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L’assaut final : entretien avec Damny, chanteur et clavier de la Phaze
mené par Andy Vérol

Catégorie Musique
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Réaliser cet entretien avec Damny me paraissait une démarche salvatrice afin d’éclaircir un certain nombre de points concernant la démarche artistique et militante de la Phaze. Ce groupe sur lequel j’ai eu la chance de me plier le dos et me bousiller les chevilles à deux reprises m’a immédiatement électrisé. Le mélange des genres, le rythme trépidant, la liberté d’exécution.

La Phaze allie un regard acide sur notre monde et une musique au galop.

Hormis cette tournée brésilienne avec Manu Chao et des collaborations diverses marquant une grosse demarche militante, je souhaitais creuser certaines questions très souvent mises en exergue par le groupe. C’est parti :

(JPEG)

A.V. : Avant toute chose, j’aimerais que tu fasses un petit historique du groupe. Assez bref si tu veux, ou bien long. A toi de voir.

D. : La Phaze existe depuis l’an 2000 environ. On était deux au départ et quatre à l’arrivée : Arnaud (guitare), Rousman (Batterie) Nevrax (platines) et moi-même (chant-clavier, un peu de basse). On a sorti un premier 6 titres sur le label indé "Jarring effects" puis un album chez (feu) Small Axe. Le premier véritable long album "Fin de Cycle" est sorti en 2005 et on a beaucoup tourné depuis que le groupe existe, majoritairement en France et de plus en plus à l’étranger.

Il y a dans votre musique des inspirations diverses. En tout, c’est tonique, speed, une forme d’énergie brute toute droite héritée du punk, où des salles de concert étouffantes des années 50 - 60... Je plaisante. Il me paraît toujours un peu fébrile d’attribuer aux artistes des influences et des pairs pour illustrer ou étoffer les propos. Je dirais que La Phaze, c’est du sirop bien alcoolisé. Il sert à l’origine à soigner une angine, mais finalement on l’utilise pour se retourner la tête... Ce que je dis te parait-il complètement stupide ?

J’aime beaucoup ta métaphore !... Le côté curatif du groupe c’est vrai qu’on l’a, parce que je pense que ça nous soigne en premier lieu contre l’ennui, la morosité et ça nous permet de nous "vider" physiquement et intellectuellement, c’est certain. L’idée de faire une musique à la fois énergique et tournée vers l’humain, c’était pour nous un bon remède au froid, au sens de l’aliénation des masses si tu préfères ! Pour conforter ta métaphore éthylique, je te dirais même que la sensation d’enivrement et de défonce est souvent bien réelle sur scène !

A.V. : Beaucoup de gens sont peu prompts à écouter des paroles lorsqu’elles sont portées par une musique très speed, très puissante. Et pourtant, La Phaze, c’est pour moi le corps qui bouge frénétiquement, mais c’est aussi un message porteur, intelligent et remplit de rage. Vous me faites un peu penser à ces syndicalistes américains qui n’ont plus que Michaël Moore sur le tapis rouge de Cannes comme porte-parole, comme haut-parleur. Je m’explique. Je vous ai vu jouer deux fois en live. Une première fois au Furia Sound Festival à Cergy, en 2005, et aux Eurockéennes, une semaine plus tard. Vos lives sont hyper-tendus, plein de force. Vous y mettez toute votre salive, tous vos muscles et toute votre semence (il me semble). Et pourtant, j’ai senti d’une grosse partie de ces publics-là ne percevait pas la portée de votre message, ou de vos messages. Vous avez assimilé un paquet d’influences musicales mais vos textes sont non seulement contestataires, mais aussi tournés vers une vraie réflexion révolutionnaire sur les agissements des dirigeants. Grosso modo, vous vous prenez bien la tête pour analyser le monde, mais le monde ne vous entend que partiellement, voire pas du tout. Je vais trop loin ?

D. : Nous sommes à l’heure du dernier stade de marchandisation de la culture. La musique a été tellement banalisée et matraquée par les majors du disque que c’est devenu un produit de consommation basique...et paradoxalement dispensable comme on peut le voir avec la mort du support. Le circuit des concerts et en l’occurrence celui des festivals rentrent dans cette logique de pure consommation et profit. Quand 5000 personnes aujourd’hui lèvent le bras en l’air en signe de contestation lors d’un concert, il me semble que cet acte prend un caractère fort, mais complètement instantané car la plupart des gens le font par effet de foule, pour être avec les autres. Je pense que la parole des artistes en concert a de moins en moins d’impact parce que notre rôle est souvent complètement instrumentalisé par les "marchands de divertissement".

Regarde notre expérience avec notre label actuel : ils nous soutiennent dans le propos parce qu’au fond ils se projetent avec l’idée que la jeunesse va se retrouver dans nos paroles, et qu’avec un peu de soufre à la clef, ils pourront "faire des scores" en terme de vente. Mais ne nous y trompons pas, leur but est de vendre le produit La Phaze. Donc ils mettent des pressions pour que nous soyons "politiques" tout en caressant dans le sens du poil afin de séduire les médias.

Voilà tout le dilemne et toute la question du rôle de l’artiste et de la portée de son message qu’il veut diffuser au plus grand nombre.

Je pense effectivement -sans pour autant être pessimiste-qu’il y a peu de gens qui entendent vraiment ce qu’on raconte, peut-être parce qu’aujourd’hui nous voulons des solutions évidentes à tout. Notre propos est plutôt de chercher des solutions collectives...

A.V. : Le dirigeant français deale des technologies au potentiel meurtrier gigantesque à un dictateur puissant qui s’affirme comme le « guide de la Révolution ». Les pubs utilisent les slogans révolutionnaires pour vendre de l’arnaque, les dirigeants syndicaux signent des accords anti-sociaux avec des dirigeants d’entreprise tout en prétendant défendre les intérêts des salariés, nombre de pays du sud s’émancipent tout en consolidant l’idée que le salut ne passe que par la croissance économique. La pensée révolutionnaire n’est pas seulement bafouée par ceux qui la contestent (comme le président français), mais aussi par des régimes politiques qui s’en réclament comme en Chine, à Cuba, au Viet Nam, etc. La plupart des gens ne reconnait plus de légitimité au marxisme, à la pensée anarchiste ou à toute autre forme de réflexions sur une alternative au monde contemporain. La Phaze, est-ce un groupe de puristes, de militants intégres ou une dernière tentative dévolution avant extinction ?

Nous ne sommes pas un groupe de puristes puisque nous acceptons de jouer dans des endroits aux subventions douteuses, qui font appel à des sponsors bien capitalistes qui investissent à fond dans cette "industrie du divertissement général".

-  Militants intégrés ? Oui peut-être, pour nous comme pour nos pairs la question est : être dans le système pour le combattre de l’intérieur ou être complètement hors système et totalement marginalisé ?

C’est exactement ce genre de question qu’on s’est posé pour monter Colère Noire : appeler à boycotter TOTAL ? Surréaliste et vain. Par contre ouvrir sa gueule et montrer une résistance à l’annonce des bénéfices de cette firme pour dénoncer leur responsabilité dans le naufrage de l’Erika c’est démontrer qu’il reste une opposition, un remède à la résignation et à la passivité, même si dans les faits c’est David contre Goliath. Je crois que la notion de révolution est complètement récupérée et fait vendre au même titre que la soit-disante -soudaine- prise de conscience écologique. Cependant il reste dans tout ça des gens sincères qui poursuivent la tradition révolutionnaire et dont le but est la recherche de la vérité et du bonheur social ainsi que sa juste repartition. Ces gens-là sont des coups de semonce, le grain de sable dans l’implacable rouage médiatique (je pense par exemple aux docus comme "we feed the world”, “le cauchemar de Darwin”, “l’île aux fleurs”, ...pour ne citer que ceux-là) et connaissent un intérêt souvent inattendu et massif de la part du public. C’est pour cette raison et parce que j’ai foi en l’humain qu’il nous appartient, à notre niveau, de continuer à porter des idées d’alternatives, parce que c’est naturellement sain et urgent, que ne rien faire, c’est accepter la honte du monde dans lequel nous vivons ! Regarde Internet : même s’il est partiellement phagocyté par les grosses firmes continentales via les publicitaires, il permet à des gens d’échanger et de se retrouver sur des idées humanistes et justes - La preuve avec cet entretien ! - parce qu’il ne peut pas être contrôlé en temps réel et c’est cet atout qui permet de prendre le contrepied de la désinformation et de la censure ! Mais cela demande un effort personnel de recherche et un travail d’investigation que trop de gens ont peur de faire dans notre société.

A.V. : Enfin, comme pour chacun des entretiens que je réalise avec des artistes, je te demande de poser une question à ceux qui liront tout ce qui précède.

J’aimerais savoir ce que l’avenir inspire aux gens aujourd’hui, ou plutôt à quelles formes d’avenir ils aspirent ?

-  Quelques infos essentielles :

La phaze

-  colere-noire

Nouvel album : sortie prévue début 2008

Andy vérol & Hirsute



Publié le 23 août 2007  par torpedo


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