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OUI contre NON : le grand trucage a commencé

Catégorie politique
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OUI contre NON : le grand trucage a commencé

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5 Avril 2005 : l’émission Trans-Europe Express (sur France3) est consacrée, comme à l’accoutumée, à démontrer que le seul vote autorisé au prochain référendum c’est le OUI.

Pour ce faire, Christine Ockrent a invité Jack Lang, tirant héroïquement le noble char de l’Europe, que veulent impérativement arrêter Marie-George Buffet, la redoutable communiste, et Arlette Laguillier, la catachrèse pathétique du gauchisme. Seule pauvre main tendue à la rescousse de Jack, un jeune inconnu, secrétaire général des Verts. Et heureusement, un scénario solidement.conçu.

Dans un premier temps, le jeu consiste à utiliser Buffet et Laguillier comme repoussoir aux gens de droite qui auraient l’intention saugrenue de mêler leurs voix à celles des partisans d’un NON de gauche. Sous prétexte d’impartialité, bien entendu, genre : "Monsieur Lang, nous allons voir que vous avez beaucoup de soucis dans votre camp, qu’il existe des tas d’arguments à gauche pour voter NON, et que vous avez à faire à forte partie (en gros : c’est vous la droite, ce soir). Dans cette première manche, la présence de Jack n’étant pas vraiment nécessaire, Christine le met intelligemment sur la touche pour permettre à son comparse moustachu Jean-Michel Blier, d’agiter le torchon rouge à la face crédule des deux dames de fer, leur posant des questions allant soi-disant dans leur sens pour que chacune puisse montrer à loisir au téléspectateur innocent combien elles ne se gêneraient pas pour revendiquer haut et fort la victoire du non, si cette malheureuse hypothèse arrivait : le NON qui triomphe actuellement dans les sondages, c’est le nôtre, c’est celui de la gauche de combat !

Le débat finissant, aux dires d’un Jack Lang apaisant, par s’égarer complètement, Christine, soucieuse d’équité et de pédagogie, lançait un premier sujet destiné à dévoiler en toute objectivité quelque vérité scientifiquement établie sur le fonctionnement de l’Union actuelle : d’où il ressort en toute pédagogie que c’est trop compliqué à vous faire comprendre son fonctionnement, mais ça ne marche pas si mal.

Le second temps de l’émission était ainsi amorcé, pendant lequel il importait tout de même de monter que Jack est parfaitement au fait de ce qu’il y a dans cette fameuse Constitution, et en quoi elle constitue une avancée primordiale vers la socialisation de l’Europe. Alors Christine, se faisant l’avocat du diable, en grande professionnelle impartiale, lui tendit quelques perches : parlons plutôt d’avenir si vous le voulez bien monsieur Lang, puisqu’on entend dire ici ou là que ce Traité bloquerait toute possibilité d’évolution future de l’économie, et enlèverait tout pouvoir aux Etats de soutenir ou de développer leurs services publics, et puis les droits des travailleurs seraient menacés et même les droits de l’homme entend-on ici ou la, dites nous exactement qu’en est-il ?

Eh bien c’est tout justement le contraire, cette Constitution est la plus audacieuse qui ait jamais existé sur ce point, la Charte des droits fondamentaux ("Taisez-vous madame Buffet s’il vous plaît" interjecta Christine la professionnelle qui avait laissé assez de temps comme ça à Marie-George pour s’exprimer, et puis qu’est-ce qu’on en a à foutre que cette Charte figurait déjà au Traité de Nice ?), la reconnaissance pour la première fois des services publics (Christine à ce moment, ne voulant pas interrompre son invité, s’est admirablement retenue de lui demander où il avait lu ça), la reconnaissance des services publics pour la première fois ("S’il vous plaît, madame Buffet, laissez parler monsieur Lang", c’est vrai qu’elle est agaçante cette Marie-George à toujours vouloir corriger ci, interrompre là), les services publics qui sont reconnus pour la première fois puisque je vous le dis.

Troisième période : le comparse moustachu entend faire monter un peu au créneau le délégué général des écolos, qui est un homme qu’on peut difficilement soupçonner de Lang de bois, et d’ailleurs pour le prouver le comparse moustachu lui fait avouer tout de go que chez les Verts c’est autant le merdier que chez les Roses, mais qu’étant plus habitué avec les divergences on n’en fait pas un fromage, ce qui est signe patent de parfaite honnêteté de le reconnaître tout de go. Alors venons-en un peu à l’environnement. Peut-on dire qu’il y a vraiment des avancées dans ce domaine, sachant combien l’Europe a déjà été très importante pour des avancées imparables sur la chasse, la pêche et tout un tas d’ONG, la Constitution est-elle encore meilleure en ce domaine et pourrait-on s’en passer ? On l’aura compris, il était dévolu à cette troisième période de montrer que même sur l’environnement, qui représente quand même 7 à 10% de l’électorat français, il y avait des avancées considérables sur l’environnement.

Malheureusement, ce jeune délégué général en faisait un peu trop dans sa volonté de montrer qu’il était meilleur lecteur des arcanes de l’Union que Jack, et il a fallu embrayer assez vite sur la quatrième période, destinée à montrer que c’était effectivement terriblement compliqué de discuter à 25 pays et que remettre en cause le Traité par un NON hâtivement jeté pouvait tout foutre par terre le bel édifice patiemment édifié par nos ancêtres et nous-mêmes. Tirade de Jack, là, qui montre qu’il est capable de sortir de sa réserve pour contrer Marie-George qui a l’air d’insinuer qu’un "non de gauche" (là, on la laisse soigneusement insinuer, et même marteler plusieurs fois), un non qui ne pourrait être que de gauche, bien sûr (à chaque fois qu’elle dit ça, y a des électeurs UMP qui retournent dans le camp du OUI, Christine en jouit ostensiblement) serait plutôt de nature à démontrer que les citoyens ont une vraie exigence en matière d’Union et que ce ne serait pas du tout un non à l’Europe (là, Christine en toute objectivité de journaliste, ne peut s’empêcher de vite l’interrompre avec le sourire pour lui faire observer que c’est bien la première fois que les communistes seraient pour l’Europe, et d’ailleurs nous allons regarder un sujet rappelant l’histoire des positions de chaque bord sur l’Europe depuis sa fondation).

On lance le sujet, qui démontre sur un ton très objectif que Christine avait tout à fait raison d’intervenir objectivement.

Maintenant, on va pouvoir s’en donner un peu à cœur joie, puisqu’il s’agit de démonter que sans l’Europe, on serait vraiment mal en point de tous les côtés du monde, et Christine propose un nouvel appel à l’Oracle qui dit la vérité objective avec ses reportages, sous la forme d’un nouveau reportage où il est expliqué que même un pauvre pêcheur à barcasse du Portugal en 1972, a pu acquérir grâce aux aides structurelles de l’Europe un thonier flambant neuf, et ce n’est pas du tout une exception, tous ses copains aussi ; et maintenant ce village perdu dont les habitants ne savent même pas ce qu’ils doivent vraiment à l’Europe, eh bien ! leur maire, lui, le sait bien, n’est-ce pas monsieur le maire ? Le reportage finit ensuite par expliquer chiffres à l’appui que, naturellement, les aides structurelles n’aident pas que le Portugal, qu’on s’en récupère aussi chez nous un max. On n’a pas bien eu le temps d’analyser les chiffres qu’on a entendus, mais on les a entendus, donc ils existent. C’est ça, la pédagogie, merci France3.

Il est ainsi avéré que les partisans du non sont des malades dangereux qui ne se rendent absolument pas compte que leur vote pourrait tout arrêter, et pour en être bien sûr, on nous sort le joker de l’émission, sous la forme d’un très aimable et prolixe sexagénaire américain bien connu des milieux progressistes anti-Bush, qui avoue ne pas comprendre qu’on puisse s’opposer à un Traité si beau qui fait rêver tous les observateurs progressistes des nations du monde. Et qui peut même nous dire, bien placé qu’il est pour en parler, que Bush aimerait vraiment voir capoter cette Constitution. Jack avoue en toute naïveté et surtout en toute surprise, bien sûr, qu’en entendant ça il boit du petit lait, pour un peu il en oublierait qu’il doit continuer à faire semblant de vouvoyer Christine, non, vraiment t’es trop bonne ma belle, comment t’as fait pour me le dégotter celui-là ?

La boucle est bouclée. J’éteins le poste. La campagne d’intoxication m’a assez intoxiqué pour ce soir.



Publié le 6 avril 2005  par Serge Rivron


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