e-torpedo le webzine sans barbeles



Valère Staraselski vous recommande les lectures suivantes

Catégorie édition
Il y a (5) contribution(s).


-  La naissance du Français de Bernard Cerquiglini

(JPEG)

En cinq chapitres de ce Que sais-je ?, Bernard Cerquiglini campe le contexte, débroussaille la problématique, discute les diverses interprétations portant sur la naissance du Français, rappelle les faits pour construire au total une passionnante et très vivante histoire des Serments de Strasbourg. Autrement dit ce par quoi "cet illustre français, première ébauche du français par lequel une communauté de locuteurs, quelque soit leur parler par ailleurs, se rassemble, était fondé".

-  L’étrange défaite de Marc Bloch

(JPEG)

Extraordinaire témoignage sur la défaite de 1940 de cet historien cofondateur de l’école des Annales avec Lucien Febvre, engagé volontaire au grade de capitaine d’Etat Major. Qu’on en juge.

"Je ne prétends nullement écrire une histoire critique de la guerre, ni même de la campagne du Nord. Les documents pour cela ne manquent, et aussi, la compétence technique. Mais il est, dès maintenant, des constations trop claires pour qu’on hésite à les formuler, sans plus attendre. Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine tous. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. (...) Nous n’avons pas seulement tenté de faire, pour notre part, une guerre de la veille ou de l’avant-veille. Au moment même où nous voyions les Allemands mener la leur, nous n’avons pas su ou pas voulu en comprendre le rythme, accordé aux vibrations accélérées d’une ère nouvelle. Si bien, qu’au vrai, ce furent deux adversaires appartenant chacun à un âge différent de l’humanité qui se heurtèrent sur nos champs de bataille. Nous avons en somme renouvelé les combats, familiers à notre histoire coloniale, de la sagaie contre le fusil. Mais c’est nous, cette fois, qui jouions les primitifs".

A lire absolument...

La littérature en péril de Tzvetan Todorov

(JPEG)

Avec son ouvrage, La littérature en péril, le professeur Tzvetan Todorov fait en quelque sorte amende honorable.

-  Que dit-il ?

La littérature, et non la critique, est première. Et qu’à trop l’oublier, à la fin des fins, en lieu et place de l’art règne le non-sens. L’auteur du Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, propagateur de l’analyse structurale, reconnaît que "s’il peut être utile à un élève d’apprendre les faits d’histoire littéraire ou quelques principes issus de l’analyse structurale. En aucun cas l’étude de ces moyens d’accès ne doit se substituer à celle du sens qui est sa fin".

-  Que s’est-il donc passé pour que Todorov se livre à cette relativisation à laquelle, en son temps, le professeur Jean Levaillant, m’avait toujours incité ?

Eh bien, un divorce entre une critique impérialiste, un enseignement surplombant et non moins impérialiste et la réalité des lettres.

S’agissant de l’enseignement, l’auteur commente les recommandations de ses collègues en ces termes : "C’est cette tendance de longue durée qu’a retrouvée et exacerbée la phase plus récente des études littéraires. On décide maintenant (pour ne citer qu’une formulation parmi mille) que "l’œuvre impose l’avènement d’un ordre en rupture avec l’état existant, l’affirmation d’un règne qui obéit à ses lois et à sa logique propres" à l’exclusion d’un rapport au "monde empirique" ou à la "réalité" (des mots qu’on n’emploie plus qu’entre guillemets). Autrement dit, on représente désormais l’œuvre littéraire comme un objet langagier clos, autosuffisant, absolu. En 2006, à l’université française, ces généralisations abusives sont toujours présentées comme des postulats sacrés. Sans surprise, les élèves du lycée apprennent le dogme selon lequel la littérature est sans rapport avec le reste du monde et étudient les seules relations des éléments de l’œuvre entre eux. Ce qui, à n’en pas douter, contribue au désintéressement croissant que ces élèves manifestent à l’égard de la filière littéraire : leur nombre est passé en quelques décennies de 33% à 10% de tous les inscrits au bac général ! Pourquoi étudier la littérature si elle n’est que l’illustration des moyens nécessaires à son analyse". (p 30-31)

Par ailleurs, la mort du sujet, chère aux adeptes du structuralisme téléologique, a indifféremment conduit au formalisme, au nihilisme, au solipsisme (cette théorie qui postule qu’on est soi-même le seul être existant).

De la sorte, le moi et le monde sont dorénavant séparés - "autrement dit, il n’existe pas de monde commun". Versant politique, Margaret Tchatcher disait, elle, que la Société n’existait pas et que seuls les individus avaient droit à ce titre.

Pour revenir à la littérature, le diagnostic de Todorov est le suivant : "La création contemporaine française est solidaire de l’idée de littérature que l’on trouve à la base de l’enseignement et de la critique : une idée absurdement restreinte et appauvrie". (p 36)

Ce diagnostic étant posé, Todorov peut exposer sa conception de la littérature "qui permet de mieux comprendre la condition humaine et transforme de l’intérieur l’être de chacun de ses lecteurs" (p 84). Celle-ci "nous procure des sensations irremplaçables qui font que le monde réel devient plus chargé de sens et plus beau. Loin d’être un simple agrément" continue-t-il. "Une distraction réservée aux personnes éduquées, elle permet à chacun de mieux répondre à sa vocation d’être humain" (p 16).

Et de nous délivrer son message final, à la manière d’une repentance tardive mais murement réfléchie, définitive : "Une même conception de la littérature continue de s’affirmer, celle-ci permet de mieux comprendre la condition humaine et elle transforme de l’intérieur l’être de chacun de ses lecteurs. N’avons-nous pas tout intérêt à adhérer nous-mêmes à ce point de vue ? A libérer la littérature du corset étouffant dans lequel on l’enferme, fait de jeux formels, complaintes nihilistes et nombrilisme solipsiste ? Cela pourrait à son tour entraîner la critique vers des horizons plus larges, en la sortant du ghetto formaliste qui n’intéresse que d’autres critiques et en l’ouvrant au grand débat d’idées dont participe toute connaissance de l’homme". (p84-85)

Non, cet ouvrage n’est pas, comme certains l’ont écrit çà et là un peu rapidement, réactionnaire !

Todorov qui n’a, semble-t-il, jamais désappris l’amour de la littérature dresse là un constat des lieux fort pertinent voire salutaire non pour les écrivains véritables qui n’ont de cesse de travailler mais pour les lecteurs. En leur rappelant, par exemple, ce dont ils font l’expérience, à savoir que comme l’écrivait Baudelaire "l’imagination est la reine du vrai". (p 59)

Tant il est vrai, précisément, que l’œuvre de l’artiste véritable transforme la connaissance que nous avons du monde. Connaissance, co, variante de cum "avec" et naissance, "commencement de la vie indépendante pour un être vivant, au sortir de l’organisme maternel" (Larousse).

Valère Staraselski

La littérature en péril, Tzvetan Todorov, Flammarion 95 p, 12 euros.

-  source : Vendémiaire 26

-  Lire également les soldés de l’An 2007



Publié le 14 septembre 2007  par torpedo


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin