e-torpedo le webzine sans barbeles



La guillotine carcérale, Silence on meurt... (épisode 9)
de Laurent Jacqua

Catégorie société
Il y a (1) contribution(s).

(JPEG) Brahim Bourame

Le 1er mai 1995, alors que je regardais la télé en attendant la promenade, on annonça aux infos l’assassinat d’un jeune Marocain jeté dans la Seine par des skinheads. Cet événement me choqua profondément et je décidai d’écrire un texte en hommage à la victime :

"Sous le pont du Carrousel coule la haine."

C’est là que le 1er mai 1995, lors d’une manifestation du Front National, des skinheads ont poussé dans la Seine un Marocain de vingt-neuf ans, Brahim Bourame.

François Mitterrand s’est rendu sur les lieux du crime.

Pâle, fragile, ému, il a jeté un bouquet de muguet dans la Seine et a dit :

"Ce crime, je le ressens comme une grande souffrance, je ne dis pas comme une honte, car ce n’est pas le pays qui a voulu cela, mais une minorité de gens, déformés, détournés, dévoyés..." Monsieur le président Mitterrand s’est déplacé en personne, malgré son grand âge et sa maladie. La France est en état de choc. Comment se peut-il qu’il y ait un crime raciste aussi odieux dans le pays des droits de l’homme ? Indignations ! Les réactions sont nombreuses face à ce crime commis par des nazillons du FN, ces skinheads qui prônent la haine et la violence raciste. Chez les intellos de gauche et de droite c’est un tollé général. Tout le monde y va de sa petite phrase bien préparée. Les politiques de tous bords dénoncent la barbarie de cet acte ignoble. On les voit tous s’exciter face aux caméras et aux micros qui se tendent. Ils vomissent leurs commentaires hypocrites et démagogues sur les médias. Toutes les associations antiracistes sont sur le pied de guerre. Les jeunes sont dans la rue. C’est la grande dégueulade générale. Tout le monde rejette, vomit ce crime écœurant. La manipulation fait son œuvre, elle travaille sournoisement : manœuvres politiques, récupération de bas étage, jeux médiatiques... C’est la campagne pour l’élection présidentielle qui veut ça ! Droite contre gauche au second tour, tout le monde essaye de récupérer Brahim Bourame et c’est à celui qui sera le plus indigné.

En tout cas, il a été assassiné une seconde fois, noyé dans le flot boueux de la récupération politique et démagogique.

Il est devenu, par un malheureux concours de circonstance, un symbole que tout le monde a voulu s’approprier comme à la curée. Triste spectacle !

Pour ma part, j’ai été confronté au phénomène "skinhead", je vous en ai fait le récit. Le fait est que j’ai subi une agression violente et que je m’en suis défendu. Ces individus sont dangereux, la preuve en a été faite maintes et maintes fois depuis. Je me suis rendu aux autorités. Je suis passé aux assises et je peux vous garantir que ce jour-là, je n’ai reçu aucun soutien.

Absent, Mitterrand et son bouquet de muguet ! Absentes, les associations antiracistes, lycéennes ou autres ; absents, les intellos de tous bords que seules les caméras attirent. J’ai été sacrifié sur l’autel de l’indifférence.

Dix ans de réclusion à 18 ans, ça fait mal !

Alors si je pouvais revenir en arrière et être à nouveau en face de ces skinheads, peut-être que je les laisserais me massacrer et violer mon amie afin de devenir un symbole.

C’est sûrement plus gratifiant que d’être considéré comme un déchet social au fond d’une cellule de haute sécurité.

Cher Brahim, nos destins ont été différents, mais je ne sais lequel des deux est le plus enviable !

Pourtant, une chose nous rassemble et je la résumerai en une seule phrase, cela pour te rendre hommage sans démagogie. C’est tiré d’un texte de Maurice Bellet

"Il n’y a pas de déchets humains..."

42, rue de la Santé.

Deux mois après mon arrivée à Draguignan, je suis transféré. Je ne suis pas mécontent de quitter cette taule... De plus, le voyage s’effectuera en train. Après quelques heures de TGV, j’arrive en gare de Lyon. Je suis aussitôt pris en charge par une autre escorte et conduit à la prison de la Santé... Après un passage au greffe et à la fouille, je suis directement emmené au QI bien encadré par quelques matons.

J’entre dans une petite cellule de béton qui ressemble plus à un cercueil qu’à autre chose et qui ne me dit rien qui vaille.

Je verrais la direction sans doute le lendemain ; en attendant, je déballe mes petites affaires et je m’allonge sur le lit de fer pliable que je viens de décrocher du mur...

Ces transferts sont trop fréquents ! Toujours cette méthode pour tenter de me déstabiliser ; il va falloir que je lutte pour que cela cesse, il faut agir mais pas subir, et utiliser tous les moyens de luttes.

Je me mets à réfléchir aux différentes actions que je peux mener ; l’essentiel, c’est de ne jamais accepter, de se battre jusqu’au bout. De toute façon, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire ...

Le quartier d’isolement de la Santé respire l’oppression, et si les murs pouvaient parler, on pourrait écrire une encyclopédie de la douleur et du désespoir.

-  Combien de morts ?

-  Combien de suicidés ?

-  Combien de litres de sang ont coulé le long de ces couloirs alors qu’on emmenait "les coupés", les automutilés ?

Image de la folie qui rebondit entre ces quatre murs comme une boule de feu dans un flipper diabolique.

On peut remonter l’histoire de cette vieille taule et de toutes les saloperies et tortures qu’on a pu y pratiquer au nom d’une politique, d’une idéologie, d’une justice... Et celui qui allait dire bonjour au père Guillotin au petit matin dans une cour d’honneur rempli de déshonneur...

Lame en biseau décapitant net au nom de la loi et du peuple français.

Combien de pauvres bougres a-t-on envoyés à l’échafaud pour l’exemple, pour satisfaire une opinion assoiffée de sang ou pour les arrière-pensées de politiciens ambitieux, meute de chiens enragés déchiquetant un pull-over rouge...

Messieurs les condamnés à mort, vos morts sont des assassinats au même titre que vos crimes, mais les juges et jurés, eux, ne seront jamais sanctionnés pour vous avoir tués...

Oui, les murs de la Santé respirent la mort et la souffrance de ceux que l’on a torturés ou fusillés pendant l’Occupation, toute une sale histoire qui, à elle seule, ternit et annule toute la Déclaration des droits de l’homme.

Le pire, c’est qu’elle est affichée sur un des murs du greffe, je l’avais remarquée lors de mon arrivée... Au moins, ils ont de l’humour ici, avais-je pensé avant que l’on m’emmène au fond d’une oubliette...

Au matin, la porte s’ouvre : c’est la promenade !

Je suis bien content de sortir m’aérer car il fait une chaleur torride en cellule durant la journée, un véritable étouffoir ; l’été va être très dur à supporter. Les surveillants du QI sont toujours plusieurs pour les ouvertures de cellule ; en général, ce sont des types costauds, cela fait partie de l’arsenal dissuasif...

Le brigadier m’annonce que je verrai le sous-directeur, l’assistante sociale et le médecin dans la journée.

Je me dirige ensuite au bout du couloir où se situe la porte menant à la promenade. Je jette un coup d’œil sur les quelques portes de cellules à droite et à gauche de la coursive, et je remarque que les étiquettes des cellules occupées sont vierges ; en fait, elles sont retournées, comme si nous portions des noms honteux ; même eux n’ont plus droit de citer, bannis et rejetés de tout état civil, parias sans identité... C’est une façon de nous effacer, de nous anéantir.

Nous ne sommes que trois ou quatre dans ce QI ; tous éloignés les uns des autres, la communication va être difficile, ils nous sortent l’un après l’autre une heure par jour et toujours à des horaires différents ... La cour, avec ses barreaux, ressemble à une cage aux lions en forme de camembert. Au-dessus de la tête il y a aussi de gros barreaux et des grillages, on a du mal à percevoir un bout de ciel...

Tous les jours il faut sortir sinon, on suffoque en cellule à cause de la chaleur...

Après une petite heure de marche, on est venu me chercher ; je vois le sous-directeur, on ne se dit pas grand-chose, mais je lui exprime mon désaccord quant à mon placement à l’isolement, ce qui ne l’empêchera pas de signer l’ordonnance de mise à l’isolement pour trois mois dont je reçois une copie.

Dans l’après-midi, je suis vu par le médecin ; je n’ai rien de notable à lui dire, pour le moment ça va. Je suis ensuite reçu par l’assistante sociale à qui je demande d’avertir ma mère de ma présence ici ; pour le reste, il n’y a pas grand-chose à faire pour moi...

Voilà, je rentre en cellule et j’attends la gamelle ; ici, elle est infecte, la viande est le plus souvent bouillie et le reste est si mal préparé qu’on a du mal à manger. Celui qui n’a pas d’argent dépérit très vite. Mes finances ont baissé et il va falloir que je fasse attention ; je décide de ne plus prendre la télé, la radio me suffira, et d’arrêter de fumer, ce qui me permettra d’économiser argent et santé.

Dans ce QI, on subit un régime assez dur ; en effet, cela fait des semaines que je n’ai pu discuter avec personne ;

-  les surveillants ne me parlent pas, est-ce une consigne pour mieux faire sentir le poids de cet isolement ?

La chaleur est intenable et dans la cellule, c’est carrément insupportable ; à cette allure, je vais finir par péter les plombs...

J’attends avec une impatience folle mon heure de promenade ; quand ils me font sortir en fin d’après-midi, je sors comme un fauve, la pression commence à monter en moi. Je refuse de me laisser enterrer vivant dans cette tombe, royaume du silence...

Je décide d’agir début août en écrivant des courriers à la direction régionale, au ministère, à la direction...

Je préviens que la situation devient insupportable et qu’il faut que je sorte de l’isolement.

Tous les vingt jours, je suis extrait en cour d’appel à Rennes, à Lure, à Aix-en-Provence, à Bourges, j’y dénonce mes conditions de détention. On ne m’écoute pas, mais je continue mon discours et je termine en leur disant que je ne cesserai ces extractions coûteuses pour le contribuable que lorsque je serai en détention normale.

Un jour, j’ai la surprise de voir ma mère au parloir. Cela fait des mois que je ne l’ai pas vue ; elle est triste et je la réconforte comme je peux en lui parlant ; elle me donne des nouvelles de la famille, de ma sœur, de mes frères, nous n’avons que quarante-cinq minutes pour parler et le temps passe très vite... Cette visite me fait le plus grand bien : c’est si bon de retrouver un visage ami et familier dans cet univers hostile ...

Ma mère, tu as toujours été là dans les moments difficiles et je t’en suis reconnaissant.

Au terme des quarante-cinq minutes, nous nous séparons ; elle me promet de revenir dès qu’elle le pourra. Je la serre très fort contre moi et je l’embrasse avant de regagner le fond de mon trou à rat où j’étouffe de plus en plus...

Je décide d’écrire encore quelques courriers "spéciaux" aux autorités et aux juges. En effet, je me coupe et j’envoie mon sang dans toutes les lettres au ministère, à la DR, aux juges d’instruction et à la direction de la Santé, en demandant ma sortie immédiate du QI. Je reçois la visite du directeur alors que je suis en promenade dans la cage aux lions ; j’ai l’impression que ce type vient visiter son zoo personnel...

-  Alors, que se passe-t-il ? Pourquoi m’avez-vous envoyé ce courrier plein de sang ?
-  Je veux sortir de l’isolement !
-  Ce n’est pas possible !
-  Très bien, alors prenez vos responsabilités, moi je vais prendre les miennes et agir. Il changea d’air et me lança :
-  C’est une menace ?
-  Prenez ça comme vous voulez, je vous ai prévenu !

Je laissai le mystère planer sur mes intentions, j’avais un joker et je comptais bien m’en servir le moment venu...

Coup de sang

Chaque action que je mène est toujours mûrement réfléchie et pesée pour atteindre mes objectifs.

Lorsqu’on vit dans l’oppression continuellement, on développe des défenses où la ruse, l’astuce, la malice deviennent des armes redoutables. Le "bluff" en fait également partie ; lorsqu’on a un rôle à jouer, il faut être le plus réaliste possible, il faut savoir en jouer avec précision comme un véritable virtuose. Être crédible, c’est être pris au sérieux...

Cependant, avec mon passé et mes passages à l’acte, j’ai de quoi refroidir n’importe quel surveillant chef ou directeur. Il me suffit de "tousser" un peu pour qu’ils appellent la direction régionale...

C’est le 14 août que je déclenche les hostilités. Rien ne sert de s’exciter ou de s’énerver, il faut être calme et déterminé...

L’heure de la gamelle de midi approche et je ne suis toujours pas sorti en promenade.

La porte s’ouvre et, comme d’habitude, ils sont cinq gaillards de près de cent kilos plus le bricard (le gradé). Je tends mes assiettes pour que l’on me serve, puis je lance :
-  Alors, chef, ça va ? Interloqué, il me répond :
-  Oui, et vous ?
-  Moi, ça va. Je reprends, tout en étant servi :
-  Et la santé, ça va, pas de problème ? Là, j’ai trop parlé et ils sentent que quelque chose ne tourne pas rond...Cependant le chef continue la conversation un peu hésitant :
-  Oui, ça va... Cette fois, je me redresse et je plante mon regard le plus noir dans les yeux de mon interlocuteur. Il sent qu’il se prépare quelque chose ; une certaine tension commence à monter... Je reste d’un calme olympien et je continue :
-  Vous avez fait un test HIV pour voir si vous n’aviez pas le sida ?
-  Heu ! ... de ce côté-là, tout va bien, me répond-il.
-  Et vos surveillants ? Là, personne ne me répond, ils ne voient pas où je veux en venir. Je rentre dans la cellule et je pose mes assiettes sur la petite table scellée dans le mur. Je me retourne, ils me fixent.
-  Non, parce que je crois qu’à partir de demain, va falloir vous faire tester...
-  Ah bon ! Et pourquoi ?
-  Parce que je vais vous contaminer la gueule ! Mon ton est devenu dur et sec.
-  Pardon ? L’ambiance bascule, mais je suis dans mon rôle de lézard froid récitant sa partition.
-  Oui, je suis malade, et à partir d’aujourd’hui ou de demain, je compte vous contaminer ; je n’ai plus rien à perdre. Vous voulez que je crève dans vos QI, alors ça sera jusqu’à la mort. Là, ils font tous la tronche, mais en même temps, ils sont tellement surpris par cette nouvelle arme qu’ils ne trouvent pas de mots pour me répondre... J’en profite :
-  Vous imaginez le scandale avec les syndicats, les médias et puis vos familles, femmes et enfants ? Attrapez cette saloperie, et votre vie devient un enfer. Juste une coupure, une goutte de sang, et c’est fini ! La mort lente et rien pour vous soigner, ça craint, non ?
-  Je prends cela comme des menaces et vous ferez l’objet d’un rapport !
-  Écoute, prends ça comme tu veux, je m’en tape ! Tu sais ce qui va arriver à tes collègues, alors va voir ton patron et fais-lui ton rapport... Avant que la porte ne se ferme, je les ai regardés avec une sérénité déconcertante et je pouvais voir dans leurs regards que c’était moi qui les tenais. La machine était lancée, c’est sûr, j’allais avoir de la visite dans l’après-midi ; j’imaginais déjà les discussions animées entre eux, tout un remue-ménage entre surveillants et membres de la direction... Super ! C’est dans le milieu de l’après-midi que le sous-directeur dans son costume de sous-directeur entra dans ma cellule avec une assurance factice.
-  Alors, que se passe-t-il, vous avez fait des menaces à l’encontre de mes surveillants ? Je me lève du tabouret scellé dans le sol tout en le regardant fixement ; derrière lui, je sens les matons prêts à intervenir...
-  Monsieur le directeur, ne jouez pas avec quelqu’un qui n’a rien à perdre. Moi, je vais crever, alors ou je sors de l’isolement ou je contamine tout le monde parce qu’ici je commence à devenir complètement dingue. Je le regarde comme un fauve ayant repéré sa proie...Je dois jouer l’énervement. Tout en parlant et en haussant la voix, je m’approche de lui.
-  Je veux sortir d’ici car c’est inhumain, je suis en train de péter les plombs, je ne sortirai plus, je vais crever. Il fait un pas en arrière, puis deux, ne me quittant pas des yeux ; les surveillants sont nerveux... il se retrouve coincé dans le coin toilette, et moi, j’avance toujours.
-  Calmez-vous, on va parler.
-  Parler de quoi ? Tout est dit ; vous attentez à ma vie, je me défends, c’est tout ! Je n’ai plus rien à perdre !
-  Dites pas ça... Dans ses yeux, je vois qu’il a peur. En pliant son corps, il réussit à sortir de la cellule. Cette fois, je crie, simulant une espèce de folie :
-  Si je ne sors pas, on crève tous ! Ils ont refermé la porte... J’écoute les pas s’éloigner et les discussions se fondent avec le bruit des clefs. Peut-être vont-ils me mettre au mitard. Je m’allonge, à l’écoute du moindre bruit suspect. Les heures passent, ils ne sont même pas passés pour la promenade et il va être l’heure de la gamelle. Soudain, des pas dans la coursive. Je vais enfin connaître le résultat de mon numéro... le verrou claque et ma porte s’ouvre ; le sous-directeur apparaît :
-  Bon, j’ai vu la direction et on a décidé de vous sortir de l’isolement. Je reste incrédule mais je lui réponds :
-  Quand ?
-  Demain.
-  D’accord, d’accord, très bien, je vous remercie.
-  De toute façon, je vous verrai dans la semaine, me dit-il avant de quitter la cellule.

La porte est close et je suis encore surpris de ce qui vient de se passer. Je réalise soudain que demain, c’est le 15 août et que c’est un jour férié, et en prison, il n’y a pas de mouvement ou de changement de cellule ces jours-là. C’est donc sûrement une ruse pour me faire patienter et me faire transférer ailleurs. Je verrai bien, demain est un autre jour...

Sortie du QI

Le lendemain matin, et malgré le jour férié, je suis à mon plus grand étonnement affecté en détention normale et c’est ainsi que je me retrouve en deuxième division après seulement six mois d’isolement.

Je dois dire que je suis assez satisfait car j’ai atteint mon objectif principal et je peux donc passer à autre chose...

Dans l’après-midi, je descends en promenade pour retrouver l’ambiance d’une vraie cour remplie de détenus. Je retrouve quelques vieilles connaissances et amis qui me font un accueil chaleureux. Ils me savaient à l’isolement et avaient de mes nouvelles par l’intermédiaire de la radio qui diffusait une émission pour les prisonniers tous les vendredi soir et qui lisait à l’antenne les textes que j’envoyais, pour dénoncer mes conditions de détention. C’était là encore une façon de lutter... Ma mère revint me voir au parloir, elle fut contente de me savoir sorti du QI. Les jours passent et je me réadapte à la vie en détention. J’ai repris le jogging et le sport pour retrouver une bonne condition physique... Il me faut retrouver au plus vite la liberté et je commence à chercher les failles du système. Il faut observer longtemps et trouver la clé, "l’idée", voir ce que les autres ne perçoivent pas...

L’évasion, c’est d’abord un état d’esprit, une pensée, une philosophie de vie : être libre, toujours ! Même au fin fond de la plus petite des cages.

Être capable de donner sa vie pour cette noble cause. Tout est dans la tête et une évasion réussie n’est due qu’à cet état d’esprit qui nourrit, alimente la volonté, la détermination et le courage. Des idées commençaient à poindre ; il ne me restait plus qu’à rassembler le matériel nécessaire. Avec toutes les connaissances que j’ai, j’arrive toujours à mes fins...

L’administration n’est pas dupe, elle a ses antennes, ses indics, et au moindre soupçon ou lettre anonyme, on se retrouve vite baluchonné. En effet, quinze jours après ma sortie du QI, le chef de détention m’appelle en audience. Il m’informe que je serai transféré dans la journée... Je demande pour quelle prison. - Metz !

J’ai une mise en examen là-bas. Bien sûr, tout ce que j’entreprenais est à l’eau, mais c’est aussi la raison d’être de tous ces transferts. Je suis obligé de laisser mon matériel car je serai, ainsi que mon paquetage, minutieusement fouillé. Inutile de prendre des risques. Je ne peux refuser ce transfert ; si je le faisais, ils m’emmèneraient manu militari et sans paquetage. Je me résigne donc à préparer mes affaires.

Avant de partir, je demande à voir le directeur. Durant l’entretien, je demande la garantie de ne pas être placé à l’isolement une fois arrivé à la M.A de Metz. Il me répond que leur direction n’envisage pas mon placement au QI.

Je n’y crois pas beaucoup, mais bon, si ce n’est pas le cas, je reprendrai la lutte.

Et si tout va bien, je terminerai ce que je n’ai pas eu le temps de finir ici...

Après avoir salué les potes, je me retrouve dans un camion encadré par une armada de gendarmes assurant l’escorte. Sans doute que la direction régionale et le juge instruisant l’affaire au TGI de Metz se sont concertés pour m’éloigner de la région parisienne, il y avait sans doute de bonnes raisons à cela...

Cela simplifie les choses : le juge n’a qu’à demander un transfert judiciaire à défaut d’un transfert disciplinaire ou administratif qu’il faut motiver. Or à la Santé, j’étais sage comme une image. Peut-être trop !

Me voilà donc, une fois de plus, sur la route pour une nouvelle aventure carcérale.

À suivre...

source : Vu de prison



Publié le 16 septembre 2007  par torpedo


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
  • La guillotine carcérale, Silence on meurt... (épisode 9)
    de Laurent Jacqua
    18 septembre 2007, par Marc Fievet
    Bonjour, Rien a ajouter, ni à retrancher ! Que du vécu ! J’ ai mis en ligne ton texte dans L’Aviseur international. Marc Fievet
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin