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Sarkosy ou le hoquet de l’histoire
par La Louve

Catégorie politique
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A quoi reconnaît-on un penseur génial d’un imposteur ?

(JPEG) A ce que ses analyses, et les trames qu’il leur a données, les outils qu’il a façonnés pour y parvenir, sont toujours d’actualité un siècle après sa mort.

« Hegel remarque quelque part que tous les grands faits et les grands personnages de l’histoire universelle adviennent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce (...) »

Puis, plus loin :

« Il reste à expliquer comment une nation de 36 millions d’habitants peut être surprise par trois chevaliers d’industrie et être capturée sans résistance ».

C’est Karl Marx qui écrit cela dans « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte ». Il n’est évidemment pas un imposteur.

1851-2007. Les hommes ont changé. Les circonstances aussi, parfois. Mais les mécanismes, l’analyse, la façon d’analyser, restent intactes. Parfaites.

Là où de Gaulle fut la tragédie, Sarkozy est la farce, au sens strict du terme.

C’est le hoquet de l’Histoire.

Revendiqué par le hoquet lui-même, de Gaulle (avec Jean-Paul II) est en tête des personnages qui l’inspirent le plus.

Peu importe que les vrais gaullistes le haïssent profondément parce qu’ils perçoivent confusément qu’il incarne à la fois l’antithèse et la continuation exacte de leur héros.

Peu importe qu’il n’ait retenu de de Gaulle que ce qui l’arrangeait ou le séduisait, et l’ait détourné en croyant le reproduire (autorité, qu’il voudrait morale mais qui n’est qu’autoritarisme ; symbolique du Père, qui n’est chez lui que paternalisme petit-bourgeois ; stature, qui n’est que gesticulations ; vision de la France et de l’Europe qui n’est, chez lui, qu’une vue myope, inféodante...).

Peu importe, même, que cette admiration ne soit qu’une posture, qu’une façade. Elle n’est pas anodine et elle est assumée.

Une chose sauvait de Gaulle de l’emprise absolue du capitalisme, et donc, lui garantissait malgré tout une indépendance par rapport aux puissances capitalistes incarnées :

il craignait, il méprisait l’argent et son pouvoir à titre personnel.

Madame de Gaulle faisait les comptes et économisait jusqu’aux ampoules électriques de l’Elysée. Militaire, de Gaulle était un ascète et cet ascétisme lui plaisait.

Mais ce n’était pas un saint pour autant.

En allant faire son discours sur les institutions à Epinal, dans les Vosges, en juillet dernier, Nicolas Sarkozy a placé, délibérément, ses pas dans ceux du vieux général, pour mieux les pervertir diront les uns, pour mieux les accomplir, diront les autres.

Et il a voulu que le message soit clairement compris et retransmis .

Il y a martelé sa volonté d’un pouvoir présidentiel renforcé. Et il a sans doute compris la leçon des «  grands hommes » : l’Histoire que l’on peut écrire n’est qu’une question d’opportunités.

Il est donc, logiquement, celui qui va parachever le «  coup d’Etat permanent » gaulliste et faire cracher à la Constitution du 4 octobre 1958 ce qu’elle a toujours eu dans le ventre, sans que personne jusqu’à présent, ait osé ou ait eu envie soit le supprimer, soit le porter à son apogée : un régime ultra présidentiel et autoritaire, où les contre-pouvoirs réels auront été méticuleusement balayés par le népotisme et le viol perpétuel du droit public positif.

Les premiers à l’avoir compris sont à droite et ce sont bien les gaullistes authentiques.

Comme le disait Marx, ce seront aussi les premiers punis politiquement.

Mitterrand avait une vision monarchiste et presque romantique du régime de la Vème république, héritée de l’avortement de la restauration sous la IIIéme république. Il se plaisait sur les hauteurs pyramidales, aimait à marcher (et non à courir), à lire... C’était un Florentin, plutôt Valois que Bourbon. Il aimait passionnément l’argent et le pouvoir, qui lui permettaient toutes les jouissances. Les "combinazzione" et les intrigues de palais le mettaient en joie.

Chirac était un capitaine d’industrie, fils légitime de ces grandes familles héritières des empires industriels construits à la fin du 19ème siècle, comme Michelin, Dassault, Boussac, gendre idéal, marié à la vieille noblesse française. Il avait la fibre démocrate et chrétienne de « l’homme du 18 juin » ;

il s’en est rapproché en vieillissant, chaque année davantage.

Le chien fou s’est installé dans la peau du parrain, plein de courtoisie mais gardant des piques redoutables, veillant sur les dernières cendres d’un monde qu’il vit disparaître, à l’aube d’une époque où il savait que lui et les siens n’auraient plus leur place et que l’ordre ancien allait céder.

Nicolas Sarkozy revendique Kennedy et de Gaulle. Il aime le glamour du premier et la plume du second. Mais c’est un de Gaulle atlantiste, poujadiste, qui n’a jamais fait la guerre, et qui confond libération et libéralisme.

Evidemment, Cécilia n’est pas Yvonne, et Neuilly n’est pas Colombey...

Reste donc, pourrait-on paraphraser, à expliquer comment une nation de 62 millions d’habitants peut être surprise par trois chevaliers d’industrie et être capturée sans résistance...

Encore une fois, les outils mentaux légués par Marx à ce qui devrait être sa descendance sont redoutablement efficaces. Ne pas s’en servir est une erreur. En faire un dogme est une manière de ne pas s’en servir.

C’est bien la structure de classes de la société et les rapports entre celles-ci ainsi que nos errement par rapport à cela, qui expliquent le tout.

La démocratie telle qu’elle existe en France aujourd’hui, ainsi que ses avatars (Nation, République), sont des créations bourgeoises pour la bourgeoisie.

Destinée à priver le prolétariat d’une chance véritable d’être représenté politiquement et de prendre le pouvoir pour faire advenir une société sans classe, elle ne lui laisse finalement le choix qu’entre la soumission ou la révolution.

Autrement dit, le crétinisme parlementaire auquel nous sommes aujourd’hui réduits, dévoiement inévitable de la démocratie parlementaire bourgeoise et lâche mise en place par ce bon Debré, encadrés par le financement des partis politiques et par la solde grassement versée aux députés et aux sénateurs, l’actuel système de représentation des Français, fortement appuyé par les structures spécifiques de la 5ème République qui assurent une prééminence indiscutable du Président, parachevé par son élection au suffrage universel, tout cela était, et est toujours, fortement et puissamment anticommuniste.

On devrait donc légitimement se demander aujourd’hui comment nous en sommes arrivés à cautionner notre ennemi le plus fidèle par-delà les décennies et y compris contre nous-mêmes.

Héritière politique tardive de l’anticommunisme du Général, prolongement institutionnel du combat pour le pouvoir que se livrèrent les forces de la Libération (appel du 17 juin contre appel du 18 juin, communistes contre gaullistes...), la Constitution de la 5ème République fut le premier signe de notre défaite.

Tout cela n’était bien destiné qu’à un seul et unique objectif, à savoir museler le prolétariat en lui faisant le moins de mal possible, le priver de ses défenseurs sans en avoir l’air, au nom de la Liberté, des droits de l’Homme, pour que les forces du capital puissent l’estourbir peu à peu et l’emmener ainsi à l’abattoir.

Abattoir où le prolétariat, désorganisé par plus de 15 ans de gouvernance socialiste et de syndicalisme indigeste, a fini par se conduire presque tout seul le 6 mai 2007.

Il est « amusant » de constater que selon l’INSEE, en 2005, les ouvriers composent encore presque 24 % de la population active française, voire 30% chez les jeunes de 15 à 29 ans alors que les « professions libérales » (artisans, commerçants chefs d’entreprise) représentent 6 % de cette population active et que les cadres frôlent les 15 %.

Les employés quant à eux, représentent 29,1% de la population active.

Cela, c’est intéressant aussi.

On ne peut pas faire porter tout le poids de la victoire de Sarkozy aux ouvriers, qui, contrairement au mythe qui en fait le gros des bataillons FN ( alors que, toujours selon l’INSEE, les ouvriers composaient en 2002 moins de 30 % de l’électorat frontiste), ont majoritairement voté à gauche (quoi qu’on entende par là), comme les fonctionnaires, ou se sont abstenus (et je crois que de très nombreux communistes se sont abstenus).

(JPEG)

Illustration Rozor

Alors que les salariés, les « employés » comme dit l’INSEE, eux, ont plus que contribué à ce « coup d’Etat » pour une raison simple : ils ne se sentent pas appartenir à une classe, ils ne sont pas organisés en tant que tels, et pour dire les choses simplement, ils n’ont aucune conscience de classe. (Pan sur les doigts, ça nous apprendra aussi à déserter le syndicalisme dans le secteur privé).

C’est cette saine lecture qu’a du potasser Nicolas Sarkozy avant de mettre en marche sa machine de guerre. Ce que les représentants des « partis de gauche » auraient été bien inspirés de lire également, sans doute.

Mais bon, on ne va pas refaire l’histoire...

Rien ne sert de se battre la coulpe et de regretter amèrement que Royal n’ait pas été élue, ni même qu’un autre candidat socialiste ne soit pas finalement présenté.

Il y a bien longtemps que nous aurions du quitter définitivement la route qui croise la rue de Solférino, bien longtemps que nous aurions du traiter le PS comme ce que nous savions qu’il était réellement :

un repaire d’arrivistes, de romantiques, un peu mous, parfois très talentueux, mais aussi éloignés de nous que le rat des villes peut l’être du rat des champs.

Mais enfin, empêtrés dans notre mauvaise conscience post-stalinienne nous n’étions pas "au clair" nous-mêmes...

Toute cette histoire « de gauche », c’est un épiphénomène et le mal venait d’ailleurs, l’existence même du PS en tant que tel n’étant au fond qu’un symptôme de cette république fantoche.

Il ne suffisait plus à Nicolas Sarkozy, (à qui on doit reconnaître d’être un fin stratège et un bon observateur de la vie politique, ou de savoir bien s’entourer), de constater le vide abyssal laissé « à gauche », par la grande faute des socialistes, (et avec la complicité passive et malheureuse du PCF, il faut bien le dire, s’en excuser platement, pour ensuite, ne plus y revenir).

Sarkozy puisa dans quelques bons ouvrages un prolétarisme de pure façade qui fit néanmoins mouche, les prolétaires, en effet, ayant grand besoin d’être représentés et étant avides d’être défendus.

Fallait-il être aveuglé par les gloires passées pour ne pas prendre la mesure du gouffre qui s’ouvrait sous nos pieds depuis 20 ans !

-  Que Sarkozy se mit directement dans la poche les cadres et professions dites supérieures, les professions libérales, les chefs d’entreprise, quoi de plus normal ?

Il ramena aussi vers lui, et on sait comment , des gens, y compris des gens historiquement de gauche, voire d’extrême gauche, qui votaient auparavant pour Le Pen ou de Villiers. Rien de choquant non plus.

Le tour de force réside en ce qu’il parvint à « vendre » au gros des troupes prolétaires que la défense de leurs intérêts passait nécessairement et préalablement par la défense des patrons, que défense des prolétaires et défense des intérêts capitalistes allaient de paire, (formule sur laquelle nous devons absolument réfléchir car elle est redoutable et questionne fortement ce que nous croyons être le communisme en France).

Largement aidés par notre incapacité à leur insuffler une nouvelle conscience de classe, ainsi que par une décérébration de masse, « les employés » gobèrent comme un seul homme des mirages de pouvoir d’achat et de sécurité.

C’était logique et c’était si beau !

Si les patrons sont contents, les salariés seront contents, et les bourgeois seront, évidemment, reconnaissants aux prolétaires d’avoir acclamé leur champion !

Ben tiens...

Génération Casimir... « Voici venu le temps des rires et des chants, dans l’île aux enfants, c’est tous les jours le printemps ; c’est le pays joyeux des enfants heureux... »

Les patrons et autres capitalistes laissèrent Sarkozy faire son show, utilisant à cette fin tous les moyens que ces nantis mirent à sa disposition pour qu’il donne le meilleur de lui-même, sans aucune crainte que celui qu’ils pensent être leur créature leur échappe.

Ils savaient bien, eux aussi, pour avoir à maintes reprises constaté sa faiblesse dans leurs usines et leurs entreprises, que l’organisation des prolétaires avait pris plus que du plomb dans l’aile...

Et les institutions de la 5ème république, ainsi que l’inspiration gaulliste, firent le reste.

Toute sa vie, en effet, Nicolas Sarkozy s’était fait une certaine idée de la France...Enfin surtout, une certaine idée de Sarkozy en France.

-  Aujourd’hui qu’en est-il ?

Et bien, le coup d’Etat avance, et il frappera tout le monde ou presque. Les compagnons d’hier deviendront les ennemis demain, il ne faut pas en douter.

Non, le projet de Sarkozy pour la France n’est pas vide ni creux, au contraire de ce qu’ont bégayé les membres du PS (qui croient encore judicieux de donner leur opinion alors qu’ils feraient simplement mieux d’achever de se dissoudre en silence).

Le projet de Sarkozy et il était plus que clair dans son discours du MEDEF,

c’est de briser, de disloquer, de désunir, par tous moyens, le peuple de la France, pour régner, sans partage, jusqu’à la nausée.

Créer, recréer, un sous prolétariat, qui sera sa meilleure main d’oeuvre.

Il est principalement capitaliste, antisocial et autoritariste. Il est surtout la manifestation d’une volonté de pouvoir personnel quasi-pathologique. Lui seul peut tout.

-  Quelle stratégie adopter face à cela ?

-  Quel horizon se donner pour avancer dans cette mêlée ?

Evidemment, le communisme.

Le communisme et rien d’autre.

Il n’est plus qu’à souhaiter aujourd’hui que nos dirigeants dans leur ensemble prennent la juste mesure de notre échec, mais aussi, de l’échec de leur pensée et de leur vision du communisme, rapidement.

Je dis cela sans méchanceté, car je crois que se tromper, en effet, est humain. L’appel des militantes et des militants qui, au fond, leur demandent ce retrait, comme une dernière marque de confiance, un baroud d’honneur, se fait de plus en plus pressant...

Qu’ils comprennent qu’on ne leur en voudra pas, au contraire, de reconnaître leurs torts, ou plutôt leurs erreurs, erreurs qui sont consubstantielles à une époque et qu’au fond, ils ne pouvaient pas ne pas commettre, que nous aurions commises aussi, sans doute si nous avions été à leur place.

Qu’ils cèdent la place, pour que le PCF ne sombre pas corps et biens.

Voilà l’urgence, d’abord.

Car le capitalisme est à bout de souffle, je le maintiens et tout le prouve.

Et nous, nous le peuple, nous les prolétaires, nous les faibles et les exclus, avons dramatiquement besoin d’un parti du communisme si nous voulons, le jour venu, être en état de saisir l’opportunité historique qui se présentera à nous.

Il faut critiquer la démocratie que l’on nous offre aujourd’hui comme un modèle indépassable mais qui n’est qu’un simulacre bourgeois destiné à enterrer nos frères, pour avoir une chance de faire advenir une démocratie réelle.

Il faut critiquer le pseudo-socialisme qu’on nous offre aujourd’hui, comme si tout avait été dit et pensé et que le salut réside uniquement dans la propagande et la médiatisation, pour avoir une chance de faire advenir un Socialisme véritable et au-delà, le communisme.

Et s’il est bien une conquête que nous devons opérer d’urgence, avant toute chose, c’est celle de notre électorat « naturel ».

Cela, ça ne se fera pas en cinq ans.

Mais justement, Sarkozy peut nous y aider, à condition que nous nous y aidions nous-mêmes.

C’est la logique de balancier de l’Histoire.

Tant que nous n’aurons pas fait ce travail, nous ne gagnerons plus d’élections.

Et bien sûr, quand je dis cela, je postule avant tout que gagner des élections ce n’est pas se répartir quelques sièges, une poignée de régions, des cantons, des communes, et ce ne doit pas être la recherche du pouvoir pour le pouvoir, mais le pouvoir pour le communisme.

Cette conquête nécessaire, (non pas pour la survie du PCF en soi, mais pour la renaissance du PCF en tant que parti de masse, outil du communisme), elle ne se fera pas avec des armes d’un autre temps.

Et quand je parle d’armes, je parle de structures mentales, je parle d’habitudes et de pratiques politiques...

Cette conquête implique une révolution des âmes qui seule évitera la révolution des corps.

Un bain de jouvence, ou un bain de sang.

A nous de choisir...

Fraternellement,

-  La Louve

source : Bellaciao



Publié le 4 septembre 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Sarkosy ou le hoquet de l’histoire
    par La Louve
    29 janvier 2016, par Sara
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