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Carnassez ! carnassez !
par Andy Vérol

Catégorie société
Il y a (3) contribution(s).

(JPEG) Des jolies baies vitrées, des plantes tropicales dans l’entrée, des plateaux téléphoniques, des bureaux décloisonnés, des hommes en costumes, des femmes en tailleurs, une gentille madame à l’entrée, un gentil monsieur avec un balai.

Des fumeurs groupés, pompant, sur le trottoir de devant. Des mouvements souples, des portables greffés aux oreilles, des tableaux Velleda, des salles de réunion, de conférence, d’attente.

Des toilettes propres.

Un restaurant snack, menu bio une fois par semaine (Menu chimique les autres jours ?).

Des câbles et des fils, des heures de pointe et des collègues qui ne se connaissent pas par centaines : "C’est le manager de ...", ’C’est la secrétaire de ...", "C’est l’assistant de...", "C’est le responsable du service marketing". On parle avec des mots anglais dedans, des abréviations, des barbarismes...

L’atmosphère se doit d’avoir l’apparence du décontracté, les salariés se doivent d’être dynamiques, motivés, investis par leur mission. Ils ont des entretiens d’évaluation, de motivation, de mobilité, ... On ne pointe pas, plus, les caméras se chargent de le faire à la place de chacun. On encense l’employé qui a vendu beaucoup, on reste sympa avec celui qui rame : "On comprend que certains puissent être plus lents à la détente. Mais on est une équipe et on se donne des coups de main. L’important, c’est la motivation et l’ambition. Si tu as tout ça, tu réussiras."

Il y a très peu d’employés de moins de 25 ans, et encore moins de plus de 50 ans.

Les gens ne sont pas plus beaux qu’ailleurs, mais ils s’entretiennent mieux. Ils ne sentent pas la sueur, ont des mains douces. Ils n’aiment pas "les extrêmes", n’apprécient pas la misère, ni la guerre. Ils pensent que le capitalisme est "le moins pire des systèmes", pourvu qu’on fasse attention à ne pas être avalé par la Chine.

Pour cela, il faut mettre les bouchées doubles, il faut se donner encore plus à fond, cesser de compter ses heures.

Le CE géré par les syndicats n’a plus que ce rôle-là (en a-t-il déjà eu un autre ?), offrir des machines à café, des fontaines à eau, des prix sur les voyages et des aides pour la garde des enfants. On relocalise, on délocalise, on audite, on expertise, on standardise, on forme aux nouvelles méthodes de management. On participe à des stages d’une demi-journée pour "mieux organiser et agencer son poste de travail". On bénéficie de stage de motivation en short ou en combinaison pour souder l’équipe...

Et ça marche ! On se marre, le chiffre d’affaire augmente, les parts de marchés aussi.

Les actionnaires sont contents, ils ont touché de gros dividendes.

Alors les équipes sont encore plus motivées pour l’année suivante. Bouchées doubles, stages de motivation, brainstorming et café issu du commerce équitable (une exigeance des syndicats, comme quoi ils sont très utiles)...

Et puis un jour, Dieu, mister Pdg missionne tous les managers dans les services... On compresse. Pour garantir notre place sur le marché, on serre, on diminue les effectifs, on "rationalise" la gestion, on conforte la marge bénéficiaire...

On affirme faire ça pour conserver les postes de ceux qui restent.

C’est ainsi tous les deux - trois ans. Il faut déguerpir dans une charette à bestiaux parce qu’on est le "trop" qui "paralyse les investissements" et "érode la productivité"...

Quand tu es licencié, pendant ta période de préavis, tu les vois réels tes collègues. Ils ont tous ce visage de zombie, de machine à se nourrir de la viande des autres... Tu as été eux. Tu as aussi regardé avec un peu de mépris (il y a bien une raison si c’est lui qui a été choisi et pas moi), tu as aussi contourné celui ou celle avec qui tu t’entendais. Tu lui parles différemment, avec condescendance (pour les odieux), avec mépris (pour les waffen-ss de la productivité d’entreprise), avec pitié (pour tes collègues "amis")... Avant tu marchais au café et aux vitamines, voire un peu de cocaïne, maintenant tu roules aux antidepresseurs, à l’alcool et au café (mais à outrance).

Le dernier jour venu, certains de tes collègues te demandent si tu vas faire un pot de départ, tout en t’affirmant que tu trouveras vite un autre travail, "avec tes compétences et ton professionnalisme, ce sera les doigts dans le nez".

Tu te barres avec une boule de merde dans la gorge. Tu te dis que l’entreprise, cette connasse, s’installe dans ton coeur comme un regret... Pitoyable. Minable... Tu n’as été et tu n’es encore que la "chose" de la structure tyrannique moderne par excellence : l’entreprise.

Tu n’es que la pute de l’entreprise...

Carnassez ! Carnassez ! Avec vos visages pacifiques, sympathiques... Carnassez ! Mangez la viande des plus faibles pour grandir sans fin...

Carnassez ! Cannibalisez ! Nourrissez-vous de la chair tendre de ceux qui ne résistent pas aux pressions...

Carnassez ! Bouffez ! Avec vos airs de citoyens intègres, "modérés", responsables civiquement ! Bouffez d’abord pour être bouffés à votre tour, un jour ! Carnassez chiens de zombies, hybrides d’humains ! Carnassez ! Offrez à l’entreprise tout ce qu’elle vous impose a-démocratiquement ! Carnassez ! Elisez des hommes et des femmes qui garantissent à l’entreprise la maîtrise des politiques publics, du message citoyen, de l’information, de l’idéologie ! Carnassez ! Offrez-vous aux loups comme ces vierges salopes qu’on sacrifiait pour les Dieux protecteurs ! Carnassez ! Fermez vos gueules ! Payez ! Remboursez ! Empruntez ! Laissez tout ! Carnassez ! Soyez la grosse pute de l’entreprise ! Vous êtes formés par l’école pour devenir la grosse putain de l’entreprise !

Carnassez citoyens-salariés, vous, qui reluquez les corps affaiblis, mollassons et desespérés de cette sale race de citoyens-chômeurs, telles des bêtes de somme s’imaginant dans la peau des animaux de proie, ... Carnassez comme des salopes que vous êtes ! Carnassez pour un bout de tôle de bagnole brillante, des vacances pathétiques, des achats frénétiques, des amitiés sympathiques entre collègues ! Carnassez chiens de citoyens-salariés ! Vous serez bouffés à votre tour, inévitablement... Mais sachez que pour vous, l’évidage de vos tripes, le découpage de vos membres, la cuisson de vos abats se feront avec délectation... Carnassez ! Offrez vos âmes et vos corps à l’entreprise ! Carnassez merde !

source : Andy Verol & Hirsute



Publié le 4 août 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Parnasse ! parnasse !
    par Andy Vérol
    5 août 2007, par carrnassier or ni car !
    simplement mort de rire ;)
    • Parnasse ! parnasse !
      par Andy Vérol
      7 août 2007

      Je trouve ça pas mal mais un peu inutile. Pas que le taff de Verolo ne soit pas intéressant mais il ne sert à rien. Un écrit doit nous faire avancer mais nous engluer dans du surplace. J’t’écris. Bisous mon beau.

      Komada san

  • Carnassez ! carnassez !
    par Andy Vérol
    4 janvier 2017, par EricaPierce
    An interesting discussion is worth comment. I think that you should write more on this topic, it might not be a taboo subject but generally people are not enough to speak on such topics. To the next. Cheers Website Visit Visit Web Read More
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