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Angelica, 11 ans et sans papier

Catégorie société
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Coup de théâtre inespéré

par Grégoire Comhaire

Angelica est libre suite à une requête en extrême urgence déposée par ses avocats. Des brutalités policières auraient été commises durant leur transfert vers l’aéroport. La fillette et sa mère restent néanmoins illégales sur le territoire.

BELGA

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la journée d’hier n’aura pas été de tout repos. Soigneusement préparée par l’Office des étrangers pour se dérouler sans encombres, l’expulsion d’Angelica et Ana vers l’Equateur s’est soldée hier après-midi par un coup d’éclat opéré par leurs avocats.

Le tribunal de première instance saisi par les conseils des deux Equatoriennes pour cas de mauvais traitements et siégeant en référé ordonne immédiatement leur libération. La camionnette qui les emmène à Amsterdam fait demi-tour, la fillette et sa maman sont libres.

-  Mais pour combien de temps ?

Menottée jusqu’au sang

Tout avait pourtant commencé normalement, selon la procédure habituelle. A sept heures hier matin, une fourgonnette de la police fédérale se présentait au centre 127bis de Steenokerzeel pour emmener Ana et Angelica vers Zaventem d’où elles devaient partir en fin de journée vers Amsterdam puis Quito par un vol KLM.

Normalement, si ce n’était la brutalité dont les policiers feront preuve à leur égard.

-  Ont-ils été effrayés à l’idée que l’énorme élan de solidarité exprimé à la petite ces derniers jours ne donne à sa mère Ana, l’idée de refuser de monter dans l’avion comme l’y autorise la procédure à ce stade puisqu’il s’agit d’une première tentative d’expulsion, avec la conséquence immédiate de prolonger leur détention en centre fermé et son pénible corollaire médiatique ?

Ou ont-ils simplement voulu faire payer à Angelica, comme lui confiera un policier un peu plus tard, l’écho donné à cette affaire dans les médias. Eux seuls le savent.

Toujours est-il que brutalement poussée et jetée au fond du fourgon, la petite Angelica, déjà largement affectée par son mois de détention au centre fermé 127bis observera, impuissante et terrorisée, sa mère menottée jusqu’au sang, projetée dans le véhicule et maintenue au sol par le genou du policier qui fait pression sur elle. "Si vous vous rebellez, c’est tout le voyage jusque Quito qui se passera comme ça" leur promet-on.

A l’arrivée à l’aéroport, la mère et sa fille sont séparées et maintenues dans le centre "Inad", pour "inadmissibles". Nous sommes en fin de matinée. La Ligue des Familles publie un communiqué dénonçant une instrumentalisation de la part des autorités du cas d’un enfant et de sa famille pour en faire un exemple. Le Centre d’Action Laïque interpelle le ministre de l’Intérieur.

Prévenus des brutalités dont Ana et sa fille ont été victimes, les avocats tentent alors une manoeuvre de la dernière chance pour faire interrompre cette expulsion.

Pendant que maître Valentin Henkibrant saisit en extrême urgence le tribunal de première instance de Bruxelles, Maître Selma Benkhelifa prend la route de l’aéroport accompagnée d’un médecin, bien décidée à faire examiner ses clientes et à faire constater leurs blessures. Elle retrouve là-bas le consul d’Equateur, qui tente aussi de pénétrer en zone de transit, pour visiter ses deux ressortissantes.

Après moult tergiversations, les trois visiteurs pourront finalement rendre visite à Angelica et à sa maman, deux détenues un peu inhabituelles dans ce lieu peu habitué à autant de tapage médiatique.

Chez Ana, le médecin constatera des traces de blessures au niveau des poignets, des genoux et du thorax. Quant à la petite, elle se plaint de douleur au dos et de difficultés à respirer. La mère et sa fille auraient en outre été forcées d’absorber des tranquillisants, ce qu’elles auraient catégoriquement refusé.

Il est 16h. Les sympathisants, politiques et anonymes commencent à se réunir dans le hall de l’aéroport. Des banderoles "Libertad" et "j’ai honte" sur les drapeaux équatoriens et belges sont déployées. Pendant que des représentants de sans-papiers prennent la parole, quelques militants et parlementaires interpellent les quelques passagers qui arrivent déjà pour enregistrer leurs bagages vers Amsterdam. "Si vous refusez de vous asseoir, ou si vous protestez, l’expulsion ne peut pas avoir lieu".

La foule est dense et les sympathisants nombreux.

Des caméras et des micros du monde entier sont tendus vers les avocats d’Angelica, petite sans-papier de onze ans dont le cas, emblématique de celui de centaines d’autres anonymes, aura suscité un écho et une émotion bien inhabituels.

Et c’est alors que retentit, en pleine interview, le GSM dans la poche de l’avocate. Et la nouvelle qui fait l’effet d’une bombe. Le tribunal a retenu le traitement inhumain et dégradant durant la procédure et suspend cette dernière avec une astreinte de 500 euros par heure de détention. Soulagement donc pour cette victoire provisoire car Ana et Angelica demeurent toujours illégales sur notre territoire et si elles n’entreprennent pas très vite une démarche de régularisation, tout ce petit monde risque de se retrouver à nouveau dans ce hall d’aéroport.

Grégoire Comhaire La Libre Belgique le 31 juillet 2007

Angelica Mère et fille devront tout de même quitter le pays

BELGA, le 31/07/2007

Si le tribunal de première instance a ordonné la libération d’Angelica et de sa mère, il ne s’est en rien opposé à leur expulsion. L’Office des Etrangers a rappelé mardi qu’il respectait le jugement rendu par le tribunal de première instance mais que cela ne changeait en rien la situation de séjour d’Ana Cajamarca et de sa fille Angelica. "L’ordre de quitter le territoire est toujours d’application. Elles doivent donc quitter le pays aussi rapidement que possible"

Madame Ernould, porte-parole de l’Office des Étrangers a eu cette petite phrase à la RTBF ce lundi soir alors qu’elle commentait la libération d’Angelica et sa maman : suite au battage médiatique, aux pressions de toutes sortes, on en est arrivé à... "la solution finale qu’on connaît aujourd’hui"

Angelica dénoncée par un raciste

Marc Metdepenningen

Une dénonciation raciste est à l’origine de l’incarcération de la petite Équatorienne au centre fermé 127 bis. Son expulsion ainsi que celle de sa maman sont prévues lundi soir. Deux rapports psychologiques font état de l’extrême détresse d’Angelica.

L’incarcération au centre pour illégaux 127 bis de la fillette équatorienne de 11 ans, Angelica Cajamarca, et de sa maman ne résulte ni d’une « rafle » commanditée par l’Office des étrangers ni d’une action proactive de la police de Dilbeek qui les a arrêtées le 30 juin dernier à un arrêt de bus.

Elle est la conséquence d’une dénonciation raciste opérée auprès de sa police locale par un habitant de Dilbeek

qui a cru utile de dénoncer auprès des forces de l’ordre la présence dans sa rue de « deux Gitanes », soupçonnées, du fait de la couleur de leur peau, d’être des « voleuses » !

Un délit de « sale gueule »

Sans cette dénonciation fallacieuse et xénophobe, Angelica et sa maman seraient toujours dans leur appartement de Saint-Josse, coulant des jours paisibles dans l’attente d’une rentrée scolaire que la fillette attendait avec impatience.

Vendredi, le délégué général aux droits de l’enfant, Claude Lelièvre, accompagné d’une juriste et d’une infirmière, se sont présentés aux portes du centre 127 bis. En compagnie de parlementaires (les CDH Benoît Dreze et Anne Delvaux, l’Écolo Carine Russo et la socialiste Julie Fiszman), il a pu découvrir des locaux délabrés, remplis de graffitis, « sentant l’urine ».

Incompatibles avec l’hébergement de mineurs, 13 actuellement enfermés à Steenokkerzeel.

Ana et Angelica, nous ont-ils tous confirmé, n’ont pas arrêté de pleurer.

La fillette est dans un état de délabrement psychique tel qu’elle en ressent des atteintes physiques : cauchemars, constipation, spasmes. Cet état est confirmé par deux rapports psychologiques que nous avons pu nous procurer. Le premier, dressé par le psychologue Arranz conclut ainsi : « J’ai constaté qu’Angelica souffre d’un grand malaise. Elle ne veut pas quitter la Belgique, ni abandonner son entourage parce que c’est la vie qu’elle connaît. Elle montre des symptômes de dépression, de grande tristesse, d’anxiété. Elle pleure et fait des cauchemars lorsqu’on évoque son retour. Dans la mesure du possible, je conseille qu’Angelica retourne à la situation antérieure à son arrestation, qu’elle puisse évoluer d’une manière stable et heureuse pour lui éviter une grande souffrance. Je recommande aussi un traitement psychologique pour surmonter le stress que cette situation a provoqué ».

Le deuxième rapport, établi par la psychologue Dominique Wathelet de l’Equipe locale d’interventions psychologiques et sociales est tout aussi alarmant : « Angelica pleure durant l’entretien. Elle évoque des difficultés à respirer produites par l’anxiété importante de la situation vécue depuis le 30 juin 2007. Elle a peur, ne souhaite pas retourner dans son pays, l’Équateur, car cela l’éloignerait de son père qui habite en Belgique. Elle présente une constipation réactionnelle, des perturbations du sommeil avec des cauchemars dont la thématique touche au souvenir de l’arrestation et à l’anticipation très négative du retour au pays. Elle se plaint de maux de tête, de vertiges, de sensations d’étouffement. Angelica vit sa situation de manière dégradante, injuste voire à certains moments révoltante. Elle exprime qu’elle reste fréquemment dans la chambre qu’elle occupe en compagnie de sa mère et d’une autre femme ».

Conclusion du rapport : « Angelica présente un état de stress aigu réactionnel à son arrestation, sa garde à vue et sa détention en centre fermé. Le risque d’une évolution vers un état de stress post-traumatique n’est pas à exclure du fait de la présence de facteurs péjoratifs, à savoir l’intentionnalité humaine dans l’évènement, l’âge d’Angelica, la durée prolongée de l’évènement stressant. Nous pensons que la réduction de la période de détention ou la sortie du centre fermé est de nature à réduire l’impact traumatique de la situation. »

Vers 17 heures, Angelica est apparue derrière l’un des murs d’enceinte du centre 127 bis. On l’a vu sourire, comme n’importe quelle petite fille. À l’extérieur, les parlementaires, comme les journalistes, n’avaient pas envie de sourire en la voyant regagner les murs de la prison où l’a conduite un délateur de Dilbeek.

Le Soir vendredi 27 juillet 2007, 23:40

source : Radio Air Libre



Publié le 1er août 2007  par torpedo


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