les mots désignent, certes, mais pas n’importe comment.

Ils désignent et donnent du sens. Un sens.

La polysémie, c’est l’Histoire de la vie du mot ; quand le Mot quitte ses origines , histoire qui a débuté dès que les Mots, avec les hommes, commencèrent à voyager.

Ce Mot, toutefois, il est souvent manipulé, déguisé par des Idées qui en recouvrent le sens , comme une pelure d’oignon, comme une gangue qu’il faut faire exploser pour mettre à jour le coeur.

Parfois, on va jusqu’à employer un mot connu et populaire pour désigner une réalité qui n’a plus rien à voir avec ce mot.

Ainsi quand N. Sarkozy parle de « travail », il ne parle plus seulement de « travail », il parle « d’exploitation par le Capital » ; quand il dit « laïcité », il parle « communautarismes ».

Ces Idées qui infiltrent les Mots sont elles-mêmes chargées des significations révélant un certain type « d’univers mental », et donc, un certain contexte axiologique, qui viennent se surajouter à l’origine du Mot.

Petit à petit, ces idés le noient dans un brouillard de paroles souvent creuses, de concepts ambigus, détournent le mot de sa voie , de sa trajectoire...et finissent par lui faire rater ( ou justement, atteindre) sa cible.

Celui qui manie les Mots est le Maître. Celui qui a le pouvoir de manipuler les Mots est Dieu.

Voilà l’enseignement biblique (perverti aujourd’hui par la religion, cette religion qui n’était jamais qu’une forme proto politique, comme de nombreux philosophes et historiens qui se sont penché sur le sujet sont parvenus à le démontrer).

Est Dieu celui là même qui introduit l’Idée de Dieu dans la langue ( que Dieu « existe » ou pas) en créant le mot « dieu » , en lui faisant désigner ce qu’il désigne aujourd’hui majoritairement pour 99% des humains, (qu’on y croie ou pas).

Les Mots peuvent même avoir des répercussions directes sur notre vie, sur le monde matériel qui nous entoure. Car en façonnant nos esprits, ils nous entraînent aussi dans des réalisations.

Aujourd’hui plus que jamais les Mots créent, font et défont...

Notre société n’est pas celle de l’image, comme on le dit souvent ; il me semble qu’elle est plutôt celle des images cachant les mots. Voilà à quoi servent les images aujourd’hui. A produire du sens caché, au sens strict.

Il y a des trucs bien connus - si je vous fais lire le mot « rose » écrit en vert pendant un certain temps, vous finirez par dire « vert »...Pareil pour le test de la vache ( qui finit invariablement par boire du lait...).

Les mots créent des barrières, et ils en font tomber d’autres.

Des initiés se reconnaissent entre eux à l’usage particulier de certains mots, de certaines tournures ( si un franc-maçon vous demande quel est votre âge, il ne vous demande pas la même chose que le préposé à la salle de sport quand il vous pose la même question).

On peut « classer » les gens a minima en prenant le soin un peu attentif de lire ou d’écouter ce dont ils parlent, COMMENT ils en parlent , et quels mots ils choisissent.

Ainsi, il me semble que parler d’"alternative au libéralisme" révèle une personne qui, dans une perspective à court terme, souvent purement électoraliste, ne veut pas "se mettre à dos" celles et ceux qui n’ont pas encore été convaincus par la nécessité de "l’anticapitalisme", une personne qui ne veut pas prendre le temps de convaincre, et donc d’expliquer, et surtout, une personne qui va délibérément tromper son interlocuteur.

Une personne qui est toujours plus susceptible de vous refiler en douce de l’Antonio Negri plutôt que du Karl Marx...

Une personne qui, éventuellement, sait pertinemment qu’elle sera aussi déceptive que la bague de Ré de Danièle Gilbert...

A la longue, cela révèle aussi tout simplement une personne qui ne sait pas parler...

Il y a une différence d’essence (chez celle ou celui qui dit) entre « immigré », « étranger », « migrant ».

« Parpaillot » n’est pas « protestant », « curé » n’est pas « prêtre » ni "cureton".

« Nègre » n’est pas « noir » ni « africain ».

« Avortement » n’est pas « assassinat », « enseigner » n’est pas « éduquer »...

Le "compromis" se révèle souvent être une "compromission"....

La « bravitude » de S. Royal était en soi signifiante, le néologisme criard pouvant ici révéler, au-delà de la pauvreté du vocabulaire, un souffle lyrique porté par une énorme dose d’ego (Royal a cru pouvoir faire œuvre créatrice - c’est cela qui était vraiment drôle).

Seul un marxiste chevronné ou un communiste « formé » saura ce que signifie « dépassement du capitalisme » - c’est-à-dire saura que ce mot est de Marx, et qu’il implique évidemment et préalablement la destruction du capitalisme...

Qu’il ne s’agit donc nullement de trouver une alternative qui finirait par signifier un arrangement avec le capitalisme.

Si un mot important comme celui-ci (« dépassement ») est laissé en déshérence par celles et ceux qui devraient l’utiliser, nul doute que d’autres s’en saisiront qui ne seront ni marxiste ni communiste et qu’on le retrouvera plus tard au service d’intentions qui n’étaient pas les nôtres !

(Ils s’en servent déjà d’ailleurs et on le trouve de préférence dans la bouche des « rénovateurs ». Posons-nous des questions...)

Les Mots entretiennent toutes sortes de rapports entre eux, et eux avec nous : assimilation, confusion, exclusion, définition, hasardeuse, rigoureuse...

Les figures de style ajoutent ou retirent du sens. Il faut les connaître aussi, et savoir que le « Je ne te hais point » de Chimène n’a pas le même sens que le « Je t’aime ».

Il en va ainsi du choix crucial entre « capitalisme » et « libéralisme », entre « communisme » et « gauche » ; il en va ainsi également pour d’autres couples, «  socialisme » et « Parti socialiste », « stalinisme » et « communisme »...

Nous avons un sacré nettoyage d’été à faire, en nous-mêmes avant tout, pour nous débarrasser de toutes les connotations que nous avons fini par traîner, à notre corps défendant, et aussi par laxisme, par manque de rigueur avec soi-même, pour retrouver des mots que parfois nous n’osons même plus employer.

Nous nous auto censurons bien trop souvent...Par habitude, par discipline, par fatigue, pour nous sentir moins seuls et mieux compris.

Quelle erreur !

Et si en prononçant certains mots vous vous sentez mal, dites vous bien que vous mettez sans doute le doigt sur "quelque chose" et que ce "quelque chose" est peut être un fantasme, ce qui veut dire beaucoup.

Libérer notre parole, voilà ce que nous devons réapprendre à faire.

Oui, nous communistes, nous avons une manière particulière, bien à nous, de réfléchir le monde, de transmettre nos expériences et nos Idées, une manière particulière de parler ; cette manière, elle est non pas un "gadget", ni une pose, mais elle est consubstancielle à ce que nous sommes.

Il fut un temps où nous étions les Maîtres des Mots. Nous dominions les concepts, et non l’inverse.

Il ne s’agit pas d’être nostalgiques, et de pleurer sur nos lauriers fânés, il s’agit de savoir se souvenir pour pouvoir rêver d’un avenir.

Comme un arbre qui a besoin de racines bien accrochées pour porter loin ses branches.

En libérant notre parole, en nous réappropriant les mots, nous libèrerons notre esprit.

En libérant notre esprit, nous libèrerons nos actes.

Soyons critiques à l’égard des anathèmes, des constats catégoriques (« le communisme est mort » , "Gramsci prônait le rapprochement avec l’Eglise" ou « le PCF est de gauche »), soyons méfiants à l’égard des formules toutes faites que l ‘on répète comme du catéchisme ("il faut une gauche décomplexée", "nous devons trouver une altrenative au libéralisme", "il faut refonder la gauche")..., soyons frileux devant le « prêt à penser ».

Soyons rigoureux (et non, cela ne veut pas dire borné ni chiant ), soyons analytiques, soyons dialectiques.

Non, « prolétaire » n’est pas un terme « vieillot » - il désigne toujours la même réalité, elle n’a pas changé, elle est immuable, aussi longtemps que restera le Capital.

Non, « communiste » n’est pas synonyme de « goulag ».

Non, « le Capital » n’est pas un magazine qui promeut l’entreprise et le libéralisme, et non, « travailleurs » n’est pas un terme réservé à Arlette Laguillier.

Camarades, ne nous arrêtons pas à la peur que les Mots, certains mots, créent chez nous ou chez l’Autre.

Osons franchir les barrières.

« La peur pue comme la mort », je le maintiens. Et ce n’est pas forcément le plus évident qui est le plus agréable ; ce n’est pas forcément le plus doux qui est le moins violent.

Refusons d’accorder du « temps de cerveau disponible » à Coca Cola.

Ouvrons nos têtes au chaud soleil de l’été ; à la faveur d’une brise d’un soir, relisons, écrivons, déclamons de la poésie, pour débarrasser nos crânes fatigués de toutes ces chaînes, qui entravent notre compréhension du monde et des hommes.

Nul besoin d’être un intellectuel pour goûter au plaisir des mots, au contraire. Ne vous censurez pas. (Le Capital le fera pour vous).

Nous ne serons forts que si nous sommes libres, c’est-à-dire libérés, autant que possible, de la domination intellectuelle insidieuse du Capital, domination et volonté de domination partout tapies, cachées derrière une virgule, aux aguets dans une phrase anodine...

Réapprenons à bien parler, et réapprenons à aimer parler, car rien d’important ne se fait sans Amour, ni gouverner, ni enseigner.

Plus que jamais, « Tout ce qui est beau est difficile autant que rare ».

Les belles choses demandent du temps et nous, nous nageons, forcément, à contre-courant.

Pour ces raisons, à cause de notre désir de justesse, de notre désir de Justice, de notre volonté d’être authentiquement communistes et pas de pâles copies ou des fantoches, pour cela nous sommes moqués, caricaturés, montrés du doigt, « ringardisés ».

Nous ne serions pas « modernes » parce que nous prônons l’éloge du Temps et des Mots, de la Raison et de l’Amour en politique, pour faire aboutir notre rêve , pour donner corps à notre utopie.

Et bien qu’importe ! Cela ne doit pas nous faire dévier, même si cela peut nous faire réfléchir.

A nous, d’ailleurs, de réinvestir enfin jusqu’au mot même de « modernité ».

Car, s’ils étaient déjà-passés, toutes celles et tous ceux qui nous font la leçon, qui nous enjoignent de déposer les armes, qui nous sermonnent parce que nous ne voulons pas hurler avec la meute " de gôôôche" ni ranger nos couteaux ?

-  Car s’ils étaient déjà en retard d’une bataille ou deux, celles et ceux qui se posent encore la question de la "forme parti" et de l’existence du PCF ?

-  Car si c’étaient les mêmes qui ont mis l’Huma à genoux ?

-  Si c’était nous qui voyions le plus haut , le plus loin ?

Et ces discours qui se succèdent, chez Sarkozy, chez ses ministres, chez tous ceux-là qui nous proposent, en résumé, de revenir au 19ème siècle, (tuberculose en prime, puisque la vaccination ne sera plus obligatoire à la rentrée prochaine), ceux-là qui veulent nous rabaisser au rang de bêtes de somme, nous empêcher de penser, nous abrutir de mille manières, mettre fin au regroupement familial et reconstruire les bidonvilles de Nanterre, ceux-là, qui nous saignent pour se remplir les poches, ne sont-ils pas COMPLETEMENT ringards ?

Nous ne devons pas chercher à avoir raison seuls contre tous, mais à prendre, maintenant, le temps de convaincre, pour n’avoir pas à imposer notre vision du monde un jour par la force ou la duplicité (même si je ne sais pas, aujourd’hui, si nous pouvons renoncer a priori à la force...).

Choisir la propagation plutôt que la propagande - rêver de commencer à concevoir comment faire rimer, sans violence, Socialisme et liberté, Socialisme et démocratie.

Voilà ce que c’est être "moderne" : c’est être communiste en Europe au 21ème siècle.

Souvent, et quoi que l’on dise, nous avons été l’avant-garde éclairée.

Rien de ce qui a justifié que cela fût n’ayant disparu, je ne vois pas pourquoi cela ne devrait plus être ( ou plutôt, je ne vois que trop bien ce qui agite celles et ceux qui nous disent le contraire, et cela a d’ailleurs tendance à grandement m’agacer).

Nous semons aujourd’hui des graines que seuls nos petits enfants commenceront à voir germer et nous serons sans doute morts et enterrés quand le communisme commencera à prendre la dimension qui doit et peut être la sienne.

L’urgence sociale qui est la notre aujourd’hui, et qui est entretenue à dessein par le capitalisme (car quand on se concentre sur l’urgence on néglige souvent l’essentiel), ne doit pas nous faire oublier cela.

Il s’agit donc d’en planter quelques-unes, de ces graines, des fortes, des bonnes, de les planter bien profond et de les arroser souvent...

Salut et fraternité camarades

ET... BONNES VACANCES (si ce mot a un sens pour vous, ce que je vous souhaite).

La Louve

(*Hommage à un Vieux Stal Borné...)

Ps : Je me permets de vous donner une petite liste d’ouvrages à lire sur un coin de sable, sous un arbre, dans un hamac ou... au plumard !

-  Le « Vocabulaire des Institutions Indo Européennes » d’Emile Benveniste par exemple, et aussi « Théories du Symbole » de Tzvetan Todorov ; « l’Art d’avoir toujours raison » d’Arthur Schopenhauer, et en version plus récente « Petit cours d’auto défense intellectuelle » de Normand Baillargeon ou, « UnSpun - Finding facts in a world of disinfirmation » de Brooks Jackson et Kathleen H. Jamieson, « Le viol des foules par la propagande politique » de Serge Tchakhotine, et je finirai par Pierre Bourdieu, « Ce que parler veut dire » et l’intégrale des « Contre-feux » - 3 tomes .

Liste non exhaustive, bien évidemment, et que je serais ravie de voir complétée par vous.

Sur mon blog , quelques textes et contributions sympathiques sur le même sujet, Michel Gros et ses « Mots captifs » : http://osemy.blogspot.com/2007/05/l...

Ainsi qu’une série de commentaires collectifs sur certains

‘Ateliers de Broderie Philosophique’

« Etre et Avoir »

« Rébellion, Révolte, Révolution »

source : Bellaciao



Publié le 17 juillet 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • La guerre des mots aura-t-elle lieu
    par La Louve
    29 janvier 2016, par Sara
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    • La guerre des mots aura-t-elle lieu
      par La Louve
      21 juillet 2016, par jeuxnewbanat
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