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Peuples de tous les pays
par Michel Peyret

Catégorie politique
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(JPEG) À l’évidence, rien de ce qui se passe en ce monde ne permet de dire que nous connaîtrions la fin de l’histoire, que les peuples n’auraient qu’à s’inscrire dans la perduration d’un système capitaliste qui, même si s’en était le seul aspect, la seule caractéristique de son existence, vient de vivre une crise financière dont on ne sait si elle est terminée, mais qui témoigne que rien n’est figé, tout au contraire. Elle met en évidence de nouvelles fragilités du système qui apparaissent, se renforcent, se portent jusqu’en son coeur, son centre, constitué par ce qui demeure encore son principal rempart, l’Empire, les Etats-Unis d’Amérique .

NOUS AVONS CHANGÉ DE SIÉCLE

À l’évidence encore, nous ne sommes plus dans la dernière décennie du siècle qui vient de s’achever où l’on pouvait encore penser qu’un monde unipolaire était né et que la puissance constitutive de ce pôle serait en mesure d’imposer sa domination sur la longue durée à toute l’humanité.

Cependant déjà, pour qui voulait bien se remémorer l’histoire passée des empires, apparaissait que les trajectoires de leurs évolutions passaient par des phases successives, de la naissance au développement et à la montée en puissance, jusqu’à l’apogée et au summum des possibilités de domination, avant d’emprunter les voies du déclin progressif et finalement de la désagrégation et de l’écroulement.

Toutefois, on le sait, l’histoire ne se reproduit jamais à l’identique et c’est en conséquence à l’étude concrète de l’évolution des contradictions de ce monde et de cet Empire à laquelle il convient de procéder pour déterminer la phase actuelle de cette histoire.

Rien n’est moins simple.

Au stade avancé de mondialisation que nous connaissons, l’intrication des contradictions de ce monde est telle qu’il apparaît impossible de considérer isolément tel ou tel ensemble ou pays, a fortiori lorsqu’il s’agit de l’encore première puissance mondiale. Cependant, quand on se revendique première puissance dans un monde unipolaire, c’est l’ensemble de ce monde qui est surdéterminé par ses contradictions qui l’imprègnent fortement .

LE DÉCLIN DE L’EMPIRE

Toutefois, depuis plusieurs années maintenant, historiens, géographes, sociologues, ... qui se penchent sur cet ensemble pour en déterminer les tendances évolutives s’accordent pour considérer que le concept de « déclin » serait le plus approprié au stade actuel de l’évolution de l’Empire. Il conviendrait alors d’en étudier tout à la fois le caractère absolu qui apparaît indiscutablement lorsque l’on détermine et analyse les différentes « crises » qui affectent le modèle, et sa relativité qui fait que le modèle s’impose encore partout dans le monde , surtout pour le pire .

LA CRISE FINANCIÉRE

La récente crise financière , à considérer qu’elle serait terminée , ce qui n’est vraisemblablement pas le cas , a mis en évidence l’aspect déterminant des fragilités et des faiblesses qui affectent le « centre » et se transmettent dans les périphéries , contrairement d’ailleurs aux précédentes crises qui concernaient principalement les marges de l’Empire .

Ce changement d’origine est en lui-même significatif de ce que l’Empire et ses contradictions sont devenus eux-mêmes la cause d’une crise plus généralisée qui s’étend , mondialisation oblige , à l’ensemble du monde , obligeant les principales puissances à réagir par l’injection de centaines de milliards de dollars pour éviter d’être entraînées elles-mêmes dans la tourmente . La financiarisation forcenée qu’impose l’actuel capitalisme du modèle s’est étendue et détermine les caractéristiques principales de la mondialisation .

ILS SONT DEVENUS FOUS !

Ainsi, il y a peu, le journal suisse « Le Temps » titrait : « Le marché financier pèse déjà trois fois plus que le PIB mondial ». En effet , selon une étude de McKinsey , les actifs mondiaux représentaient 140 000 milliards de dollars en 2005 et devraient monter à 214 000 milliards d’ici à 2010 . Et l’article posait la question pertinente suivante : « Comment la valeur des actifs financiers peut-elle être le triple de celle de l’économie ? » C’est en effet la question des questions puisque l’article précisait ensuite que seulement le tiers de ces sommes considérables était investi en actions. Les deux autres tiers de ces 140 000 milliards ne l’étaient donc pas, c’est un capital parasitaire, uniquement spéculatif, qui prolifère aux dépens des investissements utiles, mais exige sa rénumération supérieure à deux chiffres. Et c’est en même temps une belle bulle financière qui peut éclater d’un jour à l’autre et des milliers de milliards de dollars ou d’euros disparaîtront parce qu’ils ne trouvent plus nécessairement leur rétribution, ce que Marx appelait « dévalorisation du capital », laquelle peut se concrétiser sous différentes formes, qui sont des destructions pures et simples de capital, le capital restant pouvant alors reprendre son accumulation avec à nouveau les rapports financiers souhaités... jusqu’à la crise suivante .

« Ils sont devenus fous », disait récemment Claude Bébéar qui fustigeait ainsi ses compères capitalistes. Et l’on comprend pourquoi les analystes financiers ne sont pas rassurés par la dernière purge, sévère pour certains fragments du système mais qui n’a pas mis en cause l’ensemble du système qui demeure comme suspendu à sa bulle susceptible de se dégonfler à chaque instant.

Décidément, ce que certains qualifiaient d’euphorie des marchés dissimule le danger qui mine le système.

La politique d’Etat des Etats-Unis s’inscrit bien évidemment dans ce contexte et le favorise, sinon l’initie dans cette base du capitalisme mondial.

LA PAUPÉRISATION ET L’ENDETTEMENT

La paupérisation des salariés et l’endettement sont deux des principaux moyens de cette politique , l’objectif étant de diriger le maximum d’argent vers les marchés financiers .

Ainsi , selon Joseph E. Stiglitz , prix Nobel d’économie , cela fait trente ans que les salaires des moins favorisés ne cessent de décroître . Les bas salaires aujourd’hui sont 30% inférieurs à ce qu’ils étaient il y a trente ans . En même temps , les foyers se sont de plus en plus endettés , à l’égal d’ailleurs du gouvernement qui perd beaucoup d’argent en Irak et en réduisant les impots sur les plus riches et vit en s’endettant honteusement auprès des autres peuples et pays . Cette fragilité de l’économie nord-américaine est inquiètante , poursuit Joseph E. Stiglitz,

qui ajoute ne pas savoir si un miracle pourrait sauver l’économie . Les Chinois financent avec le produit de leurs exportations aux Etats-Unis cette dette colossale . Chine et Etats-Unis dépendent ainsi étroitement l’un de l’autre. Mais la Chine peut adopter une autre stratégie , celle de faire bénéficier le peuple chinois des produits de son travail et réduire ainsi sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis . Cette menace grandissante ajoute aux fragilités dénoncées par Stiglitz .

LA CRISE DU LEADERSHIP

La crise de la domination planétaire se superpose et amplifie celle de la financiarisation de l’économie et plus encore que d’autres contribue à questionner l’unipolarité jusqu’alors indiscutée .

Les circonstances troubles des évènements de septembre 2001 qui se sont confirmées au fil des ans , l’immense condamnation par les peuples et certains gouvernements de l’envahissement de l’Irak au nom de la lutte antiterroriste puis de la démocratie et du Grand Moyen-Orient , accentuée aujourd’hui par l’opposition toujours plus renforcée du peuple américain lui-même , la perpétuation sans perspectives du soutien à l’Etat d’Israël dans sa volonté d’empêcher la création d’un véritable Etat palestinien , les tentatives d’extension de l’action de l’OTAN en Europe de l’Est ou en Asie centrale , la reprise d’un certaine course aux armements nucléaires et l’évolution de la doctrine nucléaire par l’abandon de la dissuasion au profit de l’utilisation , la contestation grandissante du rôle d’institutions internationales comme l’OMC , le FMI , la Banque mondiale , isolent de plus en plus nettement Georges Bush et sa volonté d’entraîner le monde dans une guerre de civilisations .

L’ambition de contrôler les ressources pétrolières et gazières de nombre de pays en ces temps de crise énergétique sous-tend déjà nombre de ces actions qui pourraient être étendues à l’Iran . Mais l’Iran n’est pas l’Irak , les atouts dont il dispose , les contradictions entre les différents impérialismes , le rôle des opinions publiques , des réalités nouvelles ont jusqu’à présent empêché le déclenchement d’une nouvelle aventure qui serait vraisemblablement plus désastreuse que les précédentes .

LE DERNIER FAUCON ET LE CHAMP DE RUINES

Le départ du dernier faucon, dit Yves Harté, rédacteur en chef de Sud Ouest Dimanche, n’annonce pas seulement la fin du règne de Georges Bush, la véritable défaite des néoconservateurs et de leur politique : « Ce qu’ils laissent est un champ de ruines que personne ne sait comment relever. L’empire américain a non seulement perdu dans cette aventure infiniment de puissance , mais il a signé en même temps son acte de cession du contrôle mondial ... »

Et Yves Harté va jusqu’au plus profond dans l’appréciation quelque peu prémonitoire : « Dès lors qu’un empire s’effrite, les successeurs se pressent. Demain, l’axe du monde ne sera plus à Washington. En quelques années, le centre de gravité de notre civilisation va se déplacer, et la désastreuse aventure irakienne scellera la fin des cinq cents ans de domination de l’Occident dont les Etats-Unis étaient finalement les derniers et les plus puissants rejetons. Il est facile de prédire qu’au delà de l’océan , de l’autre côté du Pacifique , émergera le futur maître du monde dans une rotation de civilisations semblable à celle de notre terre ».

Nous laisserons à Yves Harté la paternité de ces derniers propos.

On peut penser que les peuples du monde, qui viennent de faire l’expérience de la domination d’un Etat-système, des méfaits de la mainmise des multinationales sur les pays et les peuples, comme sur tout notre monde, chercheront plutôt une nouvelle mondialisation débarrassée de la dictature des maîtres actuels, dans le respect des souverainetés des peuples étroitement liées au développement des solidarités et des coopérations, de la paix et du désarmement, dans le nouvel internationalisme d’une époque également nouvelle . Les peuples ont d’ailleurs contribué par leurs luttes à cet échec retentissant de l’empire qui n’est pas seulement celui du développement des logiques internes du système capitaliste.

Marx disait bien que ce sont les masses, c’est-à-dire les peuples, qui font l’histoire.

DÉPASSER LA MULTIPOLARITÉ

Dans l’immédiat, la multipolarité est désormais à l’ordre du jour. Le nombre des aspirants à la domination ne se limite pas à la Chine. Les peuples n’auraient rien à gagner à laisser se perpétuer d’autres formes de domination, celles de nouveaux impérialismes, tel celui de l’Europe, d’autres encore, qui apparaissent avoir des ambitions, qui coexisteraient dans la concurrence et les inégalités, qui finalement n’auraient d’autres objectifs que de continuer à pressurer les peuples, voire à les entraîner dans de nouvelles aventures semblables aux désastreux affrontements du siècle dernier.

Bernard Cassen est clair : « L’altermondialisme , c’est terminé. Voilà le fond de ma pensée. C’était un cycle. Nous pourrions nous inspirer des pays d’Amérique latine ( Venezuela ou Bolivie notamment ) où l’on n’a pas peur d’employer les mots « souveraineté populaire » et « nationalisations ». Visiblement, il se passe quelque chose là-bas et nous devrons en tirer les leçons . »

L’ANNONCE DE TEMPS NOUVEAUX

A bien y regarder toutefois, ce qui se passe en France et dans d’autres pays est annonciateur de temps nouveaux. Si l’altermondialisme a été une étape dans cette voie, les limites qu’il s’était lui-même imposé peuvent et doivent être dépassées. Nous avons rappelé que nous ne vivions pas la fin de l’histoire qui nous installerait à perpétuité dans les évolutions et les fins d’un capitalisme indépassable. Il faudra bien nommer cette société qui sortira notre monde du capitalisme dominant. En France , dès la Révolution de 1789 des républicains avancés la baptisèrent communisme. Les luttes pour le communisme s’inscrivent ici dans le temps long de l’histoire et quand aujourd’hui 61% des Français considèrent le capitalisme comme négatif on peut penser que le temps est venu de la renaissance créative. Et avec Samir Amin, au niveau mondial, c’est une cinquième internationale qui est proposée pour faire vivre le « Prolétaires de tous les pays , unissez-vous ! » de notre temps .

source : Altermonde le Village



Publié le 6 septembre 2007  par torpedo


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  • Peuples de tous les pays
    par Michel Peyret
    29 janvier 2016, par Sara
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